Hommage à la Catalogne. Frédéric Goldbronn, 2025, 69 minutes.
La guerre d’Espagne décrite par un anglais, un écrivain anglais, George Orwell, l’auteur du célèbre 1984.
Il publie cet hommage à la Catalogne en 1938. Et le film de Frédéric Goldbronn reprend en voix-off son texte, un procédé qu’on retrouvera dans le Orwell de Raoul Peck. (Orwell 2+2 = 5) Un texte donc très personnel, accompagné d’images d’archives en noir et blanc datant de l’époque. 1936, une année cruciale pour l’Espagne.
Aussitôt arrivé à Barcelone, Orwell s’engage dans la milice du POUM. Il n’est pas venu ici uniquement pour observer. Il se doit de participer à la guerre. Mais ce qu’il découvre à Barcelone l’émerveille. Les anarchistes ont pris le pouvoir et leur révolution transforme de fond en comble la vie des gens. Plus de classe sociale, plus de maitre, plus d’esclaves, tout le monde est placé sur un pied d’égalité. Cela se voit, cela se sent dans les rapports sociaux, dans la vie quotidienne, dans le moindre détail de la vie. Sans compter que les collectivisations sont une réalité au bénéfice de tous. Les églises sont transformées en centre d’accueil, les grands hôtels, les demeures de luxe sont réquisitionnées. Orwell décrit cette révolution avec beaucoup de détails, tous positifs. Visiblement, il ne regrette pas d’être venu.
Mais la guerre fait rage juste à côté de la Catalogne, en Aragon. Orwell part donc sur le front et la deuxième partie du film nous montre les combats dans la campagne, dans les petites villes. C’est surtout dans cette partie du film que l’on ressent la pertinence du choix des archives opérées par le cinéaste. De toutes ces images qu’on pourrait dire banales tant la guerre est au fond toujours la même, se dégagent des émotions, car elles nous rappellent que la guerre, c’est toujours des hommes qui la font, qui en souffrent, qui en meurent.
A son retour à Barcelone Orwell ne peut que constater que la situation politique a bien changé. Les communistes ont supplanté les anarchistes, la révolution menée par ces derniers est remise en cause. L’atmosphère n’est plus la même, la vie n’est plus la même. Orwell, déçu, va quitter la Catalogne. Il traverse la France en train et regagne Londres ou le capitalisme est triomphant.
Un film engagé donc. Qui ne cache pas ses sympathies politiques. Un travail de mémoire important. S’il ne dit pas tout de la guerre d’Espagne, il nous plonge dans la réalité politique espagnole de 1936 à travers la vision et l’engagement d’un écrivain britannique dont le récit est un témoignage irremplaçable.
Un hommage à Georges Orwell aussi, un auteur qu’on ne cesse de découvrir et de redécouvrir.
