V COMME VIOLENCES faites aux femmes.

Domestic violence. Frederik Wiseman. Etats Unis, 2000, 196 minutes.

         Les violences faites aux femmes, infligées essentiellement par leurs maris. Des violences physiques, des coups, des brulures, des étranglements, des blessures par couteau. Mais aussi des violences morales, des insultes incessantes, des brimades de toutes sortes, des interdictions et un contrôle incessant sur leur vie. C’est l’expression de ces violences que recueille Wiseman, lorsqu’enfin les victimes osent se révolter et dénoncer leur bourreau. C’est souvent à l’extrême limite, lorsque leur vie devient vraiment un enfer qu’elles ne peuvent plus supporter. Elles font alors appel à la police. Ou elles se réfugient dans un foyer d’accueil. Une démarche qui n’est jamais facile. Car les relations conjugales sont toujours complexes. Même lorsqu’elles sont placées sous le signe de la violence. Beaucoup de femmes que nous voyons décrire leur calvaire retirent leur plainte, ou ne dénoncent pas leur mari, inventant des explications peu crédibles (la chute de vélo pour expliquer des traces de coups). C’est qu’elles les ont aimés et que bien souvent elles les aiment encore, malgré tout.

         Wiseman ne pratique pas l’interview, ici pas plus que dans l’ensemble de ses films. Les paroles de femmes qu’il enregistre, mais aussi d’enfants victimes eux aussi de la violence familiale, ne sont pas obtenues dans des entretiens que le montage essaierait de maquiller en paroles libres en effaçant les questions et la présence du cinéaste. Ce sont toujours des paroles en situation. Elles sont recueillies après coup. La violence elle-même n’est jamais filmée. Mais elle est racontée. L’important, c’est d’abord qu’elle soit dite. Qu’elle ne soit plus un secret enfoui dans le huis clos du couple, ou un tabou pour l’ensemble de la famille. En ce sens, Violence domestique est un film qui œuvre pour bousculer les consciences. Aucune violence n’est acceptable, qu’elle soit ou non considérée par la loi comme un délit ou un crime. Aucune violence ne doit être occultée par le silence des proches ou des voisins. Les récits des femmes qui composent le film sont alors autant de dénonciations universelles.

         Les situations de recueil de ces récits sont multiples. Dans la première partie du film, Wiseman suit des patrouilles de police appelées sur les lieux d’une manifestation par trop voyante d’une violence qui ne plus être cachée. Une première intervention se traduit par l’arrestation du mari embarqué, menotté, dans la voiture de police. Une femme couverte de sang, le visage fendu de la bouche à l’oreille est amenée à l’hôpital malgré son refus. Chaque fois, la caméra s’attarde sur les policiers. Leur présence et leur disponibilité se veulent rassurantes. Ces interventions sont encadrées par des vues de buildings, en contreplongées vertigineuses, ou d’autoroutes et d’échangeurs particulièrement encombrés. Wiseman multiplie aussi les vues sur les rues, les enseignes des motels ou autres boutiques. La violence familiale est ainsi inscrite dans ce contexte urbain, froid et déshumanisé, caractéristique de l’Amérique.

         La plus grande partie du film se situe dans un foyer d’hébergement de femmes victimes de violence, The Spring. Wiseman filme d’abord le premier accueil, le premier dialogue avec une conseillère qui deviendra une référente. Dans certain cas elle peut utiliser un questionnaire pour libérer la parole. Mais c’est surtout son écoute, sa réceptivité, qui peut mettre en confiance. On sent beaucoup d’empathie chez celles dont le travail est de ne jamais juger, mais aussi de ne jamais donner l’impression de baisser les bras et de trouver des excuses à ce qui est parfaitement intolérable.

         Nous assistons ensuite à une visite de l’établissement par un groupe de vieilles dames qui donnent l’impression de n’avoir jamais été concernées personnellement par ce genre de problème. La guide, qui connait bien The Spring, donne quelques chiffres et des définitions. Elle insiste sur le fait que la violence conjugale existe dans tous les milieux sociaux, même si elle est plus importante dans les milieux défavorisés. Elle mentionne qu’il y a aussi des cas de violence dont les hommes sont les victimes. The Spring héberge ainsi douze hommes par an. Les enfants quant à eux sont reçus en entretien par des psychologues. Enfin, nous suivons aussi des groupes de discussion où chacune évoque son cas particulier, rapporte ses conditions de vie familiale.

Comme dans tous ses films, Wiseman se veut concret et précis, attentif au moindre détail. Rien n’échappe son regard. Mais ici, ce n’est pas le fonctionnement administratif ou institutionnel du foyer qui l’intéresse. Le problème de la violence conjugale est si important que la centration de son film sur les femmes qui en sont victimes se justifie pleinement.

G COMME GALERES – de femmes.

Galères de femmes. Jean-Michel Carré. France, 1993, 90 minutes

         Leur première galère, c’est la prison. Fleury Mérogis, quartier des femmes. Le plus grand centre de détention féminin en Europe. La grande majorité des détenues sont des toxicomanes. Elles sont « tombées » à la suite de vols ou d’autres infractions. Celles que filme Jean-Michel Carré n’en sont pas à leur premier séjour. Certaines y sont venu plus d’une dizaine de fois, pour quelques mois mais aussi pour des condamnations plus longues. Quand elles sortent, beaucoup pensent déjà qu’il leur sera difficile de ne pas revenir.

         Le film montre rapidement leurs conditions de détention. Elles sont deux ou trois par cellules ce qui crée souvent des liens avec leurs compagnes de détention. Les décisions de l’administration de les changer de cellule leur paraissent alors toujours arbitraires, presque vexatoires. A leur arrivée, celles qui sont sous l’emprise de la drogue sont systématiquement isolées, une façon brutale de les sevrer, surtout qu’elles accusent souvent les gardiennes d’oublier de leur donner les médicaments de substitution. L’isolement est aussi une mesure disciplinaire. Carré filme le conseil de discipline d’une détenue qui a insulté une gardienne. Elle reconnaît les faits et se confond en excuses, le plus poliment possible. Comme c’est la première fois, la sanction sera clémente : six jours de cachots au lieu de huit.

         Carré donne longuement la parole à ces femmes qui ont toutes des itinéraires particuliers. Elles évoquent les circonstances qui les ont conduites en prison. Mais surtout elles racontent les galères passées, les viols, les incestes, les conditions matérielles précaires. Il y a une grande authenticité dans ces paroles de femmes qui ne cherchent pas particulièrement à apitoyer ceux qui les écoutent. Elles ne se montrent pas non plus revendicatrices ou accusatrices. Elles ont plutôt tendance à assumer leurs actes, même si leurs conditions de vie, depuis l’enfance, comprennent bien des faits qui peuvent servir de circonstances atténuantes.

         La galère ne s’arrête pas à la sortie de prison. Bien au contraire. Le film montre avec beaucoup de précision les difficultés de réinsertion de ces anciennes détenues. Celles qui n’ont personne qui les attend à la sortie galèrent d’abord pour trouver un logement, ne serait-ce qu’une simple chambre d’hôtel. Trouver un emploi se révèle ensuite particulièrement difficile, malgré l’existence d’un service spécialisé à l’ANPE (L’ancien Pôle emploi). Et surtout, elles ont beaucoup de mal de ne pas retomber dans la drogue. Carré les accompagne dans leurs démarches, les recherches infructueuses, les rendez-vous avec les associations qui ont bien peu de moyens pour les aider. L’aide se limite souvent à un numéro de téléphone à appeler au cas où mais qui ne répond pas toujours. On comprend le découragement de ces femmes même si elles ne le montrent pas toujours. Carré ne cherche pas à dramatiser à l’excès son propos. Mais lorsqu’une de ces femmes dont il suit la galère décède pendant le tournage, il lui rend hommage par un simple carton que l’on sent pourtant sincère.

         A travers la prison, à travers les difficultés de réinsertion, le film dit beaucoup de choses sur la situation de la femme dans la société française. Il ne propose pas de solution, mais son propos va au-delà du simple constat : un appel à l’action.

A COMME ABECEDAIRE- Marie-Christine Gambart.

Ses films sont le plus souvent des portraits. Des portraits de femmes en particulier, des femmes exceptionnelles, par leurs actions et leur personnalité, de Marlène Dietrich et Greta Garbo à Emmanuelle Haïm. Les faits de société ne sont jamais bien loin, que ce soit la mode ou le fait d’être gros.  L’histoire et la politique non plus. Avec des points de vue souvent originaux comme la mise en lumière de la foi chrétienne de De Gaulle.

Adoption

La Famille

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Christianisme

Charles le Catholique, 1958-1969

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

La Famille

Denise Masson, la dame de Marrakech

Cinéma

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Corps

Daria Marx : ma vie en gros

Discrimination

Daria Marx : ma vie en gros

Erotisme

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Famille

La Famille

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Femme

Daria Marx : ma vie en gros

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Mini-jupe, tout court !

Grossophobie

Daria Marx : ma vie en gros

Harcèlement moral

Le Salaire de la souffrance

Histoire

Charles le Catholique, 1958-1969

Homme

La Maison des hommes violents

Humour

Drôles pour toujours : Maillan, Poiret, Serrault

Islam          

Denise Masson, la dame de Marrakech

Laïcité

Charles le Catholique, 1958-1969

Mode

Mini-jupe, tout court !

Musique

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Opéra

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Police

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Politique

Charles le Catholique, 1958-1969

Portrait

Daria Marx : ma vie en gros

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Drôles pour toujours : Maillan, Poiret, Serrault

La Maison des hommes violents

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Denise Masson, la dame de Marrakech

Religion

Charles le Catholique, 1958-1969

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Denise Masson, la dame de Marrakech

Résistance

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Travail

Le Salaire de la souffrance

Vietnam

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Violence conjugale

La Maison des hommes violents

A COMME ABECEDAIRE – Michaëlle Cagnet.

De l’Allemagne à la Birmanie, de Majorque au Japon, en passant par le Maroc, une œuvre vraiment internationale.

Allemagne

L’Île au trésor de la Baltique

Berlin Plage – Majorque, la petite Allemagne des Baléares

Asie

Birmanie : fin de dictature ?

Démocratie

Birmanie : fin de dictature ?

Dictature

Birmanie : fin de dictature ?

Divorce

Et le roi créa la femme

Euthanasie

Mourir

Espagne

Berlin Plage – Majorque, la petite Allemagne des Baléares

Famille

Et le roi créa la femme

Femme

Et le roi créa la femme

Hôpital

Mourir

Islamisme

Et le roi créa la femme

Japon

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Jeunesse

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Marginalité

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Maladie

Mourir

Maroc

Et le roi créa la femme

Médecine

Mourir

L’Homme en morceaux

Mort

Mourir

Naturisme

L’Île au trésor de la Baltique

Politique

Birmanie : fin de dictature ?

Psychiatrie

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Recherche

L’Homme en morceaux

Robot

L’Homme en morceaux

Science

Route de la soie

L’Homme en morceaux

Tourisme

L’Île au trésor de la Baltique

Berlin Plage – Majorque, la petite Allemagne des Baléares

Voyage

Route de la soie

A COMME ACCOUCHEMENT.

Depuis la nuit des temps de Jeanne Delafosse, Clary Demangeon, 2020, 13 minutes.

L’accouchement, une affaire de femmes ? Oui, mais pourquoi serait-ce les hommes qui décident à leur place où et comment il doit se dérouler ?

Dans Depuis la nuit des temps, 13 femmes se font les porte-parole de toutes les futures mamans pour dénoncer les pratiques abusives du pouvoir médical masculin et revendiquer la pleine liberté de choix des femmes sur leurs accouchements.

Le film que signe Jeanne Delafosse et Clary Demangeon est un ciné-tract, un genre qui nous fait immédiatement penser à Agnès Varda qui en avait fait une arme aux mains des féministes dès 1973 (revoir à l’occasion son Réponse de femmes). Un film court, percutant, plein d’humour, mais aussi de données rigoureuses et précises, tout autant dans le domaine de la médecine que de l’économie, mais aussi de l’histoire par exemple.

Un film militant, qui s’inscrit parfaitement dans le contexte des luttes des femmes dans ce début de XXI° siècle, les dénonciations du viol, des agressions sexuelles et du harcèlement, jusqu’aux combats contre les violences faites aux femmes et les féminicides.

Un film qui vise à alerter, à mobiliser, à faire prendre conscience que ce qui est présenté comme pratique courante n’est pas toujours justifié dans son efficacité. Et encore moins du point de vue du respect de la liberté et de la responsabilité des femmes.

