I COMME ITINERAIRE D’UN FILM : Vilain Garçon de François Zabaleta

Un film écrit et réalisé par François Zabaleta  

CONCEPTION

La conception est simple. Ce film est l’adaptation d’une partie de mon livre autobiographique LE BÂTARD IMAGINAIRE et dont le texte de quatrième de couverture est assez clair sur mes intentions ouvertement documentaires et ouvertement autobiographiques : « LE BÂTARD IMAGINAIRE est l’histoire d’une destruction. Celle, quotidienne, irréversible, d’un enfant de huit ans muré dans un désespoir qui n’a pas de mot pour se dire. Un désespoir froid et blanc comme une banquise dans laquelle il s’égare en prenant soin d’effacer ses propres traces. L’enfant dont il est question, et qui est bien entendu l’auteur lui-même, ou l’enfant qu’il a été, ne participe pas au monde qui l’entoure. Il ne comprend ni ses règles ni le rôle qu’il est censé y jouer. S’il est l’histoire d’une destruction, Le Bâtard Imaginaire est aussi celle d’un apprentissage âpre et cruel. Celui du sentiment de la différence chez un enfant aussi peu préparé que possible à la recevoir pour destin. » Je voulais absolument revenir sur l’épisode de mon agression sexuelle par un garçon de quelques années plus âgé que moi et puis de ce qui rétrospectivement m’apparaît comme une illustration du syndrome de Stockholm. Le film devait être assez court. La forme du moyen métrage m’a très vite paru idéale. Je ne voulais pas m’appesantir sur les détails. Je voulais faire un film factuel, sans psychologie. Et je voulais surtout ne pas réaliser un film victimaire. D’ailleurs les faits ne sont jamais qualifiés. Ils sont juste cliniquement racontés. Je voulais un film cru, brutal, dénué de sentimentalisme, qui va droit aux faits.  Le premier titre du BÂTARD IMAGINAIRE était LE BROYEUR. Je faisais référence au livre fascinant du colonel Lawrence LA MATRICE dont l’un des chapitres s’appelle Dans le broyeur. Le monde dans lequel je suis né et j’ai grandi ne se contentait pas de mettre à l’écart les enfants différents, il les broyait aussi pour les rendre définitivement inapte à toute forme de socialité disons alternative. Toute mon enfance j’ai eu peur. J’avais peur de sortir, d’aller à l’école. C’était un monde violent, répressif, qui vous rendait conforme de gré ou de force. C’était surtout un monde essentiellement masculin, c’est ça qui terrifiait le petit garçon homosexuel que j’étais. Il n’y avait pas de place pour moi. Et plutôt que de me laisser jouer dans mon coin à la poupée, on me faisait rentrer de force dans une panoplie hétérosexuelle qui bien sûr m’était contre nature et me faisait horreur, on tentait de m’ajuster de force en gommant toutes mes aspérités (mes aspérités, c’est-à-dire mon identité) à un idéal masculin, à cet adulte que j’étais censé devenir. Le problème n’était pas l’homosexualité, c’était surtout de sauvegarder les faux semblants. Je pouvais être ce que je voulais du moment que je sauvais les apparences, du moment que je jouais le jeu, le jeu social qui consiste à s’ajuster aux us et coutumes de la meute. Apprendre à donner le change était le maître mot de l’éducation que j’ai reçue. Cela dit je n’étais pas conscient de la gêne que j’occasionnais. Elle n’était pas consciente. Mon inaptitude à la normalité n’était pas un acte de rébellion sciemment orchestré. J’étais un petit garçon un peu attardé, lunaire, poétique, qui parlait au fantôme, qui adorait la musique de Richard Wagner, qui faisait pipi au lit, qui croyait au Père Noël, qui jouait à la poupée, et qui déchirait les rideaux de sa grand-mère paternelle pour se faire des robes. J’étais perdu pour la cause. Irrécupérable. J’étais déviant, dangereux. Etre avec moi c’était être comme moi. Il y a cette phrase extraordinaire de Roland Topor : Vivre en marge pour ne pas mourir au centre. Voilà ce que le petit garçon que j’étais a dû apprendre dans sa solitude d’extraterrestre.  

PRODUCTION

La production de ce film n’a pas posé beaucoup de problèmes puisqu’il s’agit essentiellement d’un film d’archives. Et comme j’ai une petite unité de production basée dans la petite ville des bords de Loire où je vis (GIEN pour ne pas la nommer) je suis le seul à décider de la mise en production de mes films. Les questions que je me pose quant à la mise en production d’un film est essentiellement d’ordre esthétique et moral (puisque Sartre prétendait que toute esthétique renvoie à une morale). Pour que je mette en chantier un film documentaire il faut que sa matière soit universelle. Il faut que l’aspect autobiographique soit transcendé par une problématique plus générale, sociétale ou autre.  

RÉALISATION

La réalisation a été relativement rapide, impulsive, rageuse par moments. Cette histoire qui s’est déroulée il y a plus de cinquante ans, je l’avais nettement devant les yeux comme si elle s’était passée hier. C’était très troublant. Tout est revenu par bloc entier. Les émotions, les détails tout était là. Je l’ai réalisé comme une transe hypnotique. Mon corps a pris le dessus. Ce n’est qu’après coup, en regardant le premier montage du film, que la raison a repris le dessus. Mais comme à chaque fois il était hors de question que mon film ressemble à un documentaire de France télévision. Je voulais creuser mon sillon, continuer à approfondir modestement ma petite grammaire cinématographique. Inventer une forme personnelle à même d’exprimer la solitude du petit garçon que j’étais et aussi son côté battant, résilient.

DIFFUSION  

La diffusion en général passe d’abord par la sélection dans les festivals puis, parfois par une sortie en salle (au cinéma LE SAINT ANDRE DES ARTS à Paris, qui a sorti COUTEAU SUISSE) et puis par une édition aux éditions de L’HARMATTAN. En fait c’est très artisanal. J’ai développé au fil du temps, des films, cette façon empirique de produire, de réaliser puis de diffuser mes films. Finalement cela s’avère approprié puisque par exemple mon film JEUNESSE PERDUE a été acheté (grâce à la gestion de l’agence du court métrage) par Filmo TV et par Amazon PRIME, il a été aussi été diffusé en Amérique Latine et en Chine. Je montre en novembre, dans un mois, mon long métrage CHIEN PERDU au festival CHERIES CHERIS qui me sélectionne pour la douzième fois consécutive, un record. C’est ce qui me plaît. C’est que mes films sont débattus aussi bien dans des festivals LGBT (même quand il n’est pas question d’homosexualité d’ailleurs) que dans des festivals disons plus généralistes (Côté Courts, festival international du court métrage de Clermont Ferrand…)  Et c’est ce qui est passionnant pour un cinéaste. D’autre part, suite à la demande de mon ami Dominique Coubes, directeur du Théâtre du Gymnase (ma pièce SORROW IN THE WIND y sera jouée l’an prochain) m’a demandé de faire partie d’une soirée caritative en janvier qui s’appellera L’INNOCENCE EN DANGER. Je lirai donc un court extrait du texte de mon film VILAIN GARÇON devant une salle composée de personnalités du monde de la politique et des arts… Mon film vient d’être sélectionné au festival international du film d’Evreux, ce qui est pour moi une surprise complète. Je ne m’y attendais pas du tout. Je me souviens très bien avoir hésité au moment de proposer mon film à ce festival riche, courageux et formidable en propositions cinématographiques les plus divers. Je me demandais en quoi mon film pouvait être un film d’éducation. Et puis après réflexion il m’a semblé que mon film parlait de la construction (par une phase de déconstruction) de la psyché homosexuelle. J’étais évidemment homosexuel avant d’être agressé sexuellement à l’âge de huit ans, mais je n’étais pas sexué ni sexuel. J’ai été brutalement obligé de me positionner face à quelque chose de brutal et d’inconnu qui ne m’a pas démoli sur le moment mais plus tard. C’était un peu comme une bombe à retardement que j’aurais avalée malgré moi. Mais le petit garçon que j’étais ne comprend rien au monde qui l’entoure, il ne comprend pas ce qui lui arrive ni ce qu’on lui demande. Mais il ne se résigne pas. Il prend des coups, des humiliations mais il se bat, il développe des anticorps qui deviendront plus tard, des années plus tard, le germe de sa résilience. C’est en cela je crois que VILAIN GARÇON est un film d’éducation. C’est une éducation certes par les ténèbres mais une éducation malgré tout. Quand personne ne vous vient en aide, il reste une aide que l’on peut trouver en soi-même à tout âge. On peut vivre, dans nos vies d’occidentaux) des épisodes barbares dans un monde civilisé. La société ne vous protège de rien. Ou en tout cas pas de tout. On peut trouver en soi la force de survivre à sa propre destruction. Et si je suis aussi content et fier de participer au festival d’Evreux c’est parce que le petit garçon marginal, un peu en retard sur tout, limite autiste que j’étais, aura l’occasion, par la voix de son avatar adulte, de plaider sa cause. On ne guérit jamais du passé, écrivait Faulkner. Moi je crois que si. On n’oublie pas, mais on guérit. C’est ce j’espère avoir l’occasion de dire à Evreux. Et je remercie à l’avance ce festival de l’occasion qui m’est offerte de le répéter publiquement.

A COMME ABECEDAIRE – Rina Sherman.

Née en Afrique du Sud, elle est exilée en France depuis 1984 où elle est naturalisée en 1989.

Musicienne, actrice, écrivaine, cinéaste et anthropologue. Elle a soutenu une thèse sous la direction de Jean Rouch dont elle était l’amie.

Une œuvre foisonnante.

Accord de paix

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Angola

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

Tchitundu-Hulu Rock Art – Art rupestre de Namibie, Angola

Que la danse continue

Art

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Banlieue

MM. les locataires – Un film sur l’homme dans la ville

Cinéma

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Paris de mes exils

Cinéma direct

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Collège de France

Michel Zink, la profondeur du temps

Colonialisme

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Corse

C’était Palleca

Danse

Urugangazi & Akayazwe – Danses et Percussions – Burundi et Rwanda

Que la danse continue

Ethnologie

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

Que la danse continue

Diplomatie

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Divorce

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Drancy

Bernard Esambert, une vie presque normale

Economie

Bernard Esambert, une vie presque normale

Engagement

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Enseignement

Michel Zink, la profondeur du temps

Exil

Paris de mes exils

Famille

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Femme

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Francophonie

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Guerre

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Histoire

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Justice

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Langue

C’était Palleca

Littérature

Michel Zink, la profondeur du temps

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Mémoire

C’était Palleca

Que la danse continue

Mode

Bantu Education

Musique

Urugangazi & Akayazwe – Danses et Percussions – Burundi et Rwanda

Que la danse continue

Namibie

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Namibie

Paris

Bantu Education

Paris de mes exils

Peinture

Tchitundu-Hulu Rock Art – Art rupestre de Namibie, Angola

Percussions

Urugangazi & Akayazwe – Danses et Percussions – Burundi et Rwanda

Philosophie

François Roustang – Il se fait tard

Photographie

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Préhistoire

Tchitundu-Hulu Rock Art – Art rupestre de Namibie, Angola

Poésie

Michel Zink, la profondeur du temps

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

Paris de mes exils

Politique

Bernard Esambert, une vie presque normale

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

 Polytechnique

Bernard Esambert, une vie presque normale

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Portrait

Bernard Esambert, une vie presque normale

Michel Zink, la profondeur du temps

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

François Roustang – Il se fait tard

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Bantu Education

Psychologie

François Roustang – Il se fait tard

Québec

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Technologie

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Urbanisme

MM. les locataires – Un film sur l’homme dans la ville

Vietnam

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Ville

Paris de mes exils

MM. les locataires – Un film sur l’homme dans la ville

Vêtement

Bantu Education

Voyage

Namibie

P COMME PORTRAITS CROISES – Duras / Ozouf.

Marguerite Duras, l’écriture et la vie. Lise Baron, 2021, 61 minutes.

Les identités de Mona Ozouf. Catherine Bernstein, 2020, 52 minutes.

