A COMME ABECEDAIRE – Philippe Béziat

Amitié

Noces – Stravinsky/Ramuz

Bastille

Indes Galantes

Le Crépuscule des Dieux

Bergé Pierre

Le Crépuscule des Dieux

Chanson

Prévert, paroles inattendues

Cinéma

Prévert, paroles inattendues

Cogitore Clément

Indes Galantes

Création

Indes Galantes

Danse

Indes Galantes

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Debussy

Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles

Dessay Nathalie

Traviata et Nous

Enquête

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Hip-hop

Indes Galantes

Littérature

Noces – Stravinsky/Ramuz

Musique

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Noces – Stravinsky/Ramuz

Mythe

Traviata et Nous

Opéra

Indes Galantes

Le Crépuscule des Dieux

Traviata et Nous

Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles

Paris

Indes Galantes

Le Crépuscule des Dieux

Prévert, paroles inattendues

Poésie

Prévert, paroles inattendues

Prévert Jacques

Prévert, paroles inattendues

Ramuz

Noces – Stravinsky/Ramuz

Russie

Pelléas et Mélisande, le chant des aveugles

Spectacle

Indes Galantes

Traviata et Nous

Stravinsky

Noces – Stravinsky/Ramuz

Vivaldi

Les 4 Saisons ou l’histoire d’un tube

Wagner

Le Crépuscule des Dieux

B COMME BAUSCH Pina

Pina. Wim Wenders. Allemagne, 2010, 103 minutes.

         N’utiliser que son prénom dans le titre du film qu’il consacre à la chorégraphe allemande Pina Bausch montre les deux orientations majeures du travail du cinéaste ; l’hommage affectueux à une amie disparue et l’insistance sur sa notoriété. Pour Wenders, il n’y a pas de doute. Pina Bausch est une grande chorégraphe, la plus grande peut-être, un génie créatif qui a profondément modifié les bases mêmes de son art et influencé durablement toute la danse contemporaine.

         Le film de Wenders a pour première originalité de ne pas limiter la présentation des créations de Pina Bausch à une captation des spectacles sur scène, ni même à un filmage des moments de répétition (ce que fait de son côté Frédéric Wiseman à propos de l’opéra de Paris), mais de faire sortir la danse du théâtre, de la faire descendre dans la rue, en l’occurrence dans la ville de Wuppertal et ses environs, ville où Pina Bausch passa la majeure partie de sa vie et où elle fonda sa compagnie, le Tanstheater Wuppertal.

         Pina Bausch elle-même est peu présente dans le film de Wenders. Pas d’entretien, d’interviews, de déclarations personnelles ou dans les médias. Elle n’apparaît que dans de courts extraits, en noir et blanc pour les plus anciens, de petits films en 8 mm projetés dans une des salles du théâtre. La dernière séquence présentée est particulièrement émouvante, malgré sa brièveté. Pina danse et peu à peu elle se dirige vers le bord gauche du cadre où elle disparaît en faisant au revoir avec les bras. Une de ses phrases s’inscrit alors sur l’écran : « Dansez, dansez sinon nous sommes perdus ».

         Si la chorégraphe n’est pas physiquement le personnage le plus présent à l’image, sa dance occupe entièrement le film et ses danseurs, les membres de sa troupe, interviennent régulièrement pour parler d’elle. Ils sont filmés en plan fixe, face à la caméra et c’est en off, d’une voix intérieure, qu’ils nous parlent. Ils ne font pas une analyse théorique de la conception de la danse de Pina. Ils parlent de leur relation avec elle, de la façon qu’elle avait, tout à fait originale, de les mettre en confiance, de les aider à vaincre leur timidité (un mot que plusieurs prononcent), par une phrase, un geste, sans jamais donner de leçon. Ces interventions, dans leur sincérité extrême, nous disent plus sur le travail de Pina que n’importe quel discours de spécialiste.

         Comment le cinéaste peut-il faire du spectacle de la danse une œuvre cinématographique ? Wenders utilise les méthodes courantes dans les captations modernes de spectacles vivants. Il filme les danseurs non comme s’ils étaient vus depuis la salle (la fameuse position de l’homme du troisième rang de l’orchestre), mais sur la scène même, à leur côté, alternant gros plans sur les visages ou des parties du corps et les plans plus larges pour filmer des groupes. Les changements d’angle de prise de vue, l’utilisation de légères plongées par exemple, ou des plans à raz du sol (à la Ozu) donnent un dynamisme au film en harmonie étroite avec la danse. Quant aux mouvements de caméra, plutôt lents d’ailleurs, ils amplifient la dramatisation de l’action. Mais Wenders va plus loin. Il met en place des dispositifs proprement cinématographiques. Le plus évident concerne un passage de Kontahthof où un danseur, armé d’un polaroïd sur trépied fait des portraits des couples enlacés présents sur scène. Wenders fige l’image au moment même du déclenchement du flash. L’image bleutée obtenue n’est pas celle prise par le danseur puisqu’il apparaît en amorce dans le cadre. Il s’agit alors d’une ponctuation cinématographique introduisant la séquence suivante à savoir, l’exécution d’une pièce dansée par un des danseurs photographiés – ou les deux – filmée à l’intérieur du théâtre ou à l’extérieur. Comme le filmage des danseurs permettant d’écouter leur voie intérieure en se focalisant sur l’expression de leur visage, ce montage nous fait entrer directement en contact avec leur travail et leur personnalité de danseur. D’ailleurs, l’alternance fréquente, à propos de la même séquence dansée entre le filmage de la scène au théâtre et dans un décor naturel va bien dans ce sens d’inclure la danse dans la vie, la vie quotidienne dans la ville avec sa circulation, ses voitures et son train suspendu qui rappelle Alice dans les villes. Autre effet cinématographique, à propos de Kontahthof toujours. On sait que Pina Bausch a réalisé deux versions de cette pièce, l’une avec des danseurs jeunes, l’autre avec des danseurs âgés de plus de 65 ans. Wenders aurait pu mêler de façon systématique les deux versions, ce qui aurait été une solution de facilité. Il a choisi d’inclure des plans de la deuxième version dans la première de façon plus subtile. Nous sommes avec les danseurs jeunes. Ils s’avancent en ligne sur le devant de la scène (comme font les comédiens pour venir saluer le public). Ils se retournent, dos au public, puis lui font à nouveau face. Mais dans le mouvement des danseurs, Wenders a opéré une coupe invisible et ce sont alors les danseurs âgés qui sont présents à l’image.

