K COMME KAFKA.

Qui était Kafka ? Richard Dindo, France-Suisse, 2006, 98 minutes

            Comment le cinéma peut-il rendre compte d’une œuvre littéraire aussi importante que celle de Kafka. Et comment peut-il évoquer la vie et la personnalité de l’écrivain alors qu’il n’existe pratiquement pas d’images de lui, pas d’images cinématographiques, pas d’interviews, aucun entretien sonore ? De Kafka, nous ne possédons que deux ou trois portraits photographiques, en noir et blanc, qui sont bien connus et ne peuvent certainement pas être des découvertes. Mais ces conditions de pauvreté iconique, loin de constituer un handicap pour un cinéaste comme Richard Dindo, sont bien plutôt un stimulant pour la créativité. Son film sur Kafka en fait la preuve.

            Pour les œuvres de Kafka, ce sont les lettres et le journal qui sont systématiquement mis à contribution, lus par Samy Frey. Les romans ne sont qu’évoqués, les couvertures des éditions originales étant filmées en banc-titre. Un choix qui se justifie par la centration du film sur la personne de Kafka, même si l’écriture en fait fondamentalement partie.

            La vie de Kafka, ce sont ses amis qui sont chargés de l’évoquer, de leur propre point de vue, évidemment. Max Brod, le premier et le plus important d’entre eux, et les femmes dont il fut amoureux, Félicie, Milena, Dira. Le film de Dindo n’est pas à proprement parler une biographie au sens habituel du terme. Il ne vise pas à rendre compte d’une façon chronologique de chaque événement qui pourrait pourtant être significatif. L’enfance de Kafka est ainsi peu prise en compte, en dehors de la relation avec ses parents et surtout son père. De sa vie, c’est bien plutôt sa passion de l’écriture qui intéresse le cinéaste. Puis, il se centre dur la maladie, ses séjours en sanatorium, ses guérisons partielles et ses rechutes. La mort de l’écrivain devient alors un des éléments inévitable du film. Elle n’en est pas pour autant la conclusion. Kafka reste vivant pour tous ceux qui l’ont connu et pour tous ses lecteurs.

            Les images du film font une large place à la ville de Prague, filmée en plans fixes, focalisées essentiellement sur les façades des immeubles et les clochers des églises.peu de vue d’ensemble ; peu d’images d’archives des villes, Prague et Berlin. Si Dindo filme la Prague contemporaine, C’est bien parce que Kafka reste pour tous d’actualité.

            Cette actualité est renforcée par l’utilisation d’acteurs tenant le rôle des amis de Kafka et de ses amoureuses. Filmés face à la caméra, ils s’adressent à nous directement, créant une connivence avec le spectateur. Nous entrons dans l’intimité des longues promenades avec Max Brod. Mais, ce sont surtout les relations avec Félicie, Milena ou Dora, qui sont évoquées avec le plus d’intensité émotive, les actrices jouant parfaitement leur rôle, au point de faire pratiquement oublier qu’il ne s’agit pas des personnages authentiques. L’utilisation d’acteurs dans un documentaire est rarement aussi pertinente.

            Qui était Kafka ? est un film littéraire, le film d’un cinéaste qui aime la littérature et qui sait la faire aimer.

A COMME ABECEDAIRE – Richard Dindo.

Auteur de plus de 30 films – une œuvre riche, variée et souvent très originale – Richard Dindo a été proclamé MAÎTRE DU RÉEL au festival Visions du réel 2014.

Amour

Des femmes qui aiment des hommes jeunes

Apartheid

Une saison au paradis

Apprentissage

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Astronomie

Les Rêveurs de Mars

Bolivie

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Cinéma

Max Haufler, « le muet »

Famille

Mon père, notre histoire

La Maladie de la mémoire

Femme

Violence conjugale : paroles de femmes

Homo Faber – Trois Femmes

Des femmes qui aiment des hommes jeunes

La Maternité des HUG

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

Charlotte, vie ou théâtre ?

Guerre

L’Affaire Grüninger

Charlotte, vie ou théâtre ?

L’Exécution du traître à la patrie, Ernest S.