Deux femmes d’excellence, qui laissent leur empreinte dans leur discipline respective : la littérature et le cinéma d’un côté ; l’histoire et la philosophie de l’autre. Deux femmes pourtant que rien ne rapproche, ou pas grand-chose. Deux femmes dont les chemins ne se sont pas croisés. Deux femmes si différentes dans leur personnalité qu’il ne peut être question de rien d’autre que de montrer leurs différences. Les opposer donc, mais c’est bien trop facile. L’enfance en Indochine versus l’enfance en Bretagne par exemple. Mais ce petit jeu des oppositions ne peut être que stérile. Au mieux – ou au pire – un étalage d’érudition.

Si la confrontation peut avoir quelque fertilité, c’est plutôt du côté du cinéma qu’il faut se tourner.

Deux films portrait donc, qui peuvent résulter du même type de projet. Faire le portrait d’une femme célèbre, dire tout – ou le plus de chose possible – de leur vie, en partant de leur enfance et de leur famille. Eclairer leur œuvre par leur personnalité. Donc mieux les connaître. Dire d’elles ce que les médias -ou l’opinion publique – ne dit pas. Aller dans leur intimité profonde, au-delà des apparences.

Un même projet cinématographique, mais qui, à l’évidence, ne peut pas être mis en œuvre de façon identique. L’une est disparue depuis bien des années ; l’autre est bien présente face à la caméra.

Le film de Catherine Bernstein est au fond un autoportrait, même si Mona Ozouf n’en assure pas la réalisation. Mais elle occupe l’image du début à la fin. Elle apparaît à l’image presque toujours dans le même cadrage. Et elle parle. Un monologue où la cinéaste n’intervient oralement qu’en une ou deux rares occasions. Pourtant la philosophe ne se parle pas à elle-même. Elle s’adresse bien à des interlocuteurs potentiels. La réalisatrice ajoute même des séquences où la parole de Mona Ozouf est enregistrée et diffusée en off. Des passages où la philosophe veut visiblement exprimer sa pensée avec le plus de rigueur et de précision possible. Du coup, le film peut être considéré comme un bilan. Le bilan d’une œuvre et d’une vie. Ce qui reste au fond particulièrement paradoxal. Dans l’incipit du film, Mona Ozouf dit sa réticence à être filmée, son hésitation à accepter le projet de la cinéaste. Et pourtant, elle joue le jeu avec une grande sincérité et beaucoup e spontanéité. Preuve que la cinéaste a gagné sa confiance. Et réussit à transcender la présence actuelle en éternité. Dans le film, Mona Osouf est immortalisée.

Immortelle, Duras l’est aussi, bien évidemment. Mais elle n’avait pas besoin du film de pour accéder à l’éternité.

Dans le film, la présence de Duras n’est possible que par l’intermédiaire des archives – médiatiques en l’occurrence – ou de la mémoire de celles et ceux qui l’ont connue et fréquentée. Bien sûr la cinéaste a opéré des choix pour ne retenir que ce qui lui permet d’appuyer son propos. Car bien sûr, elle a une idée derrière la tête, et elle va construire son film en fonction de cette idée. Du coup, son film n’a rien de l’autoportrait. Nous ne pouvons alors approcher Duras qu’à travers l’image que nous en donne une cinéaste à partir des traces que l’écrivaine a laissé d’elle dans les médias. Ce qui ne veut pas dire que cette image soit nécessairement fausse. Mais de toute façon parler de vérité ici n’aurait pas non plus de sens.

Paradoxalement, la parole de Mona Ozouf n’est en aucune façon une confession, alors qu’il y a dans le film sur Duras des moments où elle se « confesse », à propos principalement de son addiction à l’alcool. La cinéaste donne d’ailleurs une place privilégiée dans son film à ces moments relativement pénibles à écouter. On est très loin de la simplicité avec laquelle Mona Ozouf parle d’elle-même. Mais à propos de Duras, le terme simplicité n’a pas de sens. Ce qui ne veut pas dire que la pensée d’Ozouf manque de profondeur. Bien au contraire, sa vision de la Révolution française est des plus subtile. Seulement, si sa pensée est si facilement accessible, c’est tout autant grâce au filmage de Catherine Bernstein qu’aux vertus de l’expression de la philosophe.

Sans archive – à l’exception de quelques photos présentées par l’intéressée elle-même – sans l’intervention de proches ou de témoins, Catherine Bernstein nous propose un autoportrait de Mona Ozouf d’une fraicheur et d’une vitalité telles que c’est bien un dialogue qui s’établit avec les spectateurs. Moments rares de compréhension et donc d’échange.

A COMME ABECEDAIRE – Lise Baron

Alcoolisme

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

Bâteau

Erika, au nom de la mer

Bretagne

Erika, au nom de la mer

Catastrophe

Erika, au nom de la mer

Engagement

Étudiants, tous à l’usine ! – Itinéraires de maoïstes ouvriers

Etudiants

Étudiants, tous à l’usine ! – Itinéraires de maoïstes ouvriers

Duras Marguerite

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

Ecologie

Erika, au nom de la mer

Indochine

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

Journalisme

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

Justice

Erika, au nom de la mer

Littérature

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

Mai 68

Étudiants, tous à l’usine ! – Itinéraires de maoïstes ouvriers

Marée noire

Erika, au nom de la mer

Maoïsme

Étudiants, tous à l’usine ! – Itinéraires de maoïstes ouvriers

Ouvriers

Étudiants, tous à l’usine ! – Itinéraires de maoïstes ouvriers

Pétrole

Erika, au nom de la mer

Portrait

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

Pollution

Erika, au nom de la mer

Prix Goncourt

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

Roman

Marguerite Duras, l’écriture et la vie

T COMME TRADUIRE – Dostoïevski

La Femme aux 5 éléphants. Vadim Jendreyko. Suisse-Allemagne, 2009. 94 minutes.

         Une vieille dame toute voutée, sans doute de s’être si longtemps penchée sur des livres, sur ces textes qu’elle connait si bien, pour les avoir pratiqués tant de fois. Svetlana Geier est traductrice. D’origine ukrainienne, elle vit en Allemagne et traduit le russe en allemand. Et tout particulièrement, elle traduit Dostoïevski. Cinq des plus grands romans de Dostoïevski, ses cinq éléphants : Crime et châtiment, L’Idiot, Les Démons, L’Adolescent et Les Frères Karamazov. Toute une vie pour devenir « la voix de Dostoïevski ».

         Le film montre son travail et sa vie quotidienne, la femme et la traductrice. Une femme toute simple, que l’on suit faire son marché, qui fait la cuisine, qui boit beaucoup de thé. Divorcée, elle vit seule, mes ses enfants et petits enfants viennent souvent la voir. De belles réunions de famille.

         Le travail de traduction, un dur labeur, jamais achevé. Il faut toujours revoir, corriger. Svetlana relit son texte avec un vieil ami, musicien et érudit. Ou plutôt c’est lui qui relit et qui discute, propose d’ajouter une virgule, ce qui pose problème à la traductrice, qui elle a le texte original sous les yeux. « Il faut trouver les mots exacts, les pauses et les accords » dit-elle. Et il faut aussi savoir s’échapper du texte, ou du moins savoir « lever les yeux ». La traduction n’a rien d’une science exacte. Et puis, il y a Pouchkine. Intraduisible ? « On comprend chaque mot, mais on ignore de quoi il s’agit ».

         Le film de Vadim Jendreyko est un film de voyage. Parce que les grands textes sont des textes qui voyagent. Le pré-générique déjà nous montre un train de nuit interminable dans sa traversée de l’écran. Des trains, nous en prenons tout au long du film. Durant le long voyage qu’entreprend Svetlana avec sa petite fille, ce retour en Ukraine, ce pays natal où elle n’est jamais revenue depuis son adolescence. Le film est aussi un voyage dans le passé. Il évoque surtout le père de Svetlana, emprisonné et torturé par le régime stalinien. Des images d’archine retracent l’invasion de l’Ukraine par les troupes allemandes, évoquent les exécutions massives de juifs, la défaite de Stalingrad. Svetlana et sa mère fuit en Europe. En Allemagne, l’une trouve du travail et l’autre continue ses études tout en étant l’interprète d’un officier. Tout ce passé qui remonte à la surface des souvenirs de Svetlana est évoqué sans jugement, de simples faits, même s’il s’agit d’événements tragiques dans ce parcours qui conduira une jeune fille à devenir cette vieille dame qui a tant fait pour la littérature.

         Le voyage en Ukraine conduit Svetlana à la recherche de son ancienne maison, de la tombe de son père dans un cimetière enneigé. Elle rencontre les élèves d’une classe de lycée. Elle ne leur fait pas un cours, elle dialogue simplement avec eux. Tout ce qu’elle fait paraît si simple. Une vieille dame si modeste. Filmée avec une grande simplicité.

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Daniel Pollet

Un cinéaste essayiste. Des films où la littérature, la poésie, l’art, tiennent une bonne place. Et les voyages. En Grèce surtout

Archéologie

Bassae

Banlieue

Contre-courant

Les Mariés de Robinson

Cimetière

Au Père Lachaise

Cinéma

Contretemps

Danse

Chez Georges et Rosy

Eau

Contre-courant

Enseignement

Chez Georges et Rosy

Femme

La Femme aux cent visages

Feu

Pour mémoire : la forge

Fonte

Pour mémoire : la forge

Godard

La Femme aux cent visages

Grèce

Trois Jours en Grèce

Bassae

L’Ordre

Le Soleil et l’Ombre – Pour Nikos Kazantzaki

Image

Contretemps

Kristeva Julia

Contretemps

Lèpre

L’Ordre

Littérature

Dieu sait quoi

Le Soleil et l’Ombre – Pour Nikos Kazantzaki

Mariage

Les Mariés de Robinson

Mer

Les Morutiers

Méditerranée

Mort

Au Père Lachaise

Objets

Dieu sait quoi

Ouvriers

Pour mémoire : la forge

Paris

Contre-courant

Au Père Lachaise

Chez Georges et Rosy

Paysage

L’Arbre et le Soleil – Mas-Felipe Delavouët et son pays

Pêche

Les Morutiers

Peinture

La Femme aux cent visages

Perche

Pour mémoire : la forge

Philosophie

Contretemps

Poésie

Dieu sait quoi

L’Arbre et le Soleil – Mas-Felipe Delavouët et son pays

Pollution

Contre-courant

Ponge Francis

Dieu sait quoi

Portrait

Le Soleil et l’Ombre – Pour Nikos Kazantzaki

Provence

L’Arbre et le Soleil – Mas-Felipe Delavouët et son pays

Sollers Philippe

Contretemps

Méditerranée

Temple

Bassae

Tombes

Au Père Lachaise

Travail

Pour mémoire : la forge

Visage

La Femme aux cent visages

Voyage

Trois Jours en Grèce

Méditerranée

N COMME NOUS

Nous. Alice Diop, France, 2020, 114 minutes.

Ce Nous-là est aussi un je. Un film personnel donc, presque en première personne, où la cinéaste n’hésite pas à apparaître, où elle évoque sa famille (avec des images d’archives familiales), ses parents disparus, sa relation particulière avec son père, et sa sœur, dont elle suit l’activité professionnelle (elle est infirmière). Et sa banlieue, celle où elle a grandi, celle où elle a vécu, où elle vit encore.

Le Nous de la banlieue, des habitants de la banlieue. Une communauté virtuelle certes, mais qui se reconnaît ne serait-ce que par la fréquentation du RER. Un itinéraire en banlieue donc, du nord au sud ou du sud su nord, peu importe la direction des trains qui se croisent ou qui s’arrêtent en gare. Des trains qui doivent bien traverser Paris, mais la Capitale reste hors-champ, comme rayée de la carte. La banlieue est suffisamment variée, diversifiée, pour alimenter toute une vie pour ceux qui y vivent, qui y travaillent, qui n’en partent jamais, ou si peu, tout un imaginaire.

Le Nous d’un territoire, d’un itinéraire dans ce territoire. Des rencontres attendues ou surprenantes, forcément contrastées, l’immigré sans papier, ceux qui pleurent la mort de Louis XVI lors d’une cérémonie dans la basilique de Saint Denis ou ceux qui pratiquent la chasse à courre, L’évocation de la shoah, et les jeux tout simples des enfants dans la nature avec un simple carton servant de luge sur l’herbe. Les grands ensembles, on ne les voit que de loin. Alice Diop les avait déjà filmés en 2006, à Clichy (Clichy pour l’exemple).

