A COMME ABECEDAIRE – Rina Sherman.

Née en Afrique du Sud, elle est exilée en France depuis 1984 où elle est naturalisée en 1989.

Musicienne, actrice, écrivaine, cinéaste et anthropologue. Elle a soutenu une thèse sous la direction de Jean Rouch dont elle était l’amie.

Une œuvre foisonnante.

Accord de paix

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Angola

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

Tchitundu-Hulu Rock Art – Art rupestre de Namibie, Angola

Que la danse continue

Art

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Banlieue

MM. les locataires – Un film sur l’homme dans la ville

Cinéma

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Paris de mes exils

Cinéma direct

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Collège de France

Michel Zink, la profondeur du temps

Colonialisme

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Corse

C’était Palleca

Danse

Urugangazi & Akayazwe – Danses et Percussions – Burundi et Rwanda

Que la danse continue

Ethnologie

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

Que la danse continue

Diplomatie

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Divorce

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Drancy

Bernard Esambert, une vie presque normale

Economie

Bernard Esambert, une vie presque normale

Engagement

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Enseignement

Michel Zink, la profondeur du temps

Exil

Paris de mes exils

Famille

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Femme

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Francophonie

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Guerre

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Histoire

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Justice

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Langue

C’était Palleca

Littérature

Michel Zink, la profondeur du temps

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Mémoire

C’était Palleca

Que la danse continue

Mode

Bantu Education

Musique

Urugangazi & Akayazwe – Danses et Percussions – Burundi et Rwanda

Que la danse continue

Namibie

Essuyer les larmes – Mes sept années avec les Ovahimba

Namibie

Paris

Bantu Education

Paris de mes exils

Peinture

Tchitundu-Hulu Rock Art – Art rupestre de Namibie, Angola

Percussions

Urugangazi & Akayazwe – Danses et Percussions – Burundi et Rwanda

Philosophie

François Roustang – Il se fait tard

Photographie

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Préhistoire

Tchitundu-Hulu Rock Art – Art rupestre de Namibie, Angola

Poésie

Michel Zink, la profondeur du temps

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

Paris de mes exils

Politique

Bernard Esambert, une vie presque normale

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

 Polytechnique

Bernard Esambert, une vie presque normale

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Portrait

Bernard Esambert, une vie presque normale

Michel Zink, la profondeur du temps

Alain Gheerbrant, le langage dénudé

Henri Froment-Meurice, une vie de diplomate

Ruy Duarte de Carvalho, une vie en Angola

François Roustang – Il se fait tard

Maïa Wodzislawska Paulin – Une vie de rencontres

Jean Tabet – Une lueur d’espoir

Bantu Education

Psychologie

François Roustang – Il se fait tard

Québec

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Technologie

Michel Brault – Le Cinéma, c’est ce qu’on veut

Urbanisme

MM. les locataires – Un film sur l’homme dans la ville

Vietnam

Les Accords de Paris – Quarante ans plus tard

Ville

Paris de mes exils

MM. les locataires – Un film sur l’homme dans la ville

Vêtement

Bantu Education

Voyage

Namibie

A COMME ABECEDAIRE – Lucas Vernier

Artiste

Behind the Yellow Door

L’Harmonie du hasard

Bande dessinée

L’Harmonie du hasard

Cambodge

Cambodge 80 Projection

Création

L’Harmonie du hasard

Famille

Ahlan wa sahlan

Génocide

Cambodge 80 Projection

Guerre

Ahlan wa sahlan

Cambodge 80 Projection

Histoire

Cambodge 80 Projection

Image

Cambodge 80 Projection

Khmers rouges

Cambodge 80 Projection

Photographie

Behind the Yellow Door

Portrait

Ahlan wa sahlan

L’Harmonie du hasard

Réfugiés

Cambodge 80 Projection

Répression

Ahlan wa sahlan

Révolution

Ahlan wa sahlan

Syrie

Ahlan wa sahlan

D COMME DANSE – Enfants

Petites danseuses. Anne-Claire Dolivet, 202o, 91 minutes.

Elles ont entre 6 et 12 ans. Elles partagent la passion de la danse. Une passion et un rêve : devenir danseuse professionnelle, pourquoi pas à l’Opéra de Paris. Même si elles savent d’emblée que toures ne seront pas élues. En attendant, il leur faut faire des efforts continus, persévérer et s’améliorer sans cesse, être la meilleur dans les concours. Et souffrir, souffrir, pour plier leur corps juvénile aux exigences des mouvements de plus en plus difficiles à exécuter. Et satisfaire les exigences de plus en plus grandes de leur professeure. Et de leurs parents. Un monde de l’enfance qui doit se plier aux dictats des adultes.

D’un côté donc des enfants, avec leurs comportements d’enfant, leurs rires et leurs pleurs d’enfant. Un groupe où s’affirment l’amitié et la solidarité face aux difficultés et surtout face aux échecs. Ce sont bien des enfants, lorsqu’elles partagent l’insouciance des jeux Mais ce sont aussi presque des adultes, dans leur détermination à surmonter tous les obstacles. Et ils sont nombreux.

De l’autre les adultes. Les parents, surtout les mères. Et la professeure.

Une professeure d’une école privée fonctionnant sur le modèle de l’entraineur sportif. Sans hésitations dans ses exigences. Elle pousse toujours ses danseuses dans leur dernière limite, toujours au bord de la rupture, de l’accident, de la blessure. Ou de la crise de désespoir de ne pas y arriver. De se sentir incapable de progresser encore. Et pourtant, malgré ce ton toujours à la limite du cri, elle les aime ses danseuses. Une affection qui n’est pas toujours visible mais que l’on sent bien réelle dans plusieurs séquences où elle tombe pour un instant son masque autoritaire. Même sa vois se fait plus douce.

Et les parents ? Leur amour non plus ne fait pas de doute. Mais ne sont-ils pas entrés dans un engrenage qui les pouce à ne jamais faiblir, à ne pas douter. Et lorsque l’enfant souffre trop, il reste indispensable de cacher ses pleurs.

Le film fonctionne systématiquement à la séduction. Essentiellement en filmant au plus près ces fillettes avec des gros plans sur ces visages qui doivent toujours sourire. Mais aussi sur les jambes, dans les exercices et les répétitions. En plus, le fil narratif ne recule pas devant pas mal de dramatisation. Lors de la blessure d’Ida, bien sûr. Mais aussi lors du concours final, même si le triomphe de la petite n’a jamais fait de doute.

Séduire, n’est-ce pas une des composantes de l’art de la danse ?

Le film alors est bien en phase avec son objet.

A COMME ABECEDAIRE – Sebastiano d’Ayala Valva

Récompensé d’une étoile de la Scam 2021 pour Le Premier Mouvement de l’Immobile

Artiste

Le Premier Mouvement de l’immobile

Taulé, la nuit s’efface

Basket

Adapté(s)

Création

Le Premier Mouvement de l’immobile

Différence

Adapté(s)

Equateur

Angel

Famille

Farewell to the Father

Handicap

Adapté(s)

Homophobie

Angel

Les travestis pleurent aussi

Homosexualité

Angel

Immigration

Angel

Les travestis pleurent aussi

LGBT+

Les travestis pleurent aussi

Marginalité

Les travestis pleurent aussi

Mort

Farewell to the Father

Musique

Le Premier Mouvement de l’immobile

Père

Farewell to the Father

Peinture

Taulé, la nuit s’efface

Photographie

Taulé, la nuit s’efface

Portrait

Taulé, la nuit s’efface

Angel

Prostitution

Angel

Les travestis pleurent aussi

 Scelsi Giacinto

Le Premier Mouvement de l’immobile

Son

Le Premier Mouvement de l’immobile

Sport

Adapté(s)

Taulé Antoni

Taulé, la nuit s’efface

Travestis

Angel

Les travestis pleurent aussi

B COMME BAUSCH Pina

Pina. Wim Wenders. Allemagne, 2010, 103 minutes.

