Les liaisons scandaleuses. Priscilla Pizzato, 2021, 52 minutes.
Un film sur un livre, un roman, célèbre. Un grand roman, un chef-d’œuvre qui a marqué son époque, le 18e siècle, et qui reste, aujourd’hui encore, une référence. Pour toujours, une œuvre éternelle.
Un roman sulfureux, scandaleux, qui a fait scandale dans son siècle. Un livre dangereux, dangereux pour la religion, pour la morale, pour les bonnes mœurs. Un livre qui bouscule toutes les conventions, toutes les traditions, toutes les croyances.
Un roman épistolaire, fait de lettres adressées par la marquise de Merteuil au vicomte de Valmont et de Valmont à Madame de Merteuil. Une correspondance souvent crue, qui ne cache rien des comportements de cette noblesse libertine pour qui le plaisir est une fin en soi et qui donc est mue en dehors de toute règle, uniquement par le désir.
Mais qui est le plus osé dans cette correspondance la dame ou le monsieur et qui mène l’autre, le conduit par le bout du nez, le mystifie à volonté, Madame de Merteuil ou Valmont ; Valmont ou Madame de Merteuil
n film sur un livre, mais qui n’est surtout pas une adaptation. Il ne s’agit nullement de transférer, de transposer, l’œuvre littéraire en œuvre cinématographique. Ni d’incarner des personnages par des acteurs ou de trouver des lieux, des paysages, des appartements, des décors où puissent se dérouler des situations du roman.
Pourtant, des acteurs, il y en a bien dans le film de Priscilla Pizzato, qui s’écrivent, lisent et se répondent. Deux acteurs donc qui lisent les lettres écrites envoyées et reçues. Mais ils n’incarnent pas à proprement parler les deux personnages de la correspondance. Ils sont plutôt ceux qui transmettent le texte. Un texte dont nous voyons d’ailleurs le manuscrit avec son écriture plus ou moins lisible et ses ratures, un texte qui fait tout le film, qui devient film tout en restant dans l’écrit.

La dimension documentaire plus classique est incarné ici par la présence de spécialistes de la littérature du dix-huitième siècle, un enseignant de la Sorbonne et une enseignante d’Oxford. Ils présentent le texte, le commente, le glorifie comme d’ailleurs une actrice dont les propos rivalisent avec ceux des universitaires.
Le roman de Laclos a fait l’objet de nombreuses adaptations cinématographiques ; de Vadim en 1960 à Stephen Frears en 1988, en passant par la Corée du Sud (Hur Jin-ho, 2012) ou Milos forman (Valmont 1989). Priscilla Pizzato ne pouvait pas les ignorer. Elle nous propose de larges extraits des diverses créations en question, soit en regard des extraits de lettre, soit en complément des analyses des experts. Un montage savant qui donne réellement envie de lire le livre.
Les liaisons scandaleuses, un film qui est un bon exemple de ce que le cinéma peut pour la littérature. Mais c’est aussi une excellente illustration de ce que la littérature peut pour le cinéma.