Le Nous de la littérature, de François Maspero et Pierre Bergounioux. Maspero, c’est le point de départ du film, son origine. Le film aurait pu n’être qu’une adaptation de son livre. Mais ne serait-il pas alors devenu trop sociologique ? Quant à Bergounioux, qui lit des passages de son journal, il définit en quelques mots simples, le sens profond de son écriture, le sens de toute la littérature, faire exister ceux qui ne sont jamais présents dans les systèmes de représentation, comme les paysans de Corrèze. Ce en quoi Alice Diop reconnaît le sens de son cinéma.

Le Nous enfin du cinéma. Avec des références explicites ou implicites, mais inévitables. Renoir et La règle du jeu pour le regard narquois porté sur la chasse à courre ; Robert Kramer et son itinéraire américain le long de la route numéro 1 (Route one / USA), et Gianfranco Rosi, pour ses rencontres tout aussi banales ou surprenantes faites le long du périphérique romain (Sacro GRA). On pourrait aussi évoquer bien des films sur la banlieue, et bien sûr tous ceux d’Alice Diop elle-même ; elle qui n’a jamais filmé rien d’autre, de La Mort de Danton à Vers la tendresse, en passant par La Permanence.

Le Nous du film, c’est aussi le Nous des spectateurs du film. Quel que soit leur lieu de résidence. Devant l’écran, nous partageons le même imaginaire.

A lire D COMME DIOP ALICE (La mort de Danton ; Vers la tendresse)

P COMME PERMANENCE (La Permanence)

B COMME BANLIEUE – Clichy (Clichy pour l’exemple)

Et l’Abécédaire d’Alice Diop

H COMME HARRISON Jim

Seule la terre est éternelle. Adrien SOLAND et  François BUSNEL, France, 2019, 112 minutes.

Un film sur un écrivain. Donc un film sur la littérature

Un écrivain auteur de nombreux romans. Un écrivain américain connu, très connu.

Un portrait ? Plutôt une rencontre.

Seul face à la caméra, cadré en gros plan, il parle. Il nous parle, de lui, de sa vie, de la littérature. Un récit improvisé. Sans ordre apparent. Le fil n’indique ni partie, ni chapitre. Les cinéastes n’interviennent pas. Il ne parle pas beaucoup de son œuvre en fait. Il ne cite pas ses livres. Il préfère évoquer, comme en passant, son rapport à l’écriture, et à la littérature.

 « Ça récure l’âme, la littérature ». Une sorte de profession de foi.

De sa vie il mentionnera surtout des événements marquants.

L’accident automobile qui couta la vie à son père et à sa sœur ou la perte de son œil gauche.

Les lieux où il a vécu (New York)

Les lieux où il vit (Le Montana, Patagonia)

Son attirance pour les lieux isolés

 Et sa répulsion des grandes villes.

Les amis qu’il a connus, qui disparaissent peu à peu.

Sa passion pour les oiseaux qui remonte à son enfance. Les arbres et les ruisseaux.

Et la nature sauvage, les grands espaces. Une mythologie américaine.

A plusieurs moments dans le film, nous le voyons se déplacer, en voiture ou à pied. Il fait aussi une partie de pêche, avec un ami. Il écrit le matin et pêche l’après-midi dit-il. Puis il change de résidence. Un voyage à travers une bonne partie des Etats-Unis. Une série de paysages. Presque des cartes postales. Mais toujours impressionnants.

Et Janis Joplin.

Le massacre des indiens et la fracture grandissante entre les riches et les pauvres

 Sur son travail d’écrivain, il donne quelques anecdotes. Le mur devant lequel il travaille dans son bureau est vide. Car pour écrire il faut être concentré. Il insiste beaucoup sur la concentration.

Le mur derrière son bureau, par contre, est recouvert de photos qu’il commente. Et il nous donne des explications sur les objets qui meublent ses étagères. Tous des souvenirs.

Entre les séquences où il nous parle, le film utilise des plans de coupe sur les paysages de ces régions perdues où il aime vivre, pour pouvoir écrire.

 Il y a aussi des plans sur des piles de livres, dont nous pouvons voir le titre et l’auteur sur la tranche. Ses livres à lui. Mais aussi des livres qu’il lit, qu’il a du lire. Des livres qui font partie de sa bibliothèque. Et peut-être de ses références littéraires.

« Quand j’ai faim, j’écris sur la nourriture. Et quand je suis excité, j’écris sur le sexe ». Le film regorge de belles formules.

« Il faut donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Je crois que c’est le devoir de l’écrivain »

Dans la dernière séquence du film, il parle de la mort. Celle de ses amis. La sienne ?

Nous avons découvert un écrivain. Mais surtout nous avons rencontré un homme.

V COMME VILLE NOUVELLE

J’ai aimé vivre là. Régis Sauder, 2020, 90 minutes.

En parlant de Cergy Pontoise, on ne dit pas la banlieue. On dit la ville nouvelle. Pourtant à 40 kilomètres de Paris, par temps clair – pas trop pollué – depuis les hauteurs de la ville, on peut apercevoir la tour Eiffel. Dans l’incipit du film nous suivons le RER qui nous y conduit. Et dans son final nous repartons vers Paris. Entre temps nous aurons découvert la ville et ses habitants.

Une ville nouvelle donc, sans passé, sans histoire, surgie d’un vaste terrain vague où il n’y avait rien. Une architecture récente qui comporte bien des expérimentations (comme la fameuse pyramide inversée). Parmi les habitants que le cinéaste rencontre, une des premières habitantes, et des jeunes filles et jeunes garçons qui sont nés là. Celles qui passent le bac s’interrogent sur leur avenir. Il leur faudra sans doute quitter Cergy pour une université parisienne.

Régis Sauder n’habite pas Cergy, mais il y vient souvent. En particulier pour rendre visite à Annie Ernaux qui, elle, connait bien la ville puisqu’elle y réside depuis de nombreuses années. Le film est né de cette rencontre, le rencontre du cinéma et de la littérature.

La littérature ici, ce sont les textes d’Annie Ernaux, des extraits de ses livres où elle parle de Cergy, de sa relation à la ville, et du temps qui passe dans cette vie citadine. Des textes que l’autrice lit elle-même, ou bien qui sont lus par les jeunes habitants de Cergy que l’on voit parfois livre en main.

Les images sont souvent en étroites corrélation avec ces textes, sans jamais être redondants ou simplement descriptifs. Il s’agit plutôt d’une vision cinématographique de la ville, qui garde son autonomie par rapport à celle de l’écrivaine. Mais la concordance, et la juxtaposition, de ces deux visions procure un plaisir double, celui du texte et de l’image. J’ai aimé vivre là n’est pas de la littérature filmée. On devrait plutôt parler d’une connivence entre les deux modes d’expression.

Mais le film a aussi sa perspective propre, dans les rencontres que fait le cinéaste et les entretiens qui en découlent. Sauder donne une grande place aux jeunes – une ville nouvelle est elle-même dans sa jeunesse. Il suit des groupes de filles et de garçons qui effectuent une sorte de visite guidée dans les lieux caractéristiques de Cergy, les bâtiments, les places, le lac et ses jeux nautiques, le parc où on se sent à la campagne. Il les faits parler sur la ville, sur leur relation à la ville, mais surtout sur leur vie. Les loisirs tiennent une grande place, concert de musique et moment de danse.

Tout ceci donne une tonalité sereine au film, même si les lycéens s’inquiètent un peu sur le moment où il leur faudra quitter Cergy. Une tonalité que l’on doit pouvoir retrouver dans les romans d’Annie Ernaux. Une sérénité que l’on retrouve dans ce pique-nique familial qui réunit une mère antillaise et ses cinq enfants.

Il y a pourtant un moment du film d’une toute autre gravité. La patinoire a été transformée en centre d’accueil de réfugiés. Une jeune femme qui travaille là est submergée par l’émotion en évoquant la situation de ceux qui ont traversé bien des dangers pour venir jusque-là. Ses larmes sont un véritable hommage à tous les migrants.

Le film se termine par un feu d’artifice. Décidément, il fait bon vivre à Cergy-Pontoise.

R COMME ROMANCIER.

Saint Denis roman. Claudine Bories, 1987, 52 minutes.

Un écrivain, un romancier, Bernard Noël, sollicité pour écrire un roman. Dans une ville – sur cette ville ?  On appelle cela une résidence d’écriture.

La ville, Saint Denis, en Seine Saint Denis. La ville d’un Saint. En banlieue parisienne. La ville des tombeaux des rois de France.

Dans le film l’écrivain écrit très peu. Par contre, il se promène beaucoup. Dans la ville. Dans le centre de la ville. Dans les lieux de la ville qui sont plutôt touristiques, qui sont ce que l’on visite si l’on va à Saint Denis. La basilique.

Un film de flânerie donc. De temps qui passe, plutôt vide. Du temps que l’écrivain laisse passer.

Dans son appartement, il est appelé au téléphone. Par deux fois, il répond qu’il n’est pas là.

Un film de l’absence donc. Du vide aussi. Des journées vides – sans écriture ?

Un film en noir et blanc et en couleur. Un film où le noir et blanc et la couleur se succèdent, alternent, se mélangent presque.

Un film qui laisse le spectateur s’interroger sur l’écriture. Pourquoi écrire ? Comment se lancer dans l’écriture ? Répondre à une commande, est-ce suffisant comme motivation ? Des questions auxquelles la cinéaste ne cherche pas à apporter des réponses.

Tout écrivain ne doit-il pas, un jour ou l’autre, s’interroger sur la difficulté d’écrire ?

Et dans ce film sur l’écriture, la présence d’un photographe : Robert Doisneau.

P COMME PEREC Georges.

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien. Jean-Christian Riff, 2007, 73 minutes.

Un film d’après un livre de Georges Perec. De quoi s’agit-il ? Une adaptation. Une transposition. Un démarquage. Une référence (une simple référence). Une citation. Un hommage. Un canular. Un plagiat. Une imitation. Une tentative. Tentative de quoi ?

Le film porte le même titre que le livre de Perec. Sa bande son comporte, en voix off, la lecture du livre. En totalité ou seulement des extraits ? Pour répondre à cette question il faut avoir le livre entre les mains. Le feuilleter tout en regardant le film peut-être, au risque de manquer des images.

Le film nous propose des images de ce lieu que Georges Perec a décrit dans son livre, la place Saint-Sulpice dans le 6° arrondissement de Paris. On dira alors que le film met en images les mots et les phrases de Perec. Pour cela le cinéaste a commencé par choisir les lieux – sur la place, ou dans un café ou une boutique donnant sur la place – où poser sa caméra. Des lieux où George Pérec a posé son regard (puisqu’alors il n’avait pas de caméra) et dont il a donné une « vision » par des mots et des phrases dans son livre.

Dans le film, et dans le livre, nous voyons donc les mêmes lieux, la même place, les mêmes fragments de la place. Du moins dans ce qu’il y a dans cet espace d’intemporel, la fontaine, les trottoirs, les rues, etc. Mais les bus sont-ils les mêmes, à part les numéros qu’ils portent ? Et les passants, nombreux ici, qui passent sans s’arrêter ?

Le film est réalisé trente ans après l’écriture du livre.  Donne-t-il alors à voir la même place ? Ce projet de réaliser en film ce que Perec a réalisé en livre – décrire la place jusqu’à épuisement – ne devient-il pas alors une approche du temps qui passe, la comparaison entre le livre et le film pouvant nous montrer ce qui a changé en trente ans. Mais bien sûr, le spectateur « normal » – c’est-à-dire celui qui est dans une salle de cinéma, une salle obscure comme on sait- du film n’a pas le livre entre les mains.

La question « de quoi s’agit-il » ne peut avoir au fond qu’une seule réponse : il s’agit de faire au cinéma ce qu’un écrivain a fait en littérature. Le texte tentait de décrire ce que l’écrivain voyait place Saint-Sulpice. Le film lui nous montre les images qui peuvent être réalisées sur cette même place. Des images qui peuvent alors correspondre (donner à voir) à l’écrit, ce que concrétise la présence du texte en voix off. Lorsque Perec écrit « bus 86 », Jean-Christian Riff, filmera le bus 86, mais pas forcément au moment où le texte en parle. Et ainsi de tout ce nous voyons dans le film, qui ne cherche pas à correspondre strictement au texte. Car les 2CV verte sont plutôt rare à l’époque de la réalisation du film. Ce qui signifie clairement que le travail, le filmage, du cinéaste n’a rien à voir avec une caméra de surveillance.