Des Suisses dans la guerre d’Espagne

Histoire

Mon père, notre histoire

Des Suisses dans la guerre d’Espagne

Hôpital

La Maternité des HUG

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

La Maladie de la mémoire

HUG, hôpitaux universitaires de Genève

Japon

Le Voyage de Bashô

Justice

L’Affaire Grüninger

Dani, Michi, Renato & Max

Kafka

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Qui était Kafka ?

Littérature

Qui était Kafka ?

Aragon, le roman de Matisse

Genet à Chatila

Une saison au paradis

Max Frisch, Journal I-III

Médecine

HUG, hôpitaux universitaires de Genève

Mémoire

La Maladie de la mémoire

Mexique

Ni olvido ni perdón

Musique

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Palestiniens

Genet à Chatila

Peinture

Gauguin à Tahiti et aux Marquises

Aragon, le roman de Matisse

Charlotte, vie ou théâtre ?

Peintres naïfs en Suisse orientale

Photographie

Hans Staub, reporter photographe

Poésie

Le Voyage de Bashô

Arthur Rimbaud, une biographie

Portrait

Gauguin à Tahiti et aux Marquises

Mon père, notre histoire

Qui était Kafka ?

L’Affaire Grüninger

Une saison au paradis

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Charlotte, vie ou théâtre ?

Arthur Rimbaud, une biographie

Max Haufler, « le muet »

Hans Staub, reporter photographe

L’Exécution du traître à la patrie, Ernest S.

Révolution

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Science

Les Rêveurs de Mars

Suicide

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

Max Haufler, « le muet »

Violence

Violence conjugale : paroles de femmes

Ni olvido ni perdón

Enquête et Mort à Winterthour

Dani, Michi, Renato & Max

G COMME GENET JEAN

Jean Genet, un captif amoureux. Parcours d’un poète combattant. Michèle Collery, 2017, 74 minutes.

L’enjeu du film est énoncé dès l’incipit, par Genet lui-même : comprendre son retour à l’écriture alors qu’il est resté une vingtaine d’années silencieux.

Genet a écrit ses livres en prison. Pour sortir de la prison dit-il. Ayant retrouvé sa liberté, pourquoi écrire ? Sa rencontre avec les combattants palestiniens, le drame de Chatila, son voyage aux Etats-Unis pour soutenir les Black Panthers, seront les éléments déterminants.

Le film de Michèle Collery a comme premier intérêt – un intérêt incommensurable – de donner lecture, par la voix incomparable de Denis lavant, de larges extraits du dernier livre de Genet, Un Captif amoureux. Une voix qui donne toute la mesure de la poésie du texte et de sa charge émotive étonnante, bien que l’acteur ne cherche nullement à y mettre du pathos.

Le parcours qu’évoque le sous-titre du film, nous le suivons essentiellement en compagnie de l’amie de Genet, Leila Shadid, depuis leur entrée dans le camp palestinien de Chatila à Beyrouth ouest, trois jours après le massacre perpétré par les milices chrétienne sous la protection de l’armée d’occupation israélienne, jusqu’au cimetière de Larache au Maroc où repose Genet près de la mer. Un parcours d’engagement politique, de combat. Près des Fédayins, comme les Palestiniens étaient désignés dans les années 70, avec ces images d’archives de ces jeunes combattants se préparant au combat dans le désert. Puis au service des Black Panthers, lors d’un voyage en Californie qui sera pour lui l’occasion de rencontrer Ginsberg et Angéla Davis. Nous avons alors le plaisir de voir Genet dans un extrait du film que Carole Roussopoulos réalisa, Genet parle d’Angela Davis. Une dénonciation particulièrement violente du racisme antinoir américain : « Angela Davis est dans vos pattes. Tout est en place. Vos flics – qui ont déjà tiré sur un juge de façon à mieux tuer trois Noirs -, vos flics, votre administration, vos magistrats s’entraînent tous les jours et vos savants aussi, pour massacrer les Noirs. D’abord les Noirs. Tous. Ensuite, les Indiens qui ont survécu. Ensuite, les Chicanos. Ensuite, les radicaux blancs. Ensuite, je l’espère, les libéraux blancs. Ensuite, les Blancs. Ensuite, l’administration blanche. Ensuite, vous-mêmes. Alors le monde sera délivré. Il y restera après votre passage, le souvenir, la pensée et les idées d’Angela Davis et du Black Panther. »