         La danse de Pina Bausch, le cinéma de Wim Wenders, qui inspire l’autre ? Qui s’inspire de l’autre ? A l’évidence, la fusion est réussie. Wenders fait un film chorégraphique. Les danseurs du Tanstheater Wuppertal deviennent les personnages d’une saga filmique en hommage à l’œuvre de la chorégraphe. Et l’utilisation de la 3D, pleinement justifiée ici, nous permet de vivre pleinement la danse toujours vivante de Pina Bausch.

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM : A travers Jann de Claire Juge

1 Conception


À travers Jann est mon deuxième court-métrage documentaire. Le premier, Parades, était mon film de fin d’études et suivait deux éboueurs dans les rues d’Aix-en-Provence. À cette époque, j’étais fascinée par le passage de ces hommes dans la rue, leur attitude fière face à l’indifférence des passants et leurs mouvements inconscients et pourtant parfaitement synchronisés. À la fin de cette réalisation compliquée, j’ai commencé à comprendre ce qui m’avait tant obsédée durant ces mois de tournage. C’étaient leurs corps. Ces corps qui racontaient tant d’eux si on les observait bien. Ces corps qui produisaient de la danse sans le savoir. Après ça, j’ai compris que je devais aller voir des gens qui s’y connaissaient en corps.
J’ai commencé à filmer des danseurs pour des captations de spectacles. Et, lors d’un festival de solo de danse à Stuttgart, j’ai rencontré Jann Gallois à travers ma caméra. Sa danse m’a profondément touchée et j’ai rapidement eu l’intuition que j’avais quelque chose à faire avec cette danse, avec ce corps, avec cette fille. Je lui ai exprimé mes envies (floues), mes questions, mon besoin de chercher avec elle et de tenter de comprendre cette maîtrise extrême qu’elle a de son corps. Elle a accepté que je la suive dans ses répétitions, que je la filme et que je lui pose des questions. Cette phase a duré trois ans. En alternant repérages filmés, entretiens et résidences d’écriture, j’ai pu petit à petit piocher dans la matière, conserver quelques histoires racontées, quelques images et commencer à construire un récit qui retrace l’évolution du rapport au corps de Jann. J’ai rencontré la géniale compositrice Julie Roué avec qui j’ai très vite commencé à travailler sur la musique du film. L’idée d’intégrer de l’animation est arrivée au bout de deux ans lorsque j’ai compris que les histoires que me racontait Jann se passaient autant dans sa tête que dans son corps. La question de mettre en images le mental, l’invisible, s’est donc posée et a trouvé sa réponse avec la rencontre de la réalisatrice d’animation Justine Vuylsteker. Grâce à l’intelligence, le talent et la grande sensibilité de Justine, nous avons pu imaginer trois dispositifs d’animation à partir des trois récits finalement conservés dans mon scénario. Chaque dispositif étant une proposition visuelle, une interprétation, la nôtre, des récits de Jann. La réalisatrice d’animation Marion Auvin s’est également ajoutée à l’équipe pour apporter son incroyable capacité à mettre son coup de crayon en mouvement.
Armée de ces histoires, de cette musique et de ces images animées, j’ai participé à un pitch de projets au Festival national du film d’animation. Dans la salle se trouvait Marc Faye de Novanima Productions. Par la suite, grâce à des connaissances communes, nous nous sommes rencontrés et Marc a décidé d’accompagner le projet en production.


2 Production


La production du film, de la recherche de financements à la finalisation, a duré deux ans. Avec Marc, nous avons mis en forme le dossier de demande de subventions. J’ai réécrit certaines parties, précisé beaucoup d’idées de réalisation encore floues et nous sommes allés voir les régions. Il a fallu un
an pour réunir le budget nécessaire, la partie la plus coûteuse étant la fabrication de l’animation qui durerait en tout entre 6 et 8 minutes. La difficulté pour Marc était de déterminer à quel guichet nous devions aller en priorité puisque le projet a une forme hybride et nous pouvions prétendre à la fois aux subventions documentaires et aux subventions à l’animation. Après une première tentative infructueuse en documentaire à la Région Nouvelle Aquitaine, cette dernière nous a finalement fait confiance à la commission consacrée aux projets de films d’animation. Ont suivi ensuite la Région Normandie et la Région des Hauts-de-France après pré-sélection du dossier et oral, également en animation. Ainsi, le principal était financé, tournage, animation et post-production.


3 Tournage et montage (post-production le cas échéant)


Après quatre ans de recherches, d’écriture et une équipe ultra-motivée, nous étions plus que prêtes à nous lancer dans la fabrication. Même si cette étape a été intense et également longue (six mois de fabrication pour les parties animées), le projet était très réfléchi ce qui nous a permis de travailler vite et bien. Nous avons planifié le tournage comme celui d’une fiction. Même si je me laissais la porte ouverte aux surprises, je savais assez précisément mon nombre de séquences et ce que je voulais à l’intérieur. Les lieux ont été déterminés par les hasards de la production qui nous a fait tourné au Havre suite à l’attribution de la subvention des Hauts-de-France. Une semaine a été calée avec Jann, Matthieu Chattelier à l’image et Nicolas Joly au son. Deux jours de repérages avec Matthieu nous ont permis de choisir les rues et espaces dans lesquels nous pourrions tourner facilement. La semaine s’est déroulée très simplement grâce au talent et au professionnalisme de toute l’équipe. Jann s’est encore une fois livrée avec une confiance incroyable et s’est prêtée au jeu de l’« actrice » avec grâce et intelligence. Ensuite quatre jours de montage avec Daniela de Felice ont été nécessaires pour obtenir un « ours » en prises de vue réelles. Justine et Marion sont arrivées pour s’attaquer à la fabrication de l’animation en papier découpé et gratté. Cette étape a donc duré six mois. Deux jours de montage ensuite ont permis à Daniela d’intégrer les séquences animées au reste du film. Trois jours d’étalonnage et cinq jours de mixage plus tard, nous avions fini.


