A COMME ABECEDAIRE – Brigitte Chevet.

Une œuvre surtout diffusée à la télévision, mais qui a tout à fait sa place au cinéma, tant la différence ici est simple convention.

Adolescence

Jupe ou Pantalon ?

Automobile

Femmes au volant

Banlieue

Les Rumeurs de Babel

Bretagne

Les Rumeurs de Babel

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre

L’Affaire Plogoff

Le Menhir et la Rose

La Guerre des truies aura-t-elle lieu ?

Baraques Blues

Energie

Les Voleurs de feu

Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre

Espionne

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Femmes

Femmes au volant

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Jupe ou Pantalon ?

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Guerre

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Handicap

Planète Zanzan

Immigration

Docteur Yoyo

Jury

A vous de juger

Justice

A vous de juger

Mauritanie

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Nazisme

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Nucléaire

Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre

L’Affaire Plogoff

Poésie

Les Rumeurs de Babel

Politique

Le Menhir et la Rose

Pollution

Mourir d’amiante

La Guerre des truies aura-t-elle lieu ?

Portrait

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Le Menhir et la Rose

Docteur Yoyo

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Planète Zanzan

Solaire

Les Voleurs de feu

Spoliation

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Vieillesse

Avec mes quelques rides

Ville

Baraques Blues

P COMME PORTRAIT DE FEMME – Filmographie.

Des femmes connues, mais pas seulement. Des femmes artistes, au sommet de leur domaine d’intervention, là où le plus généralement ce sont les hommes qui dominent. Mais plus rien n’est désormais hors de leur portée.

Des femmes militantes. Pour le droit des femmes bien sûr. Mais bien au-delà d’un féminisme conventionnel. Contre toutes les oppressions, toutes les injustices dont elles peuvent être victimes.

Des femmes comme les autres, comme toutes les femmes, dans leur quotidienneté, dans leur banalité, toujours émouvantes.

Et toutes celles que l’histoire ne retient pas.

Des portraits de femmes réalisés par des femmes.

Actrices

Arletty et Coco Chanel, la liberté absolue. Anelyse Lafay-Delhautal

Dietrich/Garbo – L’Ange et la Divine. Marie-Christine Gambart

Catherine Deneuve, belle et bien là. Anne Andreu

Jeanne Moreau l’affranchie. Virginie Linhart

Sandrine Bonnaire, actrice de sa vie. Juliette Cazanave

Sois belle et tais-toi. Delphine Seyrig

Chanteuses

Silvana. Christina Tsiobanelis, Mika Gustafson, Olivia Kastebring

Chavela Vargas. Catherine Gund, Daresha Kyi

Janis, little girl blue. Amy Berg

Joséphine Baker, première icône noire. Ilana Navaro

Ne change rien. Pedro Costa

Danseuses – Chorégraphes

Carolyn Carlson – Dance as a Karma. Béatrice Vernhes

Ecrivaines

Albertine Sarrazin, les routes de la liberté. Sandrine Dumarais

Belle de nuit. Grisélidis Real. Autoportraits. Marie-Eve De Grave

Une chambre à elle. Anne Lenfant

Elsa la rose. Agnès Varda

Virginia Woolf 1881-1942. Dominique-Lucie Brard

Philosophes

Des fleurs pour Simone de Beauvoir. Carole Roussopoulos et Arlène Shale.

Simone de Beauvoir, on ne nait pas femme… Virginie Linhart

Simone de Beauvoir, une femme actuelle. Dominique Gros

Simone Weil, l’irrégulière. Florence Mauro

Photographes

Annie Leibovitz : life through a lens : life through a lens. Barbara Leibovitz 

Dora Maar, entre ombre et lumière. Marie-Eve De Grave

Plasticiennes

Louise Bourgeois : l’Araignée, la Maîtresse et la Mandarine. Marion Cajori, Amei Wallach.