         N’utiliser que son prénom dans le titre du film qu’il consacre à la chorégraphe allemande Pina Bausch montre les deux orientations majeures du travail du cinéaste ; l’hommage affectueux à une amie disparue et l’insistance sur sa notoriété. Pour Wenders, il n’y a pas de doute. Pina Bausch est une grande chorégraphe, la plus grande peut-être, un génie créatif qui a profondément modifié les bases mêmes de son art et influencé durablement toute la danse contemporaine.

         Le film de Wenders a pour première originalité de ne pas limiter la présentation des créations de Pina Bausch à une captation des spectacles sur scène, ni même à un filmage des moments de répétition (ce que fait de son côté Frédéric Wiseman à propos de l’opéra de Paris), mais de faire sortir la danse du théâtre, de la faire descendre dans la rue, en l’occurrence dans la ville de Wuppertal et ses environs, ville où Pina Bausch passa la majeure partie de sa vie et où elle fonda sa compagnie, le Tanstheater Wuppertal.

         Pina Bausch elle-même est peu présente dans le film de Wenders. Pas d’entretien, d’interviews, de déclarations personnelles ou dans les médias. Elle n’apparaît que dans de courts extraits, en noir et blanc pour les plus anciens, de petits films en 8 mm projetés dans une des salles du théâtre. La dernière séquence présentée est particulièrement émouvante, malgré sa brièveté. Pina danse et peu à peu elle se dirige vers le bord gauche du cadre où elle disparaît en faisant au revoir avec les bras. Une de ses phrases s’inscrit alors sur l’écran : « Dansez, dansez sinon nous sommes perdus ».

         Si la chorégraphe n’est pas physiquement le personnage le plus présent à l’image, sa dance occupe entièrement le film et ses danseurs, les membres de sa troupe, interviennent régulièrement pour parler d’elle. Ils sont filmés en plan fixe, face à la caméra et c’est en off, d’une voix intérieure, qu’ils nous parlent. Ils ne font pas une analyse théorique de la conception de la danse de Pina. Ils parlent de leur relation avec elle, de la façon qu’elle avait, tout à fait originale, de les mettre en confiance, de les aider à vaincre leur timidité (un mot que plusieurs prononcent), par une phrase, un geste, sans jamais donner de leçon. Ces interventions, dans leur sincérité extrême, nous disent plus sur le travail de Pina que n’importe quel discours de spécialiste.

         Comment le cinéaste peut-il faire du spectacle de la danse une œuvre cinématographique ? Wenders utilise les méthodes courantes dans les captations modernes de spectacles vivants. Il filme les danseurs non comme s’ils étaient vus depuis la salle (la fameuse position de l’homme du troisième rang de l’orchestre), mais sur la scène même, à leur côté, alternant gros plans sur les visages ou des parties du corps et les plans plus larges pour filmer des groupes. Les changements d’angle de prise de vue, l’utilisation de légères plongées par exemple, ou des plans à raz du sol (à la Ozu) donnent un dynamisme au film en harmonie étroite avec la danse. Quant aux mouvements de caméra, plutôt lents d’ailleurs, ils amplifient la dramatisation de l’action. Mais Wenders va plus loin. Il met en place des dispositifs proprement cinématographiques. Le plus évident concerne un passage de Kontahthof où un danseur, armé d’un polaroïd sur trépied fait des portraits des couples enlacés présents sur scène. Wenders fige l’image au moment même du déclenchement du flash. L’image bleutée obtenue n’est pas celle prise par le danseur puisqu’il apparaît en amorce dans le cadre. Il s’agit alors d’une ponctuation cinématographique introduisant la séquence suivante à savoir, l’exécution d’une pièce dansée par un des danseurs photographiés – ou les deux – filmée à l’intérieur du théâtre ou à l’extérieur. Comme le filmage des danseurs permettant d’écouter leur voie intérieure en se focalisant sur l’expression de leur visage, ce montage nous fait entrer directement en contact avec leur travail et leur personnalité de danseur. D’ailleurs, l’alternance fréquente, à propos de la même séquence dansée entre le filmage de la scène au théâtre et dans un décor naturel va bien dans ce sens d’inclure la danse dans la vie, la vie quotidienne dans la ville avec sa circulation, ses voitures et son train suspendu qui rappelle Alice dans les villes. Autre effet cinématographique, à propos de Kontahthof toujours. On sait que Pina Bausch a réalisé deux versions de cette pièce, l’une avec des danseurs jeunes, l’autre avec des danseurs âgés de plus de 65 ans. Wenders aurait pu mêler de façon systématique les deux versions, ce qui aurait été une solution de facilité. Il a choisi d’inclure des plans de la deuxième version dans la première de façon plus subtile. Nous sommes avec les danseurs jeunes. Ils s’avancent en ligne sur le devant de la scène (comme font les comédiens pour venir saluer le public). Ils se retournent, dos au public, puis lui font à nouveau face. Mais dans le mouvement des danseurs, Wenders a opéré une coupe invisible et ce sont alors les danseurs âgés qui sont présents à l’image.

         La danse de Pina Bausch, le cinéma de Wim Wenders, qui inspire l’autre ? Qui s’inspire de l’autre ? A l’évidence, la fusion est réussie. Wenders fait un film chorégraphique. Les danseurs du Tanstheater Wuppertal deviennent les personnages d’une saga filmique en hommage à l’œuvre de la chorégraphe. Et l’utilisation de la 3D, pleinement justifiée ici, nous permet de vivre pleinement la danse toujours vivante de Pina Bausch.

C COMME CREATION

Boca Ciega. Itziar Leemans, Espagne, 2020, 65 minutes.

Le portrait d’un artiste. Un peintre, Thomas Henriot. Un peintre français qui vit à Cuba. En fait il évoque ses voyages pratiquement dans le monde entier, et on le retrouvera à Paris. Mais c’est à Cuba que la réalisatrice le filme dans son activité artistique. Et dans sa vie quotidienne.

Le portrait d’un peintre dans l’exercice de son art. Il s’agit donc d’une exploration de l’activité artistique, de l’acte créatif, patient, minutieux, étiré dans le temps. Pas du tout le jaillissement de la forme sur le tableau. Il n’y a pas d’instantanéité dans cette création-là. Pas d’inspiration fulgurante qui tomberait du ciel – ou dont ne sait d’où. Mais un travail régulier, soutenu, par petits traits sur le papier, par petites touches de couleurs. Le fruit d’une concentration extrême. Et d’une observation minutieuse. Dans un parc par exemple, sous le regard étonné et presque moqueur des jeunes hommes qui fréquentent le lieu. Un lieu que le peintre affectionne particulièrement. Un lieu de rencontres. Et il évoque cette rencontre, faite là, qui a changé toute sa vie.

Le film de est bien en partie un regard sur Cuba, sur quelques-uns de ses habitants. Mais il y a relativement peu de plan de paysages, en dehors de la mer. Et la ville reste un arrière-plan un peu flou. La galerie d’exposition – à Paris  –  sera plus filmée, surtout les organisateurs et les visiteurs du lieu.

De même pour l’homosexualité. L’incipit du film nous montre bien la relation, le contact, de deux corps masculins sur une plage. Mais dans la majorité du film, Antoin est absent de La Havane. Les retrouvailles à Paris du couple sera pourtant filmée avec beaucoup d’émotion.

