B comme bio-filmographie Lizette Lemoine

Courriel : lemoine1999@gmail.com

Réalisatrice de la diaspora colombienne en France, après des études d’Économie Politique en Colombie et d’Anthropologie Sociale à Strasbourg, Lizette Lemoine suit des études de Cinéma à Jussieu avec Jean Douchet, Jean Claude Brisseau et Bernard Cuau.

Ses documentaires ont été sélectionnés dans de nombreux festivals : Festival International de Cinéma de Carthagène, FIFA de Montréal, Festival dei Populi à Florence, Festival International du Film d’Amiens, London International Documentary, Bilan du Film Ethnographique à Paris, Etats généraux du film documentaire de Lussas, Rencontres de Cinéma Ibérique et Latino Américain (Normandie)…

Parmi ses principaux films sur son pays la Colombie, autour de la guerre et des traces de la mémoire, il faut citer « Sara, Neyda, Tomasa et les autres », « Amnesthésie », « Wora, l’esprit contemporain » et « Lloro yo, la complainte du bullerengue ». 

Elle a obtenu le Grand Prix de la Mémoire Comune pour la Démocratie et la Paix au 6ème Festival Internacional de Nador-Maroc, le 1er Prix Meilleur Moyen métrage compétition Internationale au V Festival International de Cinéma Politique. FICIP 2015 Buenos Aires ; 1er prix Compétition Documentaire au 12e Festival de Cinéma Colombien de Barcelone. IMAGO 2015 ; le Grand PRIX dans la catégorie Art et Société de IX Rencontre Hispano-Américaine de Cinéma et Vidéo Indépendante, Contra El Silencio Todas Las Voces – Mexico ; Mention Spéciale du Jury DOCS Barcelona Medellin 2016 ; Finaliste au III FICNOVA 2016 Madrid. Et tout récemment le premier prix au Festival International de Hurligham en Argentine.

Elle a conçu deux réalisations discographiques de musiques traditionnelles de Colombie pour la collection OCORA Radio France : Le Bullerengue et Le Vallenato.

L’Ethnomusicologie, les Voyages et la découverte, l’Art et la spiritualité sont ses sujets de prédilection.

Voir articles récents sur sa filmographie sur le site :

http://www.lesfilmsdularge.com

PRINCIPALES REALISATIONS

SARA, NEYDA, TOMASA ET LES AUTRES (83’)

Douleur et résistance à travers le portrait d’un groupe de femmes en Colombie.

Les Films du large/ Euder Arce Films.

AMNESTHESIE (53’)

Le conflit colombien vu par une troupe de théâtre.

La Huit Production/CINAPS TV/ Les Films du large/Procirep

NOEL EN COLOMBIE (52’)

Parcours itinérant de la région rurale de Boyacá. La Huit Production/les Films du          large

NOTRE DAME DE L’ATLAS  (52’)

Co-réalisation Aubin Hellot

L’histoire au Maroc des héritiers de moines assassinés de Tibhirine.

La Huit Production/KTO

 LE GENIE ET LE VOILE  (54’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Peintre, graveur et vitrier, un portrait  de l’artiste bénédictine Geneviève Gallois.

A.M.P./La Huit/ Les Films du Large /Région Normandie/KTO/TSR

GAUDI, LE DERNIER BATISSEUR  (54’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Portrait de l architecte catalan.

Les Films du Large,/La Huit Production,/KTO/Ville de Barcelone /FR3 Corse

LES FONDATRICES (53’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Histoire de la création d’un monastère au Vietnam pendant la guerre          d’Indépendance.

KTO TV, La Huit Production.

VISAGES DE LA FORÊT  (52’)

 Culture et savoir-faire des indiens d’Amazonie colombienne (52’).

Ares  Films/CLERMONT 1ERE

WORA, l’esprit contemporain (52’)

 Petit traité d’anthropologie sur  les indiens d’Amérique. Avec Jorge Lopez  et son           groupe YAKI KANDRU.

 La Huit production/MEZZO/FCM

CHEVAL D’ORGUEIL, Le Paso Fino colombien   (52’)

Découverte d’une race de chevaux unique au monde intimement lié à la culture du                     pays. (52’)

Beau Comme Une Image/ EQUIDIA

 PACIFICO (52’)

Co-réalisation Aubin Hellot

Carnet de voyage. Musique, nature et religion sur la côte Pacifique colombienne.

5 Continents/TV10 ANGERS.

OU CHANTENT LES ACCORDEONS, la route du vallenato   (52’)    

Portrait de groupe d’une musique populaire en Colombie,

La Huit Production/ CTV/Telecaribe. Planète, Muzzik, Mezzo.NPS Hollande, TVE

Sélectionné pour le Prix de la Découverte de la SCAM 1997

MILLE ET UNE MERVEILLES »  (2002/2010).

Co-réalisation Aubin Hellot

Collection  de 19 documentaires sur les monastères en France. (26’)

5ème planète/La Huit production/ KTO

ANTANAS MOCKUS, Civisme contre Cynisme  (26’)

Portrait de l’insolite maire de Bogota. INA/Les Films du Village/ Planète.

LLORO YO, la complainte du bullerengue  (26’).

Portrait intimiste d’une chanteuse de musique traditionnelle

La Huit Production/CTV/ Muzzik/Planète

S COMME STRIP-TEASE

Odoriko. Yoichiro Okutani. Japon-Etats-Unis-France, 2020, 114 minutes

Tokyo, Hiroshima, demain Kyoto, et ainsi de suite, tous les jours dans un théâtre nouveau, pour donner leur spectacle.

Le strip-tease, un spectacle populaire au japon, pour les hommes surtout, plutôt âgés d’ailleurs. Mais un spectacle en perte de vitesse, plus trop dans la mode du jour.

Les Odoriko, ce sont ces danseuses nues, dont le métier consiste à vendre du rêve aux hommes. Elles ne se prennent pas pour des artistes. Le strip-tease c’est leur gagne-pain. Un métier presque comme un autre. Et elles se demandent jusqu’à quel âge elles pourront le faire. Un jour il faudra bien raccrocher.

Le film nous plonge dans la vie de ces jeunes femmes, leur vie professionnelle plus exactement. Quand elles parlent entre elles, elles évoquent rapidement leurs sentiments, leurs préoccupations matérielles. Mais sans jamais s’étendre, sans vraiment étaler leur vie privée.

Dans les loges, souvent très exigües, elles se préparent pour le spectacle. Elles se coiffent, se maquillent, s’habillent, se déshabillent, rangent leurs vêtements ou mangent un morceau. Les loges, c’est l’essentiel de leur vie. Et le film en sort très peu. Quelques plans de coupes sur les rues où se situent les théâtres et sur leurs façades. Quelques plans – encore moins nombreux – des spectateurs qui entrent dans la salle, ou qui en sortent. Et du spectacle lui-même, nous n’en voyons que deux extraits, filmés du point de vue du spectateur, dont nous voyons les silhouettes de ceux qui sont au premier plan. Mais l’ambiance de la salle nous la percevons plutôt des coulisses. Comme les Odoriko, nous finissons à la fin du film par connaître par cœur les annonces, l’interdiction de faire des photos ou de toucher le corps des filles et le prix des polaroïds qui constituent une partie non négligeable des revenus.

Du métier lui-même, nous ne voyons pas grand-chose. Quelques brefs moments où les filles font quelques exercices d’assouplissement. Mais pas de répétition ni de préparation des chorégraphies. Les aspects techniques du métier sont évacués. Nous en restons au vécu quotidien, répétitif, banal.