Louise Bourgeois. Camille Guichard

Niki de Saint Phalle, de l’autre côté du miroir. Laurence Lowenthal

Niki de Saint Phalle, un rêve d’architecte. Louise Faure, Anne Julien

Peggy Guggenheim, la collectionneuse. Immordino Vreeland Lisa

Sophie Calle, sans titre. Victoria Clay-Mendoza

Révolutionnaires

A l’école de Louise Michel. Marion Lary

Free Angela Davis and all political prisoners. Shola Lynch

Femmes anonymes

Anaïs s’en va en guerre. Marion Gervais

Bélinda. Marie Dumora

Cinéma Woolf. Erika Haglund

Daria Marx, la vie en gros. Marie-Christine Gambart

Femmes d’Islam. Yamina Benguigui

En bataille, portrait d’une directrice de prison. Eve Duchemin

L’espionne aux tableaux. Brigitte Chevet

Lip : Monique et Christiane. Carole Roussopoulos

Mimi. Claire Simon

Ouaga girls. Traore Dahlberg Thérésa

Pauline s’arrache. Emilie Brisavoine

Profession agricultrice. Carole Roussopoulos

M COMME MISOGYNIE.

           Maso et Miso vont en bateau, Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Iona Wieder et Nadja Ringart, 1976, 55 minutes.

Soit une émission de Bernard Pivot sur Antenne 2 en 1975, Apostrophe. Une émission comme les autres, sur laquelle nous pourrions porter aujourd’hui un regard nostalgique, un peu attendri, vis à vis de l’aisance du présentateur et de la sympathie qui émane de son sourire. Mais ce n’est de cela qu’il s’agit. Car son titre, à lui seul, est tout un programme : Encore un jour et l’Année de la femme, ouf ! C’est fini, qui ne pouvait qu’alerter les féministes de l’époque. Les Insoumuses », les autrices du film, Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Iona Wieder et Nadja Ringart, vont réagir à leur façon. Par un film impertinent, drôle mais caustique, qui va détourner l’émission, en proposer une critique pas à pas, une critique faite avec les moyens du cinéma, les moyens de l’époque, c’est-à-dire sans gros moyens techniques mais avec une précision méticuleuse, qui ne laisse rien passer. Et côté stéréotypes sexistes et pouvoir masculin triomphaliste, elles ont de quoi faire.

Mais Pivot s’en sort lui particulièrement bien. De toute façon ce n’est pas lui qui est la cible directe du procès intenté à une misogynie galopante qui ne cherche même plus à se cacher ou à se trouver des excuses. La cible, déclarée dès le début du film, c’est l’invitée de Pivot : Françoise Giroud présente en tant que secrétaire d’Etat à la condition féminine. L’objectif est clair : démontrer qu’un tel poste est parfaitement inutile, qu’il ne sert strictement à rien (en dehors d’être un alibi et donner bonne conscience aux gouvernants). Et que celle qui l’occupe n’est en aucune façon au service de la cause des femmes. Sur le plateau de Pivot elle restera toujours souriante, ne prenant aucun risque. Il lui faut, dans la perception qu’elle a de son rôle, veiller à surtout ne heurter personne. Elle en restera donc aux formules convenues, aux généralités qui ne mangent pas de pain. Et pourtant, en tant que femme, elle aurait bien des raisons à être sinon scandalisée, du moins quelque peu choquée par les propos qu’elle entend.

Pivot en effet, en bon professionnel de télévision, c’est-à-dire en homme de spectacle, avait convoqué un plateau qui aurait pu devenir pour le moins électrique, surtout s’il avait invité les « Insoumuses » ou  autres représentantes des mouvements féministes  particulièrement actives depuis au moins mai 68 et les luttes pour la libéralisation de l’avortement. Mais Madame le ministre, comme dit Pivot (les Insoumuses insistent elles sur son titre de Secrétaire) n’est pas là pour polémiquer. Et les misogynes de service pourront se sentir conforter dans leurs convictions.

De qui s’agit-il ? Un choix assez diversifiés et représentatif des « personnalités publiques » habituées des plateaux télévisés, à savoir : José Arthur, journaliste radio; Marcel Julian, PDG d’Antenne 2; Pierre Belemarre, journaliste ;  Jacques Martin, animateur télé; Marc Féraud, couturier; Marc Linski, navigateur ; Alexandre Sanguinetti, président de la chambre des députés ; ou encore Christian Guy, chroniqueur gastronomique. Et l’on a très vite l’impression qu’ils se livrent à une sorte de compétition pour être celui qui se montrera le plus hautin et méprisant vis-à-vis des femmes, voire carrément insultant. Mais ce n’est pas Madame le ministre qui va se sentir offusquée. Elle ne prendra pas la défense des accusées. Visiblement, elle n’est pas concernée, laissant clairement entendre que la misogynie est quelque chose de naturel et que, de toute façon, les femmes aiment ça !

