La femme au ciel

Dieu est une femme. Andrés Peyrot, France-Suisse, 2024, 85 minutes.

Quel titre ! Un titre surprenant, interrogateur, dérangeant, hérétique, blasphématoire même ! Mais quel coup de grâce. Enfin le patriarcat sens dessus dessous. Dans le christianisme, la femme n’était qu’au pied de la croix. Pour pleurer. Et voilà que maintenant on annonce son sacre. Plus, bien plus que sa libération.

Le film de Peyrot est construit comme un emboîtement de deux films l’un dans l’autre. Dès son générique, est évoqué le film de Jean Dominique Gaisseau, le ciel et l’amour oscarisé en 1975. C’est que ce cinéaste ethnologue est allé filmer ensuite une tribu restée à l’écart du monde moderne, au Panama, les Kunas. Il intitule son film, réalisé après avoir passé plus d’une année dans la tribu avec sa femme et sa fille, il intitule donc son film Dieu est une femme, sans doute parce qu’il perçoit cette tribu comme matriarcale, une société en tout cas où la femme a toute la place qui lui revient de droit.

Le film de Peyrot va alors s’attacher à retrouver le film initial de Gaisseau, jusqu’au moment où, triomphe inespéré de ses recherches, il pourra le projeter à ceux et celles qui en avait été les personnages héroïques. On assiste donc à la construction d’un grand écran en plein air où tout le village, plus les membres des familles éloignées, où jeunes et vieux, tous pourront assister à la projection, c’est-à-dire à la découverte du résultat de ce tournage qui les avait tant impressionnés et donc ils n’espéraient plus, sauf sous la forme d’un miracle, avoir le plaisir et l’honneur d’en être les spectateurs. Et c’est donc l’apothéose du film d’aujourd’hui, le filmage des visages souvent en pleurs de ces vieilles femmes qui revoient sur l’écran leur jeunesse ou leurs parents disparus.

Le réalisateur propose alors des surimpressions entre les images d’hier et celles qu’il réalise aujourd’hui. Façon de montrer la continuité du temps et d’affirmer avec force cette fonction du cinéma de ressusciter le passé.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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