 Jusqu’à épuisement…du spectateur, du cinéaste, comme cela a pu être le cas de l’écrivain et de son lecteur. Ou alors jusqu’à épuisement du visible. Ou dans le cas du film, jusqu’à épuisement du livre, jusqu’à sa dernière ligne, son dernier mot.  Ce que nous voyons dans le seul plan du film où le livre est physiquement présent à l’image, ouvert à sa dernière page.

Pourtant, le film a bien une spécificité par rapport au texte écrit. La différence entre les deux tient dans le cadrage des images. Car Pérec ne dit pas s’il voit le bas 86 en gros plan, il joue simplement avec son degré de remplissement ou de vide. Dans la première séquence du film, une sorte de présentation des bus parisien passant place Saint Sulpice, Il dit seulement que le bus 86 va à Saint Germain des prés. Regardant le film nous pouvons le savoir – si le son ne le dit pas – si nous avons le temps d’apercevoir cette annonce inscrite sur le fronton du bus. Mais quand dans l’image le bus 86 tourne devant nous, si près de nous que nous pourrions très bien avoir le même type de réaction que les spectateurs du train entrant en gare de La Ciotat (non pas fuir bien sûr, mais avoir quand même un petit sursaut de recul…), c’est bien la « magie » première du cinéma qui est à l’œuvre.

Ce que le cinéaste opère, c’est bien en fin de compte, une confrontation entre le film et le livre, une mise en perspective du visible et du lisible. Sans qu’on puisse affirmer une quelconque supériorité de l’un par rapport à l’autre.

Le film se termine par trois photographies de Perec dans son café de la place Saint Sulpice et quelques vues d’époque, en noir et blanc de la place. Puis c’est le cinéaste qui prend la parole, pour évoquer son rapport personnel à cette place

 On se plait à penser que Georges Perec n’aurait pas désavoué cette chute.

A COMME ABECEDAIRE- Régis Sauder.

De Forbach à Marseille…Mais aussi la Chine et Israël, et bien d’autres approches universelles.

Adolescence

Nous, princesses de Clèves

Amour

Nous, princesses de Clèves

Annie Ernaux

J’ai aimé vivre là

Art

La Louve en Provence

Autobiographie

Retour à Forbach

Avortement

Avortement, une liberté fragile

Banlieue

J’ai aimé vivre là

Botanique

La Louve en Provence

Chine

Mon Shanghai

Enseignement

Nous, princesses de Clèves

Famille

Nous, princesses de Clèves

Femme

Avortement, une liberté fragile

Gynécologie

Avortement, une liberté fragile

Immigration

L’Année prochaine à Jérusalem

Infirmiers

Être là

Israël

L’Année prochaine à Jérusalem

Jardin

La Louve en Provence

Jeunesse

J’ai aimé vivre là

Littérature

J’ai aimé vivre là

Nous, princesses de Clèves

Mon Shanghai

Mémoire

Retour à Forbach

Mythe

Je t’emmène à Alger

Mon Shanghai

Pauvreté

Retour à Forbach

Prison

Être là

Psychiatrie

Être là

Roman

Nous, princesses de Clèves

Soins

Être là

Ville

Retour à Forbach

Je t’emmène à Alger

Mon Shanghai

Ville nouvelle

J’ai aimé vivre là

E COMME ENTRETIEN – Anne Lenfant

1- Vous avez réalisé un film d’entretiens avec Benoîte Groult intitulé Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes. Comment avez-vous eu l’idée de ce film ? Quelle a été sa genèse ?

Réaliser ce documentaire était une nécessité. La fin des années 90, le début des années 2000, c’était le plein backlash pour le féminisme, le retour de manivelle. Même si en France on a pu assister à une certaine récupération institutionnelle ou politique, se dire féministe était mal vu. Plus personne n’osait en parler réellement, ou c’était une insulte. Benoîte Groult était alors bien oubliée. Son dernier livre, Histoire d’une évasion, remontait à plusieurs années lorsque j’ai entrepris le film en 2002.

C’est la première raison qui m’a conduite à vouloir réaliser ce documentaire. Vulgariser le féminisme. A partir de sa vie, ce matériau incroyable qu’elle avait elle-même utilisé pour parler d’émancipation et des multiples prisons de verre dont les femmes avaient dû se libérer au XXe siècle, famille, mariage, religion, et tout ce qui soutient ces carcans, médecine, éducation, académie, presse, etc. Ce féminisme qui était en train de s’éteindre alors que les injustices étaient toujours là. Et Benoîte avait déjà été une passeuse entre deux générations, comme le dit Josyane Savigneau. Il me semblait que son style direct, percutant, drôle, son humanisme, son humour employé avec bonheur pourraient à nouveau convaincre en rappelant les évidences qui n’avaient, au fond, que peu changé. Sa voix pourrait exprimer ma colère, et ma caméra lui redonner la parole.

Je souhaitais également aller plus loin avec elle et l’interroger sur la prise de conscience. Comme elle, je n’avais pris conscience des injustices faites aux femmes et surtout du système de domination qui les constituent que tardivement. Cela nous rapprochait. La compréhension de ce système de domination, au-delà même du fait ou combiné au fait d’être lesbienne dans une société qui l’acceptait encore mal, m’avait, de mon côté, amenée à prendre conscience de manière plus structurée d’autres oppressions, le racisme en premier lieu, comme si une nouvelle grille de lecture m’avait été donnée qui me permettait non seulement d’avoir de l’empathie mais aussi de comprendre d’autres rapports de pouvoir, de classe et de race notamment. Je m’interrogeais à la fois sur ce qui rendait possible la prise de conscience et sur la place que nous avions individuellement dans ces différents systèmes, tantôt dominée, tantôt dominante. Et le fait qu’elle ait écrit sur sa propre prise de conscience tardive me donnait envie de l’interroger à ce sujet.

Aussi, la vieillesse m’intéressait. À titre personnel mais surtout en termes politiques car les femmes âgées sont peu montrées à l’écran, et peu visibles dans les media. C’était bien avant qu’elle écrive La Touche étoile mais, sachant qu’elle défendait le droit de mourir dans dignité, je pressentais qu’elle pourrait m’en parler franchement et avec intelligence, partant de son expérience comme toujours. Les chapitres d’Histoire d’une évasion sur les parties de pêches de deux septuagénaires (Benoîte et son époux Paul Guimard) me permettaient d’imaginer des images pour le film.

Ces sujets dont j’imaginais qu’ils constitueraient les trois thèmes principaux du documentaire n’étaient pas la seule raison qui m’avait amenée à avoir envie de rencontrer cette écrivaine pour faire un film sur elle et avec elle sur l’actualité du féminisme. La manière dont elle a raconté l’histoire d’amour de sa mère avec Marie Laurencin, romancée notamment dans Les Trois Quarts du temps, me laissait entrevoir une ouverture d’esprit assez rare pour son temps et me donnait envie d’inciter à la lire.

Au-delà de toutes ces motivations, le déclic, l’urgence que j’ai ressentie à faire ce film, sont venues d’un constat. J’ai découvert Benoîte Groult assez tard, à plus de 30 ans, avec Ainsi soit-elle, dont l’actualité m’a frappée alors qu’il avait été écrit vingt-cinq ou trente ans plus tôt, en 1975. Je me suis mise à en parler autour de moi et me suis aperçue d’une fracture nette. Les femmes de plus de 40 ans me répondaient toutes : « Benoîte, bien sûr… » tandis que celles de moins de 40 n’en avaient jamais entendu parler. J’ai eu le sentiment que quelque chose se perdait et qu’il fallait faire quelque chose.

Des concours de circonstance à l’origine du projet peuvent être par ailleurs évoqués. C’est en récupérant la bibliothèque féministe d’une amie qui venait de mourir subitement que j’ai découvert Ainsi soit-elle, son livre le plus connu. C’est ensuite par hasard qu’une amie traductrice, à qui j’avais parlé de mon désir de réaliser un documentaire avec Benoîte (sans savoir qu’elle la connaissait), lui en a fait part sans que je m’y attende et m’a ainsi mise, sans s’en rendre compte, au pied du mur lorsque j’ai su qu’elle attendait que je la contacte…

J’ai beaucoup travaillé en amont, ayant tout lu d’elle avant de la rencontrer pour le film. Je pressentais qu’elle serait sensible aux questions de transmission, ayant écrit des biographies comme celle de Pauline Rolland, et ouverte au dialogue entre générations (auquel elle s’était déjà livrée dans une livre composé en partie d’entretiens avec Josyane Savigneau, Histoire d’une évasion, et qui d’ailleurs m’avait laissé entrevoir la possibilité du film). J’avais anticipé et réfléchi aux thèmes, aux plans, aux lieux, aux situations de tournage. Ça a facilité les entretiens, auxquels j’ai pris un grand plaisir. Un certain nombre de choix étaient clairs dès le départ pour moi, ne pas recourir à une voix off ni entendre mes questions par exemple. Mais jusqu’au montage, j’avais beau avoir choisi les thèmes, je n’arrivais pas à trouver la structure du film. Et ça m’inquiétait car j’ai l’habitude de l’écrit et d’avoir un plan avant de me lancer. Tout s’est éclairci d’un coup, comme le choix du titre est venu d’un coup, après avoir longuement tâtonné. Et le montage a été un moment magique, au cours duquel j’ai découvert concrètement à quel point deux images, ou du son, peuvent en produire une troisième, dont le sens peut totalement nous échapper. C’est une expérience autant physique qu’intellectuelle, qui m’a réellement enthousiasmée tout en renforçant mon sentiment de responsabilité quant à ce qu’on produit.

Au final, le film lui-même, Une chambre à elle. Entretiens avec Benoîte Groult, est assez court, 22 minutes, mais le succès rencontré dans les festivals et surtout la demande renouvelée du public d’en voir plus m’ont décidée à reprendre les entretiens menés dans les différents lieux où elle habitait (et d’autres interviews et situations filmées) pour monter trois heures trente de bonus réunis en cent questions complémentaires au film dans un double DVD, intitulé Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes. Il est organisé par thème et j’y ai également inclus, outre des biographies et un diaporama des nombreuses photos que Benoîte m’avait confiées, une importante documentation sur la situation des femmes et leur histoire, pour aller plus loin que ce que nous avions pu aborder et ainsi apporter des données à jour. Tout ceci autant pour les lectrices et lecteurs de Benoîte qui souhaitaient continuer de l’entendre qu’à des fins plus pédagogiques. Avec un graphiste débutant dans l’authoring de DVD, tout cela s’est fait de manière très artisanale mais on a voulu en faire un bel objet.

J’avais imaginé initialement un film qui mêlerait portrait de Benoîte, histoire des femmes au XXe siècle et questions féministes. Au montage, j’ai finalement abandonné l’idée d’un portrait classique pour me concentrer sur quelques questions d’actualité féministes vues par elle, préférant rester dans un format court et plutôt donner envie de la lire pour la découvrir et aller plus loin. Sans doute par timidité aussi, car c’était mon premier film et je ne voulais pas ennuyer le spectateur. Mais le projet m’a rattrapée et le matériau que j’avais était trop riche pour que je le laisse de côté. La conception du double DVD m’a permis d’y revenir de manière originale et de donner à voir sa vie telle qu’elle la raconte, d’approfondir l’histoire des femmes et leur situation. Le montage des compléments du DVD, plus simple, plus brut, presque un bout à bout s’il n’y avait ces inserts visuels variés de sa vie, m’a aussi permis de faire entendre sa parole – et par là même sa pensée – telle qu’elle se déploie, dans sa longueur et sa complexité, à son rythme à elle. Ce qui me semblait important car le film, lui, est rythmé, concentré, et avance à mon pas plus qu’au sien. Sans la trahir, j’avais un peu « sculpté » sa parole pour le film, pour traduire un sentiment d’urgence. Dans le DVD, j’ai redonné place à sa voix et pris ma place à côté, par l’apparition de mes questions dans les coupes et par la documentation complémentaire.

