La déposition. Claudia Marshal, 2024, 92 minutes.
A 13 ans, Emmanuel a été victime d’attouchements de la part du curé de son village. A l’époque, il n’a rien dit. Mais aujourd’hui, il lui fait briser le secret. Il se rend à la gendarmerie pour déposer plainte. C’est l’enregistrement de cette déposition, réalisé sur le vif, qui va occuper toute une partie du film.
Au moment des faits, Emmanuel n’a rien dit. A cause de la peur. La peur de ne pas être cru. La peur d’être accusé, d’être mis à l’écart dans son village où le curé officie toujours.
N’a-t-il vraiment rien dit à personne ? En fait il s’est ouvert à ses parents, qui ne l’ont pas cru. Sa mère étant décédée, c’est à son père qu’il demande des comptes. Il lui fait écouter une partie de l’enregistrement de la déposition. D’une certaine façon, ce père n’est pas resté inactif. Il s’est rendu chez le curé. Celui-ci a nié en bloc l’accusation. Alors qui croire ? Un prêtre peut-il mentir. Emmanuel pose la question, insiste pour obtenir une réponse. Après de longues hésitations, le père finit par dire oui. Mais à l’époque, la parole de l’adolescent n’a pas de poids.
Cette séquence, ce face à face, est la plus dramatique du film. La seule où les émotions explosent. Le père est particulièrement mal à l’aise. Il ne peut retenir ses larmes, devant cet enfant, son enfant, qu’il n’a pas su défendre.
La famille est très présente dans le film, sous la forme d’archives vidéo. Emmanuel bébé, Emmanuel enfant de cœur, Emmanuel lors de différentes fêtes familiales, des anniversaires, mais aussi des cérémonies religieuses. Une famille très catholique. Emmanuel revoie sa sœur ainée qui a visiblement abandonné toute religion. Emmanuel lui a quitté le catholicisme pour se tourner vers le protestantisme évangélique. Ce que son père a toujours condamné.
Pourquoi, 30 ans après, Emmanuel brise-t-il le secret. ? La réponse à cette question est laissée à l’appréciation des spectateurs du film. La cinéaste se centre plutôt sur le déroulement de la déposition. L’adjudant-chef qui reçoit Emmanuel a pour ligne de conduite d’en rester aux faits, de préciser le plus possible les faits, sans jugement. Il fait tout pour faciliter la parole du plaignant. Il dit avoir été formé pour cela. Et ça se sent. Il rassure autant que possible, propose un verre d’eau, une pose, ses questions sont des aides. Il est vrai que ce n’est pas un adolescent qui est en face de lui. Ce qui lui rend la tâche plus facile sans doute, mais il s’en acquitte sans le moindre faux-pas.
La déposition est un film important par les questions qu’il pose. Outre le problème de l’écoute et de l’acceptation de la parole des enfants et des adolescents, il nous fait réfléchir sur l’impacte qu’une agression sexuelle peut avoir sur la vie de la victime. Un panneau final nous apprend que l’affaire a été classée sans suite, pour cause de prescription des faits. Le curé ne sera en rien inquiété. Mais le film est là pour nous rappeler qu’il y a des inacceptables qu’il faut ne plus accepter.
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