Reste l’art. La cinéaste nous propose quelques vues plein écran des œuvres du peintre. Mais c’est surtout le travail créatif qui l’intéresse. D’où les gros plans sur la plume qui trace des traits et sur les flacons d’encre et de couleurs. Et ceux sur le visage du peintre, qui essaient de capter son regard, et la flamme créatrice dans ses yeux. Mais le plus souvent ils se dérobent presque à l’inquisition de la caméra. Celle-ci alors sait rester discrète. Elle n’est insistante que sur les dessins en train de prendre forme. Art plastique et cinéma font alors parfaitement cause commune. Nous proposer un plaisir esthétique intense.

Festival International de Films de Femmes, 2021.

B COMME BANKSY – Énigme.

Banksy wanted. Aurelia Rouvier et Seamus Haley, 2020, 82 minutes.

Banksy, l’énigme Banksy. L’artiste contemporain le plus célèbre et le plus mal connu0 Totalement inconnu même. Car il a depuis des années et des années si bien préserver son anonymat que personne ne peut dire aujourd’hui le connaître. Sauf bien ceux qui sont de mèche avec lui. Ou qui font partie du collectif Banksy. A supposé du moins que Banksy soit un collectif. De toute façon toutes les hypothèses sont permises. Et personne ne s’en prive.

Les auteurs de ce film qui fait le point sur la carrière de Banksy et sur les tentatives de découverte de son identité – tentatives nombreuses, toutes plausibles, mais toujours démenties – n’en reprennent aucune à leur compte. Leur propos a une dimension plus historique, même s’il prend la forme, surtout dans sa deuxième partie, d’une enquête quasi policière en suivant les traces de ceux qui ont cru, au terme d’efforts soutenus, démasquer Banksy et mettre un nom sur la silhouette vêtue de noir qui met les pieds dans le plat de l’art contemporain.

L’incipit du film nous plonge directement dans le mystère et les interrogations. A-t-on affaire à une supercherie, un coup monté ou plutôt un coup de génie. un coup d’éclat de toute façon, qui sera relaté par tous les médias du monde – et pas seulement ceux dédiés au petit monde de l’art contemporain. Nous sommes chez Sotheby, la célèbre maison de vente aux enchères londonienne. Une salle bondée de gens riches et d’amateurs d’art. Le clou de la vente c’est un tableau de Banksy, La Petite fille au ballon, qui sera adjugé pour quelques 970 000 dollars. Mais, chose proprement inimaginable, dès le coup de marteau concluant la vente, le tableau s’auto-détruit, du moins en partie. Une mise ne scène particulièrement réussie.

La suite du film a le mérite de nous montrer un grand nombre d’œuvres signées Banksy. En les resituant toujours dans leur contexte. Et en insistant sur la signification sociale et politique que le choix de tel ou tel pan de mur pour recevoir les fameux pochoirs peut avoir. Les intervenants – critiques d’art, marchants ou collectionneurs surtout – insistent tous sur la portée des interventions de Banksy. Soutien aux Palestiniens en dénonçant le mur de séparation avec Israël ; dénonciation de la pollution dans les quartiers pauvres de l’Angleterre ; et ainsi de suite, jusqu’au pied de nez adressé à ceux qui ne voit dans l’art qu’un moyen de gagner de l’argent. Et Banksy serait plus connu que Picasso ou Warhol. Dans le monde entier – comme le montrent les nombreux extraits de journaux télévisés relayant chacune de ses apparitions. Un artiste qui a su toucher un très large public, le grand public – qui accourt pour voir les œuvres dont Banksy parsème les murs de New York – une par jour, sans que la police lancée à ses trousses par le maire de la ville réussisse ne serait-ce que l’apercevoir.

Malgré ceux qui, au terme d’enquêtes longues et minutieuses ont cru découvrir la véritable identité de Banksy – le chanteur de Massive Attack, Robert Del Naja par exemple – le mystère Banksy reste entier. Et c’est sans doute mieux comme cela. De toute façon, comme le film le dit en conclusion, si quelqu’un affirmait un jour être Banksy, personne ne le croirait.

FIPADOC 2021

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE François Lévy-Kuentz

François Lévy-Kuentz, né en 1960 à Paris, est un auteur-réalisateur français.

Il étudie le cinéma à la Sorbonne Nouvelle puis débute comme assistant de réalisation sur des films documentaires et de fiction. Il signe son premier

Film sur l’art en 1989 avec « Man Ray, 2bis rue Férou » puis  travaille trois ans pour le magazine Ramdam, réalisant une cinquantaine de portraits de peintres, plasticiens ou écrivains.

Il collabore à divers émissions culturelles : Le Cercle de Minuit, L’atelier 256, Rapptout, Archimède. En 1994, il conçoit et réalise Aux Arts et cætera, émission hebdo consacrée aux arts plastiques diffusée sur Paris Première.

Il réalise pour Arte plusieurs portraits de cinéastes (Jean Painlevé, Rainer W. Fassbinder ou Luis Bunuel…)

Depuis plus de 20 ans, François Lévy-Kuentz consacre essentiellement son travail de documentariste au film sur l’art et réalise de grandes monographies sur des artistes tels que Pascin, Marc Chagall, Man Ray, Yves Klein, Salvador Dali, Piet Mondrian, Alexander Calder, ainsi que des films sur des mouvements picturaux. (Le Scandale Impressionniste, Quand l’art prend le pouvoir, La face cachée de l’art américain). Ces documentaires ont  été primées dans de nombreux festivals internationaux et ont été présentes dans les Cinémathèques de Bruxelles, Mexico, Sao Paulo et Jérusalem.  

Filmographie sélective :

Un été à la Garoupe

Mélisande/ France Télévisions

Festival de Pessac (2020-Compétition officielle)

FIPADOC 2020 (Panorama)

Cocteau/Al Brown, le poète et le boxeur (2018)

Films de l’instant/ France Télévisions

La face cachée de l’art américain (2017)

Cineteve / France 3

Etoile de la SCAM 2020

Sélectionné au 20e rendez-vous de l’Histoire de Blois (2017)

Sélectionné au festival international de Pessac (2017)

Sélectionné au History Film Festival (Croatie) 2108

Télémaque, l’affranchi (2017)

Festival MIFAC

CFRT/France Télévision

Editions Doriane Films

Les enfants de la nuit (2015)

The Factory / Arte

Sélectionné au FIPA 2015 (Compétition officielle)

Dans l’œil de Luis Bunuel (2013)

Kuiv / Arte

Sélectionné au FIFA 2014

Festival Arte 2013

Festival de Tallin 2015 

Salvador Dali, génie tragi-comique  (2012)

INA/ France 5

FILAF d’argent (Perpignan 2013)

Sélectionné au FIFA (Montréal 2013)

Sélectionné au FIPA (2013)

Sélectionné au Festival de Naples 2013

Présenté à la FIAC 2013

DVD / INA EDITIONS

Dans l’atelier de Mondrian (2011)

Cinétévé / Arte / France 5

Sélectionné au FIFA 2011

Sélectionné au Festival de Lisbonne 2011

Sélectionné à ARTECINEMA (Naples 2012)

Sélectionné à Art Doc Festival (Rome 2013)

DVD/ ARTE EDITIONS

Le Scandale Impressionniste (2010)

Arte/ Musée d’Orsay

Sélectionné au FIFA 2011. Nominé au Lauriers audiovisuel de Paris (2011)

DVD/ ARTE EDITIONS

Calder sculpteur de l’air (2009)

Zadig/ France 5

Grand Prix du Festival International de Murcie 2009

FIFA Montréal 2009

Prix du meilleur Portrait au Festival Int. du film d’art d’Assolo 2009

Mention spéciale au festival de Lisbonne 2009

Sélectionné au Festival de New-York, Naples, Reus, Toronto, FIPA

DVD/ FRANCE TELEVISION EDITIONS

Quand l’art prend le pouvoir (2008)

Les Poissons Volants/ Arte 

Etoile de la SCAM 2009

FIPA 2009 (Situation de la création française)

Artecinema (Naples)

DVD/ RMN EDITIONS

Yves Klein, la révolution bleue (2006)

MK2/ France 5

Prix du meilleur portrait au XXVe FIFA Montréal (2006)

Grand Prix du Festival de Milan 2007

Etoile de la SCAM 2008

FIPA 2007 (Situation de la création Française)

ARTECINEMA (Naples 2007)

DVD/ RMN EDITIONS

Jean Painlevé, fantaisie pour biologie marine

ARTE / France 5  (2005)

Crescendo/ Les Documents Cinématographiques

Ouverture du Festival Paris/ Science 2006

Chagall, à la Russie aux ânes et aux autres (2003)

INA /France 3/ France 5

Award du film d’archives FIAT/GLS 2004,

XXIIe FIFA (Montréal)

Grand Prix au Festival International d’Art de l’Unesco 2004.

