Soldate sur le front en Ukraine

Mon cher Théo. Alisa Kovalenko, Pologne, République Tchèque, Ukraine, 2025, 98 minutes.

Tous les films réalisés en Ukraine depuis 2022 méritent certainement notre attention. Il faudra un jour en faire l’inventaire précis. Pour l’instant, arrêtons-nous sur Mon cher Théo d’Alisa kovalenko.

 Cette cinéaste s’est engagée en février 2022, dans les forces armées de son pays. Devenu soldate, elle reste pourtant cinéaste. Elle va donc filmer le front, les tranchées, les assauts dans les forêts la défense des positions, le danger quotidien, de chaque instant même.

Tout comme son engagement dans l’armée est une démarche personnelle, le film qu’elle va y réaliser a aussi cette dimension individuelle. Même si la présence des soldats n’est aucunement supprimée. Le film d’Alisa prend la forme d’un film épistolaire. La cinéaste s’adresse à son fils. Théo, 5 ans, réfugié en France, plus précisément en Bretagne.

Des lettres filmées où la parole de la mère décrit sa vie de soldate. Elle filme Son environnement proche et la nécessité absolue de la défense du territoire. Les lettres filmées, les lettres d’une mère adressé à son fils tentent de répondre à deux exigences contradictoires. D’une part, il faut être précise. Ne pas nier la réalité du danger. Ne pas laisser croire que la guerre est un jeu. Dans les tranchées, sur le front, chaque soldat risque sa vie à chaque instant. Mais en même temps, cette mère s’adresse à un enfant, petit, son enfant. Il lui faut donc le rassurer et maintenir, malgré les circonstances dramatiques, le lien affectif qui les unit ? Les mots de cette mère sont donc particulièrement émouvants. Et les réponses de l’enfant, dans leur spontanéité, font tout aussi partie de cette vision personnalisée de la guerre.

Le film a aussi l’intérêt de poser la question de la place des femmes dans la guerre. Comment peuvent-elles devenir soldates, à côté des hommes qui, bien sûr, restent majoritaires ? Sont-elles des soldats comme les autres ? Ici, Alicia est bien une soldate, mais elle est aussi une mère. Elle reste même mère dans sa séparation d’avec son fils. Il y a là une évidence forte. La guerre ne peut pas annihiler le lien maternel, on peut même dire que ce lien devient encore plus fort, vital du fait de l’éloignement et de la situation périlleuse dans laquelle se trouve la mère.

Un film qui affirme avec force la prédominance de la vie sur la folie guerrière de certains hommes.

Fipadoc, Biarritz 2026

Avatar de jean pierre Carrier

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Laisser un commentaire