Si le film insiste ainsi beaucoup sur les combats politiques de Genet, la dimension littéraire de sa vie n’est pas pour autant oubliée. Le film propose beaucoup de documents iconographiques, des photos de Genet participant à des manifestations aux Etats-Unis et même un extrait rare d’une émission de télévision. Les couvertures de ses principales œuvres sont présentées, ses romans et poèmes, sans oublier son théâtre. Les interventions des commentateurs sont toujours sobres, mais précises, et rendent parfaitement justice à l’homme autant qu’à l’œuvre.

La cinéaste propose aussi un certain nombre de citations de films, comme les images de Varda sur les Black Panthers ou celles de Godard sur les Palestiniens. Elle reprend aussi ce passage du film de Richard Dindo, l’évocation particulièrement émouvante de cette nuit passée par Genet dans la maison d’un Fedayin parti au combat. La mère lui porte un café, sans un mot, comme elle le fait toutes les nuits pour son fils. Et Genet dit dans son livre être lui-même devenu, pour une nuit, le fils de cette femme plus jeune que lui.

Gageons que ceux qui verrons le film de Michèle Collery se précipiteront pour lire Un captif amoureux, ce livre si particulier, unique dans l’œuvre de Genet, mais aussi sans doute dans toute la littérature du XX° siècle.

VOIR :  Genet à Chatila de Richard Dindo :

https://dicodoc.blog/2019/11/16/p-comme-palestiniens-chatila/

A COMME ABECEDAIRE – Nurith Aviv.

Une œuvre qui mêle souvent la science et la poésie, l’autobiographie et les références culturelles universelles. Une œuvre où le thème de la langue, ou plutôt des langues, et donc de la communication, est mis au premier plan. Sans oublier la littérature et la poésie. Et dans le domaine scientifique, la linguistique, la psychologie ou la biologie. Bref une œuvre placée sous le signe de la connaissance et de l’intelligence.

Biologie

Poétique du cerveau

Christianisme

Annonces

Europe

La Tribu européenne

Femme

Annonces

Hebreu

Langue sacrée, langue parlée

D’une langue à l’autre

Image

Annonces

Islam

Annonces

Israël

Signer

Kafr Qar’a, Israël

Makom, avoda

Judaisme

Yiddish

Annonces

Langue

Signer

Traduire

Langue sacrée, langue parlée

Langue des signes

Signer

Littérature

Yiddish

Traduire

Mémoire

Poétique du cerveau

Mythes

Annonces

Palestine

Makom, avoda

Poésie

Yiddish

Religion

Annonces

Langue sacrée, langue parlée

 Circoncision

Sciences

Poétique du cerveau

Surdité

Signer

Traduction

Traduire

Yiddish

E COMME ECRIVAIN – Pierre Guyotat.

Guyotat en travail. Jacques Kébadian, 2011, 85 minutes.

Le cinéma peut-il rendre compte de la création littéraire ? De la fabrique des mots et des phrases, de leur agencement, de leur combinaison, de leur ciselage, de leur affutage… ? Rentrer dans l’intimité de l’écrivain, dans la solitude de la création. Et l’écrivain peut-il se dévoiler devant une caméra, dans ce qu’il a de plus secret, de plus impalpable, le surgissement du texte ?

On a pu depuis longtemps se pencher sur les manuscrits, examiner les ratures, les biffures, les ratages, les rattrapages, les repentirs. Mais l’écrivain, quand il hésite, tâtonne, expérimente, remets sans cesse le mot, les mots, les phrases, en question ? Quand il les triture pour magnifier leur puissance, leur éclat. Cela pouvait sembler impossible à saisir. Et pourtant… Filmant longtemps, avec insistance, Pierre Guyotat, Jacques Kébadian y est parvenu.