« On m’a volé mon accouchement ». Des femmes viennent donc témoigner devant la caméra, de tout ce qui leur a été imposé, de tout ce qui a été fait sans leur demander leur avis. Et elles montrent ainsi qu’il y a beaucoup à faire, au niveau de l’information d’abord. Au niveau de leur position de femme ensuite, pour que, toutes, elles prennent pleinement en main ce qui est une des grandes affaires de leur vie.

Un film avec des images chocs, mais pas au sens d’images à sensation. Des images qui visent plutôt à susciter un choc, c’est-à-dire qui s’inscrivent durablement dans la mémoire et dans la pensée et qui servent d’argument, qui puissent être utilisées comme des armes dans ce combat qui, certes, est déjà ancien (depuis les mouvements défendant l’accouchement sans violence ou l’accouchement à la maison) mais reste brulant d’actualité.

Un bon exemple du pouvoir que peut avoir le cinéma.

S COMME SAKINA.

Sakina. Sarah Mallegol et Clément Postec, 2020, 35 minutes.

Une jeune femme seule au volent de sa voiture. Cadrée en plan rapproché, de profil. On ne voit que son visage. Derrière elle l’image est flou. On devine tout juste d’autre véhicule qu’elle croise ou qui la double. Et les lumières de la ville, la nuit.

Un cadrage unique dans tout le film, un visage que nous ne quitterons pas. Le film n’est pas un plan-séquence au sens technique du terme – un plan unique sans aucun raccord. Mais il n’y a bien qu’une seule séquence dans le film, entièrement réalisé à l’intérieur de la voiture, cadrant toujours de la même façon le visage de la conductrice. Malgré les coupures – que le montage ne cherche d’ailleurs nullement à masquer – nous ne voyons qu’un seul plan. Sakina est bien un film plan.

Une voiture roule dans une ville, la nuit. Elle est conduite par une jeune femme que nous accompagnons dans son déplacement. Où va -t-elle ? Le film n’en dit rien. Il exclut totalement la notion d’itinéraire – avec un point de départ et un point d’arrivée. La voiture est en mouvement, un point c’est tout – à chaque arrêt à des feux rouges, elle repart. La conductrice se déplace, dans une intention, un projet dont nous ne serons rien. Ou bien alors elle a pris sa voiture pour rouler dans la ville, sans but, simplement pour rouler. Mais qu’elle soit filmée dans ce déplacement, cette errance nocturne, correspond parfaitement à ce qui va être dit d’elle, ce qu’elle va dire d’elle-même.

Car tout en conduisant sa voiture, la jeune femme parle, nous parle par l’intermédiaire d’une caméra qu’elle ne regarde jamais, mais qui n’est pas pour autant oubliée. Car si elle parle, c’est bien parce qu’il y a un appareil qui enregistre son discours et qui pourra le diffuser. Car bien sûr il n’y a rien de naturel dans le fait qu’une jeune femme seule au volant de sa voiture parle d’elle, de sa vie, de son identité.

Le point le plus fort du film est alors l’affirmation de l’identité de cette jeune femme qui s’appelle Sakina. Et le film se terminera par la répétition, une dizaine, une vingtaine de fois, de cette simple phrase : « je m’appelle Sakina ».

Durant le film, Sakina aura eu l’occasion de détailler son identité.

Elle est écrivaine. Dès ses premiers mots elle évoque ses difficultés d’écriture, pour terminer un livre, une œuvre. Mais sa parole, dans la suite du film, pourrait très bien constituer la substance d’un texte écrit. Un texte autobiographique, centré sur ce qu’elle veut nous dire de son identité.

Elle a 24 ans. Elle est née à Saint-Germain en laye. Elle a grandi à Clichy sous-bois. Elle est d’origine algérienne. Elle est musulmane et lesbienne.

Et elle insiste beaucoup sur son origine, sa religion et son orientation sexuelle. Façon de nous faire comprendre que ce récit personnel dans un film n’est pas une quête d’identité, une recherche de soi, une tentative de découvrir ce que l’on est réellement. Non. Il s’agit bien plutôt pour Sakina, d’affirmer son identité, de s’affirmer comme d’origine algérienne, musulmane et lesbienne. Une identité qu’elle revendique, qu’elle assume quelles que soient les représentations – les préjugés, les a priori – qui peuvent être associées à chacune de ses composantes. « Je m’appelle Sakina ». Quand elle répète cette simple phrase à la fin du film, tout est dit. Il n’y a rien d’autre à ajouter.

Au bout des trente minutes de ce film court, nous avons fait une rencontre. Sakina ne nous est plus une inconnue.

Côté court, 2020.

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Filmus de Clément Safra.

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-t-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

Conception

Aux sources du projet, une forêt du Périgord qui m’est familière. C’est un lieu évocateur de fictions, de contes et de légendes, avec son orée plongée dans la pénombre, son cimetière d’arbres foudroyés, ses chênes creux en forme d’abri, sa fontaine miraculeuse, sa grotte protectrice… autant d’éléments qui m’inspirent la structure d’un voyage imaginaire à l’écart du monde et de la société. Un film qui parle de territoire, de frontière et de liberté.

Pour incarner ces thèmes, une figure émerge de l’écriture du scénario : celle d’une Tsigane, une femme rom, avec son enfant. Des symboles de liberté, mais aussi de transgression et de rejet. Dans le récit, ils sont poursuivis par les gendarmes. Protégés magiquement par la nature, ils deviennent des dieux étrangers, tel qu’est intitulé le scénario. Par leur présence et leur regard, les bois se métamorphosent en forêt enchantée.

Roms et gendarmes : un antagonisme fondamental, immédiat, quasi-irrémédiable. Gendarmes et Roms, les cowboys et Indiens d’un western français contemporain… Or dans ce film, aucune confrontation directe n’a lieu : la rencontre entre les personnages se fait par le biais de la forêt, qu’ils traversent tour à tour. Ainsi c’est le montage, le cinéma lui-même, qui doit rendre possible le rapprochement d’êtres que tout oppose.

Production

Afin d’éviter que le film ne repose sur une imitation plus ou moins approximative dérivée de préjugés, le recours à des acteurs grimés en Tsiganes est vite exclus. Au contraire, le parti est pris de mettre en scène des personnes de la communauté rom de France. Ainsi, ce sont les personnages eux-mêmes, et non des simulacres, qui évolueront devant la caméra. C’est donc au sein d’une grande famille de Roms de Roumanie établis près de Bordeaux que les castings se déroulent, grâce au soutien d’une association locale qui rassemble des dizaines de femmes et d’enfants.

À l’issue d’une série d’essais filmés, Mirela, vingt-six ans, est retenue. Elle se distingue d’entre toutes pour son naturel et son indifférence à la caméra. Elle ne cherche à imiter personne, ni à me plaire ; elle se contente d’être. Ainsi on ne la perçoit pas comme une Rom, mais comme une femme affrontant une certaine situation, celle d’une mère de famille réfugiée dans un pays étranger. Parmi ses six enfants, c’est le plus jeune et le plus indocile, Fernando, quatre ans, qui est choisi.

À l’initiative d’un producteur dont il s’agit également du premier long-métrage, le projet est financé avec des fonds exclusivement privés, sans aucune aide publique ni subvention. Le film est donc produit sans le concours des institutions de l’industrie cinématographique française, sur lesquelles il aurait été illusoire de compter pour soutenir un projet au programme aussi radical : tourner en vingt jours un long-métrage de fiction dans des conditions proches du documentaire, sans acteurs ni dialogues.

En toute indépendance, j’ai carte blanche pour mener à bien cette expérience filmique dont l’issue, par définition, est incertaine. Elle repose sur la confrontation de deux cultures, celle d’une famille rom et celle d’une équipe de cinéma, dans le cadre neutre de la forêt, unique décor de l’histoire. À l’approche du tournage, il est clair que le véritable défi sera humain autant qu’artistique : dépasser la méfiance réciproque pour tenter de créer ensemble un film d’un genre nouveau.

Réalisation

Le tournage commence au milieu de l’été, avec une palette de moyens techniques réduits au strict minimum : caméra unique, prise de son directe, décors naturels, et le soleil pour tout projecteur. L’enjeu pour l’équipe est de rester la plus discrète et la plus alerte possible afin de pouvoir capter les moindres réactions de nos héros, ces « personnes réelles » placées au coeur d’un lieu inconnu, la forêt, loin de leur cadre de vie et de leur quotidien. La caméra, que j’opère moi-même, tourne en permanence, y compris avant « action » et après « couper » : c’est là, dans ces marges, que se produisent les moments les plus précieux, les plus inattendus. Je ne peux pas les manquer sous prétexte qu’ils ne figurent pas dans mon scénario écrit entre quatre murs. « Action ! Action ! » : le petit garçon s’approprie cette injonction arbitraire, et la rend dérisoire. Il la répète en boucle, s’en moque à l’infini.

De l’artifice surgit une vérité : la complicité entre la mère et son fils, la pudeur de la femme qui se sait l’objet de toute l’attention, le refus de l’enfant d’être capturé par l’objectif. Mon désir est de saisir ces personnes au plus près, dans un mouvement spontané. Souvent, les contours s’estompent, le flou les enveloppe, et me rappelle leur caractère insaisissable. Résistance et opposition deviennent aussi les thèmes du film. Ici, l’acte même de filmer se révèle être un défi, et le filmeur lui-même, un protagoniste.

Cette matière première récoltée au tournage, je dois la donner à voir et à entendre ; la mettre en forme. Envisagé dès le début comme la véritable écriture du film, le montage doit sculpter ces images et ces sons bruts pour les rendre signifiants. Il crée le lien entre deux images, deux sons, un son et une image. Ainsi le cri de l’oiseau se substitue parfois à la parole de l’enfant dont la langue maternelle, le romani, m’est étrangère. La forêt en devient l’interprète, et le cri de l’oiseau, le sous-titre. « Filmus », ce mot inconnu que j’entends prononcé par la mère et l’enfant, devient, au terme de dix-huit mois de post-production, le titre du film.

Diffusion

FILMUS est sélectionné au 70è Festival International de Locarno, où il est présenté en première mondiale. Cette année-là, c’est le seul film français de la section Signs of Life, consacrée « aux oeuvres qui explorent de nouvelles formes narratives et des langages innovants. »

Au lendemain du festival, dans un contexte où le système de distribution se trouve incapable de porter un long-métrage plus proche de la poésie que de la prose, j’imagine une présentation de FILMUS sous la forme d’une expérience visuelle dépassant la séance ordinaire : je rêve d’un spectacle dans la veine des fantasmagories du XIXè siècle où l’image projetée suscitait en elle-même l’émerveillement du public, adulte comme enfantin, alors que le Cinématographe n’était pas encore né…

Dans cette perspective, des plaques de lanternes magiques originales inspirées de FILMUS sont réalisées. À l’occasion de la sortie du film en VOD, ces oeuvres uniques, peintes sur verre selon la méthode traditionnelle, sont dévoilées via Filmaison, une nouvelle structure de production et de diffusion dont le projet s’inscrit dans le prolongement même de FILMUS : réinventer le cinéma.

— Clément Safra

FILMUS en VOD : https://vimeo.com/ondemand/filmus

Filmaison sur Facebook : https://www.facebook.com/filmaison

Filmaison sur Instagram : https://www.instagram.com/filmaison/

www.filmaison.com

G COMME GYNECOLOGIE.

Mat et les gravitantes. Pauline Pénichout, France, 2019, 25 minutes.

« Ça secoue » avoue une des participantes de l’atelier « d’auto-gynécologie » qui vient de se dérouler en groupe devant la caméra. Auto-gynécologie, de quoi s’agit-il ? Regarder à l’intérieur de son corps. Grâce à un spéculum, observer son col de l’utérus. Avec comme objectif de mieux se connaître. Être à l’aise avec son corps, en parler librement. La sexualité, la recherche du plaisir et la vie amoureuse ne doivent plus être un tabou.

Et en effet, il y a une grande liberté d’expression dans ce groupe de femmes – plutôt jeunes – qui n’hésitent pas à appeler un chat un chat (ou plutôt une chatte une chatte). La démarche qu’elles entreprennent n’est pas ouvertement inscrite dans des luttes féministes. Il s’agit d’abord d’un engagement personnel. La dénonciation de l’obscurantisme social à propos de la sexualité dont elles ont fait les frais dans leur enfance et leur adolescence. A l’école en particulier, où l’éducation sexuelle au collège n’évoquait uniquement que le plaisir masculin. Et la revendication d’un droit à la jouissance et d’une liberté totale dans tout ce qui concerne le corps.