4 Diffusion et récompenses


Le film a été terminé fin 2019 et nous avons pu faire une avant-première à la SCAM à Paris dansla foulée. Les festivals ont mis un peu de temps à le sélectionner ce qui fait que, lorsque le film a commencé à circuler, la crise sanitaire était là. Le Faito Doc Festival, le Portland Dance Film Fest, les Escales Documentaires, tous ces beaux festivals se sont faits en ligne sur internet et aujourd’hui encore, je n’ai pas eu l’occasion d’accompagner le film physiquement en salle ni d’échanger beaucoup avec les spectateur.rice.s. La sélection au Prix Unifrance 2020 du court-métrage nous a consolé et ravi ainsi que la diffusion actuelle du film sur la plateforme VOD de documentaires d’auteur.rice.s Tënk. Il accompagne aussi de loin le parcours impressionnant de Jann Gallois qui continue son chemin de danseuse et chorégraphe sur les plus belles scènes d’Europe. Cet été, Jann dansera au Montpellier Danse Festival et le film y sera projeté. Je croise les doigts pour que le film continue tranquillement son chemin.

D COMME DANSEUSE.

A travers Jann. Claire Juge, 2020, 25 minutes.

Un film de danse. Une danse solitaire. Sur le mode entrainement. Des gestes, des mouvements, mille fois répétés, jusqu’à l’épuisement. Une recherche de la perfection. Hors d’atteinte pourtant, tant l’exigence est élevée.

Une danseuse. Solitaire. Tout au long de film, on ne voit qu’elle. On n’entend qu’elle. Une danseuse qui nous offre sa danse, ses mouvements, ses gestes, proches de la perfection.

Un corps de danseuse. Filmé au plus près. En gros plans. En très gros plans même. Des cadrages qui isolent une partie du corps, les mains, les pieds, une aisselle, une cuisse ou plus exactement une partie d’une cuisse, un muscle. Le visage ? Entre-aperçu dans un court mouvement de caméra, partant du sol, pour s’élever le long du corps jusqu’aux yeux, presque. Une maîtrise parfaite du filmage (ce n’est pas étonnant, l’image est faite par Matthieu Chatellier)

Un film donc purement visuel. Qui donne toute sa place à l’image. Qui nous fait savourer l’image. Ces images de corps féminin qui sont autant de tableaux d’une plasticité sidérante.

Mais les images du film vont nous surprendre d’une façon qu’on n’attendait pas. Nous sommes dans un film, nous avons donc affaire à des images animées. Mais est-ce suffisant. La cinéaste, visiblement, n’en reste pas là. Elle va ajouter des animations en surimpression, des coups de crayons, des gribouillages, mais aussi des dessins de silhouette, les contours du corps de la danseuse surtout, qui se détachent de l’image première, qui se superpose à elle, comme un double fugace. Une évanescence insistante pourtant, pour nous donner à voir le corps de la danseuse, non pas sous un autre angle, mais dans un espace second, dédoublé mais fragile, proche de la désagrégation. Des jeux avec la réalité de l’image. Un questionnement sur la nature de l’iconicité.

Et cela correspond – fait écho – au récit que fait la danseuse en voix off. Le récit d’une expérience sensorielle, intense, fulgurante, comme une explosion intérieure soudaine, due à une prise de drogue unique (sous forme d’un gâteau). Une expérience purement artistique et qui donc restera unique. Un bouleversement total de la sensation de son propre corps. Ce corps de danseuse qui peut alors reprendre, poursuivre son travail, ces mouvements qui alors deviennent fluides, et non plus hachés par la répétition. La danse révélée dans sa perfection.

A travers Jann est un film court, mais dense. 25 minutes de pur plaisir visuel.

I COMME IMMORTALITÉ

Immortal. Ksenia Okhapkina, Russie, 2020, 61 minutes.

Le nord de la Russie. Un pays froid, enneigé, constamment enneigé. Une neige qui tombe sans arrêt, ce qui donne bien l’impression qu’elle ne disparaitra jamais. Ce serait donc la neige qui accède à l’immortalité ?

La neige éternelle, ou bien la Patrie. Cette Russie moderne qui ici, dans cette ville construite en lieu et place du Goulag ancien, se donne les moyens d’affronter le temps qui passe et de surmonter ses aléas.

Ces moyens, c’est surtout – et peut-être même uniquement – l’éducation. Dès le plus jeune âge et tout au long de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Les garçons doivent devenir des soldats, être éduqué comme des soldats. Il leur faut savoir marcher au pas, manier les armes, nettoyer les fusils et toujours obéir en tout. Adolescents ils devront être entrainés à la guerre et donc partir en manœuvre dans la neige, sans jamais se plaindre du froid.

Les filles elles, ne deviendront pas des soldats. Il faut féminité garder. Ce sera la danse qui en fera de véritables citoyennes. Une danse où la rigueur – et l’obéissance – l’emporte sur la dimension artistique. Dans le spectacle final, elles sont filmées de dos.

Immortal est un film qui utilise les images dans toute leur force. Force de monstration – de démonstration peut-être, bien que le film n’explique rien. La force de l’évidence en filmant la neige, de jour comme de nuit, et les trains. Beaucoup de trains, lourdement chargés de terre par exemple. Des trains qui se déplacent lentement. Comme les camions et les bus. Ici la vitesse n’a pas sa place.

Il y a dans ces images, surtout celles de nuit, une atmosphère bien particulière, due en grande partie à leur tonalité bleutée. Une atmosphère de froid et d’obéissance. Dans tout le film, il n’y a aucun dialogue. Les seules paroles que l’on entend sont les ordres des instructeurs et les réprimandes – quelques félicitations quand même lorsque l’enfant apprenti tireur réussi à toucher la cible. Il n’y a aucune intimité non plus. Tout est fait pour qu’on ait l’impression de rester à l’extérieur des choses, à l’extérieur des immeubles dont on ne voit que les façades, à l’extérieur de la vie.

Bien plus qu’un long discours, ce film peut être considéré comme une critique systématique du système mis en place. Un système qui sait parfaitement se faire accepter. Dès l’enfance.