Globalement, on peut dire que tout cela partait d’une envie de mettre en lumière quelque chose. Triplement. D’une conviction, que le féminisme est un humanisme, toujours d’actualité, qui concerne tout le monde. D’une quête, d’une interrogation, de savoir ce qu’elle était devenue et de ce qu’elle pouvait m’apporter sur les questions que je me posais et qu’elle n’avait pas traitées dans ses livres. Et d’une nécessité que je ressentais de créer des témoignages, des archives, de documenter un certain nombre de choses. En particulier quelque chose qui me semblait sur le point de disparaître ou d’être oublié.

2- Votre film est autoproduit. En quelque sorte, vous l’avez fait seule. Est-ce un choix (stratégique) ou est-ce parce que vous n’avez pas pu faire autrement ?

Oui, le film a été entièrement autoproduit et je l’ai distribué en l’envoyant aux festivals. C’était mon premier film, je m’étais un peu formée mais je n’avais aucune légitimité pour défendre une demande de financement. Connaissant quelques personnes qui avaient travaillé dans le cinéma, je savais que la recherche financement pouvait prendre des années et ne pas aboutir. Or j’avais un sentiment d’urgence et n’étais pas sûre d’avoir ce temps. Benoîte avait déjà 82 ans quand j’ai commencé à la filmer en 2002. Surtout, je voulais avoir une totale liberté pour parler du féminisme comme je l’entendais car il s’agissait d’un projet très personnel. C’était déjà assez compliqué pour moi de déterminer exactement ce dont je voulais parler, comment mettre en perspective les propos de Benoîte, pour ne pas en plus avoir à négocier avec un producteur, que ce soit une forme, un format (comme ces 22 minutes qui ne rentrent pas dans les cases mais qui me semblaient justes), un contenu, un délai.

Notamment j’ai eu besoin de faire une pause de 2002 à 2005, littéralement de laisser reposer les rushes, pour mûrir le projet à partir de la série d’entretiens que j’avais menés. Et notamment pour savoir quoi faire de la déception que j’avais ressentie lors de ses réponses sur les questions de classe et de racisme. À travers nos échanges filmés apparaissait comme un impensé. Le montrer ou pas, comment. Qu’est ce qui me semblait le plus important à ce moment-là. Je n’aurais pas voulu être influencée d’une manière ou d’une autre par un producteur ou un financeur à ce moment-là. C’était un projet très personnel et j’avais besoin de le mener à mon rythme. Et j’ai eu besoin de plus de deux ans pour déterminer ce que j’allais faire de ce que j’avais filmé. Alors que jusque là, malgré une longue préparation et réflexion, je n’avais pas trouvé la structure du film, celle-ci est devenue évidente pour moi en regardant à nouveau tous les rushs après cette pause. Bien sûr beaucoup de choses se sont jouées au montage, j’ai découvert ce moment intense où les images prennent tour, ou pas, mais l’essentiel était clair dans ma tête.

Sans production, je n’ai pas pour autant fait ce film seule. Je me suis entourée de professionnel.les : ma compagne photographe, Brigitte Pougeoise, un monteur, un graphiste pour le DVD. J’avais un travail à côté, j’ai pu financer tout ça moi-même en montant une petite association, Hors-champ, et parce que le matériel vidéo professionnel était alors relativement abordable. Je n’avais pas prévu d’acheter de droits d’images télévisuelles, toujours très chères, ce n’était pas le type de portrait que je voulais faire. Benoîte m’a donné accès à ses archives photos personnelles et le temps et l’imagination ont remplacé le banc-titre. Je ne voulais ni musique ni voix off non plus. C’était un choix formel de ne pas souligner d’avantage un propos, pas seulement un souci de simplicité dans les moyens. J’ai quand même rédigé un dossier de demande de financement auprès du CNC, autant pour m’obliger à écrire que « pour voir », mais ça n’a rien donné à ce moment-là.

En revanche, après le film, j’ai demandé et obtenu une aide à l’édition DVD de la part du CNC, ce qui m’a permis de concevoir un double DVD assez original, hybride d’outil pédagogique, d’objet ludique, d’archive. Il a ensuite obtenu le label d’Images en bibliothèques, ce qui a sans aucun doute facilité son achat.

3- Quelles ont été les conditions de tournage avec Benoîte Groult ? Vous l’avez beaucoup rencontrée et beaucoup filmée ?

Oui, après la lettre que je lui ai envoyée, nous nous sommes rencontrées chez elle à Paris et elle a tout de suite accepté. J’ai commencé par rencontrer quelqu’un qui avait organisé un colloque pour les 25 ans d’Ainsi soit-elle (ma première expérience d’interview) et j’ai ensuite retrouvé Benoîte à Hyères, l’un de ses trois lieux de vie, pour continuer d’échanger sur le projet, mais elle m’a tout de suite fait confiance pour commencer à tourner. C’était quelqu’un de très généreux envers les autres femmes, prête à faire confiance aux jeunes féministes, curieuse aussi de ce partage.

Cette confiance est peut-être venue du fait qu’elle a senti que j’étais prête et pas seulement motivée. Je m’étais vraiment préparée, j’avais tout lu d’elle et sur elle. Je lui avais envoyé à l’avance les guides d’entretiens avec les questions que j’avais préparées (une série de cinq longs entretiens, sur l’histoire des femmes, sur sa vie, sur diverses questions féministes historiques ou d’actualité, sur la vieillesse). J’ai passé du temps avec elle dans ses trois lieux, Paris, Hyères et sa maison de Doëlan, pour mener ces interviews mais aussi l’accompagner dans ce qui constituait alors sa vie. Ces trois années où j’ai tourné, c’est une époque où elle n’était plus du tout invitée dans les media, ni pour des conférences ou rencontres littéraires où j’aurais voulu la filmer. Heureusement il y a eu le salon du livre de Guidel. Ces invitations sont revenues après avec la sortie de La Touche étoile, et c’est à titre amical que je l’ai ensuite accompagnée dans les coulisses des plateaux TV d’émissions qui l’impressionnaient toujours… Le verre de vodka s’imposait ensuite avec sa toute jeune attachée de presse pour se remettre de ses émotions, elle qui était plutôt familière d’un verre de whisky chaque soir.

J’ai fait de même avec les autres personnes interviewées, sans passer autant de temps avec elles bien sûr. En les filmant dans leurs lieux (chez elles ou à leur travail lorsque c’était pertinent) et surtout, car je ne voulais prendre personne par surprise, en leur envoyant mes questions à l’avance, et même en envoyant le compte-rendu de notre entretien préparatoire à Yvette Roudy de telle sorte qu’il soit clair que je comptais sur son témoignage notamment pour une certaine mise en perspective, et un rappel de contexte sur l’origine sociale et le milieu privilégié de Benoîte. Dans cette période de recul du féminisme, toutes les personnes que j’ai rencontrées ont été très généreuses de leur temps envers une jeune réalisatrice non-professionnelle mais motivée.

4- Vous avez participé à l’organisation d’un festival de films lesbiens. Pouvez-vous nous en parler ?

Ça a été très formateur pour moi sur le plan politique. C’est un festival féministe et lesbien de plus de trente ans, important puisqu’il réunissait près de 2 000 femmes pour voir 80 films en quatre jours, débattre et imaginer le monde autrement. J’ai fait partie de la programmation quelques années et il m’a permis d’oser. Pour l’anecdote, c’est là que j’ai rencontré la traductrice qui connaissait Benoîte. Surtout c’était un endroit où l’on voyait des films du monde entier impossibles à voir autrement avant l’ère d’Internet, par et sur des femmes et des lesbiennes, et dont le fonctionnement autogéré, autofinancé, au consensus, cherchait à échapper au fonctionnement capitaliste et patriarcal habituel et à favoriser l’émancipation et l’autonomie. J’y ai appris l’organisation de vrais débats, sans « sachant », où la prise de parole était réellement facilitée pour toutes à l’époque. La non-mixité en était un élément essentiel et a permis à beaucoup d’entre nous de prendre confiance, devenir fières de ce que nous étions, et mieux comprendre les enjeux politiques et intimes de nos vies. J’étais passionnée de cinéma (en tant que spectatrice) et je cherchais un endroit pour m’engager pour les droits LGBTQI quand j’ai découvert ce festival. Je m’y suis tout de suite sentie à ma place. Tout cela a forgé ma culture féministe, trans, intersexe et lesbienne à l’époque, a nourri mon envie de passer derrière la caméra, et plus seulement derrière le projecteur, et m’a sans doute permis d’oser me lancer dans ce projet militant et personnel, à ma façon.

5- Pensez-vous qu’il y a aujourd’hui une spécificité des films faits par les femmes, en en particulier dans le domaine du documentaire ?

Je pourrais répondre par une pirouette en vous disant qu’on ne demande jamais aux hommes s’il y a une spécificité des films faits par des hommes. Je suis toujours un peu embarrassée de cette question mais c’est sans doute par crainte d’être mal comprise et que la réponse soit retournée à tous les coups contre les femmes : s’il n’y en a pas, alors pourquoi vouloir à tout prix augmenter la proportion de femmes qui font des films ; s’il y en a une, c’est donc qu’il y a une différence entre les hommes et femmes, différence essentielle qui pourrait justifier un traitement sexiste.

Je ne crois pas que ce qu’on a entre les jambes détermine par nature ce que l’on peut faire. Les femmes peuvent tout faire, il n’y a donc pas de raison en soi qu’il y ait une différence. Ou plutôt il y a autant de possibilités que d’individus. Mais nous sommes construits socialement et la plupart des femmes vivent des expériences différentes des hommes puisque la société nous distingue à coup d’injonctions, et souvent de violences… J’admire autant les films de Rithy Panh, Patricio Guzmán, Pasolini ou Wiseman que ceux de Varda, mais ce sont des documentaires comme Who’s Counting de Terre Nash, L’Ordre des mots de Cynthia et Mélissa Arra, des réalisatrices militantes et ou pionnières comme Aishah Shahidah Simmons, Pratibha Parmar, Cheryl Dunye, Carole Roussopoulos, Chantal Akerman qui m’ont montré des femmes à qui l’on ne donnait pas la parole, qui ont révélé des situations, mis au jour des rapports de forces, ouvert des imaginaires inaccessibles sans ces femmes. Et qui m’ont donné un sentiment de liberté, la force de croire que tout est permis si l’on est sincère, qu’il ne faut pas attendre que d’autres racontent nos histoires, ni absolument être passée par une école de cinéma ou avoir une production pour se lancer.

N’oublions pas non plus que les femmes ont moins de moyens et de ressources que les hommes pour réaliser leurs films. Je ne pense pas seulement aux plus petits budgets dont elles disposent, je pense souvent à tous ces deuxièmes ou troisièmes films que des réalisatrices talentueuses n’ont jamais pu tourner. La domination des hommes à la tête de l’industrie du cinéma a aussi conduit à effacer les femmes pionnières en ce domaine, au tout début de cet art, et a imposé une manière de tourner, de mettre en scène, le regarder, le « male gaze » comme le définit Laura Mulvey dans Au-delà du plaisir visuel. Iris Brey explique très bien dans Le Regard au féminin, une révolution à l’écran comment un « female gaze » peut être produit par un homme, que la mise en scène du regard ne dépend pas rigoureusement de l’identité du réalisateur ou de la réalisatrice. Je ne dirais donc pas qu’il y a une spécificité de films faits par les femmes – la diversité des festivals de films de femmes en témoigne – mais il est certain qu’elles apportent une richesse de points de vue et d’imagination dont le cinéma a cruellement manqué et continue de manquer.

6- Benoîte Groult est-elle toujours d’actualité aujourd’hui ? Le féminisme a-t-il changé depuis l’époque de la réalisation de votre film ?

Le féminisme a en effet changé, et il avait déjà changé entre l’époque où Benoîte Groult était au faîte de sa renommée dans les années 70 et le moment où j’ai réalisé le film au début des années 2000. C’était une époque où on a commencé à s’interroger sur l’absence de transmission, de mémoire du féminisme (contrairement à d’autres mouvements politiques qui connaissent leur histoire), question qui semble bien lointaine au vu des conflits de génération actuels. En outre, non seulement le féminisme évolue sans cesse, mais je crois qu’il n’y a jamais eu « un » féminisme, mais toujours plusieurs en même temps.