FIPA 2004 (Situation de la création française)

DVD/ FRANCE TELEVISIONS EDITIONS

Artecinéma Naples  (2015)

Pascin l’impudique (2000)

Lapsus /L’envol

XIXe FIFA (Montréal)

FIPA 2001 (Situation de la création française)

DVD/ RMN EDITIONS

Man Ray, 2bis rue Férou (1989)

ARTE/F.L.K

Editions Dilecta (2010)

Artecinema  Naples 2015

P COMME PICASSO – et ses amis

Un été à la Garoupe. François Lévy-Kuentz, 2020, 52 minutes.

Picasso en vacances. Avec Eluard, Man Ray, Roland Penrose et bien sûr des femmes. Nusch Eluard, Lee Miller, Ady Fidelin, jeune danseuse guadeloupéenne venue avec Man Ray, et Dora Maar, la compagne du moment de Pablo. Nous sommes à Mougins près d’Antibes, en 1937. Un été de soleil et de mer. Un été de plaisir, d’amitié et d’amour. Dans l’insouciance que donne la création et l’art.

Man Ray ne se sépare pas de sa caméra. D’ailleurs il s’est procuré une toute nouvelle pellicule couleur qu’il compte bien expérimenter. Alors il filme. Le village, ses amis et surtout les femmes. Ces femmes jeunes et belles, pleines de vie et d’enthousiasme. Des femmes libres, au point de ne pas refuser d’être filmées nues. Des artistes tout aussi créatives que leurs compagnons.

Le film de François Lévy-Kuentz utilise les images de Man Ray qui jalonnent donc le déroulement du récit de cet été qui résonne aujourd’hui comme bien autre chose qu’un simple temps de vacances. Nous ne pouvons qu’y être sensibles à cette atmosphère de liberté sans laquelle il n’y aurait pas de création artistique. Une liberté de pensée, mais aussi une liberté de mœurs, surtout dans les relations amoureuses.

Un été à la Garoupe est une réussite exceptionnelle. Il nous fait vivre véritablement aux côtés de ces géants de l’art du XX° siècle. Il nous fait partager la simplicité de ces moments de vacances entre amis. Mais il nous fait surtout toucher du doigt – et des yeux – leur puissance créative, leur amour de la peinture, de la poésie, de la photographie, du cinéma. Car c’est bien le même esprit – que l’on qualifie peut-être trop facilement de surréaliste – que l’on retrouve dans toutes ces formes d’art.

Un été inoubliable.

Man Ray and Ady Fidelin Man Ray and Ady Fidelin Mougins France 1937

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Mille fois recommencer de Daniela de Felice.

 La naissance du film.

Au départ, il y a un attachement au lieu et à sa culture. Une partie de ma famille habite à Carrara et depuis ma plus jeune enfance, ces paysages sont un peu les miens. Avec leur âpreté, leur histoire et leur beauté. En septembre 1990, à 13 ans, j’ai commencé des études dans un lycée artistique en Italie. J’ai passé quatre années à étudier les grands peintres et sculpteurs, quatre années plongée dans les livres d’anatomie artistique et de perspective, des centaines d’heures à dessiner d’après modèle. À 17 ans, j’ai obtenu mon bac «Histoire de l’art et Création » et je suis partie à l’étranger étudier le cinéma. Ces quatre années de mon adolescence ont été fondamentales dans ma vie. La liberté créatrice et l’atmosphère de l’Accademia continuent à m’accompagner depuis vingt ans. J’y ai appris la rigueur du geste et une sorte de discipline de sportif de haut niveau, à travers le dessin, le modelage, la connaissance de l’histoire de l’art… Il s’agissait d’une formation certes très traditionnelle mais aussi très concrète, avec une attention et un plaisir pour la technique. Cela m’est encore très utile aujourd’hui dans ma pratique du cinéma documentaire. L’aventure de Mille fois recommencer s’est inscrite dans un moment précis de ma vie. Mes filles s’interrogeaient sur leur orientation professionnelle, dans les affres de parcours sup. Elles avaient le désir d’une vie de création, entourées de camarades persuadés que ce n’était pas un vrai métier. Ainsi, j’ai eu envie de filmer le pari de la création chez de jeunes artistes en devenir et j’ai décidé de dédier ce film à Anouk et Costanza. Les personnages du film viennent à peine de quitter leurs parents et, pour certains d’entre eux, leur pays. Loin de tout, ils se plongent dans l’apprentissage de la création. Ils sont à la fois pleins d’énergie, happés par le bouillonnement du travail, et aussi pleins d’interrogations, d’inquiétudes et d’espoirs. En les observant, j’ai senti que je pouvais raconter le moment d’une métamorphose, entre l’utopie, l’idéal, l’ambition personnelle de départ et la rencontre avec la matière brute ; comme une métaphore de notre confrontation au réel. Raconter l’aventure de jeunes qui s’engagent dans une voie artistique, au futur souvent laborieux et parfois misérable. La force de notre désir suffit-elle à nous donner un métier, une place ? Lorsqu’on cherche des synonymes du mot métier, on trouve les termes rôle, état ou fonction, mais aussi le mot art… Le film interroge la question du travail et la façon dont à la fois, il nous assigne à une place préétablie par la société, mais aussi il nous transcende. Les étudiants que j’ai filmés ne pourront pas tous vivre de leur métier d’artiste. Le film vient simplement observer un pari, un engagement de jeunesse, chargé de rêves et d’espoirs, porté par le plaisir matériel de la création et la transmission des gestes par les professeurs. Le travail artistique demande une abnégation et des sacrifices importants. Mais c’est avant tout une question de foi : les heures de travail et de conception n’assurent en rien la bonne fin. Rien ne garantit qu’une fois terminée, l’œuvre sera entourée d’une aura nécessaire, de cet état de grâce qui détermine la puissance d’une œuvre. Le rapport au temps est tout à fait particulier à l’Accademia. Le travail est lent parce que la technique l’exige. Suivre avec calme les changements et les gestes est un atout cinématographique. Cela me faisait penser à l’un des préceptes de la pédagogie décrite par Rousseau dans L’Émile : « Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de l ’éducation ? Ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre. »