Festival International du Film de Femme (FIFF), 2021, Créteil.

A COMME ABECEDAIRE -Wim Wenders

3D

Pina

Allemagne

Viel Passiert: Der BAP Film – Ode to Cologne: A Rock ‘n’ Roll Film

Bausch

Pina

Blues

The Soul of A Man

Brésil

Le Sel de la Terre

Cannes

Chambre 666

Catholicisme

Le Pape François – Un homme de parole

Christianisme

Le Pape François – Un homme de parole

Cinéastes

Chambre 666

Cinéma

Carnets de notes sur vêtements et villes

Tokyo ga

Chambre 666

Nick’s Movie – Lightning Over Water

Cologne

Viel Passiert: Der BAP Film – Ode to Cologne: A Rock ‘n’ Roll Film

Concert

Viel Passiert: Der BAP Film – Ode to Cologne: A Rock ‘n’ Roll Film

Buena Vista Social Club

Cuba

Buena Vista Social Club

Danse

Pina

Festival

Chambre 666

Hommage

Nick’s Movie – Lightning Over Water

Japon

Tokyo ga

Mode

Carnets de notes sur vêtements et villes

Mort

Nick’s Movie – Lightning Over Water

Musique

Viel Passiert: Der BAP Film – Ode to Cologne: A Rock ‘n’ Roll Film

The Soul of A Man

Buena Vista Social Club

Nicolas Ray

Nick’s Movie – Lightning Over Water

Ozu

Tokyo ga

Paris

Carnets de notes sur vêtements et villes

Photographie

Le Sel de la Terre

Carnets de notes sur vêtements et villes

Portrait

Le Pape François – Un homme de parole

Le Sel de la Terre

Pina

Nick’s Movie – Lightning Over Water

Religion

Le Pape François – Un homme de parole

Rock

Viel Passiert: Der BAP Film – Ode to Cologne: A Rock ‘n’ Roll Film

Rome

Le Pape François – Un homme de parole

Spectacle

Pina

Tokyo

Carnets de notes sur vêtements et villes

Tokyo ga

Video

Carnets de notes sur vêtements et villes

Yamamoto

Carnets de notes sur vêtements et villes

D COMME DANSE – Un film en images.

Un jour, Pina a demandé. Chantal Akerman, 1982, 57 minutes.

Une rencontre : Pina Bausch et Chantal Akerman ; la danse et le cinéma.

Un film qui commence comme une émission de télévision, en énonçant ce qu’il faut savoir de Pina Bausch et de son œuvre chorégraphique.

Un film qui est, malgré tout, du cinéma ; un film de Chantal Akerman.

Des répétitions, des extraits de spectacles, dans différents lieux, de Venise à Avignon.

Découvrir la troupe du Tanztheater Wuppertal, ses danseurs venus du monde entier.

Des séances de maquillage, caméra immergée au milieu du groupe de danseuses et danseurs.

Et les questions posées aux danseurs : « c’est quoi l’amour ? »

Un hommage à la chorégraphe, un hommage aux danseurs.

La danse, tout simplement.

A COMME ARCTIQUE

Anerca, le souffle de la vie. Johannes Lehmuskallio, Markku Lehmuskallio, Finland, 2020, 87 minutes.

Ce film est une grande fresque en hommage aux cultures des peuples de l’Arctique. De tous ces peuples des régions froides du nord qui ne connaissaient pas les frontières actuelles, les Chuchki, les Inuits, les Samis principalement.

Le film nous conduit donc de la Russie à l’Alaska, du Canada à la Finlande, à la rencontre, à la découverte, de ces peuples.

Nous rencontrons des hommes et des femmes qui évoquent devant la caméra leur culture, leurs origines et leurs problèmes actuels, la préservation de leur langue en particulier.

A partir d’archives souvent anciennes, ce sont les conditions de vie ancestrales qui sont évoquées. Et aussi les premiers contacts avec les hommes blancs, venus de Russie ou du Canada. Des hommes qui croyaient leur apporter la civilisation et le progrès. Mais qui n’ont fait que mettre en péril leur culture.

Cette culture est essentiellement composée de chants et de danse, qui sont interprétées soit par des femmes et des hommes dans leur appartement soit par des groupes, tous vêtus de leurs costumes traditionnels toujours très colorés. Des performances collectives s’adressant à un public contemporain. Nulle trace ici de folklore destiné à des touristes. A travers danses et chants, on ressent fortement « le souffle de la vie »

Les images renvoient à la vie actuelle, aux activités quotidiennes, la pèche en particulier. Des paysages dans des vues très esthétiques, mais surtout beaucoup d’animaux dans leur milieu naturel, des morses, des ours, des troupeaux de rennes. Même lorsqu’un renne est égorgé, on sent que c’est avec un profond respect de l’animal.

Un film à portée ethnologique, qui sait allier la connaissance et le plaisir visuel.

Visions du réel 2020

A COMME ABECEDAIRE – Laetitia Carton

Amitié

La Visite

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

Edmond, un portrait de Baudoin

Art moderne

La Visite

Bande dessinée

Edmond, un portrait de Baudoin

Consommation

D’un chagrin, j’ai fait un repos

Danse

Le Grand Bal

A COMME ABECEDAIRE – Laetitia Carton

Amitié

La Visite

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

Edmond, un portrait de Baudoin

Art moderne

La Visite

Bande dessinée

Edmond, un portrait de Baudoin

Consommation

D’un chagrin, j’ai fait un repos

Danse

Le Grand Bal

Famille

La Pieuvre

Fête

Le Grand Bal

Handicap

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

La Visite

 Hérédité

La Pieuvre

Langage des signes

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

Maladie

La Pieuvre

Portrait

Edmond, un portrait de Baudoin

Surdité

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

Famille

La Pieuvre

Fête

Le Grand Bal

Handicap

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

La Visite

 Hérédité

La Pieuvre

Langage des signes

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

Maladie

La Pieuvre

Portrait

Edmond, un portrait de Baudoin

Surdité

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd

L COMME LETTRE – à Pina Bausch

Dernière danse, François Zabaleta, 2016, 23 minutes.