En termes de générations, je me suis rendue compte en lisant le livre d’Aurore Koechlin La Révolution féministe à quel point je suis inscrite dans une histoire, et qu’on peut me situer entre la 2e et la 3e vague du féminisme en France (si on les fait commencer là, je ne suis pas totalement convaincue de cette numérotation qui ignore le passé plus lointain, mais c’est comme ça qu’on les nomme aujourd’hui). C’est pour cela que j’ai été si mal à l’aise de ne pouvoir développer quelque chose sur les femmes racisées ou de classes défavorisées dans le film et qu’il m’a fallu du temps pour admettre qu’il valait mieux le faire dans un autre projet, et ne pas chercher à m’appuyer sur Benoîte Groult pour le faire. Me trouver entre deux générations m’a sous doute amenée à vouloir construire des ponts entre ces générations mais surtout aujourd’hui à vouloir retenir le meilleur de chacune. Et c‘est ce que fait la 4e vague aujourd’hui, venue notamment d’Amérique Latine. Les raisons qui rendent le féminisme nécessaire n’ont au fond pas tellement changé. Les féminicides, les viols, les violences masculines ne reculent pas, les hommes n’arrêtent pas de vouloir, et de pouvoir, décider à la place des femmes (des trans et des intersexes aussi), de l’avortement à la PMA, et dans tous les domaines de leur vie, les inégalités de toutes sortes sont là si on veut regarder, le système inhérent à cette domination n’a pas été remis en cause. Hétéro-patriarcal, capitaliste, il s’approprie le corps des femmes, des exploité.es, des racisés.es, des colonisé.es comme tout ce dont il a besoin pour fonctionner d’ailleurs : nature, animaux, espace… Et les manières directes et violentes comme les plus insidieuses d’y parvenir (à commencer par le conditionnement des enfants, la féminisation des petites filles et le sexage,) persistent.

Pour ce qui est de l’actualité de Benoîte Groult, je me posais déjà la question lorsque j’ai réalisé le film. Les thèmes de la prise de conscience et du passage entre générations étaient au cœur de mes questionnements lorsque, jeune trentenaire, je me suis présentée à elle qui avait passé 80 ans. Faire ce film, c’était non seulement parler de Benoîte mais aussi de ses millions d’admiratrices dans les années 70, se demander ce que leurs espoirs étaient devenus, et comment la prise de conscience d’une nouvelle génération pouvait se faire, avec ou sans la connaissance des réflexions et des luttes féministes antérieures.

Et je me suis à nouveau posé cette question en préparant une intervention récemment pour le centenaire de sa naissance, à la bibliothèque qui porte maintenant son nom à Paris. Alors que je ne m’étais pas replongée dans ce travail ni dans les œuvres de Benoîte depuis des années, j’ai relu plusieurs de ses livres pour l’occasion. Et après avoir craint que son écriture soit datée, j’ai retrouvé son style, que j’aimerais que tout le monde découvre.

Alors oui, c’est toujours un bonheur de la lire. Quelques-uns de ses livres m’ont peut-être moins touchée que d’autres, parce qu’un peu trop hétéro pour moi, mais ils sont le reflet d’une époque où le divorce et le couple libre entrait dans les mœurs, et je ne suis pas sûre qu’une femme hétéro se posant des questions sur la fidélité ne les trouve pas toujours aussi pertinents. Pour ce qui me concerne, Ainsi soit-elle, Les Trois Quarts du temps sont des œuvres majeures qui méritent de devenir des classiques et, dans le bon sens du terme, vous décapent le cerveau.

Surtout, la variété, la richesse de ses écrits, essais, romans, journaux intimes, biographies, éditoriaux, la générosité de ses collaborations littéraires (elle a rédigé de nombreuses préfaces, traduit les nouvelles de Dorothy Parker etc.) et de son engagement (en tant que présidente de la Commission de féminisation des noms de métiers et de fonctions, conférencière, marraine, etc.) est époustouflante. La relire permet de voir comment elle a parfois brodé mille et une variations sur un thème au fil de ses différents ouvrages.

Lorsque j’ai réalisé le film, il n’existait pas d’écrits académiques ou d’analyse de ses livres hors des critiques de presse pour la plupart polémiques sur les sujets qu’elle soulevait et d’un livre écrit encore au début de sa carrière littéraire. Depuis, à l’occasion du don de ses manuscrits au Centre des archives du féminisme à l’université d’Angers, et d’une rencontre organisée à Angers en 2014, des personnalités ont écrit sur son œuvre. Ces textes, publiés en 2016 sous la direction de Sylvie Camet (Benoîte Groult. Le Genre et le temps), confirment s’il le fallait son importance littéraire, et font apparaître la profondeur de son œuvre à travers diverses analyses littéraires passionnantes. L’évolution de son style et de la construction de ses livres, reflétant son émancipation littéraire et l’affirmation progressive du « je », y sont par exemple remarquablement mises en évidence ainsi que la grande originalité de ses formes d’écriture.

Son engagement pour la féminisation des noms de métiers est tout juste en train de porter ses fruits, grâce à l’engagement de bien d’autres depuis, comme Eliane Viennot aujourd’hui mais aussi de toutes celles qui ont eu le courage de revendiquer qu’on les nomme au féminin. La place des femmes dans la presse qui l’a tant mobilisée n’a, elle, pas progressé.

Les questions que son engagement féministe posait déjà à l’époque par rapport à d’autres formes de domination continuent de se poser, et même de manière de plus en plus accrue et plus pertinente aujourd’hui puisque ces autres formes de domination n’ont pas été remises en cause mais arrivent à être dénoncées grâce à de nouveaux media. Le contexte était bien différent à l’époque : le travail de Benoîte contre les mutilations génitales était alors critiqué par certains hommes universitaires, ethnologues ou médecins, blancs, français qui opposaient leur relativisme soi-disant respectueux des cultures à son indignation, mais elle faisait chemin avec des féministes de divers pays africains qui luttaient contre ces pratiques. Et sa manière de relativiser à elle était de ne jamais considérer que la situation était pire pour les femmes dans telle ou telle culture ou religion. Elle mettait sur le même plan toutes les religions monothéistes et n’avait de cesse de balayer devant notre porte en ne laissant passer aucune injustice faite aux femmes. J’ai fini par me réconcilier avec mes attentes déçues pas ses « non-réponses » sur les questions de classe et de race qu’elle n’avait manifestement pas cherché à creuser. J’ai retrouvé certains passages d’Ainsi soit-elle comme celui-ci. « De la même façon, la sollicitude virile va s’effacer miraculeusement devant les nécessités de l’ère industrielle. Les avocats ne voulaient pas d’avocates, mais les patrons, eux, ont besoin de main d’œuvre docile, non syndiquée, donc sous-payée… suivez mon regard… Et soudain les beaux raisonnements qui avaient servi à écarter les femmes des professions libérales vont s’effacer devant une argumentation inattendue : « Ce sont les femmes qui seront employées à décharger les betteraves la nuit dans les raffineries parce qu’elles sont plus habiles et plus souples que les hommes et parce qu’elles résistent mieux à la boue et au froid » (circulaire des Raffineries du Nord 1860). » Elle cite Kate Millett : « L’effort physique est en général un facteur de classe, non de sexe. Les tâches les plus pénibles sont toujours réservées à ceux d’en bas, qu’ils soient robustes ou non. » Et aussi : « Exit la fameuse galanterie française, un bel attrape-nigaudes et qui ne s’exerce jamais qu’à l’intérieur d’une classe. Avez-vous jamais vu un « monsieur bien » prendre la valise d’une femme moche et pauvre avec un bébé dans les bras sur un quai de gare ? » Ou encore : « « Nous sommes tous des juifs allemands », criaient les étudiants de Mai 68. Nous aussi, d’une certaine façon, nous sommes toutes des prostituées. Et même les femmes qui les haïssent ont bénéficié de chacun des mouvements féministes. J’aimerais qu’elles le sachent et qu’elles le sentent, car c’est le livre de l’amitié que je voudrais écrire, ou plutôt le livre de ce qui n’existe pas encore, d’un sentiment et d’un mot qui ne sont même pas dans le dictionnaire et qu’il faut bien appeler faute de mieux la « fraternité féminine ». » Cette latiniste n’avait pas encore trouvé le mot sororité. Le fait qu’elle ait surtout puisé dans sa vie pour écrire l’a amenée à souvent centrer ses romans sur des milieux privilégiés qu’elle connaissait, elle n’a pas pour autant ignoré que d’autres femmes souffraient à la fois des mêmes maux qu’elle, mais aussi de ceux de leur classe, de leur origine ou de leur orientation sexuelle.

Juillet 2020

I COMME ITINÉRAIRE D’UN FILM – Cortázar & Antin: Cartas Iluminadas de Cinthia Rajschmir

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

Photo de Leonardo Majluf.

1 Conception

Cuando finalicé mis estudios de Maestría en Cine Documental, me reuní con el cineasta Manuel Antin, rector de la Universidad del Cine de Buenos Aires, para agradecerle que me hubieran apoyado en mis estudios otorgándome una beca. Al término de la reunión, que fue muy amena y extensa, Manuel Antin me dijo : « esta casa es suya », me regaló sus películas y el libro « Cartas de cine » que contenía la correspondencia que el escritor Julio Cortázar le había enviado mientras Antin realizaba tres filmes basados en sus cuentos. Vi sus películas y leí el libro… y un año después me animé a preguntarle si me permitía realizar un documental sobre la historia entre Julio Cortázar y él. Enseguida me respondió : «estoy a su disposición ».

À la fin de ma maîtrise de cinéma documentaire, j’ai rencontré le cinéaste Manuel Antin, recteur de l’Université de Cinéma de Buenos Aires, pour le remercier de m’avoir soutenu dans mes études en m’accordant une bourse. À la fin de la réunion, qui a été très agréable et très longue, Manuel Antin m’a dit : « Cette maison est à vous » Il m’a donné ses films et le livre  » Cartas de cine  » qui contenait la correspondance que l’écrivain Julio Cortázar lui avait envoyée pendant qu’Antin réalisait trois films basés sur ses histoires. J’ai vu ses films et lu le livre … et un an plus tard, j’ai décidé de lui demander s’il me permettrait de réaliser un documentaire sur l’histoire entre Julio Cortázar et lui. Il a immédiatement répondu : « Je suis à votre disposition ».

Partí de las siguientes ideas : que la memoria es una construcción y, por una parte, es subjetiva, y también que hay una construcción colectiva de la memoria, que es cultural. Me interesaba trabajar con los recuerdos que tenía Manuel y con fragmentos de aquellas películas realizadas en los años ’60 que funcionarían como flashbacks. Esa idea fue modificándose a través de la realización del documental que se centró principalmente en la relación entre el escritor y el director, entre dos « librecreadores » que construyeron -a un océano de distancia-, a través de los años, una profunda amistad, incluso con diferencias desde el punto de vista estético y político.

Je suis parti des idées suivantes: que la mémoire est une construction. D’une part, elle est subjective, et d’autre part il y a une construction collective de la mémoire, qui est culturelle. J’étais intéressée à travailler avec les souvenirs que Manuel avait et avec des fragments de ses films réalisés dans les années 1960 qui fonctionneraient comme des flashbacks. Cette idée a été modifiée par la réalisation du documentaire qui portait principalement sur la relation entre l’écrivain et le réalisateur, entre deux « créateurs libres » qui ont construit – une distance océanique -, au fil des années, une profonde amitié, même avec des différences du point de vue esthétique et politique.

Manuel Antin me ofreció una fonocarta grabada por Cortázar además de las cartas originales que enviaba a Buenos Aires desde Paris, donde residía.

Yo contaba con Manuel como testigo de ese vínculo entre autor y director, entre la literatura y el cine, tenía las películas, las cartas y la voz de Cortázar, pero me faltaba su imagen. Por ello, recordé las fotografías icónicas de Cortázar capturadas por la cámara y la mirada única de la fotógrafa argentina Sara Facio, me reuní con Sara, le conté el proyecto y le consulté si me permitía utilizar sus fotografías. Enseguida me respondió : « claro que sí, estamos en el mismo barco ». Así fue que me propuse construir el personaje de Cortázar a través de las cartas, su voz tan personal, sus fotografías tan vitales. Mi presencia en el documental y mi voz en la lectura de esas cartas vuelven explícito que el documental no es la realidad sino el punto de vista del director sobre un acontecimiento. La composición de la música intenta rendir un homenaje a Cortázar, que amaba el jazz y tocaba la trompeta, y a los músicos contemporáneos, compositores de las películas de Antin, entre ellos : Adolfo Morpurgo.  