Réalisation

L’image est signée par Matthieu Chatellier, réalisateur et chef opérateur. Notre collaboration est un compagnonnage de vingt ans. Complices dans la vie et le travail, nous venions d’achever La Mécanique des corps, réalisé et filmé par Matthieu et dont j’ai fait le montage. Pour Mille fois recommencer, nous avons travaillé à deux, Matthieu à la prise de vue et moi à la prise de son. Nous étions très mobiles et les tournages assez éprouvants. Les ateliers sont des lieux pleins de poussière et de vacarme. Le matériel souffrait de ces conditions un peu extrêmes. Nous avons filmé – en plan rapproché – le rapport sensuel entre les mains et la matière encore brute. Les doigts qui guident les outils métalliques et tranchants. Les allers-retours du sculpteur autour de l’œuvre en devenir. Le rapport des corps à la matière. Je souhaitais capter les silences et les regards, les visages juvéniles des étudiants avec leurs mines concentrées. En contrechamps, je voulais montrer le visage attentif des enseignants, plus mûrs, avec les cheveux poivre et sel. La métaphore du miroir et du dédoublement de la figure humaine traverse les images. Les étudiants travaillaient sur l’autoportrait, ils sculptaient un double d’eux-mêmes en pierre. Peu à peu, une figure humaine émergeait du bloc. Lentement, les traits prenaient une forme de plus en plus lisible et bientôt, une œuvre solide et impérissable fixait le visage et l’attitude de son auteur dans une sculpture qui lui survivra. En libérant leur double de pierre, les jeunes étudiants semblaient mûrir eux-mêmes. Avec la monteuse Mona-Lise Lanfant, nous avons travaillé dans le cadre d’une résidence à Périphérie. Le regard et l’expérience de Mona, mais aussi l’accompagnement de Périphérie, ont été essentiels. Le film se construit à travers deux mouvements temporels. Le premier est linaire : Nous suivons la progression du travail des étudiants. La narration suit leurs repentirs, leurs ratés et leurs conquêtes. Les jeunes gens se métamorphosent au fur et à mesure de l’année scolaire, rythmée par les devoirs à faire, les examens, les remises de travaux et les enjeux scolaires habituels. Le deuxième mouvement du film est cyclique : Ce que les personnages vivent s’inscrit dans une continuité. Le caractère même de l’institution les place dans une répétition éternelle. Des jeunes ont appris la sculpture ici il y a trois siècles, d’autres le feront peut-être dans trois siècles. Les étudiants sont inscrits dans une temporalité qui les dépasse, qui nous dépasse tous. Ils sont un chaînon dans une lignée qui fait peser une tradition intimidante sur un débutant qui doit faire ses preuves, qui doit innover, être iconoclaste et inventif. Le décor de l’académie où se sédimentent les différentes époques, porte cette question de l’héritage et des attentes. Bas-reliefs romains, fresques de la renaissance, esclaves de Michelangelo, maquettes de Canova. Au loin, les carrières millénaires surplombent les ateliers, pleines de leurs mythes écrasants. Le marbre qui s’est formé avant l’existence de l’être humain est le matériau des œuvres qui nous survivront. Les enseignants sont les gardiens de ce mouvement cyclique. Leur attitude et leur âge nous racontent qu’ils sont conscients de cette répétition inéluctable. Ils n’ont plus l’éclat dans les yeux, l’enthousiasme des débutants. Ils avancent dans un réalisme parfois un peu désenchanté. Ils ont été des étudiants, ils sont des enseignants et un jour prochain, ils partiront à la retraite et d’autres viendront.

Production.

L’Institut Français m’a octroyé une bourse Louis Lumière et j’ai obtenu la bourse Brouillon d’un Rêve de la Scam. Ces soutiens ont été essentiels pour démarrer les premiers tournages. Cécile Lestrade et Elise Hug d’Alter Ego Production et l’association Nottetempo m’ont accompagnée dès le début. Un coproducteur italien Roso Film s’est ensuite joint au projet. Ce film existe aussi grâce aux partenaires financiers qui ont bien voulu le soutenir. L’engagement de Vosges Tv a été décisif. Sans l’aide de cette chaine audacieuse et curieuse, le film n’aurait pas vu le jour.

La critique du film

A COMME ABECEDAIRE – Daniela De Felice.

Un cinéma souvent autobiographique, où il est question de sa famille et de l’Italie, son pays d’origine.

Art

Mille fois recommencer

Autobiographie

Casa

Libro nero

Coserelle – (petites choses)

Collection

Casa

Contestation

(G)rève général(e)

Carrare

Mille fois recommencer

Dictature

Libro nero

Economie

Pot de terre contre pot de fer

Emploi

Pot de terre contre pot de fer

Enfance

Libro nero

Engagement

(G)rève général(e)

Enseignement artistique

Mille fois recommencer

Etudiants

(G)rève général(e)

Evaluation

Mille fois recommencer

Famille

Libro nero

Coserelle – (petites choses)

Italie

Mille fois recommencer

Casa

Libro nero

Jeunesse

Mille fois recommencer

Lutte

(G)rève général(e)

Maison

Casa

Manifestation

(G)rève général(e)

Mère

Casa

Mémoire

Casa

Mort

Coserelle – (petites choses)

Normandie

(G)rève général(e)

Pot de terre contre pot de fer

Objets

Coserelle – (petites choses)

Père

Coserelle – (petites choses)

Sculpture

Mille fois recommencer

Université

(G)rève général(e)

A COMME ABECEDAIRE – José Luis Guerin

Adolescence

Los Motivos de Berta – Fantasía de pubertad

Amour

L’Académie des Muses

Dans la ville de Sylvia

Art

L’Académie des Muses

Le Saphir de Saint Louis

Dos cartas a Ana

Autoportraits

Correspondance – José Luis Guerín et Jonas Mekas

Barcelone

En construcción

Cinéma

Dos cartas a Ana

Innisfree

Guest

Eglise

Le Saphir de Saint Louis

Enseignement

L’Académie des Muses

Esclavage

Le Saphir de Saint Louis

Festival

Guest

Histoire

Le Saphir de Saint Louis

Irlande

Innisfree

Jonas Mekas

Correspondance – José Luis Guerín et Jonas Mekas

La Rochelle

Le Saphir de Saint Louis

Lettres vidéo

Correspondance – José Luis Guerín et Jonas Mekas

Mort

Recuerdos de una mañana

Pédagogie

L’Académie des Muses

Peinture

Le Saphir de Saint Louis

Dos cartas a Ana

Philologie

L’Académie des Muses

Photographie

Tren de sombras

Poésie

L’Académie des Muses

Portrait

Guest

Tren de sombras

Los Motivos de Berta – Fantasía de pubertad

Réhabilitation

En construcción

Ruralité

Innisfree

Los Motivos de Berta – Fantasía de pubertad

Strasbourg

Dans la ville de Sylvia

Suicide

Recuerdos de una mañana

Travail

En construcción

Ville

Dans la ville de Sylvia

En construcción

Voyage

Guest

A lire En construccion

M COMME MARBRE.

Mille fois recommencer. Daniela de Felice, France-Italie, 2020, 75 minutes.

Carrare, une célèbre carrière de marbre blanc. Et à proximité, une non moins célèbre école, L’Académie des beaux-arts. Une école pour devenir artiste.

Ici on apprend à sculpter, à dessiner, à modeler. On apprend à utiliser tous les outils, les marteaux, les burins, les scies, les polisseuses et autres machines pneumatiques. Mais surtout on apprend à travailler la matière à la main, comme avant l’apparition des outils électriques, comme les sculpteurs ont toujours travaillé depuis l’antiquité. On apprend à travailler le marbre, bien sûr, mais peut-être pas tout de suite, pas en débutant. Avant, il faut aussi travailler la glaise, l’argile, le bois, le fer. Apprendre des gestes. Devenir artisan autant qu’artiste. Devenir artisan pour devenir artiste. Devenir artiste parce que l’on est artiste au fond de soi. Fondamentalement. Peut-être sans le savoir.