Alors ce sont les Insoumuses qui vont passer à l’attaque. Elles ne perdront pas de temps à relever les énormités assénées avec le sourire par les misogynes de service. Mais elles vont ponctuer les réponses (les absences de réponses en fait) de Françoise Giroud, de cartons moqueurs et perfides, reprenant les slogans des manifestations de rue des féministes (exemple : « Menu ONU, 1974 Faim, 1975 Femme, 1976 Fromage ou dessert ») ; et tout cela dans la joie, le rire et les chansons. Bref leur film contient tous les ingrédients du cinéma d’intervention mis en œuvre au centre audiovisuel Simone de Beauvoir, créé par Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig. Un cinéma qui utilise systématiquement la vidéo et qui renonce à courtiser les médias traditionnels et en particulier la télévision.

La dernier carton du film explicitera le sens de son titre et peut être considéré comme une synthèse de la perspective engagée du film :  » Aucune femme ministre ne peut représenter les autres femmes au sein d’un gouvernement patriarcal. Elles ne peuvent qu’INCARNER LA CONDITION FEMININE oscillant entre le désir de plaire (féminisation : Maso) et le désir d’accéder au pouvoir (masculinisation : Miso) ».

A lire : l’abécédaire de Carole Roussopoulos

G COMME GREVE

On a grèvé. Denis Gheerbrant. France, 2014, 70 minutes

            Denis Gheerbrant place sa caméra au milieu des drapeaux rouges de la CGT, sur un boulevard, à 20 minutes des Champs Elysées. Les femmes qui sont là, presque toutes d’origines immigrées, africaines ou maghrébines, sont en grève. Elles ont cessé leur travail de femmes de ménage dans un hôtel bon marché, Première Classe, appartenant à un groupe d’hôtels de luxe, Louvre Hôtels, le deuxième groupe hôtelier français. Un groupe dont le chiffre d’affaire et les bénéfices sont conséquents.

            Nous apprenons très vite dans le fil, par la voix du délégué CGT chargé d’organiser et de suivre la grève, que le conflit couve depuis de longs mois et que la grève a été déclenchée au moment le plus propice pour obtenir la victoire. Ces femmes qui pour beaucoup ne savent ni lire ni écrire sont donc déterminées à aller jusqu’au bout. Elles sont en fait employées par une entreprise de sous-traitance et sont payées à la tâche (et non à l’heure de travail), ce qui est illégal. Toutes se plaignent des cadences imposées, de la pénibilité du travail, du mal de dos inévitable, du salaire très bas.

            Gheerbrant filme ces longs jours de présence des grévistes sur le trottoir devant l’hôtel. Elles distribuent des tracts, font des déclarations au reporter de France Inter qui couvre l’événement, et surtout elles crient, ou plutôt chantent, des slogans, toujours en rythme. « So So Solidarité ». Elles ont un djembé, mais elles utilisent aussi tous les récipients en plastiques qui leur tombent sous la main et sur lesquels elles frappent avec ardeur. Jamais elles ne paraissent démobilisées, résignées, même lorsque la situation est bloquée, le patron refusant d’abord de négocier, ou faisant appel à des intérimaires pour faire les chambres, ou lorsque ses premières propositions sont bien en deçà des revendications des travailleuses. La grève, se fait toujours dans la bonne humeur, dans la joie presque. Et lorsqu’elles dansent sur le trottoir, c’est qu’il s’agit d’un mode d’expression qui fait partie d’elles-mêmes. En même temps, le chant et la danse manifeste la chaleur et la ferveur de leur engagement, une expérience dont elles se souviendront longtemps.

            Le film débute comme un reportage. Mais très vite, il prend une autre tournure. Gheerbrant s’entretient avec ces femmes qu’il côtoie pendant tous le mouvement. Il s’intéresse beaucoup plus à elles qu’au discours du délégué CGT, ou de la militante CNT. Il enregistre pourtant leurs explications et leurs interventions auprès des grévistes, comme le bref discours de la députée venue manifester son soutien. Mais c’est aux femmes qu’il donne vraiment la parole. Il les interroge sur leur vie, de façon très simple. Combien d’enfants ont-elles ? Que fait leur mari ? De quel pays sont-elles originaires ? Envoient-elles de l’argent à leur famille restée au pays ? Il interroge aussi à l’occasion les trois grands garçons de l’une d’elle. Visiblement il tisse des liens avec elles de plus en plus étroits. Au point qu’à la fin du film, au moment de la reprise du travail après la victoire, beaucoup lui feront un signe amical d’au revoir.