Il y a beaucoup de filles nues dans le film. Mais la caméra ne s’attarde jamais sur les corps. En dehors des séquences du spectacle, il n’y a aucun érotisme dans ces va-et-vient des danseuses, qui entrent en scène et en sortent, qui changent de tenue ou vont prendre une douche. Le plus souvent elles sont assises à leur table de maquillage. Elles sont donc vues de dos, leur visage n’apparaissant que par moment sur le miroir qui leur fait face.

Si le film ne se situe pas dans le cadre d’un érotisme visuel, il ne développe pas non plus un point de vue féministe. Des salaires des danseuses, de leurs relations avec le patron et les spectateurs -en dehors des cadeaux faits par les « fans », de la nourriture surtout – nous ne savons rien. Qu’elles soient des femmes-objet, ne les préoccupe pas.

« Je dois vendre du rêve, pas la réalité » dit une des danseuses. Le film lui se situe entièrement du côté du réel.

Cinéma du réel, Paris, 2021.

M COMME MENAGE – Sur internet.

Clean with me (after dark). Gabrielle Stemmer, France, 2019, 21 minutes.

Elles briquent, récurent, font briller, dépoussièrent ; elles passent l’aspirateur, le balai, le chiffon ; dans la cuisine, les chambres, le salon, partout dans la maison … C’est la guerre à la saleté, à la poussière, aux traces sur les meubles, le frigo, la machine à laver, les tables, les cuisinières. Toute la journée, elles nettoient, lavent, astiquent. Toute la journée et même parfois tard dans la nuit. Elles sont jeunes, belles, dynamiques. Elles ont une chaîne YouTube où elles se filment en train de faire le ménage. Des films parfois de plus d’une heure, qu’elles commentent avec entrain. Elles expliquent comment elles s’y prennent, dans quel ordre, avec quel produit. Et toujours avec le sourire.

Des sourires qui pourtant sur d’autres images, d’autres comptes YouTube ou Instagram, finissent par se figer. Ces sourires ne seraient-ils que de pure façade ?

Il n’est pas besoin de chercher bien longtemps sur Internet pour tomber sur de tout autres sons de cloche. Elles sont toujours belles et jeunes devant leur caméra, mais elles sourient beaucoup moins. Elles ont toujours besoin de parler et comme elles n’ont pas d’amies à qui se confier, elles parlent dans un micro et publient leurs confessions sans se poser la question de qui les écoutera. Car la réception de leurs messages n’a aucune existence. Ce qui compte, c’est de pouvoir enfin parler. Se libérer de sa souffrance, de ce poids de la vie, de cette solitude de plus en plus difficile à supporter.

Elles voudraient ne pas pleurer, mais il est bien difficile de retenir ses larmes, ses sanglots, quand on pleure toute la journée. Alors elles racontent leur vie en pleurant. Leur vie de femmes au foyer, dans un cadre souvent luxueux (la middle class américaine). Elles se sont mariées jeunes, avec un militaire qui tout aussitôt est parti au loin. Elles ont eu des enfants, qui au début pouvaient très bien combler leur solitude, mais qui très vite sont aussi devenus insupportables. De toute façon, il n’y a pas d’issue, il n’y a plus d’issue. Leurs vidéos sont sans doute des appels à l’aide. Mais elles savent très bien que personne ne répondra, et que les commentaires qui se veulent réconfortants ne sont que de pure forme.

N’y -t-il donc pas d’autres moyens qu’internet pour lutter contre l’anxiété, la dépression ? Est-ce un moyen efficace ?

Le film de Gabrielle Stemmer est un montage particulièrement cohérent – et pertinent – d’extraits de ces confessions de femmes au foyer, allant du rire aux pleurs, du clinquant style publicité au désarroi le plus profond. Ce n’est pas à proprement parler un film féministe, bien qu’en creux c’est bien la condition que la société masculine fait à ces femmes qui est en jeu. Des femmes qui ne se posent pas ce type de questions, qui continuent donc de souffrir en silence. En silence, malgré le flot de paroles amères et de larmes sincères qui envahissent internet. Internet qui est ici, encore plus qu’ailleurs sans doute, le monde de l’illusion.

Festival Filmer le travail, Poitiers, 2021.

A COMME ABECEDAIRE -Mohamed El Aboudi.

Danse

Häätanssi

Desert

School of Hope

Ecole

School of Hope

Enfants

School of Hope

Exclusion

Häätanssi

Femme

Häätanssi

Maroc

School of Hope

Nomades

School of Hope

Portrait

Häätanssi

School of Hope

Prostitution

Häätanssi

Sécheresse

School of Hope

Viol

Häätanssi

A COMME ABECEDAIRE – Cathie Dambel

Elle est aussi monteuse, en particulier pour des film de Robin Hunzinger ou Sylvie Deleule.

Abandon

À une lettre près

Adoption

Gaspard de la nuit

À une lettre près

Afrique

Gaspard de la nuit

Belgique

Naître d’une autre

Cinéma

Issue de secours

Congo-Brazzaville

Gaspard de la nuit

Couple

Naître d’une autre

Désir d’enfant

Naître d’une autre

Enfant

Gaspard de la nuit

Famille

Naître d’une autre

Gaspard de la nuit

À une lettre près

Femme

Rosière

Fiction

Issue de secours

Gynécologie

Naître d’une autre

GPA

Naître d’une autre

Jean Eustache

Rosière

Loi

Naître d’une autre

Métissage

Gaspard de la nuit

Paternité

Gaspard de la nuit

PMA

Naître d’une autre

Prison

Issue de secours

Rituel

Rosière

Vertu

Rosière

D COMME DÉSIR D’ENFANT

Naître d’une autre. Cathie Dambel, Belgique – France, 2020

Gravir une dune de sable aussi haute que celle du Pyla est toute une aventure. A chaque pas, on risque de glisser dans le sable et de se retrouver quelques mètres plus bas. Une ascension pleine de risques, qu’il faut pratiquer avec persévérance. Une bonne image de ce qui attend les couples qui ne peuvent avoir d’enfant et qui ont décidé de se tourner – en dernier recourt et en désespoir de cause le plus souvent – vers la solution de la GPA.

La GPA (Gestation pour autrui) est interdite en France mais autorisée en Belgique, sous certaines conditions cependant. L’enfant ne sera confié à ses nouveaux parents qu’au terme d’un long processus d’adoption. Une disposition qui n’existe pas au Québec. Mais se rendre au Canada est souvent impossible financièrement pour les couples français. Ils vont donc se rendre en Belgique, pour se lancer dans une aventure qui ne sera pas toujours couronnée de succès. Mais pour ceux qui arrivent à surmonter tous les obstacles – ils ne sont en définitive au moment de la réalisation du film qu’une poignée, pas tout à fait la trentaine – le jeu en vaut bien la chandelle.

Le film de Cathie Dambel aborde le sujet avec beaucoup de retenue. Le film ne tombe jamais dans la polémique ou les argumentations à l’emporte-pièce. Si nous sentons bien que la cinéaste est au fond favorable à cette pratique controversée – elle ne donne pas la parole aux opposants – elle ne fait pas un film militant cherchant à convaincre. Elle cherche plutôt à comprendre la souffrance de ces femmes qui ne peuvent pas enfanter et d’examiner rigoureusement les solutions qui s’offrent à elles.