Le film de Daniela de Felice est une immersion dans cette école, au milieu des élèves, à côté des élèves, filmés sans qu’ils soient le moins du monde dérangés dans leur travail. A côté aussi des enseignants, qui accompagnent les élèves dans leur travail, les conseillant bien sûr, les encourageant, leur montant le bon geste, ou rectifiant leur réalisation, et en fin de compte les évaluant. Car, comme dans toute école, il n’y a pas de véritable apprentissage sans évaluation.

En suivant le filmage de cette année « scolaire », ce sont les élèves qui sont au premier plan. Ce sont avec les élèves (pourrait-on dire les apprentis artistes ?) que la réalisatrice dialogue. Elle enregistre leurs propos lors de courts moments d’échange où ils évoquent leur désir d’art et de création. Et surtout le chemin, spirituel surtout, qui les a conduits là, depuis toutes les régions du monde.

Nous suivons aussi les enseignants, dans quelques interventions magistrales devant un groupe attentif et que l’on sent passionné. L’incipit du film montre d’ailleurs un « cours » où l’enseignant commente des photos en noir et blanc d’ouvrier dans la carrière de Carrare. Mais ces interventions sont rares dans le film. Le travail des enseignants est plutôt d’accompagnement individuel. Ils parcourent en silence les salles de travail, s’arrêtant un instant derrière un étudiant concentré sur sa tâche, n’intervenant que de quelques mots qui n’ont rien de perturbateur.

Les images de Matthieu Chatellier, toujours très précises avec ces gros plans de visages et de mains, contribuent à créer une atmosphère à la fois studieuse mais aussi chargée d’émotion et d’imaginaire. Comme dans cette séquence où, à la fin de la journée, la nuit tombe peu à peu, la caméra parcourant dans ce silence de la salle abandonnée par ses étudiants, une série de têtes sculptées semblant attendre le retour, le lendemain, de ceux qui leur donne vie.

Le film se termine par les examens de fin d’année. Les étudiants présentent leurs travaux en les commentant. Les profs posent des questions et donnent leurs évaluations. Le dernier plan est celui d’un étudiant rayonnant de joie après avoir été félicité par le jury.

Quelle vision de l’art le film véhicule-t-il ? Pas vraiment une conception romantique. Nous sommes dans une école. Tout repose sur l’apprentissage, le soin apporté au travail, la minutie, la patience, la persévérance – ce que dit très bien le titre du film. Si ces jeunes artistes sont des génies en herbe, nous ne les verrons pas éclore dans le film. Mais nous sentons que rien ne pourra arrêter leur volonté créatrice.

A COMME ABECEDAIRE – Marie-Christine Courtès.

Pour l’utilisation de la bande dessinée et sa vision de l’Indochine et de ses guerres.

Art

Gauguin, je suis un sauvage

Artiste

Gauguin, je suis un sauvage

Mille Jours à Saigon

Bande dessinée

Mille Jours à Saigon

Camp

Le Camp des oubliés

Colonialisme

Le Camp des oubliés

Famille

Mille Jours à Saigon

Guerre

Mille Jours à Saigon

Le Camp des oubliés

Mémoire

Mille Jours à Saigon

Peinture

Gauguin, je suis un sauvage

Portrait

Gauguin, je suis un sauvage

Mille Jours à Saigon

Réfugiés

Le Camp des oubliés

Vietnam

Mille Jours à Saigon

Le Camp des oubliés

P COMME PALAIS DE TOKYO.

Pour votre confort et votre sécurité. Frédéric Mainçon, 2020, 59 minutes.

Filmer un musée. La vie d’un musée. Tous les aspects de cette vie. Parce qu’un musée est vivant. Grâce à ceux qui y travaille. Beaucoup plus que par les œuvres qui y sont exposées. Même si ces œuvres sont contemporaines, réalisées par les artistes vivants, mais qui ne sont plus nécessairement là, sur place, dans le musée, avec leurs œuvres, qu’ils abandonnent donc aux visiteurs, ou à ceux qui sont là tous les jours, qui ne font pas que passer, les gardiens de musée.

Dans le « genre » film de musée, il y a deux grandes références, très différentes l’une de l’autre, mais auxquelles on ne peut pas ne pas penser quand un cinéaste se propose de filmer un de ces lieux de l’art. Wiseman et la National Gallery à Londres et Philibert et sa Ville Louvre. Ce dernier ayant l’originalité de nous montrer en quelque sorte l’envers du décor, tous ceux qui travaillent pour que le musée soit visitable, pour que le public puisse rencontrer des œuvres. Mais ces œuvres, justement, ce n’est pas le propos du film de nous les montrer, contrairement à Wiseman qui lui n’hésite pas à filmer des tableaux plein cadre et de suivre des guides qui en parlent, et des spectateurs qui les admirent.

Au Palais de Tokyo, Frédéric Mainçon nous propose une approche bien à lui, en se centrant sur les membres du service de sécurité, ces personnels qui accueillent les visiteurs pour les fouiller et qui les surveillent, sans en avoir l’air, dans chaque salle.

Et des salles dans le Palais de Tokyo, à Paris, ce haut lieu de l’art contemporaine, il y en a à profusion, de quoi se perdre dans ces espaces presque infinis. Ces gardiens nous les entendons en voix off, et nous les apercevons dans les salles (mais jamais ils ne s’adressent à la caméra) faire leur travail, c’est-à-dire essentiellement être là, et intervenir en cas de besoin, en particulier si un visiteur ne peut pas résister à l’envie de toucher une œuvre. Une envie que l’on peut parfaitement comprendre dans bien des cas, alors qu’il ne viendrait jamais à l’esprit de qui que ce soit d’essayer de toucher la Joconde. De toute façon elle est parfaitement inaccessible.

Que nous disent ces travailleurs du musée ? Ils nous parlent de leur métier bien sûr, de leur mission, « surveiller et protéger ». Ils nous parlent aussi de l’art, de ces œuvres qu’ils sont chargés de surveiller et protéger donc, cet art contemporain que certains – et ils sont plus nombreux qu’on ne pense, même au Palais de Tokyo – sont plutôt réticents à le considérer comme de l’art. Mais surtout, ils nous parlent d’eux.

La particularité du service de sécurité au Palais de Tokyo, c’est que ses membres sont presque tous originaires d’Afrique. D’où leurs propos sur la relation des noirs et des non- noirs (dans les bureaux nous dit l’un d’eux, il n’y a que des blancs), non pas précisément en termes de racisme – ce qui n’est pourtant pas totalement absent – mais plutôt en termes de stéréotypes ou de fantasmes. Les noirs ne sont-ils pas particulièrement adaptés à ces métiers de sécurité, puisqu’ils sont tous particulièrement forts ? Et puis ce qu’on leur demande ici, c’est « d’être bêtes et disciplinés », dans un travail où il ne faut surtout pas qu’ils prennent des initiatives. Respecter le règlement, voilà ce qu’on leur demande, un point c’est tout. Et le film devient ainsi à travers ces propos, une approche de la situation des travailleurs immigrés (selon la terminologie courante), même si nous ne sommes pas dans une usine ou dans un service de nettoyage.

Mais travailler dans un musée – ou un centre d’art contemporain – c’est côtoyer l’art quotidiennement, c’est avoir avec les œuvres exposées un rapport, un contact, particulier, qu’aucun visiteur ne peut avoir. Et c’est bien ce que nous dit un de ces « surveillants ». Une revanche en quelque sorte, par rapport à la dévalorisation de son travail.

