I COMME ITINÉRAIRE D’UN FILM – WILCOX de Denis Côté

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

1 Conception

Wilcox est né comme plusieurs de mes films plus ‘légers’ dans leur production. C’est-à-dire de l’imaginer d’abord comme ‘réalisable’ dans une économie entre amis ou avec l’aide d’une bourse dans un programme local, en l’occurrence ici les Conseils des arts et des lettres du Canada ou du Québec. L’idée doit être simple, hyperréaliste, sans besoins coûteux. Pour Wilcox encore plus que les autres puisque je n’ai même pas tenté de le proposer aux instances culturelles locales. J’ai imaginé un film sur un bonhomme errant mystérieux, à cheval entre docu et fiction. Mon pari était de proposer un film complètement ouvert aux interprétations, tourné à l’arrache.    

2 Production

L’important pour Wilcox était de savoir ce qu’il y avait sur la table:  l’équivalent de 4000 euros de ma tirelire puis un autre 4000 de la poche d’un producteur local indépendant. Quand on connaît son cadre, on reste à l’intérieur, sans dérapage avec les cartes de crédits ni endettement. Il s’agit ensuite de convenir de forfaits amicaux pour les salaires des collaborateurs hors-union, garder sa parole, respecter les heures de tournage proposées. Il y a un équilibre à garder entre le bénévolat demandé aux gens, l’amour de l’art et obtenir ce qu’il faut pour honorer sa vision.  

3 Réalisation

Tout est resté petit. Nos voitures, nos goûters, la caméra personnelle du directeur photo, un preneur de son bénévole pour quelques heures. Il nous fallait des permissions, des gracieusetés, quelques accessoires. Nous avons tourné pendant 6 ou 7 jours, comme des étudiants. Nous n’étions jamais plus de 5. Pour la postproduction, j’ai pu me servir de ma réputation et mon nom pour obtenir des heures en gracieuseté dans un studio, pour presque toutes les étapes. Wilcox c’est vraiment très petit mais il faut quand même avoir une ambition (donner vie au film, le diffuser, festivals, atteindre un public). Si on se comporte trop en dilettante, le château de cartes peut s’écrouler.   

4 Diffusion

J’ai décidé de le distribuer moi-même, sachant que nous ne ferions pas de ventes majeures avec un tel objet (qui frise l’expérimental). J’ai mon réseau de contact dans les festivals et j’ai pu facilement proposer le film. La Première mondiale eût lieu à Locarno puis environ 25 festivals m’ont permis via des screening fees raisonnables de repayer le film.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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