Cette hauteur de vue est possible grâce à la centration d’une grande partie du film sur le service de gynécologie du CHU Saint Pierre de Bruxelles qui reçoit les couples qui en font la demande et les accompagne – et les soutient – tout au long du processus. Nous assistons aux réunions de concertation de l’équipe, qui débat des cas qui leur sont soumis. C’est la gynécologue, chef de service qui expose la situation, de faon précise et donc très technique. Elle s’adresse à des professionnels, et le vocabulaire scientifique est de rigueur. Mais ce n’est pas une raison pour le spectateur de décrocher. Car il y a toujours une grande humanité dans ces propos. Le film est une véritable plongée dans le désir d’enfant. Un désir sans doute prioritairement féminin mais dont nous voyons ici comment il peut tout aussi bien être partagé par des hommes.

Une séquence du film est consacrée à la PMA (Procréation Médicalement assistée). Mais il s’agit là d’une situation plus classique et qui suscite moins de débats passionnés. Le mérite de Naître d’une autre est bien d’aborder de front la question de la GPA et de montrer qu’une réflexion calme et sereine sur ce sujet est possible – et indispensable.

Le film se termine par un plan magnifique. Une jeune mère donne le biberon à son enfant – à qui elle n’a pas donné naissance et qui est pourtant bien le sien – en chantonnant une comptine. Toute la beauté de la maternité est dans ce plan.

FIPADOC 2021.

A COMME ABECEDAIRE – Virginie Linhart

Alliés

Ce qu’ils savaient – Les Alliés face à la Shoah

Allemagne

Angela Merkel, une histoire allemande

Amour

Bardot amoureuse

Antisémitisme

21, rue La Boétie

Art

21, rue La Boétie

Bosnie

Sarajevo, des enfants dans la guerre

Cheminots

La Saga du rail

Chanson

Jeanne Moreau l’affranchie

Cinéma

Jeanne Moreau l’affranchie

Bardot amoureuse

Climat

Écologie : ces catastrophes qui changèrent le monde

Comédienne

Jeanne Moreau l’affranchie

Communisme

Gel du Printemps, Prague 1968

Contestation

68, Mes parents et Moi

Mai 68 : dix semaines qui ébranlèrent la France – 1 Rêve général – 2 La Danse du pouvoir

Ecologie

Écologie : ces catastrophes qui changèrent le monde

Election

Présidentielles – Les Surprises de l’Histoire

Enfance

Françoise Dolto, au nom de l’enfant

Sarajevo, des enfants dans la guerre

Engagement

68, Mes parents et Moi

Enseignement

Vincennes, l’université perdue

Europe

Une troisième voie ?

Famille

Sarajevo, des enfants dans la guerre

68, Mes parents et Moi

Femme

Françoise Dolto, au nom de l’enfant

Angela Merkel, une histoire allemande

Jeanne Moreau l’affranchie

Bardot amoureuse

Simone de Beauvoir – On ne nait pas femme

France

La Saga du rail

Galerie

21, rue La Boétie

Génocide

Ce qu’ils savaient – Les Alliés face à la Shoah

Après les camps, la vie

Grève

Mai 68 : dix semaines qui ébranlèrent la France – 1 Rêve général – 2 La Danse du pouvoir

Guerre

Sarajevo, des enfants dans la guerre

Ce qu’ils savaient – Les Alliés face à la Shoah

Histoire

La Saga du rail

Vincennes, l’université perdue

Ce qu’ils savaient – Les Alliés face à la Shoah

La Prospérité pour tous ?

Mai 68 : dix semaines qui ébranlèrent la France – 1 Rêve général – 2 La Danse du pouvoir

Juifs

Ce qu’ils savaient – Les Alliés face à la Shoah

Après les camps, la vie

Justice

Le Travail dans la balance – Histoire des prud’hommes

Littérature

Simone de Beauvoir – On ne nait pas femme

Militantisme

Vincennes, l’université perdue

Nazisme

21, rue La Boétie

Après les camps, la vie

Pédagogie

Vincennes, l’université perdue

Peinture

21, rue La Boétie

Pensée

Jacques Derrida, le courage de la pensée

Philosophie

Vincennes, l’université perdue

Jacques Derrida, le courage de la pensée

Simone de Beauvoir – On ne nait pas femme

Politique

Angela Merkel, une histoire allemande

68, Mes parents et Moi

L’Énigme polonaise

Une troisième voie ?

La Prospérité pour tous ?

Présidentielles – Les Surprises de l’Histoire

Gel du Printemps, Prague 1968

Mai 68 : dix semaines qui ébranlèrent la France – 1 Rêve général – 2 La Danse du pouvoir

Pollution

Écologie : ces catastrophes qui changèrent le monde

Pologne

L’Énigme polonaise

Portrait

Françoise Dolto, au nom de l’enfant

Angela Merkel, une histoire allemande

Jeanne Moreau l’affranchie

Bardot amoureuse

21, rue La Boétie

Jacques Derrida, le courage de la pensée

Simone de Beauvoir – On ne nait pas femme

Pouvoir

Angela Merkel, une histoire allemande

Prague

Gel du Printemps, Prague 1968

Psychanalyse

Françoise Dolto, au nom de l’enfant

Théâtre

Jeanne Moreau l’affranchie

Train

La Saga du rail

Travail

La Saga du rail

Le Travail dans la balance – Histoire des prud’hommes

Université

Vincennes, l’université perdue

Voyage

La Saga du rail

Yougoslavie

Sarajevo, des enfants dans la guerre

A COMME AFRIQUE – Burkina Faso.

Le périmètre de Kamsé. Olivier Zuchuat, Suisse-France-Burkina Faso, 2020, 93 minutes

Le nord du Burkina Faso, une Afrique menacée par la désertification, par la famine. Une Afrique qui a soif et qui voit ses garçons les plus jeunes partir, en Côte d’Ivoire par exemple, en quette d’une vie meilleure. Comment peut-elle survivre.

L’histoire d’un village, Kamsé, qui va réagir, qui va s’organiser pour trouver une solution, pour prendre en main son avenir et qui, grâce au travail de tous, et en particulier des femmes, fera vaciller le socle de la fatalité.

Le film d’Olivier Zuchuat n’est qu’un exemple. Mais justement, il peut servir d’exemple. Parce qu’à Kamsé c’est la volonté collective qui prend en charge les destins individuels.

Dans un premier temps, il s’agit de réfléchir et de se renseigner sur les expériences qui ont fait leur preuve. Ainsi, les hommes vont se rendre en vélo et en moto, au village voisin, Goméa, qui a créé une ferme où l’eau est maitrisée grâce à des digues, où on utilise du compost et où, grâce à toutes ces techniques modernes, l’agriculture réussit à nourrir la population tout en protégeant l’environnement. Un exemple dont le village de Kamsé va s’inspirer.

Le film va suivre cette expérience pas à pas. Jusqu’au plan où les épis de mil remplissent tout l’écran.

Mais nous sommes en Afrique. Il n’est donc pas question de renoncer aux traditions, même si les techniques modernes mises en œuvre peuvent ouvrir des horizons nouveaux. Avant toute chose donc, on interrogera les anciens et on s’imprégnera de leur sagesse. Puis il s’agira de respecter le bosquet sacré, qui deviendra communautaire, mais qui restera interdit à la chasse et aux cultures. Et lorsqu’il ne pleut pas, on continuera à sacrifier des poulets.

Un mélange de modernisme et de traditionnel donc, où chacun semble trouver sa place. Le film, sans jamais se vouloir démonstratif ou explicatif, met bien en évidence cela à propos de la répartition des tâches entre hommes et femmes. Quant il s’agit, au début du film, de discuter, d’aller voir les voisins, de concevoir, de prendre des décisions, les femmes sont absente. La palabre est une affaire d’hommes. Mais lorsqu’il faut se mettre au travail de force, alors les femmes sont là et bien là, pioches à la main, et elles ne ménagent pas leur peine. Sans elles le projet n’avancerait pas. Mieux, il n’est possible que par leur travail. Un bel hommage aux africaines, en dehors de leur rôle de mère ou de cuisinière.