Le titre de son film dit bien, immédiatement, qu’il s’agit d’un accouchement. Faire naître un texte. Pas vraiment dans la douleur. Plutôt un certain plaisir. La main accompagne le rythme de la phrase, son modulé, la musicalité même des mots. Ici rien ne fuse. Le texte n’est pas un éclair. Il n’y a aucune immédiateté, aucune fulgurance dans ce travail. Plutôt de la patience. Une patience infinie. C’est par petites touches, petites retouches, insignifiantes au premier abord, que le texte progresse, pour trouver son exactitude. Pour devenir éternel.

Pour cela il faut du temps. C’est pour cela que le film ne multiplie pas les situations. Il reste face à l’écrivain et l’écoute. Il fixe son immobilité corporelle pour mieux voir venir le texte, le laisser advenir et l’accueillir enfin.

Un film en trois séquences seulement. La première, le travail de l’écrivain, donc. Puis le texte achevé. Guyotat le lit tel qu’il est imprimé, à Avignon, devant un public invisible, qu’il ne regarde jamais d’ailleurs. Et pourtant, c’est bien pour un public que la lecture a lieu. Une lecture sans effet théâtrale, sans rien de superflu, mais sans hésitation, un texte qui coule de lui-même. Un texte achevé, définitif, qui semble bien loin du travail de fabrication précédent. On y reconnait les passages qui étaient l’objet de la recherche, du travail. Une confrontation des plus instructives. Car si nous n’avons pas vu, si nous n’avons pas suivi l’ensemble du travail qu’il aura fallu pour y parvenir – des jours et des jours sans doute –  après tout, ce que nous en montre Kébadian est suffisant, suffisamment parlant, suffisamment instructif.

Dans la troisième partie de film nous revenons chez Guyotat. Nous sommes le matin, Guyotat est assis près d’une fenêtre, baigné par le premier soleil de la journée. Il pense à son travail en déjeunant. Il commente son travail, son écriture. Une réflexion qui fait partie de ce travail même, qui ne lui est nullement extérieur, qui n’est pas un après coup. L’écrivain ne se dédouble pas pour juger sa production, pour en donner le sens ultime, en cerner la vérité. Il exprime simplement son ressenti. Comme quoi l’écriture fait partie de sa vie. Elle est sa vie même.

Le film de Kébadian peut être vu aujourd’hui comme un hommage posthume à Guyotat. C’est aussi un formidable hommage à la création littéraire.

G COMME GROULT Benoîte

Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes. Anne Lenfant, 2005, 22 minutes.

Janvier 2020 est le mois Benoîte Groult. Nous commémorons en effet le centenaire de sa naissance. Unr excellente occasion de nous replonger dans son œuvre, ou de la découvrir pour les plus jeunes. Pour cela, le film d’Anne Lenfant est une aide précieuse.

Un film d’entretiens, placé dès son titre sous les hospices de Virginia Woolf. C’est dire que nous allons y suivre un parcours de vie, un long cheminement vers l’émancipation – la libération – d’une femme née à l’époque de la domination masculine, une domination absolue, sans faille, s’exerçant dans tous les domaines de la vie.

Il aura fallu à ces femmes pionnières du féminisme – dont Benoîte Groult est une figure de proue grâce surtout à son livre Ainsi soit-elle – un grand courage et beaucoup de ténacité pour conquérir une place dans la société autre que celle de faire et d’élever des enfants. Mai 68 et les luttes des années 70 ont été déterminantes dans cette perspective. Il aura fallu alors assurer la liberté de contraception et conquérir le droit à l’avortement. Des avancées importantes. Benoîte Groult reconnais aussi l’influence de Simone de Beauvoir pour laquelle elle ne cache son admiration. Mais la lutte fut longue et les acquis restent toujours à défendre.

Le film d’Anne Lenfant est un film d’entretiens. Une rencontre amicale où Benoîte va parler de sa vie  – de son œuvre aussi – en toute franchise. On la sent particulièrement à l’aise devant la caméra, d’une sincérité éclatante, ne cherchant en rien à dissimuler, ou à embellir, les difficultés de son cheminement. L’histoire de Benoîte Groult est celle d’une prise de conscience. Et le film a en ce sens une force de témoignage incontestable.

