Les pigeons de Beyrouth.

Kash Kash – sans plumes on ne peut pas vivre. Lea Najjar, Alia Haju. Allemagne-Liban-Katar, 2022, 90 minutes.

Que serait Beyrouth sans ses pigeons. Un ciel vide ? Impensable.

S’occuper de ses pigeons sur la terrasse de son immeuble. Les faire voler, les nourrir, les soigner. Une passion. Mieux, une drogue. Qui peut se révéler indispensable pour vivre, ou tout simplement pour survivre. S’il n’y avait plus de pigeons, que resterait-il ?

Le film de Lea Najjar et Alia Haju suit de près quelques-uns de ces fous passionnés qui ne compte plus leur temps passé sur leur terrasse – ni non plus l’argent pour les nourrir ou acheter, à prix fort, un nouveau membre de leur équipe. A côté de Hassan, le véritable personnage central du film qui a commencé à s’intéresser aux pigeons à 9 ans, il y a Radwan le barbier ou Abu Mustapha, le pécheur, et quelques autres. Tous se préparent avec soin pour le Kash game. Cette sorte de tournoi qui se passe dans le ciel, et où on peut gagner les pigeons d’un autre vol. Mais aussi tout perdre. Que reste-t-il à Beyrouth si l’on perd ses pigeons ?

Le film nous propose de magnifiques images d Beyrouth, celles vues du ciel avec ses immeubles, ses enchevêtrements de terrasses. Mais aussi ses rues encombrées, dans le marché qui ne semble pas connaître la crise. Et la mer, le bateau qui se faufile entre les rochers. On a l’impression de rentrer, ou de sortir, d’une caverne. De quoi impressionner les touristes, s’il en reste.

Tous ceux qui vivent pour les pigeons trouvent dans leur passion un dérivatif par rapport aux difficultés de la vie, dans ce Liban qui s’enfonce dans la crise. Car malgré le temps qui semble s’écouler si calmement, au rythme du vol des pigeons, la crise est bien là. Et on ne parle que de ça. De l’inflation, de la pénurie, de la corruption généralisée, de la misère qui s’installe, du manque de perspectives d’avenir. Devant l’incurie des gouvernants, un mot est prononcé : Révolution. Les manifestations sont gigantesques. Mais la répression féroce. Et pour couronner le tout, l’explosion dans le port de la ville.

Alors beaucoup, tous peut-être, pensent quitter cette ville et ce pays maudits. S’exiler en Europe, en France ou en Allemagne. Mais avec quel argent partir ?

Aisha, tout juste 10 ans, commence à monter sur la terrasse. Elle apprend à siffler et à s’occuper des pigeons. Peut-être le signe que Beyrouth peut survivre. Tant qu’il y aura des pigeons.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

1 commentaire

  1. Les pigeons sont une plaie, une horreur ( maladies, dégradation des bâtiments ….)

    Les villes modernes les « stérilisent »

    Comment s’ en débarrasser ?

    J’aime

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