Un film optimiste. Mais pas totalement pourtant. La radio diffuse des informations alarmantes sur les attentats djihadistes dans le pays. L’Afrique peut-elle échapper à la douleur ?

C COMME CUISINE – Chinoise.

Ayi, Marine Ottogalli, Aël Théry, France, 2020, 69 minutes.

Le portrait d’une femme. Une femme chinoise. Un nom commun pour toute identité : Ayi. Originaire de la campagne, elle est venue en ville pour travailler, gagner un peu d’argent pour survivre. Cela fait 16 ans qu’elle travaille et vit à Shanghai. Côté argent, elle ne s’en sort pas trop mal. Sans rouler sur l’or pour autant. Mais assez pour subvenir à ses besoins. Le film insiste sur ses qualités. Travailleuse, elle ne rechigne jamais au travail. Généreuse, elle offre souvent à manger à ceux qui sont plus pauvres qu’elle. Sociable, dans le quartier elle a ses amies, qu’elle aide autant qu’elle peut. Bref un personnage positif, attachant, mais que le film n’érige pas pour autant en superwoman. Dans une séquence entretien, elle raconte sa vie, son mariage, la mort de son mari, ses enfants, à qui elle voulait faire faire des études. Mais le fils n’en fait qu’à sa tête. Un souci pour elle. Malgré tout, elle ne se plaint jamais. La vie du peuple chinois ne serait-elle que résignation ?

Le portrait d’une ville, une mégalopole. Shanghai. Mais pas la Shanghai moderne, celle des gratte-ciels et des appartements rutilants. Plutôt les quartiers anciens, pauvres, pas toujours très salubres. Des quartiers voués à la destruction. Pour laisser la place à des centres commerciaux ou des immeubles de bureau. Le sort des habitants expulsés ne semble pas vraiment préoccuper les autorités. Beaucoup d’ailleurs ne veulent pas partir. Pas par attachement à leur rue. Plutôt parce qu’ils ne savent pas où aller. De toute façon ils n’ont pas les moyens nécessaires. Le film montre une réunion, dans la rue, de ces habitants à l’avenir incertain. Ce qu’ils demandent avant tout, c’est le respect de leurs droits. Mais ont-ils vraiment confiance en L’État à ce niveau ?

Le portrait d’un métier. Cuisinière. Préparer des plats pour les vendre dans la rue, sur une petite charrette à bras, que Ayi cache dans la ruelle où elle vit, à l’arrivée de la police municipale. Car, comme son quartier, son activité laborieuse est menacée. Et la police peut aller jusqu’à confisquer son outil de travail. Jusqu’à présent Ayi a échappé au pire. Mais elle a dû payer des amandes. Quelle soit ancienne dans le métier ne change rien. La cuisine, elle s’y applique avec beaucoup de savoir-faire et d’habileté. Les gros plans sur les woks où elle fait sauter légumes et viandes mettent systématiquement l’eau à la bouche des spectateurs ! Ce n’est pourtant pas de la gastronomie. Mais cette cuisine simple, destinée d’abord à nourrir peut quand même stimuler les papilles grâce à ses parfums et épices.

Nous sommes bien loin de la Chine éternelle. Nous sommes bien loin de la Chine devenue capitaliste qui avance à marche forcée vers la modernité, en exhibant ses forces de l’ordre qui font des exercices dans la rue. Nous sommes bien loin aussi de la révolution culturelle. Dans un plan qui ne manque pas d’humour un des voisins désargentés de Ayi chante un couplet de l’International et crie « Vive le Président Mao ». Il n’y a que lui que ça fait rire.

Festival Jean Rouch 2020.

V COMME VIOLENCES faites aux femmes.

Domestic violence. Frederik Wiseman. Etats Unis, 2000, 196 minutes.

         Les violences faites aux femmes, infligées essentiellement par leurs maris. Des violences physiques, des coups, des brulures, des étranglements, des blessures par couteau. Mais aussi des violences morales, des insultes incessantes, des brimades de toutes sortes, des interdictions et un contrôle incessant sur leur vie. C’est l’expression de ces violences que recueille Wiseman, lorsqu’enfin les victimes osent se révolter et dénoncer leur bourreau. C’est souvent à l’extrême limite, lorsque leur vie devient vraiment un enfer qu’elles ne peuvent plus supporter. Elles font alors appel à la police. Ou elles se réfugient dans un foyer d’accueil. Une démarche qui n’est jamais facile. Car les relations conjugales sont toujours complexes. Même lorsqu’elles sont placées sous le signe de la violence. Beaucoup de femmes que nous voyons décrire leur calvaire retirent leur plainte, ou ne dénoncent pas leur mari, inventant des explications peu crédibles (la chute de vélo pour expliquer des traces de coups). C’est qu’elles les ont aimés et que bien souvent elles les aiment encore, malgré tout.

         Wiseman ne pratique pas l’interview, ici pas plus que dans l’ensemble de ses films. Les paroles de femmes qu’il enregistre, mais aussi d’enfants victimes eux aussi de la violence familiale, ne sont pas obtenues dans des entretiens que le montage essaierait de maquiller en paroles libres en effaçant les questions et la présence du cinéaste. Ce sont toujours des paroles en situation. Elles sont recueillies après coup. La violence elle-même n’est jamais filmée. Mais elle est racontée. L’important, c’est d’abord qu’elle soit dite. Qu’elle ne soit plus un secret enfoui dans le huis clos du couple, ou un tabou pour l’ensemble de la famille. En ce sens, Violence domestique est un film qui œuvre pour bousculer les consciences. Aucune violence n’est acceptable, qu’elle soit ou non considérée par la loi comme un délit ou un crime. Aucune violence ne doit être occultée par le silence des proches ou des voisins. Les récits des femmes qui composent le film sont alors autant de dénonciations universelles.

         Les situations de recueil de ces récits sont multiples. Dans la première partie du film, Wiseman suit des patrouilles de police appelées sur les lieux d’une manifestation par trop voyante d’une violence qui ne plus être cachée. Une première intervention se traduit par l’arrestation du mari embarqué, menotté, dans la voiture de police. Une femme couverte de sang, le visage fendu de la bouche à l’oreille est amenée à l’hôpital malgré son refus. Chaque fois, la caméra s’attarde sur les policiers. Leur présence et leur disponibilité se veulent rassurantes. Ces interventions sont encadrées par des vues de buildings, en contreplongées vertigineuses, ou d’autoroutes et d’échangeurs particulièrement encombrés. Wiseman multiplie aussi les vues sur les rues, les enseignes des motels ou autres boutiques. La violence familiale est ainsi inscrite dans ce contexte urbain, froid et déshumanisé, caractéristique de l’Amérique.

         La plus grande partie du film se situe dans un foyer d’hébergement de femmes victimes de violence, The Spring. Wiseman filme d’abord le premier accueil, le premier dialogue avec une conseillère qui deviendra une référente. Dans certain cas elle peut utiliser un questionnaire pour libérer la parole. Mais c’est surtout son écoute, sa réceptivité, qui peut mettre en confiance. On sent beaucoup d’empathie chez celles dont le travail est de ne jamais juger, mais aussi de ne jamais donner l’impression de baisser les bras et de trouver des excuses à ce qui est parfaitement intolérable.