Une parole que nous pouvons placer sous le signe de la simplicité. Les prises de position féministes, l’engagement à gauche, les actions en faveur de la libération des femmes, tout cela semble aller de soi pour Benoîte Groult. Et pourtant, elle reste bien conscience qu’en ce domaine rien n’est jamais acquis définitivement. Le flambeau de la cause des femmes qu’elle a porté bien haut demande toujours à être repris.

Le film est aujourd’hui disponible dans un double dvd édité par la maison de production Hors Champs. On y trouve une somme impressionnante d’entretiens avec Benoîte Groult qui sont autant d’éclairage sur sa pensée et son engagement. Des regards extérieurs, de Josyane Savigneau, Yvette Roudy ou Paul Guimard, son troisième mari, affinent la vision que nous pouvons avoir de sa personnalité. Elle parle par exemple de la vieillesse, mais à 85 ans elle reste particulièrement jeune d’esprit. Aujourd’hui sa pensée reste toujours vivante.

B COMME BERGOUGNIOUX Pierre.

La Capture – En compagnie de Pierre Bergounioux, Geoffrey Lachassagne, 2014, 63 minutes.

Un écrivain chasseur de papillons. Etonnant, non ? Mais s’agissant de Pierre Bergougnoux est-ce vraiment si surprenant que cela ? N’y a-t-il pas dans la relation à la nature qui caractérise l’entomologiste quelque chose qui ne serait pas contradictoire avec l’ancrage dans le terroir corrézien de l’homme et de son œuvre ? N’y a-t-il pas dans la passion des insectes et la minutie, la patience, la rigueur du collectionneur de ces petites bêtes quelque chose qui rappellerait l’écriture et son travail ? Bref faire le portrait de Bergougnoux en chasseur de papillons serait une autre façon – la meilleure peut-être – de faire son portrait d’écrivain.

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La littérature n’est pourtant pas très présente dans le film, en dehors du nombre de livres publiés par l’auteur et du nombre de pages que comportent les trois volumes de son journal. Il nous montre plutôt Bergougnoux dans les prés, arpentant  la campagne, ou à l’affut devant le parterre de fleurs de sa maison. A sa table de travail, il est filmé en gros plans, en très gros plans même, pour mieux montrer les rides qui entourent ses yeux. Là il écrit, consignant minutieusement les données indispensables pour mettre de l’ordre dans sa récolte du jour. Et il parle. Il nous parle. Des insectes, de la façon de les capturer, du sens qu’il donne à la réalisation de cette collection qu’il sait unique, qu’il veut unique. Comme son œuvre littéraire, dont pourtant il ne dit rien.

Geoffrey Lachassagne, le réalisateur, aurait très bien pu réaliser un film sur un chasseur de papillons inconnu, un « simple » chasseur de papillons. Mais il se trouve –et ce n’est certes pas un hasard – que le chasseur de papillons qu’il filme est écrivain, qu’il est l’auteur d’une œuvre importante, dont l’existence est inévitablement convoquée dès la mention de son nom. Alors peut-on éviter de poser la question de ce que ce portait (qui n’est pas celui qu’on attendait) peut nous apprendre sur l’écrivain.

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La grande habileté du film est de ne rien dire de l’œuvre littéraire de Bergougnoux. Il nous présente une facette du personnage, ce qui d’ailleurs ne prétend nullement épuiser le bonhomme. Il nous donne surtout la possibilité de l’entendre. Bergougnoux parle comme il écrit. Et il écrit comme il collectionne les insectes. Il choisit chaque mot qu’il prononce comme il choisit chaque insecte qu’il fait entrer dans sa collection. Et ses phrases se construisent dans la succession des mots – succession inépuisable – comme les insectes sont ajoutés les uns après les autres dans la collection, chacun à sa juste place, la plus importante, indispensable à la totalité.

La collection d’insectes de Bergougnoux sera-t-elle un jour achevée ? Lorsqu’il aura écrit le dernier mot de la dernière phrase de son dernier livre, sans doute.