Ces femmes ne se présentent donc pas comme des militantes. Elles n’évoquent nullement les questions de contraception et le problème de l’avortement, comme si ces combats anciens avaient abouti à des acquis définitifs. De même elles ne semblent pas vraiment concernées – du moins elles ne les évoquent pas – par les luttes contre l’excision par exemple. D’ailleurs il est assez curieux que leur réflexion sur le plaisir féminin les conduise à évoquer le col de l’utérus plutôt que le clitoris, dont il n’est absolument pas question dans le film. Mais il semble que le film se situe au lancement d’une expérience et d’une démarche qui ne peut qu’être poursuivie et approfondie. En ce sens, le film de Pauline Pénichout peut servir de déclencheur en s’inscrivant dans le contexte actuel dit post #metoo où la dénonciation du viol et des violences sexuelles doit pouvoir déboucher sur des exigences plus concrètes en matière de liberté et de droit. Ce qui n’est en rien contradictoire avec les thèmes plus généraux de l’égalité sociale homme-femme, de la dénonciation de l’homophobie et de l’affirmation des différences dans le cadre des luttes LGBT+.

« J’ai envie de jouir » dit une jeune femme qui répond aux questions de la cinéaste à propos de sa vie sexuelle et amoureuse. D’ailleurs elle ajoute « j’aime être amoureuse ». Une nouvelle éthique du bonheur.

Visions du réel 2020.

I COMME INSOUMUSES.

Delphine et Carole, Insoumuses. Callisto McNulty, 2018, 68 minutes.

Les Insoumuses donc, Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos, sans oublier Iona Wieder et Nadja Ringart, bien que ces dernières soient peu présentes dans le film. Mais il s’agit bien d’un collectif et la plupart des films qu’elles ont réalisés l’ont été en commun. Des films, ou pour être plus rigoureux, on devrait parler de vidéo. Car c’est avec cet outil qu’elles se sont exprimées et qu’elles ont réalisé une masse importante de documents visuels à propos de toutes les luttes de femmes depuis les années 70 – de celles pour la libéralisation de l’avortement jusqu’aux grandes grève de Lip – et qui sont rassemblés et conservés aujourd’hui au Centre audiovisuel Simone de Beauvoir à Paris.

Le film que leur consacre Callisto McNulty, la petite fille de Carole, est d’abord un hommage, que l’on sent particulièrement admiratif devant ces personnalités fortes et attachantes, et devant leur engagement dans les luttes féministes et leur volonté de donner la parole à celles qui le plus souvent ne l’ont pas.

Mais c’est aussi un film historique qui retrace le parcours des Insoumuses, depuis la découverte de la vidéo par Carole sur les conseils de Jean Genet, jusqu’aux derniers films qu’elle a réalisé après la disparition de Delphine (1990). Une histoire d’amitié et de compréhension réciproque. Une histoire de leurs luttes communes qui se confond avec l’histoire des luttes des femmes en général contre toutes les formes de sexisme et de domination masculine.

Il n’y a pas d’interviews dans le film de Callisto McNulty. Il aurait sans doute été possible de retrouver certaines des jeunes féministes engagées à leur côté. Mais il faut savoir gré à la cinéaste d’avoir respecté un des principes forts des Insoumuses qui a toujours été de donner la parole directement aux intéressées. Concernant Carole et Delphine ce sera bien sûr par images interposées, essentiellement dans des interventions sur des plateaux de télévision pour Delphine Seyrig  et dans des entretiens menés devant sa table de montage pour Carole Roussopoulos. A quoi vont être ajouté – et ce n’est pas le moindre intérêt du film – des extraits toujours significatifs des films de l’une ou de l’autre et de ceux qu’elles ont réalisés en commun.

Delphine Seirig n’ayant jamais renié sa carrière de comédienne, nous la verrons souvent dans les rôles célèbres qu’elle a incarné au cinéma : de Peau d’âne de Demy à Baisers volés de Truffaut, mais aussi India song de Duras et Jeanne Dielman de Chantal Akerman. Nous avons droit d’ailleurs à quelques passages d’un plateau assez extraordinaire où Delphine est mis en présence des deux cinéastes pour un échange particulièrement chaleureux. Pour le reste, elle parle de son « féminisme » avec beaucoup de sincérité et de conviction.

C’est Carole qui évoque leur rencontre lors d’un stage vidéo où Delphine s’était inscrite et qui évoque leur travail commun, en particulier lors du tournage de Sois belle et tais-toi en Californie, film de Delphine où Carole tenait la caméra.

Les films réalisés par les Insoumuses sont en nombre important et il devient urgent pour conserver les bandes vidéo de les restaurer, ce qu’a entrepris le centre Simone de Beauvoir. Ici, ce sont les plus connus qui sont retenus. Le plus célèbre sans doute étant Maso et Miso vont en bateau (1976, film réalisé par les 4 Insoumuses)  qui illustre bien leur méthode alliant l’humour et l’impertinence vis-à-vis de Françoise Giroud alors Secrétaire d’Etat à la condition féminine. On peut citer aussi Y a qu’à pas baiser (1971) de la seule Carole qui nous permet de redécouvrir quelques-uns des slogans présents dans les manifestations du MLF. De Delphine Seyrig Sois belle et tais-toi – où elle donne la parole à des actrices de cinéma américaines et françaises – et aussi S.C.U.M. Manifesto réalisé avec Carole.

Finalement, ce film qui remet au gout du jour les luttes féministes des années 70 est aussi une reconnaissance de dette de la génération actuelle vis-à-vis de ces cinéastes qui ont su faire des films d’intervention dans le champ politique sans aucune compromission avec le pouvoir patriarcal du cinéma dominant.

P COMME POUPEES – japonaises

 Épouse, fille, mère, Alain Della Negra, Kaori Kinoshita, 2019, 35 minutes.

Des hommes sans femmes. Délaissés, isolés, souffrant de solitude sans doute. Car un homme peut-il vivre sans présence féminine, sans contact féminin ? Il ne s’agit certainement pas d’amour, ni même de sentiment. Tout simplement il y a des hommes qui ne peuvent vivre qu’au milieu des femmes.

Alors ils ont un bon moyen pour remplacer ces femmes réelles qui pour une raison ou une autre les ont abandonnés. Les poupées ! Oh, pas des poupées d’enfant, des poupées miniatures, de simple jouet pour faire la dinette, ces compagnes des petites filles qui peuvent alors se croire une maman, ou une maitresse d’école. Ce que veulent ces hommes, ce sont des poupées grandeur nature, qui ont une réelle présence féminine et qui finissent par incarner leur idéal féminin. Des poupées si jolies, éternellement jeunes et surtout si dociles, même s’il n’est pas toujours facile de les déshabiller comme le montre la dernière séquence du film. Des poupées que l’on peut cajoler, dont on peut s’occuper infiniment, prendre soin de leur coiffure comme de leur tenue. Et qui resteront fidèles, sans jalousie aucune si on leur impose une autre compagne, ou même plusieurs, suivant ses moyens financiers. Mais le film ne dit pas combien elles coûtent à l’achat. Peu importe de toute façon. Ce n’est pas une question d’argent.

Les poupées d’accompagnement des hommes seuls, au Japon, c’est une véritable industrie. Un phénomène qui s’inscrit en parfaite harmonie avec cette partie de la culture nippone contemporaine, celle qui vénère jusqu’à l’excès le virtuel et ses stars, depuis les mangas bien sûr jusqu’aux jeux vidéo en passant par les dessins animés (ces « animés » qui ont conquis depuis quelques décennies déjà les télés du monde entier), ou aussi les modes du cosplay  ou du kigurimi, ces déguisements qui peuvent prendre une dimension quotidienne et dans lesquels sont investis des personnages fictionnels de dessins animés notamment, de Pikachu à Winnie l’ourson.

Tout cela, le film de Alain Della Negra et Kaori Kinoshita nous le présente avec beaucoup de simplicité et de naturel, sans émettre de jugement, mais avec une petite dose d’ironie quand même (par exemple dans la séquence finale déjà citée où retirée le minishort d’une poupée demande une grande habileté et beaucoup de patience !). Même si elles ont conquis le monde entier, ces pratiques japonaises ne restent-elles pas un peu exotiques ?

Les hommes sans femmes

Les poupées, qu’ils achètent et dont ils prennent soin

La fabrique des poupées

Cosplay

Festival Cinéma du réel 2019, Paris.

I COMME IMMIGRATION – Coiffure.

Chez jolie coiffure, Rosine Mbakam, Belgique, 2018, 70 minutes.

Des tresses. Des tresses, encore des tresses, à longueur de journée, du matin au soir, toujours des tresses. L’agilité des doigts. Le geste rapide quasi automatique. Et le résultat : une coiffure qu’on devine particulièrement réussie.

Mais le film de Rosine Mbakam ne s’attarde pas sur les coiffures. Il n’y a dans Chez jolie coiffure aucune séquence qui s’apparenterait à une présentation de mode. Les clientes ne sont pas des modèles. Il n(y a pas non plus de démonstration de technique de coiffure. Ce n’est pas par ce film que l »on pourra apprendre à faire des tresses africaines. Coiffer est un métier. Ici il permet de vivre. Un point c’est tout.

Car le film est d’abord un portrait. Celui de Sabine, venue du Cameron en Belgique après un périple d’immigration qu’ont connu bien d’autres africains. Sabine est une femme joviale, qu’on devine bomme vivante. Bavarde, elle parle avec beaucoup de spontanéité de sa vie, ici à Bruxelles, dans le quartier Montagé. Ou avant, en Afrique,  en pensant à ceux qu’elle a quittés.

Mais c’est aussi le portrait d’une communauté où la solidarité n’est pas un vain mot. Ces africains et africaines, en attente de papiers (on ne prononce pas le mot de clandestins), les ami.e.s de Sabine qui fréquentent sa boutique pour y travailler aussi. Tous ont les mêmes préoccupations : les papiers, l’argent, la vie d’immigrés.

La boutique de Sabine, ce petit « salon » de coiffure, c’est aussi le sujet du film. On n’en sort jamais. Et si Sabine va faire un tour dans la galerie où elle est située, c’est pour chercher des informations sur les bagarres qui éclatent par moment. Mais nous ne la suivons pas. La caméra reste dans la boutique et la cinéaste est chargée de la surveiller.

Un huis-clos donc. L’espace est exigu et pas mal, encombré. Pas facile pour la cinéaste de varier les cadres. Heureusement il y a les glaces, indispensables pour la coiffeuse, qui permettent des jeux de reflets qui donnent presque une profondeur de champ là où il n’y en a pas. Et puis la boutique donne sur la galerie où dont installées d’autres coiffeuses. Nous voyons sans cesse les passants. Et la caméra fixe ces groupes de touristes, ces collégiens ou lycéens aussi, qui scrutent son intérieur, comme s’ils étaient au zoo dit Sabine. Si elle est quelque peu excédée, elle ne se met pourtant jamais en colère. Elle en rit plutôt. L’important c’est d’éviter d’être remarqué par les policiers lors des descentes fréquentes qu’ils effectuent dans la galerie. Lorsqu’ils sont annoncés, on éteint les lumières.

Chez jolie coiffure est un film qui donne une vision concrète – et précise – de la vie des immigrées en Belgique. Regrettent-elles d’être parties. Si c’était à refaire, le referaient-elles ? Vus les dangers et les difficultés du trajet, elles ne conseilleraient pas à celles qui sont restées de tenter l’aventure. Ici, ce qui est important, c’est d’avoir une clientèle et des amies – comme la cinéaste – avec qui bavarder, de tout et de rien, surtout de leur situation d’immigrées.

Un film sur des femmes africaines, réalisé par une africaine, en toute connivence.

N COMME NUDITE.

Ma nudité ne sert à rien, Marina de Van, 2018, 85 minutes.

Si l’exhibitionnisme ne vous choque pas, bien au contraire,

Si vous raffolez du narcissisme (primaire ou non),

Si vous vous délectez du parisianisme, alors…

Ce film est pour vous.

Sinon, fuyez !

Ne filmer que soi, tout au long d’un film qui se présente comme autobiographique, est chose difficile. Pour intéresser, la tentation est forte d’y mettre du piquant. A tout prix. Marina de Van a tenté le coup de la nudité. Si l’on prend le titre du film à la lettre, c’est plutôt raté !

Marina vit seule – enfin, presque seule, puisqu’elle a un chat, une chatte plutôt ! Elle vit le plus souvent nue dans son appartement. Elle se filme nue presque toujours allongée sur son lit dans des positions de Maja. Des images qui ne manquent pas d’une certaine rigueur plastique. Quand elle danse, ou fait de l’exercice physique, c’est autre chose. C’est que Marina n’est plus vraiment jeune.

A l’approche de la cinquantaine, ce qui tourmente Marina, ce n’est pas de n’être plus désirable ou de risquer de ne plus être désirable. C’est – un tourment bien plus grand – de ne plus désirer. De ne plus ressentir de désir pour les hommes. De ne plus avoir de sexualité active (en dehors de la masturbation en regardant une vidéo porno).