Une lettre. Une lettre cinématographique. Et tout de suite une référence s’impose : Chris marker. Pour la première phrase de  Lettre de Sibérie et Sans Soleil bien sûr. Mais aussi d’autres cinéastes, d’autres lettres adressées à des cinéastes. Denis Gheerbrandt  écrit à Johan van der Keuken après la disparition du cinéaste néerlandais ou Patric Jean qui s’adresse à Henri Stork à propos du Borinage, de la misère au Borinage.

Une lettre cinématographique composée comme il se doit d’un texte et d’images. Un texte écrit en première personne et dit en voix off par le cinéaste lui-même. Une voix qui chuchote. Sans éclat. Sans aucune saute ni variation. Un fil continu, ininterrompu. Qui pourrait ne pas s’arrêter. Dont la petite musique continue bien après s’être interrompu. Une voix qui s’adresse à un correspondant absent, invisible, un correspondant qui ne recevra jamais la lettre puisqu’elle est écrite après sa disparition. Une lettre qui de toute façon ne pouvait pas être écrite du vivant de son correspondant. Qui ne pouvait pas lui être envoyée. Qui ne sera donc jamais envoyée. Mais qui deviendra un film.

Une lettre avec des images, en référence à Pina. Paris, place du Châtelet et le théâtre de la Ville où François découvrit pour la première fois la danse de Pina. Puis Wuppertal  où Pina ouvrir ses théâtres et établit sa troupe de danseurs. Une longue promenade dans la ville vue depuis un métro aérien. Puis l’œuvre de Pina à travers les programmes et les affiches de ses créations. D’elle on ne verra qu’une photo, en noir et blanc, prise par le cinéaste et affichée dans son appartement. Et de François qu’une photo de dos. Le film s’achève sur la troupe de Pina saluant le public à la fin d’une représentation. Toute l’émotion du film se condense dans cette image où s’inscrit le générique de fin.

La voix  dit tout de celui qui écrit. Sa lettre est une confession. La rencontre avec l’œuvre d’une danseuse chorégraphe, Pina Bausch, depuis ses débuts jusqu’à sa consécration, 40 ans de carrière, suivie pas à pas. Une œuvre qui attire irrésistiblement, si irrésistiblement  le cinéaste qu’il dit la suivre dans le monde entier, pendant presque 40 ans. Une admiration sans faille.

Le film est donc un exercice d’admiration. En référence à Cioran, à laquelle on peut ajouter Vincent Dieutre. Une admiration que d’aucuns pourraient juger excessive. Mais l’art  n’est-il pas toujours excès ? Et la vie d’un artiste ne doit-elle pas être placée sous le signe de l’hubris ?

« Pina m’a sauvé la vie » dit Zabaleta. Littéralement. On veut bien le croire. Il lui doit d’être devenu cinéaste.

W COMME WISEMAN – La Danse.

Un film en images : La danse, le ballet de l’opéra de Paris, Frederick Wiseman, 2009, 2 heures 32.

Les deux opéras : Le Palais Garnier et L’Opéra Bastille.

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Paris vu des toits de l’opéra Garnier.

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Les danseuses

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Les danseurs

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La directrice (Brigitte Lefèvre)

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L’envers du décor

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Lire l’article sur le film :

https://dicodoc.wordpress.com/2018/01/03/d-comme-danse-wiseman/

 

 

D COMME DANSE – Anna Halprin 2

Anna Halprin. Le souffle de la danse, Ruedi Gerber, USA, 2010, 80 minutes.

« Je vais vous raconter une histoire » Anna Halprin est seule sur scène, à New York, en 2002. Elle a déjà 80 ans, l’âge de pouvoir regarder sa propre vie avec suffisamment de distanciation. Elle esquisse de petits mouvements de danse. De toute façon elle est toujours en mouvement, c’est-à-dire qu’elle danse toujours. Même lorsqu’elle parle, comme ici. Elle raconte une histoire à son public. L’histoire de sa vie. Une vie de danseuse, une vie où la danse est omniprésente, dès les premières leçons à l’âge de cinq ans. Une vie où danse et vie ne font qu’un.

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Les images filmées de cette autobiographie dansée jalonneront tout le film, comme les extraits d’entretiens accordés au cinéaste. Un film autobiographique donc, mais réalisé quand même par un cinéaste qui fait des choix personnels. Et qui a fait un énorme travail de recherche concernant la vie et l’œuvre de la danseuse. Il peut ainsi présenter des photos d’Anna petite fille, dans ses premiers pas de danse. Puis, en les classant par ordre chronologique, des extraits ou des photos des différentes créations de la chorégraphe. Une biographie qui est en même temps une traversée de l’histoire de la danse contemporaine aux USA. A cela s’ajoute les déclarations des membres de la famille, ses deux filles et surtout son mari, qui ont énormément comptés dans sa carrière. Et bien sûr, des entretiens avec ses partenaires de créations, ceux qui l’ont accompagnée dans son aventure artistique (John Graham et A.A.Leath). Tout ceci organisé dans un film dense et riche, qui se déroule de façon limpide, tant la présence de la danseuse s’impose simplement à nous.

Danseuse, chorégraphe, performeuse, le portrait d’Anna Halprin ne serait pas complet s’il n’évoquait pas son travail d’enseignante. Car c’est bien à partir des innombrables ateliers qu’elle  amené tout au long de sa vie, que ce soit avec des enfants très jeunes ou avec des séniors, qu’a pu se concrétiser une pensée de la danse dont l’influence a été déterminante dans le monde de l’art contemporain.

anna halprin 6

Après ce film consacré à la totalité de l’œuvre d’Anna Halprin, Ruedi Gerber réalisa un autre film sur la danseuse, consacré cette fois à une seule performance, son ultime performance peut-être : Anna Halprin et Rodin. Voyage vers la sensualité. Un film qui nous fait redécouvrir le génie de Rodin grâce au travail d’une chorégraphe nonagénaire et de ses danseurs.