Le film nous fait entendre ces propos en nous promenant dans les salles du Palais de Tokyo, au milieu des visiteurs (il y a même dans une séquence des enfants qui s’amusent bien en courant dans tous les sens), sans jamais avoir l’air de s’arrêter sur une œuvre particulière, mais en nous donnant l’occasion quand même, par le seul fait de circuler dans les salles, de les appréhender. Car l’ensemble du film – sauf deux courtes séquences – est réalisé au ralenti. Comme si le réalisateur voulait nous donner le temps de regarder, et peut-être de contempler – ce qui est là exposé, installé pour être regardé, ou peut-être même contemplé. Ce filmage nous donne donc l’impression d’être tout simplement un de ces visiteurs que nous croisons, de déambuler, en piétinant souvent, sans se presser, dans ces espaces dévolus à l’art contemporain. Car bien évidemment une visite au Palais de Tokyo, ça n’a rien à voir avec une visite au Louvre par exemple, surtout si elle est effectuée en courant (sacré Godard) !

États généraux du film documentaire 2020, sur Tënk.

A COMME ABECEDAIRE – Chantal Briet.

Accidents domestiques

Vers un terrain sûr

Adolescence

L’Année des lucioles

Un enfant tout de suite

Parlez-moi d’amour

Amour

Parlez-moi d’amour

Apprentissage

J’habite le français

Art

L’Année des lucioles

Alzheimer

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Banlieue

Alimentation générale

Vers un terrain sûr

Printemps à la source

Commerce

Alimentation générale

Printemps à la source

Enfants

Vers un terrain sûr

Un enfant tout de suite

Enseignement

L’Année des lucioles

J’habite le français

Etudiants

L’Année des lucioles

Famille

Un enfant tout de suite

Femme

Un enfant tout de suite

Fils

Des huîtres et du champagne

Gens du voyage

Vers un terrain sûr

Immigration

J’habite le français

Alimentation générale

Inch Allah

Intégration

J’habite le français

Langue

J’habite le français

Maison de retraite

Des huîtres et du champagne

Maladie

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Maternité

Un enfant tout de suite

Portrait

Alimentation générale

Roubaix

Inch Allah

Témoignages

J’ai quelque chose à vous dire – Le temps du diagnostic – Chez soi – Deux jours par semaine

Vieillesse

Des huîtres et du champagne

B COMME BONHEUR – des pauvres.

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres. Manuela Frésil, 2020, 59 minutes.

 Connaissez-vous Bessèges ? Une petite ville du Gard, comme il y en a sans doute beaucoup dans le sud de la France. On dirait un village plutôt, même si c’est quand même un gros village. Mais c’est surtout une ville qui se meurt. On ne compte plus dans le film de Manuela Frésil les plans sur les magasins fermés, les boutiques au rideau de fer baissé, définitivement sans doute. Des plans fixes. Parfois une ou deux personnes traversent le champ. Sans un regard vers la boutique. Sans regarder non plus la cinéaste qui filme. Une image de la solitude.

A Bassèges, il n’y a guère de distraction. Le passage du Tour de France quand même, que la cinéaste expédie en deux plans (un pour la caravane publicitaire, l’autre sur la file des coureurs). Elle s’attarde plus pour filmer le carnaval, le défilé des chars, les Miss qui saluent le public (un geste bien mécanique, sans entrain). Il y a quand même du monde aux terrasses des bistrots. Et le soir les villageois (plutôt âgés) dansent en faisant comme s’ils s’amusaient. Mais en dehors de ces événements exceptionnels, n’est-ce pas l’ennui qui domine. Un ennui bien réel chez cette vieille femme, assise à proximité d’un carrefour (le seul peut-être de la ville) et qui compte les voitures à l’aide d’un petit compteur à main sur lequel elle appuie méticuleusement. Ainsi elle peut dire si la circulation augmente …

De quoi vivent les habitants de Bessèges ?

Le film n’est pas une enquête sociologique. Plutôt de chercher à rencontrer un panel des habitants, la cinéaste va se concentrer sur un petit groupe de marginaux, qu’on pourrait dire déclassés. En tout cas ils ne travaillent pas. Ils habitent dans des lieux quelque peu délabrés. Seraient-ils ces pauvres dont parle le titre du film ?

Tout au long du film, on va suivre leurs occupations. Jouer aux échecs ; cueillir des fleurs d’acacia pour faire des beignets, ramasser des châtaignes pour les vendre. Faire un barbecue au bord de la rivière. Et ainsi de suite. Il ne se passe pas grand-chose de plus dans le film. Un film lent. Presque vide. Rempli de rien.

Sauf que ce petit groupe de personnage a une âme. Et donne une âme à la vie du village.

D’abord la cinéaste prend comme personnage central un homme particulièrement attachant, Alec. Dans les premiers plans du film on l’écoute chanter devant le supermarché du coin en s’accompagnant à la guitare. Un artiste ! Dont les chansons (on en découvrira d’autres dans la suite du film) sont originales.  Un artiste doublé d’un ingénieur qui s’ignore, un créateur capable de construire des mécanismes étonnants avec une roue de bicyclette et quelques tuyaux. C’est qu’il s’est mis dans la tête de construire une fontaine. Il dessine les plans. Fait des essais. Ne réussit pas du premier coup. Mais persévère jusqu’à ce qu’il puisse installer son « œuvre » près de la rivière. Une rivière où d’ailleurs ses amis, les membres de sa « tribu » comme il dit, font eux aussi œuvre artistique en accumulant des rochers, en érigeant des statues ou des sculptures avec et en les peignant de couleurs vives. On n’est pas loin de Tinguely et de Niki de Saint Phalle.

Les membres de cette tribu sont-ils heureux ? Aucune plainte, aucune revendication dans leurs propos. Ils ne parlent jamais d’argent. Comme s’ils n’en avaient pas besoin. Ils vivent en parfaite harmonie avec eux-mêmes. Mais il serait trop facile de dire qu’ils ont trouvé le vrai bonheur. En fait, le film ne répond pas à la question. Il ne s’agit surtout pas pour la cinéaste de proposer une théorie. Le bonheur, sans doute chacun peut le trouver en lui-même, ce qui est une idée bien banale. Mais dans le film il paraît évident qu’Alec en a trouver un petit brin.

P COMME PEINTRE – Lucebert.

Lucebert temps et adieu. Johan Van der Keuken, Pays-Bas, 1994, 52 minutes.

         Cet hommage à son ami Lucebert, poète et peintre néerlandais mort en 1994, nous rappelle que van der Keuken était un cinéaste expérimental, constamment à la recherche de formes visuelles adéquates aux sujets qu’il abordait. Un hommage à un artiste lui-même très créatif se devait de nous faire accéder à son œuvre autrement que par une vision frontale de ses tableaux, les faire parler sans les commenter, montrer son travail en captant le geste créatif sans qu’il soit nécessaire de donner la moindre explication. Le film de Van der Keuken est un véritable poème cinématographique, un poème en images où les images filmées par Van der Keuken se confondent avec les images dessinées et peintes par Lucebert. Un film qui nous montre la pertinence du cinéma pour rendre compte du monde de l’art.

         Le film se compose de trois parties, trois films courts réalisés à trois périodes différentes, abordant l’œuvre de Lucebert de trois manières différentes en fonction justement du moment où ils sont réalisés.

         1962. Une première vision de l’œuvre de Lucebert, poèmes et tableaux, une découverte, une première approche personnelle de la part du cinéaste. En fait, cette partie constitue le pré-générique du film, un long incipit de plus de dix minutes, puisque le titre et les indications habituelles à tout générique apparaissent à son terme. Van der Kauken nous donne à entendre un long texte de Lucebert et il filme ses tableaux dans son atelier. Les images sont extrêmement mobiles. Mais ce qui frappe surtout, c’est qu’elles ne sont pas en couleurs. Elles ne sont pourtant pas en noir et blanc comme on aurait pu s’y attendre lorsqu’il s’agit de faire disparaître les couleurs. Van der Keuken nous propose des images monochromes, d’une teinte bleutée. Aux tableaux se mêlent des photos de l’artiste. La caméra instaure des va et vient entre le visage de l’artiste et sa main qui dessine. La musique, très free jazz, de Willem Breuker, avec ses improvisations au saxo, donne une vitalité extrême aux images. Des onomatopées totalement décousues accompagnent des vues de visages grimaçants. Pourtant cette parie s’achève dans un calme relatif. « Il y a tout dans le monde. C’est tout » dit le poète. Des enfants apparaissent à l’image. Des plans fixes d’eau, de rochers, d’herbe, de nuages. Mais l’orage n’est sans doute pas loin.