Pour éviter ce nihilisme du désir, elle fait bien des efforts pourtant. Elle fréquente assidûment les sites de rencontre. Et elle concrétise ses contacts virtuels dans la réalité. D’où sa fréquentation des cafés parisiens, dans les beaux quartiers toujours. Mais rien n’y fait. Les ruptures sont rapides, parfois violentes. Mais le champagne coule à flots.

Pour ne pas sombrer totalement, Marina ne trouve qu’une solution : quitter Paris. Aller se ressourcer dans le sud, au soleil, en jouant les touristes. Les prises de vue de la côte et de la mer renforcent le côté factice de tout cela, de la vie entière de Marina.

R COMME RÉALISATRICES – filmographie.

Les femmes réalisatrices de films documentaires sont nombreuses. Les esprits chagrins diront que c’est parce que les hommes se réservent le domaine de la fiction…Nous répondrons simplement que nombre de documentaires d’origine féminine sont parmi les plus créatifs de tout le cinéma !

Voici un inventaire, bien incomplet bien sûr,  une sélection personnelle mais qui montre la diversité et la richesse du cinéma documentaire des réalisatrices.

La filmographie de chaque réalisatrice ne cherche pas à être exhaustive. Elle sera complétée au fil du temps.

Photo : Carole Roussopoulos.

Abitbot Judith :

Vivere (2016)

Abramovich Fabienne :

Dieu sait quoi (2004) ; Liens de sang (2006) ; Un peu, beaucoup, passionnément (2016)

Adi Yasmina :

Ici on noie les algériens (2010)

Aellig- Régnier Raphaëlle :

Alexandre Tharaud, le temps dérobé (2013) ; Ostinato (2018)

Aghion Sabrina :

Mon voisin, mon tueur (2009)

Akerman Chantal :

News from home (1977) ; D’Est (1993) ; Sud (1999) ; De l’autre côté (2002) ; Là-bas (2006) ; No movie home (2015)

Albert Fleur :

Ecchymoses (2008) ; Vincent Dieutre, la chambre et le monde (2013)

Aldighieri Marion :

Le serment de Malicounda (2002) ; Emmanuelle Laborit, le chant des signes (2011) ;  Avec nos yeux ( 2013)

Allegra Cécile :

Haïti, la blessure de l’âme (2010) ; La Brigade (2011) ; Une enfance au travail (2013) ; Voyage en barbarie (2014) ; Black-out (2015) ; Etat-mafia : un pacte sanglant (2016) ; Anatomie d’un crime (2017)

Ancelin Clémence :

Habiter / Construire (2011)

André Yael :

Bureau des Inventaires systématiques de la mémoire résiduelle (2002) : Chats errants (2007) ; Quand je serai dictateur (2013)

Andriamonta-Paes Marie-Clémence :

Fahavalo, Madagascar 1947 (2018)

Angelini Claire :

Le retour au pays de l’enfance (2009) ;  La guerre est proche (2011) ; Et tu es dehors (2012) ; Ce gigantesque retournement de la terre (2015) ; Chronique du tiers-exclu (2017) ;

Arbid Danielle :

Seule avec la guerre (1999)

Aubry Noémi :

Et nous jetterons la mer derrière vous ( 2015) ; Une Autre Montagne (2017)

Audier Sophie :

Les chèvres de ma mère (2013)

Audouze Maïlys :

Le saint des voyous

Aviv Nurith :

D’une langue à l’autre (2004) ; Langue sacrée, langue parlée (2008) ; Traduire (2011) ; Annonces (2013) ; Poétique du cerveau (2015) ; Signer (2018) ; Yddish (2019)

Avouac Anne-Marie :

Agnès à tout prix (1999) ; Le mari de la femme du banquier ( 2000) ; Les caprices du Chef  (2001) ; Miami Vice  (2002) ; Le petit Charles (2003) ; America America (2004) ; A la poursuite de Madame Li (2005) ; Tiens–toi droite tu es une reine (2006) ; Evelyn, reine d’Afrique (2008) ; La salle à Marek (2009) ; Alors, ça baigne ! (2010) ; America America,  La suite (2012) ; Ma mère, mon poison (2017) ; Pornographie : un jeu d’enfant (2019)

Baichwal Jennifer :

Paysages manufacturés (2006) ; La dette (2011) ; Anthropocène, l’époque humaine (2018).

Barbé Anne :

Ceux de Primo Lévy (2010)

Baudoin Caroline :

La cinquième saison (2009)

Baus Emma :

Culture animale (2005), A la recherche des cendrillons russes (2006), Il était une fois l’instinct maternel (2007), La route de la non-violence (2009), Voler par-dessus les nuages (2010), Dimanche à la ferme (2011), Là-haut sur la montagne (2014), Trois petits chats (2015), Là-bas sur nos rivages (2015), A côté dans nos forêts (2016), Le mystère des dragons à plumes (2016), L’aube des mammifères (2016), Qui a tué les insectes géants ? (2016), Cinq petits cochons (2017), Malin comme une chèvre (2019).

Beckermann Ruth :

Retour à Vienne (1983) ; Homemad(e) (2000) ; American Passages (2011) ; Those Who Go Those Who Stay (2013) ; Rêveurs rêvés (2016) ; La valse de Waldheim (2018)

Benguigui Yamina :

Femmes d’Islam (1994) ; Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin (1997) ; Le jardin parfumé (2000) ; 9-3, mémoire d’un territoire (2008)

Berda Virginie :

Les colombes du Bengale ; Père François Laborde : une vie au cœur des bidonvilles indiens.

Berger Géraldine :

Les orphelins de Sankara (2018)

Bernstein Catherine :

Assassinat d’une modiste (2005) ; T4 Un médecin sous le nazisme (2014)

Bertuccelli Julie :

La fabrique des juges (1998) ; La cour de Babel (2013) ; Dernières nouvelles du cosmos (2016)

Beugnies Pauline :

Rester vivants (2017)

Billet Claire :

Le dernier calife d’Afghanistan (2014) ; Justice pour Farkhonda (2015) ; Haya, rebelle de Ragga (2015) ; Comme une pluie de parfum ( 2015) ; Tu seras suédoise ma fille (2017) ; Cœur de pierre (2018)

Bitton Simone :

Palestine, histoire d’une terre (1993) ; Mur (2004) ; Rachel (2015)

Blanc Manuelle :

Persona, le film qui a sauvé Bergman (2018)

Bodet Pascale :

L’Abondance (2013)

Bonhommed Marie :

Les marches de Belleville (2019)

Boni-Claverie Isabelle :

Trop noire pour être française (2016)

Bonnaire Sandrine :

Elle s’appelle Sabine (2007) ; Ce que le temps a donné à l’homme (2015)

Bookchin Natalie :

Long Story short (2016) ; Now he’s out in public (2017)

Borgmann Monika :

Tadmor (2017)

Bories Claudine :

Monsieur contre Madame (2008) ; Les arrivants (2008) ; Les règles du jeu (2014)

Boucand Gaëlle :

J.A. (2020) ; Berliners (2017) ; Changement de décor (2015) ; Mexian (2014) ; J.JA (2012) ; Partis pour Croatan (2010)

Boudalika Litsa :

Photo de classe (1992) ;  Ma cousine lointaine (1999) ; Les Iles se rejoignent sous la mer (2009)

Bouffartigue Clara  :

 Tempête sous un crane (2011)

Bouley Barbara :

Et maintenant la quatrième partie de la trilogie commence (2009)

Bredier Sophie :

Nos traces silencieuses (1998) ; Séparées (2000) ; Corps étranger (2004) ; Femmes asiatiques, femmes fantasmes (2007) ; Elie et nous (2009) ; La Tête de mes parents (2011) ; Mon beau miroir (2012) ; Orphelins de la patrie (2014) ; Maternité secrète (2017)

Briet Chantal :

Hassina et Kamel (1992) ; Parlez-moi d’amour (1998) ;  Un enfant tout de suite (2001) ; Printemps à la source (2001) ; Alimentation générale (2005) ; J’ai quelque chose à vous dire (2007) ; J’habite le français (2008) ; L’année des lucioles (2013) ; Des huitres et du champagne (2018)

Brisavoine Emilie :

Pauline s’arrache (2015)

Broué Isabelle :

Lutine (2016)

Brun Dorine :

La cause et l’usage (2012) ; Projections (2017)

Brun Mélanie :

Il n’y aura pas de révolution sans chanson (2013)

Bruneau Sophie :

Par devant notaire (2004) ; Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés (2006) ; Terre d’usage (2010) ; Le prince Miiaou (2013) ; Rêver sous le capitalisme (2018) ;

Bruni Tedeschi Valérie :

Une jeune fille de 90 ans (2017)

Burel Anouck :

Les combattantes (2019)

Cabrera Dominique  :

Chronique d’une banlieue ordinaire (1992) ; Une poste à La Courneuve (1994) ; Demain et encore demain (1997) ; Grandir (2013)

 Calle Sylvia

Ma vie dans une valise (2004) ; Entre deux (2010)

Capelle Caroline :

Dans la terrible jungle (2018)

Caron Charline :

Ombre et lumière (2012)

Carton Lætitia :

La pieuvre (2009), Edmond un portait de Baudouin (2014) ; J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (2015) ; La visite (2015) Le grand bal (2018)

Catella Catherine :

Un paese di Calabria (2016)

Castillo Carmen :

La Flanca Alejandra (1994) ; Rue Santa Fe (2007) ; On est vivant (2015)

Celesia Alessandra :

Le libraire de Belfast (2011) ; Mirage à l’italienne (2013)

Chardak Henriette

Jean Huss, désobéir pour la vérité.

Chaufour Lucile :

Violent Days (2009) ; East Punk Memories (2012) ; Léone, mère & fils (2014)

Chevalier-Beaumel Aude :

Rio, année zéro (2011) ; Sexe, prêche et politique (2016)

Chevet Brigitte :

Mourir d’amiante (2005) ; Jupe ou pantalon (2007) ; Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre (2008) ; Au fil de l’eau (2010) ; Docteur Yoyo (2010) ; Le menhir et la rose (2013) ; L’espionne aux tableaux (2015) ; Les voleurs de feu (2016) ; Les rumeurs de Babel (2017)

Choukri Dalila :

L’horizon ne s’arrête pas à la Courneuve (2016)

Chouraqui Margaux :

Exilés (2018)

Chupin Suzanne :

De l’encre sous la peau (2016)

Clarke Shirley :

Portrait of Jason (1967)

Colonna-Cesari Constance :

Les Diplomates du pape (2018)

Compan Inès :

La vie devant toi (1999) ; A ciel ouvert (2009)

Coulon Jill :

Tu seras sumo (2013) ; Voyage en occident (2015) ; Grandir (2018)

Courtès Marie-Christine :

Mille jours à Saïgon (2013)

Crepel Marion :

Ecrire le mouvement (2013)

Crouzillat Hélène :

Les messagers (2015)

Dambel Cathie :

Issue de secours (1998) ; A une lettre près (2001) ; Gaspard de la nuit (2004) ; Rosière (2008)

Dampierre Sylvaine :

Pouvons-nous vivre ici (2002) ; D’un jardin l’autre (2005) ; Le pays à l’envers ( 2009) ; Piazza mora (2013).