 

D COMME DANSE – Wiseman

La Danse. Le Ballet de l’Opéra de Paris,  Frederick Wiseman, France – États Unis, 2011, 146 minutes

En 1995, Wiseman consacre un premier film à la danse (au titre très simple, Ballet) en filmant l’American Ballet Theater. A Paris, en 2011, il filme le ballet de l’Opéra. Un film consacré à la danse, mais aussi à cette troupe unique de danseurs (les étoiles, les premiers danseurs, le corps du ballet) et, comme on doit s’y attendre avec Wiseman, l’Opéra en tant qu’institution artistique dont il aborde tous les aspects du fonctionnement, s’intéressant à tous ceux qui ne dansent pas, mais qui travaillent pour la danse.

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La Danse. Le ballet de l’Opéra de Paris est un film caractéristique de la méthode cinématographique de Wiseman. Celui-ci filme avec une précision quasi maniaque l’ensemble de l’institution, détaillant les bâtiments (le Palais Garnier surtout, mais aussi l’Opéra Bastille) entrant dans les coulisses et auscultant à la lettre leurs entrailles, descendant dans les sous-sols ou même les égouts et montant sur le toit du Palais Garnier pour y découvrir un apiculteur s’occupant des ruches qui y sont installées. Dans le bâtiment il suit les couloirs, monte des escaliers interminables, jette un œil par les fenêtres rondes ornées de la lyre symbolique. L’institution Opéra, c’est aussi l’administration qui la fait fonctionner. Cette dimension est systématiquement centrée sur la personne de Brigitte Lefèvre, la directrice artistique, omniprésente dans les réunions collectives et que l’on retrouve dans nombre de rencontres individualisées, avec des danseuses, des chorégraphes, des maîtres de ballet ou des représentants de l’American Friends of the Paris Opéra and Ballet. Wiseman n’oublie jamais les anonymes sans qui l’institution ne serait pas ce qu’elle est, les couturières et costumières, les maquilleuses et les coiffeuses, les cuisinières et les hommes d’entretien, et même les peintres qui rafraichissent les murs des couloirs. Et puis, pour qu’il y ait un spectacle digne de la réputation de la maison, il y a des répétitions, incessantes, où les danseurs reprennent inlassablement le même geste, le même mouvement d’ensemble pour arriver à la perfection. Enfin, il nous donne à voir de larges extraits des ballets mis au programme de la saison, Genus, Casse-Noisette, Le songe de Médée, Paquita, Roméo et Juliette, La Maison de Bernada Alba, Orphée et Eurydice.

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Comment filmer la danse ? Dans les représentations, Wiseman ne filme que la scène, excluant tout plan du public et ignorant les applaudissements finaux. Il cadre uniquement les danseurs, dans des plans de plus en plus larges lorsqu’il s’agit d’un mouvement d’ensemble et plus seulement d’un pas de deux ou d’un solo. Dans les répétitions, il trouve le moyen de filmer dans le même cadre le danseur et le chorégraphe ou le maître de ballet qui l’observe et le conseille en utilisant souvent le reflet dans le mur de glaces de la salle. Lorsque le chorégraphe est assis dos à la glace, nous le voyons de face et en même temps nous pouvons suivre le mouvement du danseur face à lui. Lorsqu’il s’agit d’un groupe, le plan est souvent fixe, le mouvement des danseurs étant mis en valeur par leurs entrées et sorties du champ. Dans tous les cas, ce sont les corps, les efforts des muscles, qui sont mis en valeur. Pour Wiseman, la danse est d’abord un art physique. Mais l’on sent bien que le mouvement corporel traduit toujours de la pensée. Et c’est cela qui produit de l’émotion.

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Dans tout cela, Wiseman ne donne aucune explication, refusant comme toujours le moindre commentaire. Il ne mentionne ainsi jamais qui est filmé, les danseuses ou les chorégraphes. Il n’indique pas le titre du ballet qui est exécuté, ni son auteur. Bien sûr ceux qui ont assisté aux représentations, ou ont fait un jour ou l’autre partie du public de l’Opéra, ceux-là pourront bien reconnaitre telle ou telle danseuse étoile ou tel ou tel ballet classique. Mais ce n’est surtout pas uniquement à eux que s’adresse le film. Wiseman n’a jamais travaillé que pour un cercle étroit de spécialistes. Il nous donne à voir la danse dans sa pureté, en dehors de toute érudition. Même si un chorégraphe peut souligner la réussite d’un mouvement lors d’une répétition, ou au contraire demander de le reprendre différemment, cela n’aboutit jamais à placer le film dans un registre explicatif ou critique. Comme Wiseman filme simplement les toits de Paris vus en plongée depuis le toit de l’Opéra, ou le ciel rougeoyant, pour rythmer son film, de même il filme les corps dansants sans effets, avec les seules lumières de la représentation, ou de façon totalement dépouillée lors des répétitions. Comme il l’a dit lui-même, son cinéma consiste à « rester les yeux ouverts, pour regarder ce qui se passe devant nous ».

La danse et les chorégraphes :

Anna Halprin

Trisha Brown

Ohad Naharin

Benjamin Millepied

 

 

D COMME DANCE – Trisha Brown

Dans les pas de Trisha Brown. Glacial Decoy à l’Opéra.

De Marie-Hélène Rebois, France, 2016, 1H20.

Décidemment danse et cinéma font toujours aussi bon ménage. Comme ont pu le montrer les grands « classiques » que sont Le Ballet de l’Opéra de Paris de Frederick Wiseman, ou le Pina de Wim Wenders. Mais aussi des films consacrés à des chorégraphes moins connus en France des non- spécialistes, comme l’israélien Ohad Naharin ou Anna Halprin. Et puis l’Opéra de Paris est un lieu qui recèle tant de richesses, aussi bien architecturales que culturelles qu’il ne peut qu’attirer les cinéastes (par exemple L’Opéra de Jean-Stéphane Bron), d’autant plus que son histoire récente a été souvent assez mouvementée (comme le montre Relève de Thierry Demaizière et Alban Teurlai)

Ce nouvel épisode est consacré à l’entrée au répertoire de la célèbre œuvre de Trisha Brown, Clacial Decoy. Une occasion unique de découvrir cette chorégraphe, et danseuse, américaine, décédée en mars 2017.

