Kidnapping

Children of the mist. Ho Le Diem, Vietnam, 2021, 92 minutes.

Un pays lointain. Une région reculée d’un pays lointain. Tout au nord du Vietnam. Une minorité ethnique, les Hmong. Des traditions anciennes, hors du temps. En dehors de notre temps, malgré la présence des smartphone et d’internet.

Le film de Ho Le Diem fait tout pour nous dépayser, nous plonger dans l’inconnu, nous confronter à un mode de vie bien différent du nôtre. On peut bien l’aborder sous l’angle de l’exotisme, avec ses paysages éblouissants, ses montagnes embrumées et les vêtements des femmes si colorés. Mais en même temps on se sent proche, nécessairement proche des jeunes filles que l’on rencontre là. Et en particulier de Di, l’héroïne du film, celle dont le film nous raconte la vie d’adolescente. Un récit qui pourrait être une fiction, qui a la force de la fiction. Et pourtant, nous ne quittons jamais une visée documentaire, cette plongée, cette immersion dans la vie de cette communauté, et donc de cette adolescente, une vie qui est celle de toutes les jeunes filles du village et au-delà, de toutes les Hmong. Une vie qui n’a rien d’une aventure imaginée, même si, vue d’ici, elle peut paraître imaginaire.

Le film se présente comme un flash-back nous ramenant trois ans en arrière. Une façon de nous introduire à la vie du village où nous rencontrons Di. Une façon de nous préparer à cette réalité étrangère, parfois bien difficile à comprendre. Le film a donc une teneur ethnologique, même s’il n’explique rien, se contentant de montrer. Mais comment ne pas être surpris par la place que l’alcool tient dans la communauté, dans chaque événement de la vie de la communauté où rien ne peut advenir sans que les protagonistes fassent appel à l’alcool. Et ils boivent beaucoup. Au point où le père de Di semble toujours ivre, titubant pour pouvoir passer le seuil de sa maison. Au point de soulever la réprobation, l’indignation, de sa fille. Sa haine peut-être. Et comment accepter la coutume du kidnapping de la jeune fille que le garçon – aidé par sa famille – veut épouser ?

Le mariage est donc la grande affaire de la vie du village et du film. Un mariage qui intervient très tôt pour la jeune fille, vers 12 ou 14 ans, même si les enseignantes de l’école où Di s’est réfugiée rappellent à la famille du « prétendant » que la loi du pays n’autorise le mariage qu’à l’âge de 18 ans. Le refus de Di d’être enrôlée de force dans le mariage est un acte de révolte contre la tradition. On peut y voir la recherche d’une indépendance, la volonté de conquérir son autonomie en décidant par elle-même de son avenir. Le mot féminisme est sans doute inconnu chez les Hmong, mais pour nous qui voyons le film en occident, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Le film se termine par une scène extrêmement dure. Après toute une série de palabres, de discussions, de négociations plus ou moins avouées, la famille du garçon passe à l’action. Di est trainée de force malgré ses hurlements de protestations. Se débattant tant et plus, elle réussit à se libérer et à échapper à ses ravisseurs. Le film revient alors au plan de départ. Pour Di tout semble bien se terminer. On ose pense que son histoire a fait bouger tant soit peu, les mentalités et les comportements des villageois.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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