E COMME ELEVAGE.

Nous la mangerons, c’est la moindre des choses. Elsa Maury, Belgique-France, 2020, 65 minutes.

« Cocotte n’est pas allée à l’abattoir ». Cocotte, c’est une des brebis du troupeau qu’élève Nathalie dans le sud de la France. Une brebis à laquelle elle s’était particulièrement attachée. Depuis le jour où, c’est la première séquence du film, le petit qu’elle vient de mettre bas ne survie pas.

Une scène qui a aussi particulièrement impressionné la cinéaste qui en fait une sorte d’emblème du comportement maternel de l’animal (elle lèche le corps inanimé de l’agnelle et le secoue avec sa patte comme si elle voulait le réveiller) et qui en accentue la dramaturgie en multipliant les gros plans.

Le film se terminera par une autre naissance. Réussie cette fois. L’agneau gambadant, dès sa venue au monde, autour de sa mère. Une vision plutôt joyeuse.

Entre ces deux scènes, le film nous aura montré le travail de l’éleveuse, filmée le plus souvent seule au milieu de son troupeau. Un film où on ne parle pas beaucoup. Nathalie murmure souvent à l’oreille de ses brebis, ou bien se parle à elle-même pour souligner ses actions. Les seuls dialogues apparaissent dans la séquence du repas, ou lors de la visite de la vétérinaire. Et dans cette séquence importante pour le sens du film, où Nathalie apprend, couteau en main, à découper les viscères de l’animal qui vient d’être abattu à l’abattoir.

Car si élever des animaux c’est les faires vivre, la mort – leur mort – est tout aussi présente, car il ne peut pas être ignoré qu’ils sont destinés à fournir de la nourriture sous forme de viande. Le film peut alors être perçue comme une réponse aux végétariens et autre végans. Oui on peut aimer les animaux d’un élevage, c’est-à-dire en prendre le plus grand soin, par exemple en les nourrissant au biberon si un problème surgit à la naissance, et en pas refuser de cuisiner leur viande le moment venu et s’en régaler entre amis. Il s’agit seulement – mais c’est important pour Nathalie- d’éviter toute souffrance inutile. Et en particulier de ne pas les envoyer à l’abattoir, même s’il y a des situations où on ne peut pas faire autrement. C’est pourquoi elle apprendra les gestes précis, et l’usage des outils ad hoc.

Mais le film vise aussi à rendre hommage au travail de ces éleveurs qui comme cette jeune femme sont engagés pourrait-on dire corps et âme dans leur métier. Il nous propose de bien belles vues du troupeau dans cette région dominée par un soleil éclatant. La bande son est quasiment saturée de bêlements et du tintement des clochettes. Mais la dominante des images nous conduit vers une vue bucolique de la campagne. Le récit fait par Nathalie de sa vie s’inscrit sur le fond noir de l’écran. Un moyen d’éviter le recours à la voix off et au commentaire. La dimension dramatique de la première séance laisse vite la place à une grande sérénité.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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