La rencontre (comme un tango). Corinne Espagno, France, 2024, 55 minutes.
Une femme à multiples facettes. Un portrait qu’on peut dire polyphonique.
Le tango d’abord, une passion. Danser encore et encore, parcourir le pays et même au-delà des frontières pour participer à des festivals de tango. Rien que par cela. La vie de Nathalie serait bien remplie. Mais ce n’est pas tout.
Nathalie est aussi sculptrice. Dans son atelier au milieu des statues qu’elle a réalisées, elle travaille de longs fils de fer qu’elle tisse pour en faire de grands oiseaux qui planent dans l’espace. Des réalisations artistiques d’une grande beauté.
Tout cela serait déjà assez exceptionnel, mais il faut ajouter un autre point, Nathalie est malvoyante, elle ne perçoit plus que des ombres. Mais cela ne semble nullement perturber sa vie et son travail. Quand elle danse, quand elle sculpte, on ne s’aperçoit aucunement ce qui pourrait être un handicap. Comment fait-elle ?
Le film ne donne pas de réponse explicite. Mais en suivant Nathalie, danser le tango ou réaliser ses sculptures on voit concrètement que sa vie, ses déplacements, ses activités ne sont nullement entravées par son problème de vision. Une grande leçon de vie.
On dit souvent qu’un portrait cinématographique ne peut être réussi que s’il existe une véritable sympathie entre celui ou celle qui filme et celui ou celle qui est filmée. Ici, la relation entre la cinéaste et Nathalie est exemplaire. Une relation toute simple, qui semble aller de soi. La cinéaste intervient par moments d’une façon toujours discrète, sans jamais prendre le dessus sur l’autre. Visiblement, elle la comprend, elle l’admire sans doute car elle met magnifiquement en lumière sa personnalité et sa vie exceptionnelle.
Mais il y a un autre aspect qui contribue au succès de ce portrait qu’est La Rencontre. C’est la rigueur de sa construction. Aucune des trois facettes, le tango, la sculpture, la cécité, n’est mise en avant au détriment des autres. On passe de l’une à l’autre avec une grande fluidité. Au fond, on a affaire à une personnalité une. Mais elle est complexe. Ce qui en l’occurrence n’est nullement contradictoire.
En 10 ans, Corinne Espagno a réalisé deux films. Avant la Rencontre, Mise à nu, en 2014. On attend le prochain avec impatience. Façon de dire qu’on espère ne pas avoir à attendre dix nouvelles années.
Fipadoc, Biarritz 2026.