Le film de Marie-Hélène Rebois n’est pourtant pas directement consacré à Trisha Brown, même si la dimension hommage n’en est pas absente. Mais la cinéaste ne trace pas son portrait, et si le film évoque quand même sa personnalité, c’est plutôt de façon indirecte, dans les propos que peuvent tenir quelques-uns de ces proches, et surtout dans la continuation de son travail, entrepris par deux de ses anciennes danseuses, Lisa Kraus et Carolyn Lucas,  dans le cadre de l’Opéra de Paris.

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Le film est donc une histoire de transmission. Il s’agit de recréer l’œuvre ancienne d’une chorégraphe absente mais dont deux de ses anciennes danseuses vont incarner l’esprit. Une œuvre qui a marqué l’histoire de la danse contemporaine.

Lisa Kraus a une méthode bien particulière pour faire travailler les jeunes danseuses de l’Opéra de Paris qui ont été retenues pour le spectacle. Elle est toujours présente au milieu du groupe de danseuses. Son rôle n’est pas de regarder de l’extérieure et de corriger le moindre geste qui ne lui conviendrait pas. Elle est elle-même toujours en mouvement, répétant inlassablement le même déplacement et entraînant dans son propre élan les danseuses qui ne sont pas considérées comme des élèves mais qui s’approprient personnellement la chorégraphie de Trisha Brown. Et elle les félicite beaucoup créant ainsi un climat de confiance très sensible dans le film.

Il existe une vidéo de Trisha Brown dansant Glacial Decoy et nous en voyons quelques extraits. De bien courts extraits. Car l’accent est plutôt mis sur sa recréation à l’Opéra de Paris. Les mêmes costumes, de longues robes blanches dans du tissu transparent, et une reprise du décor initial dû à Rauchenberg, des photos en noir et blancs d’animaux ou d’objets hétéroclites. Une deuxième vie pour l’œuvre de Trisha Brown qui lui ouvre les portes de l’éternité.

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Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin de Tomer Haymann.

Anna Halprin et Rodin. Voyage vers la sensualité de Ruedi Gerber.

Relève : histoire d’une création de Thierry Demaizière et Alban Teurlai).

L’Opéra, de Jean-Stéphane Bron.

 

O COMME OPERA

L’Opéra, de Jean-Stéphane Bron.

Après La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris, de Frederick Wiseman, après Relève : histoire d’une création de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, l’institution Opéra de Paris se voit avoir en moins de dix ans une troisième fois l’honneur de faire l’objet d’un film documentaire. Il est vrai que les deux premiers ne concernaient que le corps de ballet. Jean-Stéphane Bron, lui, ne se donne pas cette restriction. Son film porte sur l’Opéra de Paris dans son ensemble, c’est-à-dire tout aussi bien la musique et l’art lyrique que la danse. Bien sûr une telle institution, véritable porte drapeau de la culture française (et ce n’est pas un hasard si le premier plan du film de Bron se situe sur le toit du Palais Garnier, au moment où justement deux hommes hissent le drapeau français), mérite tout à fait cette attention. Avec ses deux théâtres, Garnier et Bastille, il reste encore sans doute bien des recoins à explorer. Et puis, sa vie foisonnante connaît bien des rebondissements, en dehors même des créations artistiques. Vus successivement, ces trois films nous offrent un regard des plus pertinents sur ses évolutions, ses difficultés, ses changements – de direction, en particulier en ce qui concerne la danse.

Les premières séquences du film de Bron donnent le ton de ce que sera son film. La réception du Président de la République sur les marches du Palais Garnier, et la soirée de gala qui suit, la conférence de presse pour annoncer la nouvelle saison, ce sera surtout la dimension organisationnelle et les relations avec la presse, et le public aussi, qui seront le cœur du film. Bron nous propose bien des séances de répétition, de l’orchestre et des chanteurs surtout ; il nous montre bien quelques extraits des spectacles, mais beaucoup moins que les deux autres films, la plus part du temps filmés depuis les coulisses. Il s’arrête beaucoup plus sur la préparation des spectacles, par exemple à propos du taureau dans Moïse et Aaron. Du coup, le directeur de l’Opéra occupe une place prépondérante dans le film : conférences de presse (à propos de la démission de Benjamin Millepied de son poste de directeur de la danse en particulier), discussion avec son équipe à propos des négociations avec les syndicats pour éviter la grève, ou pour définir une politique des tarifs des places. Il est sur tous les fronts et le cinéaste n’hésite pas à le filmer en gros plan dans les moments de tension, accentuant ainsi le poids de la charge qui pèse sur ses épaules.

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Mais il y a un autre personnage récurrent dans le film, Micha, un jeune chanteur russe qui est sélectionné pour passer un an à l’opéra de Paris, dans une sorte de résidence d’artiste. Il est lui aussi filmé souvent en gros plan, en  particulier lors des répétitions et du spectacle final où il triomphe. Nous le suivons dans sa découverte de l’institution, des bâtiments, des personnels et des artistes qui font sa vie. Nous partageons son enthousiasme, sa persévérance au travail, ses difficultés et ses doutes aussi. Il y a là un très pertinent contre-point par rapport à la personne du directeur.

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Le film contient deux moments particuliers, qui l’inscrivent dans l’actualité et lui donnent une forte charge émotionnelle. Le premier spectacle donné après l’attentat du Bataclan d’abord, avec le discours du directeur sur la scène en ouverture et la minute de silence qu’il demande en hommage aux victimes. Et puis le concert de fin d’année de cette classe de CM2 qui depuis trois ans apprend la musique ici. Le cinéaste filme surtout ces jeunes noires, timides et réservées, dont on sent que la musique restera une grande partie de leur vie. Il y a là une pratique  éducative, certes exceptionnelle, mais qui montre bien que l’art et la culture est une ressource fondamentale dans l’épanouissement des enfants.