            Gheerbrant ne cherche pas à faire de son film une action militante. Il ne fait pas de sa caméra une arme dans la bataille. Son film n’est pas un film militant, malgré l’omniprésence des drapeaux rouges. C’est un film sur une expérience humaine, l’expérience de la grève, qui révèle la réalité du travail, les difficultés du travail, les espoirs des travailleuses. Dans une période marquée par le chômage, il est important que le cinéma s’intéresse aussi à ceux qui ont un emploi, et de montrer que les femmes en particulier ne sont pas des esclaves corvéables à merci. La dignité que manifestent ces femmes force le respect.

            Une grève qui finit bien. Des travailleuses qui reprennent le travail en ayant obtenu, au-delà d’une reconnaissance personnelle, des bénéfices matériels substantiels, ce n’est pas si courant. La lutte de ces femmes de ménage, le plus souvent oubliées et ignorées par la société, valait bien un film.

A COMME ABECEDAIRE – Agnès Varda

Agnès

         Son prénom, devenu le signe de l’intimité autobiographique.

Autobiographie

Elle fut une des premières – et des premiers – à faire le récit de sa vie, depuis sa naissance, dans un film. Les étapes d’une vie qui se retrouvent tout au long de son travail de cinéaste.

Black Panthers

         La défense des droits civiques aux États-Unis. Et pour la beauté de la couleur noir

Boni

Le pluriel de Bonus. Elle en réalisa plusieurs  pour les éditions  DVD de ses films.

Court

Film court plutôt que court-métrage. Un format qu’elle ne négligea jamais.

Cubains

         Un film en images fixes (photographiques).

Daguerre

L’inventeur de la photographie. Et une rue à Paris où se trouve sa maison.

Demoiselles

         Celles de Rochefort bien sûr, fêtées à l’occasion de leur 25° anniversaire.

Demy Jacques

         Son compagnon, à qui elle consacra plusieurs films.

Documenteur

         Jouer avec les mots, un de ses grands plaisirs.

Elsa

         Elsa Triolet racontée par Louis Aragon

Féminisme

Un de ses engagements.

Fiction

         Pas du tout l’opposé du documentaire. Non seulement elle navigua de l’un à l’autre mais elle mélangea souvent dans ses films les pratiques traditionnellement réputées spécifiques d’un seul des deux genres.

Glanage

         La définition qu’elle donne de son travail de documentariste.

Installation

         Devenue artiste plasticienne, elle fut invitée à la 50° Biennale de Venise.

JR

L’artiste devenu son ami et coréalisateur d’un de ses derniers films, où ils se mettent en scène, parallèlement.

Los Angelès

         Lors d’un séjour en Amérique, elle y réalisa plusieurs films.

Mur

Lorsqu’ils sont peints, ils deviennent des œuvres d’art. En Californie en particulier.

Oncle.

L’oncle américain, artiste peintre, vivant sur un bateau, avec ses amis hippies.  Le retrouver  fut une belle occasion de film.

Patate

         Elle rendit célèbres celles en forme de cœur.

Photographie.

Son premier métier, à Avignon avec Jean Vilar  Une pratique artistique à laquelle elle ne renonça jamais.

Tamaris.

Ciné-tamaris, la société, domiciliée rue Daguerre, de promotion, de production et de diffusion des œuvres d’Agnès et de Jacques Demy.

Veuve.

Elle filme à Noirmoutier celles dont la mer a pris le mari. Elle, c’est le sida qui a pris son compagnon.

Voyages

         Où elle rencontre beaucoup de cinéastes et d’artistes, ses amis.

V COMME VIOL

Sans frapper, Alexe Poukine, Belgique, 2019,

Un titre mystérieux, presque obscure, en tout cas polysémique. Un titre qui pose question donc. Qui fait se poser des questions.

Sans frapper, doit-on entendre « entrez sans frapper », sans s’annoncer, sans précaution, en toute liberté, comme si on était chez soi ?