Manuel Antin m’a offert un disque enregistré par Cortázar en plus des lettres originales qu’il a envoyées à Buenos Aires depuis Paris, où il vivait.
J’avais Manuel comme témoin de ce lien entre auteur et réalisateur, entre littérature et cinéma, j’avais les films, les lettres et la voix de Cortázar, mais je manquais d’images. Pour cette raison, je me suis rappelé les photographies emblématiques de Cortázar capturées par l’appareil photo et le regard unique de la photographe argentine Sara Facio. J’ai rencontré Sara, je lui ai parlé du projet et lui ai demandé si elle me permettait d’utiliser ses photographies. Immédiatement, elle a répondu : « Bien sûr, nous sommes dans le même bateau. » C’est ainsi que j’ai décidé de construire le personnage de Cortázar à travers ses lettres, sa voix si personnelle, ses photographies si vivantes. Ma présence dans le documentaire et ma voix dans la lecture de ces lettres expliquent que le documentaire n’est pas la réalité mais le point de vue du réalisateur sur un événement. La composition de la musique tente de rendre hommage à Cortázar, qui aimait le jazz et jouait de la trompette, et aux musiciens contemporains, compositeurs des films d’Antin, dont Adolfo Morpurgo.

2 Production

El documental obtuvo el subsidio a documentales digitales del INCAA, a partir del cual se pudo contar con presupuesto.

Particularmente, decidí trabajar en equipo junto con Alejandra Marino para la escritura del guion, convocar a Pedro Romero para la Dirección de Fotografía, Santiago Roldán en la Dirección de Sonido, Graciela Mazza y Jorge Rocca en la producción ejecutiva, en el montaje, Liliana Nadal, Horacio Straijer en la composición musical, Gorky films en la postproducción de imagen y Gustavo Pomeranec y Adrián Rodríguez en la postproducción de sonido. Los dibujos fueron realizados por Julio Azamor y las imágenes de Julio Cortázar fueron generosamente cedidas por la fotógrafa Sara Facio.

Le documentaire a obtenu la subvention de l’INCAA pour les documentaires numériques, à partir de laquelle un budget était disponible.
En particulier, j’ai décidé de travailler en équipe avec Alejandra Marino pour l’écriture du scénario, d’appeler Pedro Romero pour la Direction de la photographie, Santiago Roldán dans la Direction du son, Graciela Mazza et Jorge Rocca dans la production exécutive, dans le montage, Liliana Nadal , Horacio Straijer en composition musicale, Gorky films en post-production d’images et Gustavo Pomeranec et Adrián Rodríguez en post-production sonore. Les dessins ont été réalisés par Julio Azamor et les images de Julio Cortázar ont été généreusement cédées par la photographe Sara Facio.

Photo de Leonardo Majluf.

3 Réalisation

Hubo una primera etapa de investigación y luego varias jornadas de rodaje con entrevistas a Manuel Antin en su oficina, en el bar  y en el microcine de la Universidad, también a Ponchi Morpurgo, escenógrafa y vestuarista de las tres películas y esposa de Antin, a su hija, María Marta Antin, a Graciela Borges y Dora Baret, extraordinarias actrices, muy importantes en Argentina, y al Director de Fotografía Ricardo Aronovich, quienes participaron en esa primera etapa del cine de Manuel. A través del desarrollo de la película, se despliegan las cartas de Julio Cortázar con sus opiniones, pasiones, encuentros y desencuentros con Manuel Antin.

Il y a eu une première étape d’enquête puis plusieurs jours de tournage avec des interviews de Manuel Antin dans son bureau, au bar et au micro-cinéma de l’Université, également avec Ponchi Morpurgo, scénographe et costumier des trois films et la femme d’Antin, sa fille, María Marta Antin, Graciela Borges et Dora Baret, des actrices extraordinaires, très importantes en Argentine, et le directeur de la photographie Ricardo Aronovich, qui a participé à cette première étape du cinéma de Manuel. À travers le développement du film, les lettres de Julio Cortázar sont affichées avec ses opinions, passions, rencontres et désaccords avec Manuel Antin.

4 Diffusion

El proyecto del documental fue seleccionado para participar del laboratorio de documentales (2016) y del WIP de documentales (2017) del Festival Internacional de Cine de Mar del Plata. Allí, el interés planteado en el encuentro con los tutores de los proyectos como también las sugerencias de los distribuidores y productores internacionales que estuvieron presentes, me inspiraron a pensar el proyecto desde una dimensión más amplia de la que me había imaginado. Incluso, para elegir a Luciana Abad como distribuidora, con quien trabajamos de un modo muy afin. Gracias a ese trabajo, el documental se estrenó en el Festival de Cine de La Habana, tuvo un preestreno en el Congreso Internacional de la Lengua Española, un estreno nacional en el BAFICI. Luego, fue seleccionado para participar del BAFICI itinerante por salas y festivales argentinos, y recientemente obtuvo dos premios internacionales : el Premio al Mejor Largometraje del Festival Internacional de Cine de la Mujer, en Punta del Este, Uruguay, y el Premio del Público del Festival del Cinema Latino Americano di Trieste, Italia. También fue transmitido a los asistentes al Festival LASA (Latin American Social Studies), de Guadalajara durante la pandemia y recientemente fue seleccionado para participar del Festival Latinoamericano de Cine de Quito, organizado por la Cinemateca Nacional de Ecuador. El festival se pospuso debido a la pandemia y se realizara en el año 2021.

Le projet documentaire a été sélectionné pour participer au laboratoire documentaire (2016) et au documentaire WIP (2017) du Festival International du Film de Mar del Plata. Là, l’intérêt suscité par la rencontre avec les tuteurs des projets ainsi que les suggestions des distributeurs et producteurs internationaux qui étaient présents, m’ont poussée à penser le projet dans une dimension plus large que je ne l’avais imaginé. Et même, choisir Luciana Abad comme distributeur, avec qui nous travaillons de manière très similaire. Grâce à ce travail, le documentaire, présenté en première au Festival du film de La Havane, a été présenté en avant-première au Congrès international de la langue espagnole, une première nationale au BAFICI. Plus tard, il a été sélectionné pour participer au BAFICI voyageant à travers les théâtres et les festivals argentins, et a récemment remporté deux prix internationaux : le Prix du meilleur long métrage au Festival international du film féminin de Punta del Este, en Uruguay, et le Festival Audience Award du cinéma latino-américain de Trieste, Italie. Il a également été diffusé aux participants du Festival LASA (Latin American Social Studies) à Guadalajara pendant la pandémie et a récemment été sélectionné pour participer au Festival du film latino-américain de Quito, organisé par la Cinémathèque nationale équatorienne. Le festival a été reporté en raison de la pandémie et aura lieu en 2021.

La película no pudo proyectarse aún en salas de cine (fuera del festival BAFICI) debido a la pandemia. Por tal motivo, próximamente, se va a proyectar en el canal Cinear.tv que depende del Instituto Nacional de Cine y Artes Audiovisuales. Espero que pronto podamos superar este contexto mundial inédito y volver, entre otras cosas, a disfrutar del cine en el cine.

Le film n’a pas encore pu être projeté en salles (hors festival BAFICI) en raison de la pandémie. Pour cette raison, il sera bientôt diffusé sur la chaîne Cinear.tv qui dépend de l’Institut national du cinéma et des arts audiovisuels. J’espère que bientôt nous pourrons surmonter ce contexte mondial sans précédent et revenir, entre autres, pour profiter du cinéma au cinéma.

K COMME KAFKA.

Qui était Kafka ? Richard Dindo, France-Suisse, 2006, 98 minutes

            Comment le cinéma peut-il rendre compte d’une œuvre littéraire aussi importante que celle de Kafka. Et comment peut-il évoquer la vie et la personnalité de l’écrivain alors qu’il n’existe pratiquement pas d’images de lui, pas d’images cinématographiques, pas d’interviews, aucun entretien sonore ? De Kafka, nous ne possédons que deux ou trois portraits photographiques, en noir et blanc, qui sont bien connus et ne peuvent certainement pas être des découvertes. Mais ces conditions de pauvreté iconique, loin de constituer un handicap pour un cinéaste comme Richard Dindo, sont bien plutôt un stimulant pour la créativité. Son film sur Kafka en fait la preuve.

            Pour les œuvres de Kafka, ce sont les lettres et le journal qui sont systématiquement mis à contribution, lus par Samy Frey. Les romans ne sont qu’évoqués, les couvertures des éditions originales étant filmées en banc-titre. Un choix qui se justifie par la centration du film sur la personne de Kafka, même si l’écriture en fait fondamentalement partie.

            La vie de Kafka, ce sont ses amis qui sont chargés de l’évoquer, de leur propre point de vue, évidemment. Max Brod, le premier et le plus important d’entre eux, et les femmes dont il fut amoureux, Félicie, Milena, Dira. Le film de Dindo n’est pas à proprement parler une biographie au sens habituel du terme. Il ne vise pas à rendre compte d’une façon chronologique de chaque événement qui pourrait pourtant être significatif. L’enfance de Kafka est ainsi peu prise en compte, en dehors de la relation avec ses parents et surtout son père. De sa vie, c’est bien plutôt sa passion de l’écriture qui intéresse le cinéaste. Puis, il se centre dur la maladie, ses séjours en sanatorium, ses guérisons partielles et ses rechutes. La mort de l’écrivain devient alors un des éléments inévitable du film. Elle n’en est pas pour autant la conclusion. Kafka reste vivant pour tous ceux qui l’ont connu et pour tous ses lecteurs.

            Les images du film font une large place à la ville de Prague, filmée en plans fixes, focalisées essentiellement sur les façades des immeubles et les clochers des églises, peu de vue d’ensemble, peu d’images d’archives. Mais des villes, Prague et Berlin. Si Dindo filme la Prague contemporaine, C’est bien parce que Kafka reste pour tous d’actualité.

            Cette actualité est renforcée par l’utilisation d’acteurs tenant le rôle des amis de Kafka et de ses amoureuses. Filmés face à la caméra, ils s’adressent à nous directement, créant une connivence avec le spectateur. Nous entrons dans l’intimité des longues promenades avec Max Brod. Mais, ce sont surtout les relations avec Félicie, Milena ou Dora, qui sont évoquées avec le plus d’intensité émotive, les actrices jouant parfaitement leur rôle, au point de faire pratiquement oublier qu’il ne s’agit pas des personnages authentiques. L’utilisation d’acteurs dans un documentaire est rarement aussi pertinente.

            Qui était Kafka ? est un film littéraire, le film d’un cinéaste qui aime la littérature et qui sait la faire aimer.

A COMME ABECEDAIRE – Richard Dindo.

Auteur de plus de 30 films – une œuvre riche, variée et souvent très originale – Richard Dindo a été proclamé MAÎTRE DU RÉEL au festival Visions du réel 2014.

Amour

Des femmes qui aiment des hommes jeunes

Apartheid

Une saison au paradis

Apprentissage

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Astronomie

Les Rêveurs de Mars

Bolivie

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Cinéma

Max Haufler, « le muet »

Famille

Mon père, notre histoire

La Maladie de la mémoire

Femme

Violence conjugale : paroles de femmes

Homo Faber – Trois Femmes

Des femmes qui aiment des hommes jeunes

La Maternité des HUG

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

Charlotte, vie ou théâtre ?

Guerre

L’Affaire Grüninger

Charlotte, vie ou théâtre ?

L’Exécution du traître à la patrie, Ernest S.

Des Suisses dans la guerre d’Espagne

Histoire

Mon père, notre histoire

Des Suisses dans la guerre d’Espagne

Hôpital

La Maternité des HUG

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

La Maladie de la mémoire

HUG, hôpitaux universitaires de Genève

Japon

Le Voyage de Bashô

Justice

L’Affaire Grüninger

Dani, Michi, Renato & Max

Kafka

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Qui était Kafka ?

Littérature

Qui était Kafka ?

Aragon, le roman de Matisse

Genet à Chatila

Une saison au paradis

Max Frisch, Journal I-III

Médecine

HUG, hôpitaux universitaires de Genève

Mémoire

La Maladie de la mémoire

Mexique

Ni olvido ni perdón

Musique

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Palestiniens

Genet à Chatila

Peinture

Gauguin à Tahiti et aux Marquises

Aragon, le roman de Matisse

Charlotte, vie ou théâtre ?