         Nous assistons ensuite à une visite de l’établissement par un groupe de vieilles dames qui donnent l’impression de n’avoir jamais été concernées personnellement par ce genre de problème. La guide, qui connait bien The Spring, donne quelques chiffres et des définitions. Elle insiste sur le fait que la violence conjugale existe dans tous les milieux sociaux, même si elle est plus importante dans les milieux défavorisés. Elle mentionne qu’il y a aussi des cas de violence dont les hommes sont les victimes. The Spring héberge ainsi douze hommes par an. Les enfants quant à eux sont reçus en entretien par des psychologues. Enfin, nous suivons aussi des groupes de discussion où chacune évoque son cas particulier, rapporte ses conditions de vie familiale.

Comme dans tous ses films, Wiseman se veut concret et précis, attentif au moindre détail. Rien n’échappe son regard. Mais ici, ce n’est pas le fonctionnement administratif ou institutionnel du foyer qui l’intéresse. Le problème de la violence conjugale est si important que la centration de son film sur les femmes qui en sont victimes se justifie pleinement.

G COMME GALERES – de femmes.

Galères de femmes. Jean-Michel Carré. France, 1993, 90 minutes

         Leur première galère, c’est la prison. Fleury Mérogis, quartier des femmes. Le plus grand centre de détention féminin en Europe. La grande majorité des détenues sont des toxicomanes. Elles sont « tombées » à la suite de vols ou d’autres infractions. Celles que filme Jean-Michel Carré n’en sont pas à leur premier séjour. Certaines y sont venu plus d’une dizaine de fois, pour quelques mois mais aussi pour des condamnations plus longues. Quand elles sortent, beaucoup pensent déjà qu’il leur sera difficile de ne pas revenir.

         Le film montre rapidement leurs conditions de détention. Elles sont deux ou trois par cellules ce qui crée souvent des liens avec leurs compagnes de détention. Les décisions de l’administration de les changer de cellule leur paraissent alors toujours arbitraires, presque vexatoires. A leur arrivée, celles qui sont sous l’emprise de la drogue sont systématiquement isolées, une façon brutale de les sevrer, surtout qu’elles accusent souvent les gardiennes d’oublier de leur donner les médicaments de substitution. L’isolement est aussi une mesure disciplinaire. Carré filme le conseil de discipline d’une détenue qui a insulté une gardienne. Elle reconnaît les faits et se confond en excuses, le plus poliment possible. Comme c’est la première fois, la sanction sera clémente : six jours de cachots au lieu de huit.

         Carré donne longuement la parole à ces femmes qui ont toutes des itinéraires particuliers. Elles évoquent les circonstances qui les ont conduites en prison. Mais surtout elles racontent les galères passées, les viols, les incestes, les conditions matérielles précaires. Il y a une grande authenticité dans ces paroles de femmes qui ne cherchent pas particulièrement à apitoyer ceux qui les écoutent. Elles ne se montrent pas non plus revendicatrices ou accusatrices. Elles ont plutôt tendance à assumer leurs actes, même si leurs conditions de vie, depuis l’enfance, comprennent bien des faits qui peuvent servir de circonstances atténuantes.

         La galère ne s’arrête pas à la sortie de prison. Bien au contraire. Le film montre avec beaucoup de précision les difficultés de réinsertion de ces anciennes détenues. Celles qui n’ont personne qui les attend à la sortie galèrent d’abord pour trouver un logement, ne serait-ce qu’une simple chambre d’hôtel. Trouver un emploi se révèle ensuite particulièrement difficile, malgré l’existence d’un service spécialisé à l’ANPE (L’ancien Pôle emploi). Et surtout, elles ont beaucoup de mal de ne pas retomber dans la drogue. Carré les accompagne dans leurs démarches, les recherches infructueuses, les rendez-vous avec les associations qui ont bien peu de moyens pour les aider. L’aide se limite souvent à un numéro de téléphone à appeler au cas où mais qui ne répond pas toujours. On comprend le découragement de ces femmes même si elles ne le montrent pas toujours. Carré ne cherche pas à dramatiser à l’excès son propos. Mais lorsqu’une de ces femmes dont il suit la galère décède pendant le tournage, il lui rend hommage par un simple carton que l’on sent pourtant sincère.

         A travers la prison, à travers les difficultés de réinsertion, le film dit beaucoup de choses sur la situation de la femme dans la société française. Il ne propose pas de solution, mais son propos va au-delà du simple constat : un appel à l’action.

A COMME ABECEDAIRE- Marie-Christine Gambart.

Ses films sont le plus souvent des portraits. Des portraits de femmes en particulier, des femmes exceptionnelles, par leurs actions et leur personnalité, de Marlène Dietrich et Greta Garbo à Emmanuelle Haïm. Les faits de société ne sont jamais bien loin, que ce soit la mode ou le fait d’être gros.  L’histoire et la politique non plus. Avec des points de vue souvent originaux comme la mise en lumière de la foi chrétienne de De Gaulle.

Adoption

La Famille

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Christianisme

Charles le Catholique, 1958-1969

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

La Famille

Denise Masson, la dame de Marrakech

Cinéma

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Corps

Daria Marx : ma vie en gros

Discrimination

Daria Marx : ma vie en gros

Erotisme

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Famille

La Famille

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Femme

Daria Marx : ma vie en gros

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Mini-jupe, tout court !

Grossophobie

Daria Marx : ma vie en gros

Harcèlement moral

Le Salaire de la souffrance

Histoire

Charles le Catholique, 1958-1969

Homme

La Maison des hommes violents

Humour

Drôles pour toujours : Maillan, Poiret, Serrault

Islam          

Denise Masson, la dame de Marrakech

Laïcité

Charles le Catholique, 1958-1969

Mode

Mini-jupe, tout court !

Musique

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Opéra

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Police

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Politique

Charles le Catholique, 1958-1969

Portrait

Daria Marx : ma vie en gros

Emmanuelle Haïm, la femme-orchestre

Drôles pour toujours : Maillan, Poiret, Serrault

La Maison des hommes violents

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Dietrich-Garbo, l’Ange et la Divine

Martine Monteil – Femme flic au-dessus de tout soupçon

Denise Masson, la dame de Marrakech

Religion

Charles le Catholique, 1958-1969

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Denise Masson, la dame de Marrakech

Résistance

Pierre Chaillet, le jésuite de la Résistance

Travail

Le Salaire de la souffrance

Vietnam

Même les tortues s’appellent Nguyen !

Violence conjugale

La Maison des hommes violents

A COMME ABECEDAIRE – Michaëlle Cagnet.

De l’Allemagne à la Birmanie, de Majorque au Japon, en passant par le Maroc, une œuvre vraiment internationale.

Allemagne

L’Île au trésor de la Baltique

Berlin Plage – Majorque, la petite Allemagne des Baléares

Asie

Birmanie : fin de dictature ?

Démocratie

Birmanie : fin de dictature ?

Dictature

Birmanie : fin de dictature ?

Divorce

Et le roi créa la femme

Euthanasie

Mourir

Espagne

Berlin Plage – Majorque, la petite Allemagne des Baléares

Famille

Et le roi créa la femme

Femme

Et le roi créa la femme

Hôpital

Mourir

Islamisme

Et le roi créa la femme

Japon

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Jeunesse

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Marginalité

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Maladie

Mourir

Maroc

Et le roi créa la femme

Médecine

Mourir

L’Homme en morceaux

Mort

Mourir

Naturisme

L’Île au trésor de la Baltique

Politique

Birmanie : fin de dictature ?

Psychiatrie

Hikikomori, les reclus volontaires ?