Ou bien

Une intrusion, une effraction, un envahissement…

Ou bien

Sans violence

Le film d’Alexe Poukine repose sur une construction complexe. Plusieurs strates narratives qui se superposent, s’entremêlent aussi parfois, sans jamais se confondre pourtant, qui se répondent en écho. Un film polyphonique.

Un récit d’abord, qui se développe tout au long du film. Le récit d’un viol. Un récit écrit, sans fard, avec ses mots crus. Un récit précis, direct, écrit à la première personne, inévitablement  chargé d’émotions bien sûr , de violence aussi, plus ou moins ouverte, mais toujours présente.

Ce récit est dit, verbalisé, interprété par plusieurs femmes qui se succèdent dans la continuité du film. Certaines reviennent à l’image après un temps plus ou moins long, pour reprendre le fil du récit, ajouter des détails ou préciser les suites, les conséquences de l’événement initial.

Ces femmes sont-elles des actrices ? Reprennent-elles à leur compte le vécu qui nous est narré ? L’ont-elles elles-mêmes vécu ? Sont-elles des porte-paroles ? De qui ? Des femmes victimes de violence certainement. Des femmes qui ont souffert de la violence des hommes, d’un homme. Des femmes qui ont été détruites dans leur sexualité par un homme.

Ce récit est oralisé, raconté et non lu, par toutes ces femmes, d’un même ton, presque neutre, évitant tout pathos excessif, récité sans hésitation, du moins dès que le fil en est lancé. Mais il faut s’assure que le récit sera dit sans défaillir, ce qui est particulièrement difficile. Au début du film, dans la première prise de parole, celle qui va lancer le récit va s’y reprendre à deux fois, s’arrêter  au bout de trois mots, les reprendre après une respiration.

Qui pourrait rester insensible à un tel récit. Pas les femmes qui nous le présentent. Pourrait-elle en rester au simple rôle de comédiennes, ce qu’elles ne sont peut-être pas. Très vite elles vont intervenir dans le récit. S’impliquer par rapport à ce qu’il contient. Pas vraiment en le commentant. Plutôt en formulant les affects qu’il suscite.

Ce que nous dit le film c’est donc que toutes les femmes sont concernées par l’existence du viol, de la violence sexuelle, de toute forme de violence faite aux femmes. Et le cinéma est un outil non négligeable pour la dénoncer.

E COMME ENTRETIEN -Hybrid pulse. Francesca Gemelli et Alexandra Dols

Francesca Gemelli, présidente d’Hybrid Pulse et Alexandra Dols, membre fondatrice, productrice et réalisatrice.

Comment l’association Hybrid Pulse est-elle née et quelles ont été les grandes étapes de son développement jusqu’à aujourd’hui ?

Francesca Gemelli (présidente) :
L’association Hybrid Pulse est née d’une rencontre, celle entre Selma Zghidi et Alexandra Dols, en 2007. Etudiantes alors à Paris VIII, en master de création et réalisation audiovisuelles et cinéma, elles ont crée leurs propres moyens et outils pour développer leurs films, tout en ayant une structure administrative, nécessaire pour faire des demandes de subventions, de locations de matériels, etc…
Au-delà de l’aspect pragmatique, elles partagent des affinités politiques fortes, qui ont déterminé le sens de cette association.
Par la production cinématographique, nous voulons contribuer au renouvellement de l’imaginaire, à l’émancipation, aux luttes de libération.
La filmographie de nos membres s’égrène entre courts et longs métrages fictions, reportages et longs métrages documentaires détaillée plus loin.
La sortie nationale de « DERRIÈRE LES FRONTS : résistances et résilience en Palestine » (113’ – 2017) réalisé par Alexandra Dols a été une grande étape dans notre essor, visibilité et professionnalisation. Dans la continuité de ces productions, nous avons mis en place la distribution et l’édition DVD de nos films («MOUDJAHIDATE » et « DERRIERE LES FRONTS », et la coédition du livre de la psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne Dr. Samah Jabr « DERRIÈRE LES FRONTS » avec PMN Edition.
En parallèle, et lié à l’importance qu’on accorde à l’éducation populaire, nous mettons en place  depuis 2009 des actions en collège et lycées d’éducation à l’image : « Images et pouvoirs : détournement et décryptage des clichés sexistes/racistes/classistes », « Détection et détournement des clichés sexistes dans les images », « ateliers d’écriture et de réalisations audiovisuelles » en sont des exemples.