Darrouquy Caroline :

Défi de solidarité (2018)

Deak Marina :

Si on te donne un château, tu le prends? (2015)

Decaster Laïs

Je ne suis pas malheureuse (2018)

De Felice Daniela :

(G)rève général(e) (2007) ; Casa (2013)

 De Latour Eliane :

Little go girls (2015)

Deleule Sylvie :

La mort lente de l’amiante (2004) La vieillesse de Bruno, Annette, Jean-Loïc (2010) Hubert Nyssen, A livre ouvert (2010) Luis Sepúlveda, l’écrivain du bout du monde (2011) De la drogue dans nos assiettes (avec Rémy Burkel, 2012) L’Islande de Audur Ava Olafsdottir, Jon Kalman Stefansson, Arni Thorarinsson (2013) L’affaire Toutankhamon (2015) Au théâtre des aînés (2017) Le monde merveilleux des Youtubeuses (2018)

Deloget Delphine :

No London today (2008) ; Voyage en barbarie (2014)

Delumeau Martine :

Dassler contre Dassler (2013)

Demoris Emmanuelle :

Mafrouza (2007-2011)

Denis Claire :

Vers Mathilde (2005)

Détrie Delphine :

Jeune Bergère (2018)

De Sousa Dias Susana :

48 (2009)

Deyres Martine :

Le sous-bois des insensés, une traversée avec Jean Oury (2016) ; Les heures heureuses (2019)

Diaman Anca :

Le voyage de monsieur Crulic (2011)

Diaz Elvira :

Y Volveré (2013) ; Victor Jara N°2547 (2013) ; El patio (2016)

Diop Alice :

Clichy pour l’exemple (2006) ; Les Sénégalaises et la Sénégauloise (2007) ; La mort de Danton (2001) ; Vers la tendresse (2015) ; La permanence (2016)

Dols Alexandra :

Moudjahidate (2007) ; Derrière les fronts: résistances et résiliences en Palestine (2017) ;

Dorr Anne :

Fest Napuan (2015) ; Osons le bonheur (2018) ; Fraternité, les pistes en outre-mer (2018)

Doublet Ariane :

Les terriens (1999) ; Les bêtes (2001) ; Les sucriers de Colleville (2003) ; La maison neuve (2005) : Fièvres (2009) ; La pluie et le beau temps (2013) : Les réfugiés de Saint Jouin (2017)

Dréan Céline :

Le Veilleur (2010), Pascaline et Klara (2013), L’Hippodrome (206)

Driver Sara :

Basquiat, un adolescent à New York(2018)

Duchemin Eve :

En bataille, portrait d’une directrice de prison (2016)

Dumas Eléonore :

Tant que nos coeurs battront (2019)

Dumitrescu Ana :

Khaos, les visages humains de la crise grecque (2012) ; Même pas peur (2015) ; Licu, une histoire roumaine (2017)

Dumora Marie :

Le square Burq est impec (1997) ; Avec ou sans toi (2002) ; Emmenez-moi (2004) ; Je voudrais aimer personne (2008) ; La place (2011) ; Belinda (2016)

Eborn Anna

Pine Ridge (2013) ; Epifania (2016) ; Lida (2017); Transnitra (2019)

Echard Aminatou :

Djamilia (2018)

El Fani Nadia :

Laïcité Inch’Allah ! (2011) ; Même pas mal (2012) ; Nos seins, nos armes (2013)

El-Tahri Jihan :

L’Afrique en morceaux (2000) ; The House of Saud (2004) ; Cuba! Africa! Revolution! (2007) Behind the Rainbow (2009) ; Egypt’s Modern Pharaohs (2015)

Escriva Amalia :

Il naît de sources (1999) ; Le chant perdu de Grégoire (2005) ; 1,2,3…sommeil (2007) ; Le miroir aux alouettes (2010) ; Vierge et la cité (2014) ; Colonie (2016)

Fedoroff Delphine :

Après nous ne restera que la terre brulée (2014)

Feillou Anna :

Un exil espagnol (2007) ; Jacques, Jean-Bernard et Jean (2011) ; Effacée (2013) ; Aux Capucins (2015) ; Encore un été (208)

Férault-Lévy Leila :

Bon papa (2007) ; Gao Xingjian, celui qui marche seul (2012) ; Les ombres, un conte familial (2013) ; Luce, à propos de Jean Vigo (2016)

Feltin Mariette :

Raconte-moi ta langue (2008) ; Les enfants du dehors (2017)

Frésil Manuela :

Pour de vrai (2003) ; Entrée du personnel (2011) ; Le bon grain et l’ivraie (2018)

Gambart Marie-Christine :

Daria Marx, la vie en gros (2019) ; Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre (2019) ; Drôles pour toujours, Maillan – Poiret – Serrault (2018) ; La Maison des Hommes Violents (2017) ; Michèle Bernier, l’Irrésistible (2017) ;  Charles le Catholique, 1958-1969 (2017)  ; Dietrich/Garbo – L’Ange et la Divine (2016)

Gay Amandine :

Ouvrir la voie (2017)

Gervais Marion :

Anaïs s’en va en guerre (2014) ; La belle vie (2016) ; Louis dans la vie (2019)

Georget Anne :

Cholestérol, le grand bluff (2016) ; Adoption, le choix des nations, (2015) ; Festins imaginaires (2015) ; Quand un homme demande à mourir (2013) ; Maladies à vendre (2012) ; Questions d’éthique (2011) ; Une télé dans le biberon (2010) ; Maudit gène (2007) ; Les recettes de Mina, Terezin 1944 (2007) ; Éclats de fugue (2005) ; Louise, Amandine et les autres (2004) ; En quête d’asile (2003) ; Formules magique (2001); Histoires d’autisme (2000)

Gilbert Eléonore :

Hôtel Echo (2018)

Gillard Stéphanie :

The ride (2017)

Gillet Caroline :

Les mères intérieures (2019)

Gintzburger Anne :

Des femmes en colère (2019) ; La marche des femmes (2019) ; Les femmes du rond point (2019) ; Les gardiennes de l’île (2019) ; Routes solidaires (2019) ; Du fil à retordre (2018) ; Roman d’une adoption (2018) ; Les champs de la colère (2018) ; Coups sur corps (2016) ; Enfants du terril (2016) ; Parents à perpétuité (2015) ; Le monde et nous (2009)

Glanddier Sophie :

Le canapé de Mohamed (2014) ; Jess, vent de face (2018)

De Grave Marie-Eve :

Belle de nuit. Grisélidis Real. Autoportraits (2016)

Grando Coline :

La place de l’homme (2017)

Grégoire Charlotte :

Stam (2007) ; Charges communes (2012) ; Bureau de chomage (2015) ; Ceux qui restent (2018)

Guerber-Cahuzac Chloé :

L’autre naissance (2013) ; En territoire hostile (2019)

Guzman Urzua Camila :

Le rideau de sucre (2006)

Guzzanti Sabina :

Draquila : l’Italie qui tremble (2010)

Gueoguiva Elitza :

Chaque mur est une porte (2017)

Haglund Erika :

Le moindre centime ( 2012) ; Cinéma Woolf (2018)

Hahn Clarisse :

Ovidie (2000) ; Karima (2003) ; Les protestants (2005) ; Kurdish lover (2010)

Hannon Mireille :

Vers un retour des paysans (2000) ; Parlez-moi d’amour (2000) ; Dernier hommage (2004) ; L’écrire pour le dire (2005) ; L’affaire Montcharmont (2007) ; 43 tirailleurs (2011) ; Décrochage(s) (2012)  ; Le village métamorphosé (2016)

Hebert Clémence

Le bateau du père (2010) ; La porte ouverte (2014) ; Drôle de pays (2014) ; Kev (2018)
 

Hirte Anca :

Au nom du maire (2013) ; Ancasa (2015) ; Il respire encore (2016)

 Hoffenberg Esther :

Comme si c’était hier (1980) ; Les deux vies d’Eva (2005) ; Discorama, Signé Glaser (2007) ; Au pays du nucléaire (2009) ; Récits de Sam (2009)

Horovitz Pauline :

Pleure ma fille, tu pisseras moins (2011) ; Des Châteaux en Espagne (2013) ; Freaks ou Nouvelles Histoires comme ça (2016)

Howe Sarah Moon

En cas de dépressurisation (2009) ; Le complexe du kangourou (2014) ; Celui qui sait saura qui je suis (2017)

Ingold Isabelle :

Au nom du maire (2004) ; Une petite maison dans la cité (2009) ; Des jours et des nuits sur l’aire (2016) ; le monde indivisible (2018)

Issartel Fabienne :

Chacun cherche son train (2016)

Jaeggi Danielle :

L’homme que nous aimions le plus (2018)

Jäger Sabrina :

Mise à prix (2014)

Jannelle Bérangère :

Les Lucioles(2018)

Jeunehomme Marie-Paule :

Los Nietos (2008) ; Chronique basque (2012)

Jimenez Mary :

Du verbe aimer (1985) ; Loco Lucho (1998) ; La position du lion couché (2006) ; Le dictionnaire selon Marcus (2009) ; D’arbres et de charbon (2012) , Héros sans visage (2012) ; Sobre las bravas (2013) ; Face deal (2014) ; Sous le nom de Tania (2019)

Julliand Anne-dauphine :

Et les mistrals gagnants (2016)

Ka Marie :

La plume du peintre (2017)

Kamerlin Ingrid :

Vivian Vivian (2017)

Kaplan de Macedo Naruna :

Depuis Tel-Aviv (2009) ; Cité hôpital ( 2011) ; Depuis Médiapart (2018)

Kapnist Elisabeth :

La vie en vrac, le quotidien d’un hôpital psychiatrique de jour (2011) ; Solovki, la bibliothèque disparue (2013) ; Orson Welles, autopsie d’une légende (2014) ;

Kawase Naomi :

Genpin (2010) ; Trace (2012)

Kemff Frida :

Un refuge pour l’hiver (2014)

Kendall-Yatzkan Anna-Célia :

Les Yatzkan

De Kermadec Liliane :

La Route de la soie chinoise (2000) ;  La Très chère indépendance du Haut Karabakh (2005) ; L’histoire naturelle d’Armand David (2006) ; He Film (2011)

Kilani Leila :

Nos lieux interdits (2008)

Kirsch Laurence :

Grandir (1998) ; Surpris de nature (2000) ; Dans mon quartier coule une rivière ( 2002) ;  Présence silencieuse (2005) ; Naissance de Bartas (2009) ; Sylvaine ( 2010) ; Gagner sa vie ( 2012); Quiest celui-là? ( 2014) ; Villa ressources ( 2017) ; Prosper et la jeunesse pétillante (2017) ; Emma ( 2019)

Klaman Alison :

Ai Wei Wei : never sorry (2012)

Kolmel Anja :

Chris the Swiss (2018)

Komar Gaëlle :

La main au-dessus du niveau du coeur (2011) ; Le ridicule ne tue pas (2017)

Kourkouta Maria :

Des spectres hantent l’Europe (2016)

Kranioti Evangela :

Marilyn de Los Puertos (2013) ; Exotica, Erotica, Etc. (2015) ; Obscuro Barroco (2018)
 

Kronlund Sonia :

Nothingwood (2017)

Kunvari Anne :

Bénéfice humain (2001) ; Consultations (2003) ; Nos jours à venir (2004) ; Le moment et la manière (2014)

Laconi Edie

Les horizons (2008) ; Les petites mains (2009) ; Champ de bataille (2016) ; Ici je vais pas mourir (2019)

 Lafay-Delhautal Anelyse :

Consule à Katmandou (2014) ; Lyon ville de lumière (2014) ; Insulare ((2015) ; Merci Marie (2016) ; Prostitution le prix des larmes (2016) ; Pasta Cultura a Bologna (2017) ; Quand le patrimoine monte en station (2018) ; Mes parents sont homophobes (2018) ;   Arletty et Coco Chanel, la liberté absolue (2017) ; La table, le chef et le designer (2019).

Lamour Mariane :

La ruée vers l’art (2012)

Lapiower  Hélène :

Petite conversation familiale (1999)

Laurenceau Julia :

Rêve général (2008) ; Et Charles Benarroch à la batterie (2015); L’Ile (2016)

Lazar Florence :

Les Bosquets (2010) ; Kamen les pierres (2014)

Lefevre Quennell Carine :

Alzheimer mon amour (1998) ; Corps et Âme (2002) ; Pas de repos pour Granny (2003) ; Nuits blanches à l’hôpital (2003) ; Dans la peau d’un éducateur (2007) ; Mère Térésa, la folie de Dieu (2010) ; La boucherie est à vendre (2012) ; Green school, l’école sans murs (2017).