Peintres naïfs en Suisse orientale

Photographie

Hans Staub, reporter photographe

Poésie

Le Voyage de Bashô

Arthur Rimbaud, une biographie

Portrait

Gauguin à Tahiti et aux Marquises

Mon père, notre histoire

Qui était Kafka ?

L’Affaire Grüninger

Une saison au paradis

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Charlotte, vie ou théâtre ?

Arthur Rimbaud, une biographie

Max Haufler, « le muet »

Hans Staub, reporter photographe

L’Exécution du traître à la patrie, Ernest S.

Révolution

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Science

Les Rêveurs de Mars

Suicide

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

Max Haufler, « le muet »

Violence

Violence conjugale : paroles de femmes

Ni olvido ni perdón

Enquête et Mort à Winterthour

Dani, Michi, Renato & Max

G COMME GENET JEAN

Jean Genet, un captif amoureux. Parcours d’un poète combattant. Michèle Collery, 2017, 74 minutes.

L’enjeu du film est énoncé dès l’incipit, par Genet lui-même : comprendre son retour à l’écriture alors qu’il est resté une vingtaine d’années silencieux.

Genet a écrit ses livres en prison. Pour sortir de la prison dit-il. Ayant retrouvé sa liberté, pourquoi écrire ? Sa rencontre avec les combattants palestiniens, le drame de Chatila, son voyage aux Etats-Unis pour soutenir les Black Panthers, seront les éléments déterminants.

Le film de Michèle Collery a comme premier intérêt – un intérêt incommensurable – de donner lecture, par la voix incomparable de Denis lavant, de larges extraits du dernier livre de Genet, Un Captif amoureux. Une voix qui donne toute la mesure de la poésie du texte et de sa charge émotive étonnante, bien que l’acteur ne cherche nullement à y mettre du pathos.

Le parcours qu’évoque le sous-titre du film, nous le suivons essentiellement en compagnie de l’amie de Genet, Leila Shadid, depuis leur entrée dans le camp palestinien de Chatila à Beyrouth ouest, trois jours après le massacre perpétré par les milices chrétienne sous la protection de l’armée d’occupation israélienne, jusqu’au cimetière de Larache au Maroc où repose Genet près de la mer. Un parcours d’engagement politique, de combat. Près des Fédayins, comme les Palestiniens étaient désignés dans les années 70, avec ces images d’archives de ces jeunes combattants se préparant au combat dans le désert. Puis au service des Black Panthers, lors d’un voyage en Californie qui sera pour lui l’occasion de rencontrer Ginsberg et Angéla Davis. Nous avons alors le plaisir de voir Genet dans un extrait du film que Carole Roussopoulos réalisa, Genet parle d’Angela Davis. Une dénonciation particulièrement violente du racisme antinoir américain : « Angela Davis est dans vos pattes. Tout est en place. Vos flics – qui ont déjà tiré sur un juge de façon à mieux tuer trois Noirs -, vos flics, votre administration, vos magistrats s’entraînent tous les jours et vos savants aussi, pour massacrer les Noirs. D’abord les Noirs. Tous. Ensuite, les Indiens qui ont survécu. Ensuite, les Chicanos. Ensuite, les radicaux blancs. Ensuite, je l’espère, les libéraux blancs. Ensuite, les Blancs. Ensuite, l’administration blanche. Ensuite, vous-mêmes. Alors le monde sera délivré. Il y restera après votre passage, le souvenir, la pensée et les idées d’Angela Davis et du Black Panther. »

Si le film insiste ainsi beaucoup sur les combats politiques de Genet, la dimension littéraire de sa vie n’est pas pour autant oubliée. Le film propose beaucoup de documents iconographiques, des photos de Genet participant à des manifestations aux Etats-Unis et même un extrait rare d’une émission de télévision. Les couvertures de ses principales œuvres sont présentées, ses romans et poèmes, sans oublier son théâtre. Les interventions des commentateurs sont toujours sobres, mais précises, et rendent parfaitement justice à l’homme autant qu’à l’œuvre.

La cinéaste propose aussi un certain nombre de citations de films, comme les images de Varda sur les Black Panthers ou celles de Godard sur les Palestiniens. Elle reprend aussi ce passage du film de Richard Dindo, l’évocation particulièrement émouvante de cette nuit passée par Genet dans la maison d’un Fedayin parti au combat. La mère lui porte un café, sans un mot, comme elle le fait toutes les nuits pour son fils. Et Genet dit dans son livre être lui-même devenu, pour une nuit, le fils de cette femme plus jeune que lui.

Gageons que ceux qui verrons le film de Michèle Collery se précipiteront pour lire Un captif amoureux, ce livre si particulier, unique dans l’œuvre de Genet, mais aussi sans doute dans toute la littérature du XX° siècle.

VOIR :  Genet à Chatila de Richard Dindo :

https://dicodoc.blog/2019/11/16/p-comme-palestiniens-chatila/

A COMME ABECEDAIRE – Nurith Aviv.

Une œuvre qui mêle souvent la science et la poésie, l’autobiographie et les références culturelles universelles. Une œuvre où le thème de la langue, ou plutôt des langues, et donc de la communication, est mis au premier plan. Sans oublier la littérature et la poésie. Et dans le domaine scientifique, la linguistique, la psychologie ou la biologie. Bref une œuvre placée sous le signe de la connaissance et de l’intelligence.

Biologie

Poétique du cerveau

Christianisme

Annonces

Europe

La Tribu européenne

Femme

Annonces

Hebreu

Langue sacrée, langue parlée

D’une langue à l’autre

Image

Annonces

Islam

Annonces

Israël

Signer

Kafr Qar’a, Israël

Makom, avoda

Judaisme

Yiddish

Annonces

Langue

Signer

Traduire

Langue sacrée, langue parlée

Langue des signes

Signer

Littérature

Yiddish

Traduire

Mémoire

Poétique du cerveau

Mythes

Annonces

Palestine

Makom, avoda

Poésie

Yiddish

Religion

Annonces

Langue sacrée, langue parlée

 Circoncision

Sciences

Poétique du cerveau

Surdité

Signer

Traduction

Traduire

Yiddish

E COMME ECRIVAIN – Pierre Guyotat.

Guyotat en travail. Jacques Kébadian, 2011, 85 minutes.

Le cinéma peut-il rendre compte de la création littéraire ? De la fabrique des mots et des phrases, de leur agencement, de leur combinaison, de leur ciselage, de leur affutage… ? Rentrer dans l’intimité de l’écrivain, dans la solitude de la création. Et l’écrivain peut-il se dévoiler devant une caméra, dans ce qu’il a de plus secret, de plus impalpable, le surgissement du texte ?

On a pu depuis longtemps se pencher sur les manuscrits, examiner les ratures, les biffures, les ratages, les rattrapages, les repentirs. Mais l’écrivain, quand il hésite, tâtonne, expérimente, remets sans cesse le mot, les mots, les phrases, en question ? Quand il les triture pour magnifier leur puissance, leur éclat. Cela pouvait sembler impossible à saisir. Et pourtant… Filmant longtemps, avec insistance, Pierre Guyotat, Jacques Kébadian y est parvenu.

Le titre de son film dit bien, immédiatement, qu’il s’agit d’un accouchement. Faire naître un texte. Pas vraiment dans la douleur. Plutôt un certain plaisir. La main accompagne le rythme de la phrase, son modulé, la musicalité même des mots. Ici rien ne fuse. Le texte n’est pas un éclair. Il n’y a aucune immédiateté, aucune fulgurance dans ce travail. Plutôt de la patience. Une patience infinie. C’est par petites touches, petites retouches, insignifiantes au premier abord, que le texte progresse, pour trouver son exactitude. Pour devenir éternel.

Pour cela il faut du temps. C’est pour cela que le film ne multiplie pas les situations. Il reste face à l’écrivain et l’écoute. Il fixe son immobilité corporelle pour mieux voir venir le texte, le laisser advenir et l’accueillir enfin.

Un film en trois séquences seulement. La première, le travail de l’écrivain, donc. Puis le texte achevé. Guyotat le lit tel qu’il est imprimé, à Avignon, devant un public invisible, qu’il ne regarde jamais d’ailleurs. Et pourtant, c’est bien pour un public que la lecture a lieu. Une lecture sans effet théâtrale, sans rien de superflu, mais sans hésitation, un texte qui coule de lui-même. Un texte achevé, définitif, qui semble bien loin du travail de fabrication précédent. On y reconnait les passages qui étaient l’objet de la recherche, du travail. Une confrontation des plus instructives. Car si nous n’avons pas vu, si nous n’avons pas suivi l’ensemble du travail qu’il aura fallu pour y parvenir – des jours et des jours sans doute –  après tout, ce que nous en montre Kébadian est suffisant, suffisamment parlant, suffisamment instructif.

Dans la troisième partie de film nous revenons chez Guyotat. Nous sommes le matin, Guyotat est assis près d’une fenêtre, baigné par le premier soleil de la journée. Il pense à son travail en déjeunant. Il commente son travail, son écriture. Une réflexion qui fait partie de ce travail même, qui ne lui est nullement extérieur, qui n’est pas un après coup. L’écrivain ne se dédouble pas pour juger sa production, pour en donner le sens ultime, en cerner la vérité. Il exprime simplement son ressenti. Comme quoi l’écriture fait partie de sa vie. Elle est sa vie même.

Le film de Kébadian peut être vu aujourd’hui comme un hommage posthume à Guyotat. C’est aussi un formidable hommage à la création littéraire.

G COMME GROULT Benoîte

Une chambre à elle. Benoîte Groult ou comment la liberté vint aux femmes. Anne Lenfant, 2005, 22 minutes.

Janvier 2020 est le mois Benoîte Groult. Nous commémorons en effet le centenaire de sa naissance. Unr excellente occasion de nous replonger dans son œuvre, ou de la découvrir pour les plus jeunes. Pour cela, le film d’Anne Lenfant est une aide précieuse.

Un film d’entretiens, placé dès son titre sous les hospices de Virginia Woolf. C’est dire que nous allons y suivre un parcours de vie, un long cheminement vers l’émancipation – la libération – d’une femme née à l’époque de la domination masculine, une domination absolue, sans faille, s’exerçant dans tous les domaines de la vie.

Il aura fallu à ces femmes pionnières du féminisme – dont Benoîte Groult est une figure de proue grâce surtout à son livre Ainsi soit-elle – un grand courage et beaucoup de ténacité pour conquérir une place dans la société autre que celle de faire et d’élever des enfants. Mai 68 et les luttes des années 70 ont été déterminantes dans cette perspective. Il aura fallu alors assurer la liberté de contraception et conquérir le droit à l’avortement. Des avancées importantes. Benoîte Groult reconnais aussi l’influence de Simone de Beauvoir pour laquelle elle ne cache son admiration. Mais la lutte fut longue et les acquis restent toujours à défendre.

Le film d’Anne Lenfant est un film d’entretiens. Une rencontre amicale où Benoîte va parler de sa vie  – de son œuvre aussi – en toute franchise. On la sent particulièrement à l’aise devant la caméra, d’une sincérité éclatante, ne cherchant en rien à dissimuler, ou à embellir, les difficultés de son cheminement. L’histoire de Benoîte Groult est celle d’une prise de conscience. Et le film a en ce sens une force de témoignage incontestable.

Une parole que nous pouvons placer sous le signe de la simplicité. Les prises de position féministes, l’engagement à gauche, les actions en faveur de la libération des femmes, tout cela semble aller de soi pour Benoîte Groult. Et pourtant, elle reste bien conscience qu’en ce domaine rien n’est jamais acquis définitivement. Le flambeau de la cause des femmes qu’elle a porté bien haut demande toujours à être repris.

Le film est aujourd’hui disponible dans un double dvd édité par la maison de production Hors Champs. On y trouve une somme impressionnante d’entretiens avec Benoîte Groult qui sont autant d’éclairage sur sa pensée et son engagement. Des regards extérieurs, de Josyane Savigneau, Yvette Roudy ou Paul Guimard, son troisième mari, affinent la vision que nous pouvons avoir de sa personnalité. Elle parle par exemple de la vieillesse, mais à 85 ans elle reste particulièrement jeune d’esprit. Aujourd’hui sa pensée reste toujours vivante.