Quels sont ses objectifs et ses activités ?

Francesca Gemelli (présidente): Hybrid Pulse a pour but d’accompagner des femmes, dans l’écriture, la production et la réalisation d’œuvres audiovisuelles.

Alexandra Dols (réalisatrice): Et par delà les mots, il s’agit de rompre l’isolement des réalisatrices, de s’encourager, de se relire, de partager nos expériences, nos expertises, notre matériel et réseaux…C’est vital de se renforcer pour naviguer dans un milieu du cinéma encore sexiste, raciste et pleins de codes d’entre-soi.
Francesca Gemelli (présidente) : Ce cadre aide à renforcer leur légitimité, confiance en soi, et je pourrais dire que c’est une étape indispensable pour passer à la réalisation. Ayant la conviction qu’elles jouent un rôle tout à fait intéressant dans le panorama du documentaire aujourd’hui.

Quels sont les films que vous avez produits et les documentaristes que vous soutenez ?

Francesca Gemelli (présidente) : Hybrid pulse ne produit pas en tant que tel mais accompagne les productrices/réalisatrices.

Voici la filmographie depuis 2007 :
– (CM – Fiction) « SENS INTERDITS » (2007) réal : Selma Zghidi
– (LM – Documentaire) « MOUDJAHIDATE : des engagements de femmes pour l’Indépendance de l’Algérie » (2007-75′) réal : Alexandra Dols
– (CM – Documentaire) « QUI SEME LA HAGRA » (15’- 2014) – réal : Alexandra Dols. Sur la lutte des familles des victimes de violences policières en France
– (CM-Documentaire) « FEMMES EN PALESTINE vivre malgré le trauma, construire la résilience » (11min 2015) réal : Alexandra Dols
Entretien avec la psychiatre, psychothérapeute et écrivaine palestinienne le Dr. Samah. Jabr
– (LM – Documentaire) « DERRIÈRE LES FRONTS : résistances et résilience en Palestine » (113’ – 2017) réal : Alexandra Dols.
Un road-trip sur les routes de Palestine, en compagnie de la psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne Dr. Samah Jabr sur les conséquences psychologiques de la colonisation et sur les résistances et résilience des palestinien-nes.
Sortie nationale : novembre 2017
– (MM – Documentaire) « DES LE REVEIL » (20’-2018) réal : Hassiba Boudieb
Un premier film sélectionné au festival du réel en 2019.
– ( CM- Documentaire ) « CHAIR A CANON » (6’28’’-2018) réal : Franciella Paturot. Un film sur les tirailleurs sénégalais présenté dans le cadre de la table ronde sur l’exotisme colonial, lors du Festival « Invitation au voyage »

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Il y a une exception, nous sommes très contentes d’annoncer la production et sortie récente du documentaire « MINIMUM SYNDICAL » (26min – 2019) réal : Alexandra Dols. Un film de commande de la commission « Genres et Sexualités » de l’Union syndicale Solidaires sur des personnes syndiqué-es à Solidaires ; Trans et/ou PD, Gouines, Bi-es, gay, lesbienne… Elles nous parlent des discriminations et violences auxquelles elles font face au travail et des obstacles dans le syndicat et la société pour changer les mentalités. Ils et elles parlent aussi de leurs stratégies, leurs ripostes et des victoires de la commission Genres & Sexualités de l’Union syndicale Solidaires.
Par ailleurs, Nadia Zinai est en production/développement d’un film «Ijtihad – Musulmanes en mouvement» sur des femmes musulmanes qui développent une lecture féministe du coran, une enquête à travers la France, le Maroc, l’Egypte, la Malaisie et les USA.

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Collectif Musidora : Recueil d’analyses de femmes dans différents métiers du cinéma (1979).

 

Les réalisatrices sont nombreuses dans le domaine du documentaire, peut-être plus que les réalisateurs et sans doute aussi plus que dans le domaine de la fiction. Comment expliquez-vous cette situation ?