Leibovitz Barbara :

Annie Leibovitz : life through a lens (2007)

Lélu Elodie

Lettre à Théo (2018)

Lemoine Lisette

Amnesthésie (2014) ; La voie de l’hospitalité (2015)

Lenfant Anne :

Une chalbre à elle (2006)

Leonil Chloé :

La femme couchée (2016) ; Plaza de la independacia (2018)

Leuvrey Elisabeth :

La traversée (2012) ; At(h)ome (2013) ; Oh, tu tires ou tu pointes ? (2013)

Lévy-Morelle Anne :

Casus belli, sur les sentiers de la paix (2014)

Ley Ombline :

Dans la terrible jungle (2018)

Liénard Bénédicte :

Têtes aux murs (1997) ; D’arbres et de charbon (2012) ; Sobre las bravas (2013 ; Sous le nom de Tania (2019)

Linhart Virginie :

Simone de Beauvoir, On ne naît pas femme… (2007) ; 68, mes parents et moi (2008) ; Après les camps, la vie (2009) ; Juin 1940 : le piège du Massilia (2010) ; Ce qu’ils savaient . Les Alliés face à la Shoah (2012);  Jacques Derrida : le courage de la pensée (2014) ; Sarajevo, des enfants dans la guerre (2014) ; Vincennes, l’université perdue (2016) ; Jeanne Moreau l’affranchie (2017) ; Brigitte Macron, un roman français (2018)

 Loehr Ellénore :

Miel et magnésie (2012) ; Il était une fois Hamlet et Ophélie à Shanghai…(2016) ; Léo, Loulou, Jeanne et les autres (2018)

Loizeau Manon :

La Malédiction de naître fille (2006) ; Carnets de route en Géorgie (2008) ; Meurtres en série au pays de Poutine (2009) ; Chronique d’un Iran interdit (2010) ; L’immigration, aux frontières du droit (2011) ;Tchétchénie, une guerre sans traces (2014) ;Syrie : le cri étouffé (2017)

Loridan-Ivens Marceline :

Le 17° parallèle (1968) ; Comment Yukong déplaça les montagnes (1976)

Losier Marie :

The ballad of Genesis et lady Jaye (2011) ; Alan Vega, Just a Million Dreams (2013) Cassandro el exotico (2018)

Loubeyre Nathalie :

No Comment (2009) ; A contre-courant (2013) ; La petite dette qui monte qui monte (2014) ;  La mécanique des flux (2016)

Lynch Shola :

Free Angela Davis and all political prisoners (2011)

Maffre Marie :

Ainsi squattent-ils (2013)

Mbakam Rosine

Les deux visages d’une femme bamiléké (2016) ; Chez jolie coiffure (2018)

Malek-Madani Fery :

Les filles (2017)

Mangeat Anouck :

Et nous jetterons la mer derrière vous ( 2015) ; Une Autre Montagne (2017)

Marcos Norma :

Freud, Lacan : comment écrire leurs biographies ? (2011) ; Un long été brulant en Palestine (2018)

Marlin Lydie :

Barbès batailles (2019)

Mathieu Séverine :

Filles de nos mères (2001); L’écume des mères (2008) ; Les Rêveurs (2013)

Mèawaï Florence.

Les carpes remontent le fleuve avec patience et persévérance (2011)

Mercurio Stéphane :

Le bout du bout du monde (2000) ; Hôpital au bord de la crise de nerf (2003) ; A côté (2007) ; Mourir ? Plutôt crever ! (2010) ; A l’ombre de la République (2011), Après l’ombre (2017)

Mesa Catalina :

Jerico, l’envol infini des jours (2018)

Mikles Laetitia :

Kijima stories (2014)

Milano Hélène :

Nos amours de vieillesse (2005) ; Les roses noires (2012) ; Charbons ardents (2019)

Minder Véronika :

My generation (2012)

Mitteaux Valérie :

Caravane 55 (2003) ; Kings of the world (2007) ; Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre (2011) ; Des poules et des grosses voitures (2013) ; 8 Avenue Lénine (2018)

Moreau Lætitia :

Histoire d’une désinformation toxique (2016) ; Djihad, les contre-feux (2016)

Moreau Marie :

Une partie de nous s’est endormie (2014) ; Soleil sombre (2017)

Mréjen Valérie :

Valvert (2008)

Négroni Magali :

Adelita, sevilla y flamenco (1995) ; L’enfant torero (1996) ; Federico García Lorca (1998) ;

Osouf Valérie :

L’Identité Nationale (2012) ; Par delà les territoires (2017) ; Colonial remix (2018)

Otero Mariana :

La loi du collège (1994) ; Histoire d’un secret (2013), Entre nos mains (2010) ; A ciel ouvert (2013) ; L’assemblée (2017)

Ott Manon :

Narmada (2012) ; De cendres et de braises (2018)

Özdemir Tulin :

Au-delà de l’Ararat (2013)

Pagnot Bénédicte :

Islam pour mémoire, un voyage avec Abdelwahab Meddeb (2015)

 Panayotova Bojina

Je vois rouge (2018) ; L’immeuble des braves (2019)

Perceval  Elisabeth :

L’héroïque lande, la frontière brule (2018)

Perelmuter Viviane :

Ours (2005) ; Le vertige des possibles (2011)

Pernoud Fanny :

Appellation d’origine immigrée (2012) ; Les vies dansent (2017)

Piedboeuf Marika :

Mon premier rôle (2016)

Philippe Nora :

Les Ensortilèges de James Ensor (2010) ; Samtavro (2011) ; Pôle emploi, ne quittez pas (2013) ; Like dolls, I’ll Rise (2018).

Pinatel Flavie :

Ramallah Tirana (2013) ; Les chants de la Maladrerie (2017)

Pitoun Anna :

Caravane 55 (2003) ; Kings of the world (2007) ; Smaïn, cité Picasso (2011) ; Des poules et des grosses voitures (2013) ;  8 avenue Lénine (2018)

Plumet Béatrice :

Routes Perdues (2007) ;  Capture Mode (2010) ; Les Immobiles (2014) ; Les Images Parfaites (2016) ; Chroniques Impatientes (2016)

Porte Isabelle :

 Smoking no Smoking, le smoking au féminin (2013) ; Qu’importe le flacon, l’autrement du parfum (2013) ; MP 2013, un héritage pour Marseille (2014) ; Quand l’habit fait le moine (2016) ; Guerriers du silence  (2017) ; Filippo Sorcinelli, croire et voir (2017) ; Frédéric Poggi, una manera d’esse un omu (2018)

 

Pouch Charlotte :

Des bobines et des hommes (2017)

Poukine Alexe :

Sol mineur (2008) ; Petites morts (2008) ; Dormir dormir dans les pierres (2013) ; Sans frapper (2019)

Pradal Laure :

Deux Saisons pour grandir (2000) ; Chemin de femmes (2004) ; Le Miroir (2006) ; Grandir (2006) ; À ton tour Mireille (2008) ; Le Village vertical (2009) ; 1968 : journal d’une inconnue (2010) ; Parasols et Crustacés (2011) ; Âmes vagabondes (2012) ; En quête de justice (2014) ; La Vie sur l’eau (2015) ; Hors les murs (2016) ; Mimi, à fond la vie !(2017) ; Avoir 20 ans à Lunel (2018)

Prenant Franssou :

Paris, mon petit corps est bien las de ce grand monde (2000) ; Sous le ciel lumineux de son pays natal (2001) ; Le Jeu de l’oie du professeur Poilibus (2007) ; Bienvenue à Madagascar (2017)

 Pressman Frédérique :

Le monde en un jardin (2014)

Rabaud Marlène :

Kafka au Congo (2010) ; Meurtre à Kinshasa (2011) ; Caravane Touareg (2016) ; Congo Lucha (2018)

Rad Mina :

Pour moi le soleil ne se couche jamais (2012) ; Jean Rouch Regards Persan (2017) ; Contes Persan, Jean Rouch en Iran (2018) ; L’avenir du passé, Pierre et yolande Perrault (2019)

Rainer Yvonne :

Privilège (1990)

Reboulleau Lisa :

René R. (2014) ; L’Ultimu Sognu – Dernier Rêve à Petra Bianca (2019)

Régnier Isabelle :

La rue est à eux (2010)  ; Pièce montée (2012)

Régnier Stéphanie :

La loutre et le mobil home (2011) ; Kelly (2013) ; Eaux noires (2018)

Richard Anne :

L’affaire médiator ( 2011) ; Mère sans toit (2016) ; Défi de solidarité ( 2018)

Richard Chantal :

La vie en chantier (1996) ; Un jour je repaerirai (2002) ; Au nom des trois couleurs (2009) ; Mes parents n’avaient pas d’appareil photo  (2013) ; Ce dont mon coeur a besoin (2014)

Rios Palma Ketty :

Itinéraire d’un enfant placé (2017)

Robin Marie-Monique :

Le monde selon Monsanto (2008) ; Torture made in USA (2009) ; Notre poison quotidien (2011) ; Les moissons du futur (2012) ; Sacrée croissance !(2014)

Romand Françoise :

Mix-Up ou Méli-Mélo (1985) ; Appelez-moi Madame (1986) ; La règle du je tu elle il (2002) ; Ciné Romand (2009) ; Thème Je (2011)

Roucaut Magali :

Derrière les pierres (2016)

Roussillon Anna :

Je suis le peuple (2014)

Roussopoulos Carole :

Jean Genet parle d’Angela Davis (1970) ; Le Fhar (1971), Y’a qu’à pas baiser (1973) ; La marche des femmes à Handaye (1975) ; Les mères espagnoles (1975) ; Lip : Monique et Christiane (1976) ; Profession agricultrice (1982)

Sara Bouzgarrou Diane :

Je ne me souviens de rien (2017)

Schaeffer Clélia :

Violloncelles, vibrez ! ( 2016) ; Vie scolaire (2018) ; Jour de fête (2019)

Schiltz Anne :

Stam (2007) ; Charges communes (2012) ; Cello tales (2013) ; Orangerie (2013) ; Bureau de chomage (2015) ; Ceux qui restent (2018)

Seghezzi Christine :

Chair de ta chair (2004) ; Minimal land (2007) ; Stéphane Hessel, une histoire d’engagement (2008) ; Avenue Rivadavia (2012) ; Histoires de la plaine (2016)

Sénéchal Rébecca :

Les filles (2016)

Serreau Coline :

Solutions locales pour un désordre global (2009) ; Tout est permis (2014) ;

Seyrig Delphine :

Maso et Miso vont en bateau (1976) ; Sois belle et tais-toi (1976)

Simard Liane :

Il était six fois (2017)

Simon Claire :

Les patients (1989) ; Récréations (1993) ; Coûte que coûte (1994) ; 800 kilomètres de différence (2001) ; Mimi (2002) ; Géographie humaine (2013) ; Le bois dont les rêves sont faits (2015) ; Le concours (2016) ; Premières solitudes (2018)

Sissani Fatima :

La langue de Zahra (2011) ; Les gracieuses (2014) ; Tes cheveux démélés cachent une guerre de sept ans (2017)

Spitzer Barbara :

On travaille pour quoi? (1997) ; L’ombre d’Angkor (1997) ; La grève éternelle (1999) ; Ce qu’il en reste (2009) ; En remontant les vieilles routes (2012) ; Un corps qui cause  (2016)

Teixeira Camille :

Vivre autrement (2013) ; Accoucher autrement (2019)

Teles Leonor :

Terra Franca (2018)

Thiaw Rama :

Boul Fallé, la voie de la lutte (2009) ; The Revolution Won’t be Televised (2016)

Thirode Pascale :

Nos rendez-vous (2001) ; Peinture fraiche (2002) ; Aqua in Bocca (2009) ; Benny Levy, traces d’un enseignement (2014)

Tijou Brigitte :

Les marches de Belleville (2019)

Tissier Catherine :

Laïla (1997)

Traore Dahlberg Thérésa :

Ouaga girls (2017)

Trebal Nadège :

Casse (2014)

Treilhou Marie-Claude :

Paroisses, paroissiens, paroissiennes (1995) ; En cours de musique (2000) ; Les Métamorphoses du chœur (2005) ; Couleurs d’orchestre (2007)

Tura Laetitia :

Les messagers (2015)

Turco Lydie :

La voix de l’écolier (2010) ; Culture en scarabée (2016)

Varda Agnès :

Ô saisons Ô châteaux (1957) – L’Opéra-Mouffe (1958) – Du côté de la côte (1958) – Salut les Cubains (1963) – Elsa la rose (1966) – Oncle Yanco (1967) –  Black Panthers (1968) – Daguerréotypes (1975) – Réponses de femmes (1977) – Mur, murs (1980) – Ulysse (1982) – Les dites Cariatides (1984) – T’as de beaux escaliers, tu sais (1986) – Jane B par Agnès V (1987) – Les demoiselles ont eu 25 ans (1992) – Les cent et une nuit de Simon Cinéma (1994) – L’univers de Jacques Demy (1995) Les glaneurs et la glaneuses (1999) – Deux ans après (2002) – Ydessa, les ours et etc. (2004) – Les plages d’Agnès (2008)Agnès de-ci de-là Varda (2011) – Visages Villages (2017)

Velissaropoulou Niki :

Nous ne vendrons pas notre avenir (2018)

Vermeersch Laure.

Alcyons (2015)

Vignal Vanina :

Après le silence (2012)

Villar Catalina :

Les parrains de la drogue (1995) ; Toto la Monposina (1998) : Cahiers de Medelin (1997-1998) ; Patricio Guzman, une histoire chilienne (2001) ; Bienvenidos a Colombia (2002) ; Invente moi un pays (2005) ; La Nueva Medellin (2016) ; Camino (2018)

Villers Violaine de :

Madame S., Monsieur S. (1990) ; Mizike Mama (1992) ; Revivre (1996) ; Paroles contre l’oubli. Rwanda-Burubdi ( 1996) ; O couleurs (1998) ; Le vent de Mogador (1999) ; Mon enfant, ma soeur, songe à la douleur (2005) ; Mirage (2007) ; Parlons couleurs (2007) ; Les carrières de Roby Combain (2014) ; <la langue rouge (2016) ; Chine’87, les autres (2017)

Viver Lucie :

Sankara n’est pas mort (2020)

Voignier Marie :

Hinterland (2008) – L’hypothèse du Mokélé M’Bembé (2011) – Tourisme international (2014)

Von Trotta Margarethe :

A la recherche d’Ingmar Bergman (2018)

Wartena Katharina :

Tenir la distance (2016)

Weber Eléonore :

Il n’y aura plus de nuit (2020) ; Night replay (2012) ; Silence dans le fortin (2002).