         La deuxième partie, réalisée en 1966, est faite avec la participation active de l’artiste. « Un film pour Lucebert » dit le cinéaste qui ajoute « pour toi… j’ai vu ces images ». Nous sommes transportés au véritable commencement de l’œuvre ? Lucebert, à 10 ans, assiste aux émeutes qui enflammèrent Amsterdam en 1934 et leur répression par la police. Une photo de l’artiste enfant filmée longuement en gros plans fixes est pourtant hachée par instant par de brefs inserts de vues de ses tableaux. Puis la couleur, enfin, dans l’atelier où l’artiste travaille. « La lumière est de plus en plus liqueur de vie ». L’image de l’atelier est surcadrée par un pan de mur à droite de l’écran, comme si le cinéaste ne voulait pas déranger l’acte créatif. Van der Keuken filme des objets familiers, d’une grande banalité, qui peuvent avoir inspiré le peintre ou qu’il associe lui-même librement à, ses œuvres, des vélos, des trompettes d’enfant, des tracteurs, des fruits, des jouets en plastiques, un ensemble hétéroclite monté en alternance avec des vues des tableaux de Lucebert en gros plans. Les images s’enchainent sans lien apparent. Il serait vain d’y chercher une logique. On est plutôt du côté de cette « tempête d’images » que van der Keuken réalisa par ailleurs. Il filme des têtes de veau à l’étalage d’un boucher. Des enfants font des découpages. Une vieille dame en noir propose de petits bouquets de plantes aux passants dans un marché. Dans une carrière, des ouvriers cassent des pierres. Une chèvre est égorgée sous nos yeux. Une citation de Lucebert « un grand nègre maussade est descendu en moi » déclenche une série de vues prises sur le vif dans la foule où sont cadrés des visages de noirs. Une femme sourit à la caméra, furtivement. A la fin du marché un noir balaie la place. Et tout au long de cette cascade d’images, en insert, apparaissent des gros plans d’extraits de tableaux de Lucebert. Cette partie s’achève sur une séquence où le travail filmique s’intègre parfaitement au travail créatif du peintre. Devant un grand mur, Lucebert réalise une fresque. Mais le filmage de l’œuvre en train de se faire n’est nullement linéaire. Des coupures d’image font apparaitre et disparaitre des formes et des couleurs, comme s’il s’agissait des remords de l’artiste. Le peintre lui-même n’est pas présent en continu devant son œuvre qui est animée de façon indépendante par le montage. Une séquence qui en finn de compte est un véritable film d’animation. En même temps elle anticipe ce que sera bien plus tard le street art et les façons de le filmer au moment de la réalisation des œuvres.

         La dernière partie du film est réalisée en 1994, après la disparition de Lucebert. Van der Keuken précise « nous avons décidé avec Lucebert en avril de refaire un film, mais il est mort en mai. Il faut se passer de lui. » Le film de Van der Keuken devient alors l’œuvre posthume de Lucebert, centré sur son poème. « Si tu sais où je suis, cherche-moi » A quoi fait écho une dernière citation. « Sans me chercher tu me trouveras ». Dans toute cette partie, van der Keuken filme l’atelier du peintre, sa table de travail, sa bibliothèque, ses tableaux. Tous ces lieux vides mais imprégnés de sa présence. A des moments de grand calme succède une frénésie d’images de plus en plus intense. Des zooms rapides sur les visages peints, des mouvements de caméra dans tous les sens sur des fragments de toiles. L’objectif est parfois si près du tableau que l’image est floue, d’autant plus que les panoramiques latéraux sont des plus rapides. Comme Van der Keuken lui-même, le spectateur ne peut pas rester insensible à l’art de Lucebert.

         Le film se termine pourtant par la présentation par la compagne du peintre de ses derniers carnets de dessins. Elle dialogue sereinement avec le cinéaste maintenant totalement apaisé. L’œuvre de Lucebert peut passer à la postérité.

A COMME ABECEDAIRE – Matthieu Chatellier

Art

Voir ce que devient l’ombre

Le Gâteau sous la cerise – Naissance d’un festival

Autobiographie

Doux amer

Cinéma

Le Gâteau sous la cerise – Naissance d’un festival

Communauté

Sauf ici, peut-être

Emmaüs

Sauf ici, peut-être.

Engagement

(G)rève général(e)

Etudiants

(G)rève général(e)

Grève

(G)rève général(e)

Handicap

La mécanique des corps

Italie

Doux amer

Manifestation

(G)rève général(e)

Marginalité

Sauf ici, peut-être.

Pauvreté

Sauf ici, peut-être.

Peinture

Voir ce que devient l’ombre

Portrait

Doux amer

Voir ce que devient l’ombre

Prothèse

La mécanique des corps

Rééducation

La mécanique des corps

Santé

La mécanique des corps

Doux amer

Technologie

La mécanique des corps

Vieillesse

Voir ce que devient l’ombre

T COMME TRAVAIL.

La fabrique des monstres. Malak Maatoug, France, 2020, 26 minutes.

L’usine est une usine de fonderie de métal pour produire des pièces calibrées et en nombre important.

Une comparaison (comme aurait dit Farocki), une confrontation, une mise en contraste. D’un côté une usine, de l’autre l’artisanat d’art.

L’artisanat, c’est de la poterie, des vases, ou des objets aux formes diverses, en terre cuite.

D’un côté donc le travail standardisé, avec ses gestes répétés mécaniquement, toujours les mêmes.

De l’autre un travail qui se veut créatif, avec ses essais et sans doute ses erreurs, ses ratés. Et pour aboutir à des pièces uniques, qui auront chacune leur identité.

Dans l’usine on ne parle pas. Ou alors c’est pour expliquer une action à effectuer, ou donner le signal de la pause. Mais ce n’est pas le silence pour autant. Le bruit des machines est omniprésent et pour travailler sur certaines il est nécessaire de porter des écouteurs pour s’en prémunir.

Dans l’atelier de poterie, on discute beaucoup, on rit, on fait des plaisanteries, des blagues. Et sur la place du village, où l’on construit un four en papier imbibé d’argile, on fait la fête.

Deux ambiances bien différentes. Le sérieux opposé à l’exubérance. Le métier qui s’oppose à l’art. La reproduction à l’identique par rapport à la création.

Mais dans les deux cas, ce qui compte c’est la précision du geste, son adéquation au résultat souhaité. Dans les deux cas rien ne semble laissé au hasard. Même dans la création, si l’on découvre comme avec surprise les objets dans le four de cuisson, ils sont bien le résultat d’une intention, d’une idée première. Dans les deux cas, le travail manuel découle de la pensée.

Et c’est peut-être cela le sens profond du film. Si tout semble bien opposer l’industrie et l’artisanat, ils ont en commun d’être un travail, un travail humain, dans lequel, d’une façon ou d’une autre, ceux qui l’accomplissement peuvent se reconnaître, s’épanouir peut-être. Le travail ici, même à l’usine telle qu’elle est filmée, n’a rien d’une aliénation.  Au fond la comparaison ici opérée n’aurait d’autre but que de réconcilier l’homme et le travail.