Itinéraire d’un film : Put your soul on your hand and run de Sepideh Farsi

1 Origine du film

La rencontre avec fatma Hassona elle-même est en partie due à un hasard, comme tous les hasards de cinéma. À l’origine, j’ai éprouvé le besoin de faire entendre la voix des Palestiniens, qui était presque totalement absente du récit de ce conflit dans les médias, depuis le début. Je suis partie au Caire en espérant pouvoir entrer à Gaza en passant par Rafah, mais c’était impossible. J’ai donc commencé à filmer des réfugiés palestiniens arrivant juste de Gaza. Jusqu’à début avril 2024, certains pouvaient encore sortir en payant 8000$ par personne ! J’ai été accueillie par une famille gazaouie et l’un de ses membres, Ahmad, m’a parlé d’une amie photographe qui vivait dans le nord de Gaza.

L’idée de faire un film à distance a commencé très vite. J’avais déjà réalisé un film tourné avec un téléphone portable, Téhéran sans autorisation, en 2009. Le principe de mettre en œuvre un film à distance s’est imposé dès notre première rencontre. Décisif pour le film, l’impératif d’un témoignage, d’un cinéma d’urgence, qui dépasse les obstacles physiques. Il fallait tout garder. Je n’ai pas su d’emblée que ces images de conversations visio seraient le cœur du film, j’ai commencé avec une logique d’archives au présent, mais l’idée s’est imposée rapidement. Et Fatma a été partante immédiatement.

Ce film est né de mon besoin de comprendre Gaza au-delà des chiffres, des images de destruction et des récits dominants dans les médias. J’avais besoin d’une voix spécifique, d’un regard ancré dans la vie quotidienne. J’ai rencontré Fatem (en ligne) par l’intermédiaire d’un jeune réfugié palestinien que j’avais rencontré au Caire. Une connexion s’est immédiatement établie entre nous. Et elle est devenue « mes yeux à Gaza ». À travers ses photos, ses vidéos et ses messages, elle m’a transmis la réalité de la guerre, vécue de l’intérieur. Sa façon de témoigner – toujours avec dignité, jamais en tant que victime – a contribué à modifier ma perception. Gaza n’était plus une abstraction ou un champ de ruines : c’était elle. Vivante, forte, souriante et pourtant fragile

©REVES D’EAU PRODUCTIONS

2 Production

Production : Rêves d’Eau Productions

Coproduction : 24images

Producteurs : Javad Djavahery, Annie Dekel-Ohayon

3 Réalisation

Je ne pense pas qu’il soit possible de filmer Gaza sans que ce soit politique d’une manière ou d’une autre. En fait, je crois que le cinéma est toujours politique, mais mon intention initiale n’était pas de faire un film manifeste. Ce que je voulais, c’était donner de l’espace à une voix trop souvent absente du paysage médiatique, dans la couverture de l’après-guerre du 7 octobre à Gaza. Fatem a raconté son histoire – sa ville, sa famille, son quotidien – avec une clarté et une grâce bien plus puissantes que n’importe quel discours. Elle montre que la vie continue, elle plaisante sur les drones, elle témoigne de son affection pour sa terre détruite. En suivant son regard, j’ai voulu créer un espace de partage. Le film invite à écouter, à ressentir, à voir ce que l’on oublie souvent : notre humanité.

4 La fin du film annonce la mort de Fatma. Cet événement est inséparable du film.

Nous nous étions parlé la veille. Elle venait d’apprendre la sélection du film à Cannes et était ravie. Nous parlions de sa venue à Cannes. Elle m’a dit qu’elle viendrait, mais à condition de pouvoir retourner à Gaza ensuite. Elle ne voulait pas partir définitivement. Gaza, malgré toutes les difficultés, était sa maison. Le lendemain, elle avait été tuée par un missile israélien. Le choc a été immense. Et pourtant, je ne voulais pas que le film devienne triste. Ce que nous avons fait ensemble est un témoignage vivant, un film qui porte sa lumière, pas son absence.

©REVES D’EAU PRODUCTIONS

5 Parcours du film en festival.

1- Encounters Film Festival (South Africa): Best documentary June 2025 
2- Yerevan Film Festival (Armenia): Golden Apricot / Best Film Sept 2025
–  3- Lunenburg (Canada) Best International Feature Documentary Sept 2025
4- Reykjavik festival – Young People Award Oct 2025
5- Athens Film Festival – Best documentary 13/10/2025
6- All about freedom festival (Gdansk – Poland) – Best film 18/10/2025
7 – Festival Nouveau Cinéma (Montréal) – Prix du Public / Peace Award 18/10/2025
8 – Prix du Public au Cinéalma à Carros 19/10/2025
9 – « Unforgettables » Award by Cinema Eye 23/10/2025
10 – International Social Film Festival of Catalonia (CLAM) – 25/10/2025
11 – Gold Hugo – Chicago film festival – Best Doc Award – 25/10/2025
12 – El Gonna Festival – Cinema For Humanity (Audience Award) – 24/10/2025
13 – Asia Pacific Screen Awards (APSA) – Best Documentary
14 – « Freedom of expression » Award by National Board of Review (USA) / Dec 2025

Portrait de Sepideh Farsi ©Aris Ramos

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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