Weira Amina :

La colère dans le vent (2016)

Wisshaupt-Claudel Lydie :

 Il y a encore de la lumière (2006) ;  Sideroads, (2012) ;  Killing Time, entre deux fronts (2015)

Zajdermann Paule  :

Mères filles pour la vie (2005)

Zauberman Yolande :

Classified people (1988) ; Caste criminelle (1990) ; Would you have sex with an Arab ? (2011) ; M (2018)

Zoutat Yamina :

Les Lessiveuses (2010) ; Retour au Palais (2017)

Zylberman Ruth :

Maurice Nadeau, le chemin de la vie (2011) ;  Une présidente pour l’amérique, mode d’emploi (2012) ; Héritiers (2015) ; Les enfants du 209 rue Saint-Maur – Paris Xème (2017)

F COMME FABRIQUE DE L’IMAGE.

Une image, Harun Faroki, Allemagne, 1983, 25 minutes.

La Fabrique de l’image, comme il y a la Fabrique du Pré (Ponge)

Comme est fabriquée cette image-là ? Pas n’importe quelle image. Une image en couleur, prise en studio, d’une femme nue, destinée à un magazine, en l’occurrence Play Boy, c’est-à-dire un magazine masculin, destiné aux hommes. Une image commerciale donc. Qui doit faire vendre le magazine. Qui doit aussi correspondre aux goûts supposés de ses lecteurs, à l’image, la représentation, qu’ils se font de ce magazine là et des images qui y figurent. Une photo qui va occuper une place de choix dans le magazine – la première place en fait -, pas la couverture, mais la double page centrale, toujours occupée par la photo d’une femme nue. Une institution donc.

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Le film de Faroki n’évoque pas, n’évoque même pas, ces éléments. Son film ne porte pas sur la dimension médiatique de l’image. Il ne dit rien de Play Boy et encore moins de ceux qui verront cette image. Mais, malgré ce non-dit – ou grâce à ce non-dit – c’est bien de cela qu’il s’agit. Fondamentalement. La signification d’une photo de femme nue dans un magazine masculin. Et si le film semble se concentrer – se limiter – à la dimension photographique, au travail de l’image dans la réalisation d’une photo de studio, c’est pour mieux traiter, en creux, de sa dimension médiatique, le commerce de la nudité féminine destinée aux hommes.

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La dimension photographique nous est présentée comme un documentaire d’immersion. Nous sommes plongés au cœur du studio, parmi ceux qui travaillent. Nous suivons les étapes de ce travail pas à pas : la construction du décor, le réglage de l’appareil de prise de vue et des éclairages, l’installation du mannequin et les « réglages » (comme les machines) de sa pose. Puis ce sont les premiers essais. Le regard que portent chacun (sauf le mannequin) sur les clichés successifs. Que changer ? La pose du mannequin bien sûr. Aucun commentaire ajouté. Aucune indication sur l’identité, la fonction, de ceux qui sont là, au travail. Un travail collectif mais où chacun occupe une place précise et doit se cantonner à son rôle. Et puis, vers le milieu du film, une musique additionnelle fait subitement irruption. Relativement douce, elle n’en comble pas moins le silence du studio. Cette musique suffit à nous dire que nous ne sommes pas dans du cinéma direct.

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 Quand la photo prise sera jugée satisfaisante, le travail finit, tout le monde quitte le studio tranquillement. Il ne reste plus qu’à éteindre les éclairages et les machines.

Nous ne verrons pas la photo finale. Mais peu importe. Quelle qu’elle soit elle ne peut que s’inscrire dans le contexte de la femme-objet. Le dénoncer serait chose bien trop facile. Faroki ne s’attarde pas à cela. En fait, il va beaucoup plus loin. Car ce qu’il nous montre, c’est que le travail lui-même de toute l’équipe s’inscrit dans ce contexte. Ce qui apparaît clairement dans le « réglage » de la pose. Un réglage au millimètre. « Relève un peu tes fesses » ; remonte un peu cette jambe ». Son corps est comme modelé, de l’inclinaison de la tête à la pointe des pieds. Les yeux, le regard ne sont mentionnés qu’une seule fois. Il faut qu’elle regarde l’objectif…Cela suffit. Il ne s’agit pas d’exprimer des sentiments. L’érotisme, ici, ne prend pas en compte l’émotion. D’ailleurs le filmage lui-même reste froid, désincarné presque. Faroki évite systématiquement de filmer le mannequin autrement que comme un élément du studio, au même titre que les machines ou les opérateurs. Son film n’a absolument rien d’érotique. Rarement la nudité féminine aura était traité au cinéma avec une telle indifférence.

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V COMME VOYAGE -Iran.

Safar, Talheh Daryanavard, Belgique, 2010, 55 minutes.

Safar, le voyage. Un voyage en train, long, interminable même. Dans le huis clos d’un compartiment. Avec le couloir comme seule issue. La prière du soir comme seule halte. La traversée d’un pays, l’Iran, du nord au sud, depuis Téhéran jusqu’au fin fond du golfe Persique. Un pays vu par les fenêtres d’un train. Le plus souvent en reflets. La plaine, le désert, les montagnes. Très peu de villes. Très peu de personnes. Un pays vide.

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Ce voyage n’a rien de touristique. Ce n’est pas un road movie non plus, ni un voyage initiatique. Plutôt un retour au pays natal. Le voyage de trois femmes, qui toutes trois ont quitté leurs îles perdues en mer pour partir faire des études à Téhéran. Au terme d’un séjour où elles ont changé de vie, elles reviennent chez elles, sans illusion, sans savoir si ce retour est définitif, ou s’il sera l’occasion de repartir, c’est-à-dire de revenir à nouveau, mais cette fois pour regagner la ville, la vie des études, du travail, de la libération par la connaissance.

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Le film est une mise en relation constante de l’intérieur et de l’extérieur, le compartiment du train/le paysage aperçu par les fenêtres. Il est ainsi l’opposition de deux espaces opposés, la ville et la campagne, deux mondes, deux modes de vie. L’opposition spatiale prend alors une dimension temporelle fondamentale : l’avant et l’après, avec le train comme passage. Il y a eu avant un autre voyage, dans l’autre sens pour gagner Téhéran et commencer les études. Il y en aura peut-être un autre pour rejoindre (joindre à nouveau) cette vie si différente de leurs origines. Mis sur rail, l’itinéraire du film n’a pourtant qu’un seul sens. Mais il n’a de signification que parce qu’aller et retour se confondent. Tout voyage est la perte de ce que l’on quitte. Qu’y a-t-il à gagner à son terme ?

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            Trois femmes donc, de retour chez elles, dans leur village, dans leur famille. Trois femmes dont nous découvrons peu à peu, au fil du voyage, l’itinéraire de vie, l’importance des études, les choix difficiles qu’il fallut opérer, leurs espoirs d’avenir, leur aspiration au bonheur. Nous apprenons peu de chose sur les détails de leur vie réelle, leur vie à Téhéran comme leur vie antérieure dans leur île d’origine. Nous apprenons encore moins de choses sur leur pays, l’Iran, dont nous ne pouvons même pas admirer les paysages puisque, prisonniers du train qui nous emporte, il est toujours surcadré par les fenêtres qui nous y donne accès. Du coup, ce voyage devient intemporel, comme il n’est plus situé géographiquement. Il est le voyage que nous faisons tous. Rarement, au cinéma du moins, l’assimilation du voyage et de la vie n’aura été aussi fortement affirmée.

P COMME PORTRAIT – Femme

Mimi, Claire Simon, 2002, 105 minutes.

Mimi vient d’évoquer la mort de son père. Comment il aurait pu être sauvé. Pourquoi il ne l’a pas été. Le plan suivant est un long travelling faisant défiler des façades d’immeubles, qu’on imagine être ceux d’un quartier de banlieue d’une grande ville. Vus à hauteur de toits, les bâtiments se succèdent, tous identiques, sans qu’on puisse vraiment savoir d’où ils sont filmés. Ce qui est sûr, c’est que ce plan constitue une transition (la mort du père est bien sûr un événement considérable dans la vie de la petite fille qu’était alors Mimi). Après ce travelling, qui laisse au spectateur le temps de reprendre son souffle après le récit émouvant de la mort du père, le film peut vraiment commencer. Non pas seulement le portrait d’une femme, mais plutôt (et c’est bien plus intéressant), l’itinéraire d’une vie, avec ses différentes étapes, ses arrêts et ses nouveaux départs, ses continuités et ses ruptures, qui nous conduisent à cet aujourd’hui où elle parle devant la caméra.

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Cet itinéraire restitue le passé par le récit qu’en fait Mimi. Mais surtout il nous conduit sur les lieux de son déroulement. Les images que réalise alors Claire Simon ne sont pas des illustrations, ce qui viserait simplement à donner une réalité visuelle au récit oral. En fait si l’on comprend le film comme un itinéraire plutôt que comme un portrait- ce qui implique de suivre une succession de lieux et d’époques – alors il s’agit d’un tout autre processus. Disons que ces images, filmées dans un autre temps que celui où le récit se situe, sont le point de vue du présent sur le passé, ce qui est exactement le processus du récit, qui raconte le passé à partir du présent de la narratrice. Et par là, la cinéaste s’approprie en quelque sorte ce récit qui n’est pas son vécu. Ses images, les lieux où Mimi a vécu, et qui sont du passé dans son récit, sont du présent au moment où elle les réalise, pour les donner à voir d’ailleurs au spectateur dans un futur indéterminé. Ce traitement de la spatialité par la spatialité de l’image a pourtant une limite, à partir du moment où Mimi est filmée dans le présent qu’elle vit plutôt qu’elle ne le raconte. Et c’est pour cela que le film peut avoir une fin, même si l’itinéraire de Mimi, lui, se poursuit. La fin du film (son terme matériel et non sa finalité) c’est le présent qui peut devenir un passé, mais qui ne sera plus jamais un futur.

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Comme toutes les vies, la vie de Mimi est remplie d’anecdotes. Souvent drôles et émouvantes. Comme l’histoire des gondoles. Mimi répond à une offre d’emploi : gondolière. Elle est prise et se voit déjà à Venise. Ce qui nous en dit long sur son caractère, c’est la manière dont elle accepte les moqueries gentilles de ses amies. Et c’est tout le talent de la cinéaste de nous la rendre par là si attachante.

La vie de Mimi, et donc le film qui la retrace, comporte deux parties bien distinctes, se déroulant successivement à la ville (Nice où Mimi est née et où elle passe son adolescence et ses premières années de vie adulte) et la montagne de l’arrière-pays. Elle quitte la ville parce qu’elle ne lui offre guère d’avenir. Le village de montagne par contre lui permet de vivre la vie qu’elle se choisit, même si cette construction comporte bien des difficultés.

La première difficulté que doit affronter Mimi c’est qu’elle est femme. Qui plus est, une femme de la ville, qui n’est pas d’ici. Mimi ouvre un café-restaurant. Le premier enjeu n’y est pas économique. Elle doit d’abord se faire respecter. D’où le très beau récit du premier repas qu’elle sert, de la première « main aux fesses » et de la réaction quasi instinctive de Mimi (elle laisse tomber la soupière qu’elle porte et, sans rien dire, revient nettoyer le parquet) qui interdit définitivement toute récidive  d’un tel geste.

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La seconde difficulté est plus importante encore, car Mimi est homosexuelle et sa vie le montre à tous. Comment, dans un village de bergers, dans un travail qui la met constamment en contact avec eux, comment une femme peut-elle vivre sans homme ? Il y a pour ces montagnards ancrés dans une vie de tradition ancestrale, non seulement une question de morale, mais bien plus, quelque chose qui est fondamentalement incompréhensible. La grande force de cette femme « pas comme les autres », ce que montre magnifiquement le film, ce sera d’arriver à faire accepter cet inimaginable, non pas peut-être de le faire vraiment comprendre par tous, mais de le faire accepter comme une façon de vivre comme les autres. C’est là, sans doute, qu’il est patent que ce film ne pouvait être fait que par une femme ! Nul triomphalisme, nul didactisme non plus, dans cette « victoire ». Simplement l’affirmation de l’évidence : le choix d’une vie n’est pas un combat.