Recherche

L’Homme en morceaux

Robot

L’Homme en morceaux

Science

Route de la soie

L’Homme en morceaux

Tourisme

L’Île au trésor de la Baltique

Berlin Plage – Majorque, la petite Allemagne des Baléares

Voyage

Route de la soie

A COMME ACCOUCHEMENT.

Depuis la nuit des temps de Jeanne Delafosse, Clary Demangeon, 2020, 13 minutes.

L’accouchement, une affaire de femmes ? Oui, mais pourquoi serait-ce les hommes qui décident à leur place où et comment il doit se dérouler ?

Dans Depuis la nuit des temps, 13 femmes se font les porte-parole de toutes les futures mamans pour dénoncer les pratiques abusives du pouvoir médical masculin et revendiquer la pleine liberté de choix des femmes sur leurs accouchements.

Le film que signe Jeanne Delafosse et Clary Demangeon est un ciné-tract, un genre qui nous fait immédiatement penser à Agnès Varda qui en avait fait une arme aux mains des féministes dès 1973 (revoir à l’occasion son Réponse de femmes). Un film court, percutant, plein d’humour, mais aussi de données rigoureuses et précises, tout autant dans le domaine de la médecine que de l’économie, mais aussi de l’histoire par exemple.

Un film militant, qui s’inscrit parfaitement dans le contexte des luttes des femmes dans ce début de XXI° siècle, les dénonciations du viol, des agressions sexuelles et du harcèlement, jusqu’aux combats contre les violences faites aux femmes et les féminicides.

Un film qui vise à alerter, à mobiliser, à faire prendre conscience que ce qui est présenté comme pratique courante n’est pas toujours justifié dans son efficacité. Et encore moins du point de vue du respect de la liberté et de la responsabilité des femmes.

« On m’a volé mon accouchement ». Des femmes viennent donc témoigner devant la caméra, de tout ce qui leur a été imposé, de tout ce qui a été fait sans leur demander leur avis. Et elles montrent ainsi qu’il y a beaucoup à faire, au niveau de l’information d’abord. Au niveau de leur position de femme ensuite, pour que, toutes, elles prennent pleinement en main ce qui est une des grandes affaires de leur vie.

Un film avec des images chocs, mais pas au sens d’images à sensation. Des images qui visent plutôt à susciter un choc, c’est-à-dire qui s’inscrivent durablement dans la mémoire et dans la pensée et qui servent d’argument, qui puissent être utilisées comme des armes dans ce combat qui, certes, est déjà ancien (depuis les mouvements défendant l’accouchement sans violence ou l’accouchement à la maison) mais reste brulant d’actualité.

Un bon exemple du pouvoir que peut avoir le cinéma.

S COMME SAKINA.

Sakina. Sarah Mallegol et Clément Postec, 2020, 35 minutes.

Une jeune femme seule au volent de sa voiture. Cadrée en plan rapproché, de profil. On ne voit que son visage. Derrière elle l’image est flou. On devine tout juste d’autre véhicule qu’elle croise ou qui la double. Et les lumières de la ville, la nuit.

Un cadrage unique dans tout le film, un visage que nous ne quitterons pas. Le film n’est pas un plan-séquence au sens technique du terme – un plan unique sans aucun raccord. Mais il n’y a bien qu’une seule séquence dans le film, entièrement réalisé à l’intérieur de la voiture, cadrant toujours de la même façon le visage de la conductrice. Malgré les coupures – que le montage ne cherche d’ailleurs nullement à masquer – nous ne voyons qu’un seul plan. Sakina est bien un film plan.

Une voiture roule dans une ville, la nuit. Elle est conduite par une jeune femme que nous accompagnons dans son déplacement. Où va -t-elle ? Le film n’en dit rien. Il exclut totalement la notion d’itinéraire – avec un point de départ et un point d’arrivée. La voiture est en mouvement, un point c’est tout – à chaque arrêt à des feux rouges, elle repart. La conductrice se déplace, dans une intention, un projet dont nous ne serons rien. Ou bien alors elle a pris sa voiture pour rouler dans la ville, sans but, simplement pour rouler. Mais qu’elle soit filmée dans ce déplacement, cette errance nocturne, correspond parfaitement à ce qui va être dit d’elle, ce qu’elle va dire d’elle-même.

Car tout en conduisant sa voiture, la jeune femme parle, nous parle par l’intermédiaire d’une caméra qu’elle ne regarde jamais, mais qui n’est pas pour autant oubliée. Car si elle parle, c’est bien parce qu’il y a un appareil qui enregistre son discours et qui pourra le diffuser. Car bien sûr il n’y a rien de naturel dans le fait qu’une jeune femme seule au volant de sa voiture parle d’elle, de sa vie, de son identité.

Le point le plus fort du film est alors l’affirmation de l’identité de cette jeune femme qui s’appelle Sakina. Et le film se terminera par la répétition, une dizaine, une vingtaine de fois, de cette simple phrase : « je m’appelle Sakina ».

Durant le film, Sakina aura eu l’occasion de détailler son identité.

Elle est écrivaine. Dès ses premiers mots elle évoque ses difficultés d’écriture, pour terminer un livre, une œuvre. Mais sa parole, dans la suite du film, pourrait très bien constituer la substance d’un texte écrit. Un texte autobiographique, centré sur ce qu’elle veut nous dire de son identité.

Elle a 24 ans. Elle est née à Saint-Germain en laye. Elle a grandi à Clichy sous-bois. Elle est d’origine algérienne. Elle est musulmane et lesbienne.

Et elle insiste beaucoup sur son origine, sa religion et son orientation sexuelle. Façon de nous faire comprendre que ce récit personnel dans un film n’est pas une quête d’identité, une recherche de soi, une tentative de découvrir ce que l’on est réellement. Non. Il s’agit bien plutôt pour Sakina, d’affirmer son identité, de s’affirmer comme d’origine algérienne, musulmane et lesbienne. Une identité qu’elle revendique, qu’elle assume quelles que soient les représentations – les préjugés, les a priori – qui peuvent être associées à chacune de ses composantes. « Je m’appelle Sakina ». Quand elle répète cette simple phrase à la fin du film, tout est dit. Il n’y a rien d’autre à ajouter.

Au bout des trente minutes de ce film court, nous avons fait une rencontre. Sakina ne nous est plus une inconnue.

Côté court, 2020.

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Filmus de Clément Safra.

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-t-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

Conception

Aux sources du projet, une forêt du Périgord qui m’est familière. C’est un lieu évocateur de fictions, de contes et de légendes, avec son orée plongée dans la pénombre, son cimetière d’arbres foudroyés, ses chênes creux en forme d’abri, sa fontaine miraculeuse, sa grotte protectrice… autant d’éléments qui m’inspirent la structure d’un voyage imaginaire à l’écart du monde et de la société. Un film qui parle de territoire, de frontière et de liberté.

Pour incarner ces thèmes, une figure émerge de l’écriture du scénario : celle d’une Tsigane, une femme rom, avec son enfant. Des symboles de liberté, mais aussi de transgression et de rejet. Dans le récit, ils sont poursuivis par les gendarmes. Protégés magiquement par la nature, ils deviennent des dieux étrangers, tel qu’est intitulé le scénario. Par leur présence et leur regard, les bois se métamorphosent en forêt enchantée.

Roms et gendarmes : un antagonisme fondamental, immédiat, quasi-irrémédiable. Gendarmes et Roms, les cowboys et Indiens d’un western français contemporain… Or dans ce film, aucune confrontation directe n’a lieu : la rencontre entre les personnages se fait par le biais de la forêt, qu’ils traversent tour à tour. Ainsi c’est le montage, le cinéma lui-même, qui doit rendre possible le rapprochement d’êtres que tout oppose.

