ROUGE SANG

Chienne de rouge. Yamina Zoutat, Suisse-France, 2023, 97 minutes.

Faire un film rouge. Un film sur le rouge, sur le rouge sang. Faire un film sur le sang. Le rouge principe de vie. Mais qui a été principe de mort, lors du scandale du sang contaminé. Un sang qui transmettait le sida à des personnes transfusées, des personnes qui n’avaient demandé qu’à vivre, qui étaient soignées pour vivre et qui furent soignées pour mourir.

Yamina Zoutat a été longtemps chroniqueuse judiciaire pour la télévision avant de devenir cinéaste. Pas étonnant que la justice reste ancrée dans ses préoccupations. Son précédent film, en 2017, était consacré au Palais de Justice de Paris (Retour au Palais) ou plus exactement au déménagement du Palais de Justice de Paris, qui doit rejoindre une lointaine banlieue depuis le centre de la ville, sur l’île de la Cité, entre la Seine et la Sainte Chapelle. Son envie de filmer le sang ne vient-elle pas alors de ce procès célèbre, le « procès du sang », qu’elle avait alors été chargée de suivre professionnellement, mais nous dit-elle « sans montrer de sang ». Bien des année après, caméra en main, elle va se rattraper.

Quand une femme veux parler du sang, et le filmer, peut-elle éviter de montrer des règles ? Séquence courte qui donne le ton. Elle sera suivie par des vues de flots de sang, de sang qui circule dans le corps. Des images de la vie.

Yamina Zoutat filme avec précision des travailleurs et travailleuses qui ont affaire avec le sang, pour le transporter, le prélever, le transfuser. Dans les hôpitaux surtout, jusque dans les blocs opératoires. Mais le sang on peut en rencontrer dans les rues, sur les routes, dans les accidents, là où on ne l’attend pas, et jusque dans les forêts où on assiste à l’entrainement de chiennes de chasse, des animaux qui refusent de chasser et à qui on apprend à suivre les traces rouges sur les feuilles pour retrouver des animaux blessés (d’où le titre du film).

Mais la partie la plus intense du film concerne le sida et ses ravages. La cinéaste évoque des situations de contamination par le sang frelaté, des exemples plus dramatiques les uns que les autres, comme cette mère enceinte qui contaminera son bébé, ou ces étudiantes en médecine qui deviendront séropositives après avoir manipulé du sans contaminé au cours de leurs études.

Le film n’hésite pas non plus à avoir recours à des images choc, celles des attentats du Bataclan en particulier, montrant ces blessés presque entassés les uns sur les autres et perdant du sang, tout leur sang pour certains, ceux qu’il ne sera pas possible de sauver.

Si le rouge domine donc dans le film – jusqu’aux robes des femmes – il y a pourtant une image noire, celle de Nosferatu le vampire, un noir qui appelle pourtant le sang. Comme quoi le rouge peut très bien figurer dans un film en noir et blanc.

Cinéma du réel, Paris, 2023.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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