C’est peu dire que ce film ne serait pas possible sans l’extraordinaire connivence qui existe entre la cinéaste et son « sujet ». Ce qui se concrétise dans cette séquence stupéfiante de sincérité où Mimi explique ce qu’est une « femme fontaine ». Rien que pour cette séquence, le film de Claire Simon mérite d’être considéré comme une des plus belles réalisations du cinéma documentaire empathique.

 

S COMME SONITA

Sonita un film de Rokhsareh Ghaem Maghami

 Jeune Afghane de 13 ans immigrée en Iran depuis déjà sept ans, Sonita vit avec sa sœur et la petite fille de cette dernière. Elle travaille dans un centre d’accueil d’immigrés à Téhéran. Elle y fait des ménages et gagne ainsi un peu d’argent pour aider sa sœur à payer le loyer. En même temps elle suit aussi dans le centre d’accueil des cours, en particulier avec une enseignante  avec qui elle tisse des liens étroits et dont elle devient la protégée. Tout le début du film est ainsi consacré à décrire les conditions de vie de cette jeune immigrée dont le portrait se construit peu à peu. Mais cela n’est pas vraiment le sujet du film. Car Sonita n’est pas vraiment une adolescente comme les autres. Elle veut « s’en sortir », réussir, faire quelque chose dans sa vie. Ce quelque chose, c’est la musique, le rap plus précisément. Choix particulièrement osé et problématique. Car déjà qu’il est interdit en Iran pour une femme de chanter en solo, alors cette musique « dégénérée » qui vient de l’occident…Mais Sonita est particulièrement volontaire, motivée, combattante. Ce que disent très fortement les textes qu’elle écrit. Mais pourra-t-elle surmonter tous les obstacles qui se présentent sur son chemin ?

Le film est un documentaire qui se regarde comme une fiction. Essentiellement parce qu’il est réalisé comme une fiction. Les difficultés rencontrées par Sonita sont autant d’événements dont l’issue est toujours incertaine. Côté musique, tous ceux qu’elle sollicite – producteurs ou éditeurs qui pourraient enregistrer son titre – refuse de se mettre hors la loi et d’affronter ouvertement le pouvoir. Dans ces conditions, comment peut-elle réussir ne serait-ce qu’à se faire entendre ? Et puis il y a la tradition familiale. Sa mère est restée en Afghanistan, mais elle se rappelle un jour au souvenir de Sonita. Un véritable coup de tonnerre. Sonita a un frère ainé qui doit se marier – que sa mère veut marier. Pour cela il faut « acheter » sa fiancée (9000 dollars). Une somme impossible à rassembler. Seule solution, marier Sonita, à un inconnu évidemment, c’est-à-dire la vendre pour 9000 dollars ! Le film va alors prendre la forme d’une revendication de liberté,  d’une lutte contre le sort que réserve la tradition aux jeunes filles. Les textes qu’écrit et chante Sonita deviennent alors de véritables manifestes. Et le film contient du coup un véritable suspens : pourra-t-elle échapper au sort qui a toujours été celui de ses semblables ? Sans aide sûrement pas. Mais d’où celle-ci peut-elle venir ?

C’est ici que se situe la véritable originalité du film. Car l’aide dont Sonita a besoin va venir principalement de la réalisatrice du film. Déjà, dans de nombreuses séquences, celle-ci intervient en dialoguant avec Sonita, en lui posant des questions, en évoquant avec elle ses problèmes et les possibilités de solutions. Mais cela est relativement courant dans les documentaires actuels, dont unr des caractéristiques est justement l’engagement personnel du cinéaste dans son film, par sa présence à l’écran, ou par ses interventions orales venant, hors champ, de côté de la caméra. Mais ici, on va bien plus loin. C’est explicitement que le problème fondamental est posé : le cinéaste peut-il modifier, orienter, construire donc, la réalité qu’il film ? La réalisatrice peut-elle aider financièrement Sonita ? Peut-elle se transformer en deus ex machina qui peut par son argent – celui de la production ?-  donner au film une issue particulière, une fin heureuse s’entend ? Certes, en voyant le film, nombreux doivent être ceux qui ont tout de suite envie d’aider Sonita. Mais bien sûr aucun spectateur n’en a le pouvoir. Alors, comment une cinéaste seule peut-elle s’arroger celui de changer le cours des choses ? Certes, Sonita fait tout ce qui est en son pouvoir, par ses textes, par le clip qu’elle réalise – avec l’aide de la cinéaste là aussi – pour triompher de l’adversité. Mais le pourrait-elle sans le film qui est en train de se réaliser en suivant son combat ? Un combat dont on peut penser que bien d’autres l’ont définitivement perdu.

Un documentaire réalisé comme une fiction disions-nous. Un documentaire qui choisit sa fin et qui pour cela n’hésite pas à devenir interventionniste – ce qui est bien autre chose que le cinéma participatif que le cinéma direct avait inauguré dans les années 1960. A travers la réalisatrice de Sonita, la machine documentaire révèle ce qui peut être sa limite la plus extrême : ne pas hésiter à intervenir dans la réalité filmée pour aller dans le sens de l’attente supposée être celle des spectateurs – en l’occurrence ici le happy end.

Est-ce la fin du cinéma désintéressé ?

A COMME AGNES

Une image, un film. Les plages d’Agnès, d’Agnès Varda (2008)

Varda Agnès - Les Plages d'Agnès

Varda filme Agnès. Son visage en gros plan. Cadré pas trop serré quand même, pour nous permettre de découvrir un paysage en arrière-plan, le lieu où le visage est filmé. On distingue, derrière Agnès,  les arches d’un pont,  sur un cours d’eau, rivière ou fleuve, avec dans la profondeur de champ (qui reste néanmoins limitée) des bateaux à quai. Agnès est-elle elle-même sur un bateau ? L’amorce à gauche du cadre laisse imaginer un pan de voile. Agnès navigue sur un voilier ! D’ailleurs ce que l’on voit de ses vêtements renvoie à la mer, à la marine.

         Le visage d’Agnès semble peu expressif. Un visage calme, serein.  La tête est légèrement inclinée vers la gauche. La bouche est fermée. Et puisque nous avons tous les mêmes références picturales, on peut aller jusqu’à dire qu’elle esquisse un léger sourire, presque imperceptible, énigmatique comme il se doit. Pour ma part je suis frappé par les bijoux, peu ostentatoires cependant, les perles des boucles d’oreilles et l’or de la chaine et du petit pendentif. Une médaille ?

         Agnès regarde l’objectif de prise de vue. Un regard fixe, qui nous fixe. Un regard qui nous dit « je vous regarde » ; et qui nous dit aussi « je sais que je suis regardée ». Un jeu de regard qui évoque celui que met en image Chris Marker dans Sans Soleil, à propos des dames de Bissau, «Je la vois. Elle me voit. Elle sait que je la vois.» Mais ici il n’y a pas de commentaire.

         Une image très photographique. Ce qui n’est guère étonnant de la part d’une cinéaste qui est aussi photographe et qui a beaucoup filmé des photographies, les siennes en particulier. Une photographie qu’on peut alors dire d’identité. « Voilà qui je suis » ou « Me voici ». Une image qui anticipe, ou inaugure, la mode des selfies, puisque si ce n’est pas Agnès qui fait l’image du film, c’est bien dans un film de Varda que cette image figure.

         Une image autobiographique, qui inaugure et synthétise à elle seule la vie d’Agnès, le film d’une vie bien remplie, la vie d’une femme d’images, photographe et cinéaste, engagée dans son siècle, le 20°, dont elle a fait siennes les valeurs de contestations, au côté des enfants juifs déportés avec l’aide des gendarmes français, au côté de la révolution cubaine et des Black Panters, au côté des femmes manifestant pour obtenir le droit à l’avortement. Une vie engagée aussi dans la création artistique de son siècle, au côté de Jean Vilar et de l’aventure du TNP, en Avignon ou à Chaillot ; pour le cinéma au côté de la Nouvelle Vague, de Jacques Demy bien sûr, mais aussi de Chris Marker. Une vie de femme aussi, tout simplement.

 

G COMME GHEERBRANT

Revoir On a grévè, Denis Gheerbrant

France, 2014, 70 mn

Sortie DVD, mai 2016. Potemkine

Ce film pose clairement la question du pouvoir du cinéma documentaire. Peut-il intervenir dans le combat politique et social et l’influencer ? Question ancienne, au cœur de la grande époque du cinéma soviétique des années 20-30, avec Vertov et Medvedkine en première ligne. Question reprise, réactualisée en mai 68 (mais déjà par Chris Marker dès 1967) avec le groupe Dziga Vertov et les groupes Medvedkine à Sochaux et Beçanson, (où apparaissent les noms de Godard et de Marker, mais de façon plus anonyme) lorsqu’il s’agit de populariser les luttes des ouvriers et de leur donner les moyens cinématographiques de s’exprimer et de développer leur combat. En 2014 le contexte est bien différent. Les films engagés aux côté des travailleurs n’ont plus la même posture militante. Le film de Gheerbrant en tout cas ne se situe pas du côté des formes de luttes nouvelles (altermondialistes ou menées par le groupe Attack) puisqu’ici c’est la CGT qui est à la manœuvre. Un film où les drapeaux rouges sont omniprésents, mais qui n’en est pas pour autant un film partisan. Et si la sympathie du cinéaste se situe ouvertement du côté des travailleuses en lutte, il n’a pas pour but de développer – ni même de populariser – les thèmes des partis et syndicats présents dans le conflit. S’intéresser d’abord aux femmes engagées dan l’action, à leurs conditions de travail certes, mais aussi à leur condition de vie, on n’en attendait pas moins de la part de Gheerbrant.

Faire un film sur un conflit social dans le monde du travail, c’est d’abord faire le point sur les revendications des grévistes et prendre en compte leur conditions de travail. Et effectivement Nnus apprenons très vite dans le film, par la voix du délégué CGT chargé d’organiser et de suivre la grève, que le conflit couve depuis de longs mois et que la grève a été déclenchée au moment le plus propice pour obtenir la victoire. Ces femmes, presque toutes d’origine immigrée, qui pour beaucoup ne savent ni lire ni écrire, sont déterminées à aller jusqu’au bout. Alors qu’elle sont femmes de ménage dans un hôtel bon marché à la périphérie immédiate de Paris (20 minutes des Champs Élysées) elles sont en fait employées par une entreprise de sous-traitance et sont payées à la tâche (et non à l’heure de travail), ce qui est illégal. Toutes se plaignent des cadences imposées, de la pénibilité du travail, du mal de dos inévitables, du salaire très bas.

C’est la première fois qu’elles font la grève et pour elles c’est presque une fête. Elles dansent devant l’hôtel. Elles crient, ou plutôt elles chantent, des slogans, toujours en rythme. Elles ont un djembé, mais elles utilisent aussi tous les récipients en plastiques qui leur tombent sous la main et sur lesquels elles frappent avec ardeur. Jamais elles ne paraissent démobilisées, résignées, même lorsque la situation est bloquée, le patron refusant d’abord de négocier, ou faisant appel à des intérimaires pour faire les chambres, ou lorsque ses premières propositions sont bien en deçà des revendications des travailleuses.

Mais le film s’intéresse aussi longuement aux femmes elles-mêmes et leur donne vraiment la parole. Il les interroge sur leur vie, de façon très simple. Combien d’enfants ont-elles ? Que fait leur mari ? De quel pays sont-elles originaires ? Envoient-elles de l’argent à leur famille restée au pays ? Peu à peu le cinéaste tisse avec elles des liens de plus en plus étroits. Elles s’adressent d’ailleurs à lui en l’appelant par son prénom. Elles l’ont adopté, non pas comme militant engagé dans leur lutte, mais comme cinéaste dont le film contribuera à leur donner une dignité qui ne leur était guère reconnue jusqu’alors.

Le film de Gheerbrant est donc politique essentiellement par son humanisme et son optimisme. D’une part puisqu’il se termine bien, les travailleuses obtenant satisfaction sur leurs revendications. Mais aussi parce qu’il enregistre un moment de vie de ces femmes si facilement oubliées de tout le monde. C’est elles que nous gardons en mémoire après avoir vu le film, avec leur bonne humeur, inébranlable malgré des conditions de vie pas toujours faciles. Un film sur une grève, sur l’expérience humaine qu’elle représente, et au-delà de ce moment privilégié, un film sur le travail, ou plutôt sur la vie de ces travailleuses peu qualifiées, qu’il ne considère pas comme des héroïnes de cinéma, mas simplement comme des êtres humains à part entière.

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