Production

Afin d’éviter que le film ne repose sur une imitation plus ou moins approximative dérivée de préjugés, le recours à des acteurs grimés en Tsiganes est vite exclus. Au contraire, le parti est pris de mettre en scène des personnes de la communauté rom de France. Ainsi, ce sont les personnages eux-mêmes, et non des simulacres, qui évolueront devant la caméra. C’est donc au sein d’une grande famille de Roms de Roumanie établis près de Bordeaux que les castings se déroulent, grâce au soutien d’une association locale qui rassemble des dizaines de femmes et d’enfants.

À l’issue d’une série d’essais filmés, Mirela, vingt-six ans, est retenue. Elle se distingue d’entre toutes pour son naturel et son indifférence à la caméra. Elle ne cherche à imiter personne, ni à me plaire ; elle se contente d’être. Ainsi on ne la perçoit pas comme une Rom, mais comme une femme affrontant une certaine situation, celle d’une mère de famille réfugiée dans un pays étranger. Parmi ses six enfants, c’est le plus jeune et le plus indocile, Fernando, quatre ans, qui est choisi.

À l’initiative d’un producteur dont il s’agit également du premier long-métrage, le projet est financé avec des fonds exclusivement privés, sans aucune aide publique ni subvention. Le film est donc produit sans le concours des institutions de l’industrie cinématographique française, sur lesquelles il aurait été illusoire de compter pour soutenir un projet au programme aussi radical : tourner en vingt jours un long-métrage de fiction dans des conditions proches du documentaire, sans acteurs ni dialogues.

En toute indépendance, j’ai carte blanche pour mener à bien cette expérience filmique dont l’issue, par définition, est incertaine. Elle repose sur la confrontation de deux cultures, celle d’une famille rom et celle d’une équipe de cinéma, dans le cadre neutre de la forêt, unique décor de l’histoire. À l’approche du tournage, il est clair que le véritable défi sera humain autant qu’artistique : dépasser la méfiance réciproque pour tenter de créer ensemble un film d’un genre nouveau.

Réalisation

Le tournage commence au milieu de l’été, avec une palette de moyens techniques réduits au strict minimum : caméra unique, prise de son directe, décors naturels, et le soleil pour tout projecteur. L’enjeu pour l’équipe est de rester la plus discrète et la plus alerte possible afin de pouvoir capter les moindres réactions de nos héros, ces « personnes réelles » placées au coeur d’un lieu inconnu, la forêt, loin de leur cadre de vie et de leur quotidien. La caméra, que j’opère moi-même, tourne en permanence, y compris avant « action » et après « couper » : c’est là, dans ces marges, que se produisent les moments les plus précieux, les plus inattendus. Je ne peux pas les manquer sous prétexte qu’ils ne figurent pas dans mon scénario écrit entre quatre murs. « Action ! Action ! » : le petit garçon s’approprie cette injonction arbitraire, et la rend dérisoire. Il la répète en boucle, s’en moque à l’infini.

De l’artifice surgit une vérité : la complicité entre la mère et son fils, la pudeur de la femme qui se sait l’objet de toute l’attention, le refus de l’enfant d’être capturé par l’objectif. Mon désir est de saisir ces personnes au plus près, dans un mouvement spontané. Souvent, les contours s’estompent, le flou les enveloppe, et me rappelle leur caractère insaisissable. Résistance et opposition deviennent aussi les thèmes du film. Ici, l’acte même de filmer se révèle être un défi, et le filmeur lui-même, un protagoniste.

Cette matière première récoltée au tournage, je dois la donner à voir et à entendre ; la mettre en forme. Envisagé dès le début comme la véritable écriture du film, le montage doit sculpter ces images et ces sons bruts pour les rendre signifiants. Il crée le lien entre deux images, deux sons, un son et une image. Ainsi le cri de l’oiseau se substitue parfois à la parole de l’enfant dont la langue maternelle, le romani, m’est étrangère. La forêt en devient l’interprète, et le cri de l’oiseau, le sous-titre. « Filmus », ce mot inconnu que j’entends prononcé par la mère et l’enfant, devient, au terme de dix-huit mois de post-production, le titre du film.

Diffusion

FILMUS est sélectionné au 70è Festival International de Locarno, où il est présenté en première mondiale. Cette année-là, c’est le seul film français de la section Signs of Life, consacrée « aux oeuvres qui explorent de nouvelles formes narratives et des langages innovants. »

Au lendemain du festival, dans un contexte où le système de distribution se trouve incapable de porter un long-métrage plus proche de la poésie que de la prose, j’imagine une présentation de FILMUS sous la forme d’une expérience visuelle dépassant la séance ordinaire : je rêve d’un spectacle dans la veine des fantasmagories du XIXè siècle où l’image projetée suscitait en elle-même l’émerveillement du public, adulte comme enfantin, alors que le Cinématographe n’était pas encore né…

Dans cette perspective, des plaques de lanternes magiques originales inspirées de FILMUS sont réalisées. À l’occasion de la sortie du film en VOD, ces oeuvres uniques, peintes sur verre selon la méthode traditionnelle, sont dévoilées via Filmaison, une nouvelle structure de production et de diffusion dont le projet s’inscrit dans le prolongement même de FILMUS : réinventer le cinéma.

— Clément Safra

FILMUS en VOD : https://vimeo.com/ondemand/filmus

Filmaison sur Facebook : https://www.facebook.com/filmaison

Filmaison sur Instagram : https://www.instagram.com/filmaison/

www.filmaison.com

G COMME GYNECOLOGIE.

Mat et les gravitantes. Pauline Pénichout, France, 2019, 25 minutes.

« Ça secoue » avoue une des participantes de l’atelier « d’auto-gynécologie » qui vient de se dérouler en groupe devant la caméra. Auto-gynécologie, de quoi s’agit-il ? Regarder à l’intérieur de son corps. Grâce à un spéculum, observer son col de l’utérus. Avec comme objectif de mieux se connaître. Être à l’aise avec son corps, en parler librement. La sexualité, la recherche du plaisir et la vie amoureuse ne doivent plus être un tabou.

Et en effet, il y a une grande liberté d’expression dans ce groupe de femmes – plutôt jeunes – qui n’hésitent pas à appeler un chat un chat (ou plutôt une chatte une chatte). La démarche qu’elles entreprennent n’est pas ouvertement inscrite dans des luttes féministes. Il s’agit d’abord d’un engagement personnel. La dénonciation de l’obscurantisme social à propos de la sexualité dont elles ont fait les frais dans leur enfance et leur adolescence. A l’école en particulier, où l’éducation sexuelle au collège n’évoquait uniquement que le plaisir masculin. Et la revendication d’un droit à la jouissance et d’une liberté totale dans tout ce qui concerne le corps.

Ces femmes ne se présentent donc pas comme des militantes. Elles n’évoquent nullement les questions de contraception et le problème de l’avortement, comme si ces combats anciens avaient abouti à des acquis définitifs. De même elles ne semblent pas vraiment concernées – du moins elles ne les évoquent pas – par les luttes contre l’excision par exemple. D’ailleurs il est assez curieux que leur réflexion sur le plaisir féminin les conduise à évoquer le col de l’utérus plutôt que le clitoris, dont il n’est absolument pas question dans le film. Mais il semble que le film se situe au lancement d’une expérience et d’une démarche qui ne peut qu’être poursuivie et approfondie. En ce sens, le film de Pauline Pénichout peut servir de déclencheur en s’inscrivant dans le contexte actuel dit post #metoo où la dénonciation du viol et des violences sexuelles doit pouvoir déboucher sur des exigences plus concrètes en matière de liberté et de droit. Ce qui n’est en rien contradictoire avec les thèmes plus généraux de l’égalité sociale homme-femme, de la dénonciation de l’homophobie et de l’affirmation des différences dans le cadre des luttes LGBT+.