Alexandra Dols (membre fondatrice) :
Pour de bonnes et de mauvaises raisons ! Commençons par les mauvaises : la fiction demande a priori de plus gros budgets ! Beaucoup de femmes, en tant qu’auteures-réalisatrices déploient, seule, des trésors d’heures bénévoles, s’équipent sur leur fond propre et commencent à tourner, comme c’est le cas pour des documentaires. La fiction demande d’emblée une équipe plus importante et donc un budget conséquent pour déployer le projet. Il faut dire aussi que les modèles d’identification à des réalisatrices sont moins courant que ceux pour des hommes. Certes, c’est en train d’évoluer mais trop doucement.
Récemment j’ai regardé deux documentaires sur Arte, qui évoquaient le cinéma : l’un sur l’influence qu’a eu Hitchcock sur les générations suivantes de cinéastes, l’autre sur le « Dune » de Jodorowski qui n’a jamais vu le jour. Et bien, pas une femme réalisatrice/technicienne/artiste n’apparaît ! (à part
Amanda Lear dans le Dune comme potentielle actrice). Une non-mixité totale d’hommes cisgenre … (c’est-à-dire l’inverse de transexuels) impensée, et  potentiellement inconsciente.
Le 8 mars ne doit pas être une bougie plantée sur un gâteau. La re-répartition égalitaire des ressources et décisions entre les hommes et les femmes, doit être totale et continue, à l’année. De nos conditions de production découlent les possibles représentations… qu’on est prête d’ailleurs à révolutionner !
Les bonnes raisons qui nous font découvrir beaucoup de réalisatrices de documentaires, sont à chercher je pense dans la volonté des femmes – et d’une manière générale des personnes qui vivent des oppressions sociales – de chercher les contre-narrations. D’ouvrir les mondes cachés ou plutôt écrasés par les récits des vainqueurs ou de celles et ceux que le statut quo contente voir salarie. Je ne pense pas que par essence le documentaire ou la fiction soient moins ou plus « politique » ou plus ou moins « honorable » par contre on est à une époque d’affrontement où l’on a besoin de faire et voir des films qui font éclater les rapports de dominations pour répondre à nos réalités et besoins  d’imaginer nos victoires. Au lieu uniquement de nous divertir.

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Les documentaires réalisés par des femmes ont-ils pour vous des caractéristiques spécifiques dominantes ?

Alexandra Dols : (membre)
Il y a celles dont parlent les Guérillas Girls !  Mais sinon, je ne pense pas. Je ne pense pas qu’il y ait une douceur ou sensibilité féminine dans les choix de cadre ou de réalisation…par contre clairement des réalisatrices ont dynamité dans les 90’s, les rôles traditionnelles des femmes dans les films : les soeurs Wachowski (Matrix, Sense 8), Jamie Babbit (But I am a chearleader), Jane Campion, Marina de Van, Virginie Despentes… et récemment Marie Monique Robin, Mai Masri, etc… des hommes l’ont aussi fait Ken Loach (l’ensemble de sa filmographie), Percy Adlon (Bagdad Café)…
Mon intuition à confirmer par une étude, est qu’aucune réalisatrice n’a pu filmer un viol de manière complaisante, ou pour être encore plus clair de manière « bandante »… qu’il en devienne érotique.
Ce serait intéressant de faire une analyse sur les représentations de viols au cinéma ; chaque lecteur/trice qui lit cet article a de manière consciente ou moins des représentations filmiques de scène de viol en tête. Combien sont celles dans lesquelles les femmes sont capables de se défendre et d’empêcher le viol ? Combien de scènes, de film dans lesquels elles finissent par terminer leur agresseur ? Le cinéma dont je parle c’est-à-dire occidental a une grande responsabilité dans la culture du viol. Je pense que ce thème est un point saillant pour parler des différences possibles entre les réalisateurs et les réalisatrices.

Quels sont vos projets à courts et moyens termes ?

Francesca Gemelli (présidente) :
Continuer de se structurer, impulser des formats en cohérence avec le besoin des réalisatrices.
Alexandra Dols (membre) :
Continuer de s’organiser, se renforcer… s’entre-aider !
Il y a le projet de Nadia Zinaï, le suivi de la distribution de Minimum Syndical et celle internationale de DERRIÈRE LES FRONTS : sortie en Italie, tournée aux USA avec le US Palestine Mental Health network, nous allons également le proposer aux télévisions. Nous allons également continuer la circulation des DVD que nous avons édités (Moudjahidate, Derrière les fronts) récemment soutenus par le CNC.
Et à titre personnel, je commence l’écriture d’un nouveau long métrage de fiction cette fois-ci!

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DERRIÈRE LES FRONTS : résistances et résilience en Palestine