De cendres et de braises. Manon Ott, 2018, 75 minutes.
Ce film fait partie d’une recherche universitaire sur la banlieue. Le cinéma élevé au niveau de la recherche, une première.
Cette banlieue, c’est les Mureaux, une cité dédiée au logement des ouvriers de l’usine Renault de Flins toute proche. Une usine bien connue dans l’histoire du mouvement ouvrier. D’ailleurs, des images d’archives nous rappellent les grèves et les manifestations inséparables du nom même de l’usine.
Le propos de Manon Ott est de donner la parole aux habitants de cette banlieue et en même temps de nous donner à voir leur contexte de vie. Les images qu’elle va nous proposer doivent alors être caractéristiques d’une vie bien souvent ignorée puis fantasmé par ceux de la ville. Ceux qui sont étrangers aux cités, ou qui ne les connaissent que par les images télévisées, des images toujours réalisées en plein jour mais qui ne disent pas grand-chose ou toujours les mêmes choses sur ceux qui vivent là.
Manon Ott échappe à cette vulgate médiatique en filmant les Mureaux en noir et blanc. Et de nuit. Des images sombres donc, mais où les lumières brillent par moment en cascade. Presque comme des lucioles.
Trois plans récurrents jalonnent le film.
D’abord les façades des immeubles. Dans le noir de la nuit se détachent quelques fenêtres éclairées par lesquelles on aperçoit les occupant, vaquant à leurs activités habituelles. Une présence presque volée à l’intimité des résidents, mais qui est en fait une intrusion pleine de pudeur et de réserve.

En second lieu, une vue plongeante depuis un des étages supérieurs sur la rue, où déambule une jeunesse qui ici semble oisive, ou qui profite en bande de ce qui a tout l’air d’une agréable soirée de printemps ou d’été. Il y a des vélos et des motos, des moyens de ne pas rester statique.

Enfin une vue d’ensemble sur le vaste espace de la banlieue vue depuis un des points le plus haut de la cité. Des lumières, la perte de vue, jusqu’à un horizon qui se perd dans la nuit.
Mais le film est surtout fait pour donner la parole à ces banlieusards, représentant ici ceux que l’on n’entend jamais. Pas vraiment des entretiens puisqu’il n’y a pas de question. Cette parole est filmée de façon naturelle, spontanée, sincère, authentique. C’est toute la banlieue qui parle et qui chante, qui s’exprime avec force sur ses vies, souvent maltraitée, de l’amour aveugle à l’enfermement en prison. Avec la découverte stupéfiante de Marx et de Rimbaud.
Le titre du film évoque le feu et la dernière séquence se déroule devant un feu de camp dans la nuit. Le feu peut bien réduire la vie en cendres. Mais la vie renaît toujours. Parce qu’elle couvre sous les braises.

