Elle entend pas la moto. Dominique Fischbach, 2025, 94 minutes.
Les films documentaires sur la surdité sont plutôt rares, malgré LE PAYS DES SOURDS de Nicolas Philibert (1993) et J’AVANCERAI VERS TOI AVEC LES YEUX D’UN SOURD de Laetitia Carton (2014) que l’on ne peut oublier.
Le film de Dominique Fischbach nous immerge dans une famille ordinaire. Trois générations réunies dans le chalet familial en Haute-Savoie. Des vacances dans un décor grandiose où la chaleur de l’été n’a pas totalement éliminé les restes de neige sur les sommets environnants.
Trois générations composées classiquement des grands-parents, Sylvie et Laurent de leurs deux filles, Barbara et Manon, et du petit-fils Matteo l’enfant de Manon est Anthony. A deux ans il fait l’admiration de tous.
Une famille ordinaire, ou presque. Car bien sûr, elle a une histoire particulière, que le film nous révèle peu à peu, sans séquences explicatives, seulement parce que les événements du passé sont encore présents dans la vie de tous et que les moments vécus dans le présent de ces vacances n’ont de sens que par leur inscription dans l’histoire familiale.
Ainsi en est-il du décès de Maxime, le fils de Sylvie et Laurent, qui remonte à huit années. Nous n’en apprendrons les circonstances, le suicide, que vers la fin du film lors d’une commémoration familiale à laquelle se joignent quelques amis lors d’une randonnée en haute montagne.
Et puis il y a la surdité de Manon, et celle de Maxime. Qui ne peut qu’occuper le devant de la scène et constituer donc le centre du film. Ce film se déroule dans le cadre précis de ces vacances en montagne, mais la réalisatrice a filmé cette famille pendant quelques 25 ans. Et elle mobilise ces images, auxquelles s’ajoutent d’ailleurs des archives familiales, petits films en super 8 qu’on regarde en groupe. Pour retrouver le passé.
Manon apparaît vite comme le personnage principal du film et donc sa surdité est présente dans presque toutes les séquences. Pourtant, le film n’est pas un film sur le handicap. La surdité de Manon comme celle de Maxime dans le passé n’est pas handicapante. Elle n’est pas une limitation de la vie de Manon, ou du moins, elle n’est pas vécue comme un handicap par Manon et par sa famille. Tous s’efforcent de la dépasser. De ne pas se laisser enfermer dans les limites que la surdité pourrait imposer à ces personnes qui ne se vivent pas comme des victimes. Et c’est en cela que réside le grand mérite du film. Les relations familiales ne semblent jamais perturbées par la surdité. D’ailleurs, tout est fait, tout a été fait, pour la soigner. Opération et appareillage surtout. Bref, la surdité est plutôt traitée comme une maladie chronique que l’on soigne et qui, si elle n’est pas guérissable, n’est pas non plus une tare ou un poison mortel.
Si la surdité n’est donc pas une perturbation de la vie familiale, c’est essentiellement parce que celle-ci est dominée par l’amour, l’amour des enfants pour les parents et des parents pour les enfants. Cet amour se concrétise tout au long du film par des liens très forts qui unissent tous ses membres. Une famille soudée, exemplaire, même si le film ne veut pas en faire un exemple.
Elle entend pas la moto, un si beau titre, qu’on n’est pas prêt d’oublier.