« J’ai envie de jouir » dit une jeune femme qui répond aux questions de la cinéaste à propos de sa vie sexuelle et amoureuse. D’ailleurs elle ajoute « j’aime être amoureuse ». Une nouvelle éthique du bonheur.

Visions du réel 2020.

I COMME INSOUMUSES.

Delphine et Carole, Insoumuses. Callisto McNulty, 2018, 68 minutes.

Les Insoumuses donc, Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos, sans oublier Iona Wieder et Nadja Ringart, bien que ces dernières soient peu présentes dans le film. Mais il s’agit bien d’un collectif et la plupart des films qu’elles ont réalisés l’ont été en commun. Des films, ou pour être plus rigoureux, on devrait parler de vidéo. Car c’est avec cet outil qu’elles se sont exprimées et qu’elles ont réalisé une masse importante de documents visuels à propos de toutes les luttes de femmes depuis les années 70 – de celles pour la libéralisation de l’avortement jusqu’aux grandes grève de Lip – et qui sont rassemblés et conservés aujourd’hui au Centre audiovisuel Simone de Beauvoir à Paris.

Le film que leur consacre Callisto McNulty, la petite fille de Carole, est d’abord un hommage, que l’on sent particulièrement admiratif devant ces personnalités fortes et attachantes, et devant leur engagement dans les luttes féministes et leur volonté de donner la parole à celles qui le plus souvent ne l’ont pas.

Mais c’est aussi un film historique qui retrace le parcours des Insoumuses, depuis la découverte de la vidéo par Carole sur les conseils de Jean Genet, jusqu’aux derniers films qu’elle a réalisé après la disparition de Delphine (1990). Une histoire d’amitié et de compréhension réciproque. Une histoire de leurs luttes communes qui se confond avec l’histoire des luttes des femmes en général contre toutes les formes de sexisme et de domination masculine.

Il n’y a pas d’interviews dans le film de Callisto McNulty. Il aurait sans doute été possible de retrouver certaines des jeunes féministes engagées à leur côté. Mais il faut savoir gré à la cinéaste d’avoir respecté un des principes forts des Insoumuses qui a toujours été de donner la parole directement aux intéressées. Concernant Carole et Delphine ce sera bien sûr par images interposées, essentiellement dans des interventions sur des plateaux de télévision pour Delphine Seyrig  et dans des entretiens menés devant sa table de montage pour Carole Roussopoulos. A quoi vont être ajouté – et ce n’est pas le moindre intérêt du film – des extraits toujours significatifs des films de l’une ou de l’autre et de ceux qu’elles ont réalisés en commun.

Delphine Seirig n’ayant jamais renié sa carrière de comédienne, nous la verrons souvent dans les rôles célèbres qu’elle a incarné au cinéma : de Peau d’âne de Demy à Baisers volés de Truffaut, mais aussi India song de Duras et Jeanne Dielman de Chantal Akerman. Nous avons droit d’ailleurs à quelques passages d’un plateau assez extraordinaire où Delphine est mis en présence des deux cinéastes pour un échange particulièrement chaleureux. Pour le reste, elle parle de son « féminisme » avec beaucoup de sincérité et de conviction.

C’est Carole qui évoque leur rencontre lors d’un stage vidéo où Delphine s’était inscrite et qui évoque leur travail commun, en particulier lors du tournage de Sois belle et tais-toi en Californie, film de Delphine où Carole tenait la caméra.

Les films réalisés par les Insoumuses sont en nombre important et il devient urgent pour conserver les bandes vidéo de les restaurer, ce qu’a entrepris le centre Simone de Beauvoir. Ici, ce sont les plus connus qui sont retenus. Le plus célèbre sans doute étant Maso et Miso vont en bateau (1976, film réalisé par les 4 Insoumuses)  qui illustre bien leur méthode alliant l’humour et l’impertinence vis-à-vis de Françoise Giroud alors Secrétaire d’Etat à la condition féminine. On peut citer aussi Y a qu’à pas baiser (1971) de la seule Carole qui nous permet de redécouvrir quelques-uns des slogans présents dans les manifestations du MLF. De Delphine Seyrig Sois belle et tais-toi – où elle donne la parole à des actrices de cinéma américaines et françaises – et aussi S.C.U.M. Manifesto réalisé avec Carole.

Finalement, ce film qui remet au gout du jour les luttes féministes des années 70 est aussi une reconnaissance de dette de la génération actuelle vis-à-vis de ces cinéastes qui ont su faire des films d’intervention dans le champ politique sans aucune compromission avec le pouvoir patriarcal du cinéma dominant.

P COMME POUPEES – japonaises

 Épouse, fille, mère, Alain Della Negra, Kaori Kinoshita, 2019, 35 minutes.

Des hommes sans femmes. Délaissés, isolés, souffrant de solitude sans doute. Car un homme peut-il vivre sans présence féminine, sans contact féminin ? Il ne s’agit certainement pas d’amour, ni même de sentiment. Tout simplement il y a des hommes qui ne peuvent vivre qu’au milieu des femmes.

Alors ils ont un bon moyen pour remplacer ces femmes réelles qui pour une raison ou une autre les ont abandonnés. Les poupées ! Oh, pas des poupées d’enfant, des poupées miniatures, de simple jouet pour faire la dinette, ces compagnes des petites filles qui peuvent alors se croire une maman, ou une maitresse d’école. Ce que veulent ces hommes, ce sont des poupées grandeur nature, qui ont une réelle présence féminine et qui finissent par incarner leur idéal féminin. Des poupées si jolies, éternellement jeunes et surtout si dociles, même s’il n’est pas toujours facile de les déshabiller comme le montre la dernière séquence du film. Des poupées que l’on peut cajoler, dont on peut s’occuper infiniment, prendre soin de leur coiffure comme de leur tenue. Et qui resteront fidèles, sans jalousie aucune si on leur impose une autre compagne, ou même plusieurs, suivant ses moyens financiers. Mais le film ne dit pas combien elles coûtent à l’achat. Peu importe de toute façon. Ce n’est pas une question d’argent.

Les poupées d’accompagnement des hommes seuls, au Japon, c’est une véritable industrie. Un phénomène qui s’inscrit en parfaite harmonie avec cette partie de la culture nippone contemporaine, celle qui vénère jusqu’à l’excès le virtuel et ses stars, depuis les mangas bien sûr jusqu’aux jeux vidéo en passant par les dessins animés (ces « animés » qui ont conquis depuis quelques décennies déjà les télés du monde entier), ou aussi les modes du cosplay  ou du kigurimi, ces déguisements qui peuvent prendre une dimension quotidienne et dans lesquels sont investis des personnages fictionnels de dessins animés notamment, de Pikachu à Winnie l’ourson.

Tout cela, le film de Alain Della Negra et Kaori Kinoshita nous le présente avec beaucoup de simplicité et de naturel, sans émettre de jugement, mais avec une petite dose d’ironie quand même (par exemple dans la séquence finale déjà citée où retirée le minishort d’une poupée demande une grande habileté et beaucoup de patience !). Même si elles ont conquis le monde entier, ces pratiques japonaises ne restent-elles pas un peu exotiques ?

Les hommes sans femmes

Les poupées, qu’ils achètent et dont ils prennent soin

La fabrique des poupées

Cosplay

Festival Cinéma du réel 2019, Paris.