Comme dans le film de Wiseman, nous avons droit à des plans de coupe sur les toits de Paris vus depuis celui du Palais Garnier ou depuis les fenêtres du bureau du Directeur. Nous avons droit aussi, comme chez le cinéaste américain, au travail des femmes de ménage dans les salles de spectacles (dernier plan du film) et de celui des maquilleuses, coiffeuses, repasseuses, bref de tous ces anonymes sans lesquelles les spectacles n’existeraient pas. Mais il a y dans le film de Bron un ton particulier, une touche personnelle au cinéaste qui se concrétise dans l’insistance mise sur les personnes, du directeur au jeune chanteur russe en passant par le chef d’orchestre et les membres du chœur, mais aussi toutes ces femmes qui travaillent en coulisse, pour régler l’entrée en scènes des artistes ou simplement pour tendre un mouchoir en papier à cette chanteuse qui doit effacer sa transpiration avant de revenir devant le public. Une fonction bien banale sans doute, mais filmée avec autant de précision que le pas de deux que Benjamin Millepied montre à ses danseurs.

Filmant la vie de l’Opéra de Paris, Jean-Stéphane Bron n’explique rien, mais nous comprenons tout. C’est là tout l’art du documentariste.

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H COMME HANDICAP PHYSIQUE

Les vies dansent,  Fanny Pernoud et Olivier Bonnet.

Peut-on faire de la danse, ou du cheval avec une seule jambe ? Peut-on être heureuse et épanouie si l’on n’a aucun de ses membres inférieurs ? Peut-on avoir un enfant, être une artiste plasticienne si l’on a perdu un bras et ses deux jambes ? La réponse qu’apporte le film à toutes ces questions est oui. Bien qu’à priori ce ne soit pas si évident que cela.

Le film de Fanny Pernoud et Olivier Bonnet va suivre pendant plusieurs années la vie de trois jeunes filles – Sandra, Neeta et Priscille – si différentes entre elles que rien ne semblait devoir les réunir. Et pourtant elles vont se rencontrer, lier une véritable amitié, tisser entre elles, malgré des vies si différentes, des liens particulièrement étroits. C’est qu’elles vivent avec cette même différence physique par rapport aux autres, une différence bien visible dans leurs déplacements, l’absence d’un ou de plusieurs membres, bras ou jambes, perdus dans un accident qui aura fait basculer leur vie. Comment réagir à ce qui ne peut apparaître que comme une injustice ? Comment ne pas se laisser aller à toute forme de désespoir, de renoncement ? Accepter la différence et le regard que la société porte sur la différence ? Comment entreprendre alors ce long travail de reconstruction qui permettra à chacune de ces trois victimes du sort de ne justement pas se vivre en victime, de pouvoir poursuivre les activités qui faisaient leur vie d’avant, de mener sa vie qu’elles se choisissent vie ?

Le film nous propose donc trois portraits, trois itinéraires, des trajectoires de vie qui finissent par se rencontrer lors d’un stage en Corse, de plongée sous-marine, organisé avec ce but de redonner goût à la vie à ceux que les imprévus de la vie ont laissé leur empreinte dans leur corps. Il s’agit de retrouver confiance en soi et d’expérimenter, au fond de la mer, les potentialités que ces corps meurtris possèdent encore. Et effectivement, elles vont pouvoir poursuivre, reprendre ou découvrir des activités physiques que leur handicap semblait leur interdire à jamais. Des modes de vie qui nous disent clairement que handicap ne veut pas toujours dire limitation, ou restriction, ou même interdiction, de la vie courante, la vie comme les autres la vivent. Sandra reprend l’équitation et la danse. Dans ce domaine, elle obtient même une consécration à laquelle elle n’aurait jamais osé rêver  auparavant, danser en spectacle sur la scène de l’Opéra de Paris. La séquence qui nous montre la préparation et la réalisation d’une danse classique avec une danseuse à qui il manque une jambe est un grand moment de cinéma – et de danse !

Le film regorge de ces moments d’activités où nos trois personnages accomplissent de véritables exploits, artistiques ou professionnels, mais qu’elles ne vivent justement pas comme exceptionnels. Elles prétendent au contraire vivre comme les autres – et les progrès au niveau des prothèses qui leur viennent en aide sont parfaitement étonnants. Et puis, surtout, elles acceptent leur différence. Et elles incitent les spectateurs à en faire autant. Rares sont les films Qui œuvrent avec une telle force dans ce sens.

D COMME DANSE (Millepied)

Relève : histoire d’une création, un film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai

Ce film peut être perçu comme la suite de celui que Frederick Wiseman a consacré au ballet de l’opéra de Paris (La danse, le ballet de l’opéra de Paris, 2009 ). Et précisément, il se situe au moment où Benjamin Millepied vient d’être nommé directeur de la danse à l’opéra de Paris, succédant à Brigitte Lefèvre qui occupait ce poste du temps du film de Wiseman. Changement de direction : rupture ou continuité ? Qu’est-ce qui change – ou peut changer ? Dans l’institution. Mais aussi qu’est-ce qui peut être identique – ou différent – dans la façon de filmer la danse et les danseurs ?

En fait le film consacré à Benjamin Millepied montre assez peu sa façon de diriger le corps de ballet de l’opéra. Il se centre beaucoup plus sur son travail de chorégraphe, puisque, comme son titre l’indique, le film suit pas à pas la création de son premier ballet à l’opéra Garnier, “Clear, Loud, Bright, Forward”, ballet qui sera le seul que Millepied montera en tant que directeur de la danse puisqu’au moment où nous voyons le film – et le carton final le précise – nous savons qu’il a démissionné de son poste de directeur, et ce, quatre mois après sa nomination. Nous pouvons alors voir le film en essayant de comprendre le pourquoi d’une si brusque décision. Et donc de comparer les modes de management des deux directions successives. Dans le film de Wiseman, Brigitte Lefèvre est très présente, même si le cinéaste ne centre pas explicitement son regard sur elle. Nous la voyons partout dans l’opéra, en réunion beaucoup ou recevant des journalistes ou des associations étrangères amies. Elle traite des problèmes financiers ou de personnel. Mais comme toujours chez Wiseman, ke cinéaste ne donne pas une analyse de son rôle et de la façon dont elle remplit sa mission. Il laisse le spectateur construire sa propre vision de la façon de diriger une telle institution. Le film de  Thierry Demaizière et Alban Teurlai  prend beaucoup plus explicitement position. Benjamin Millepied évoque ce qu’il a l’intention de faire évoluer. Il critique la structure pyramidale du corps de ballet, la rivalité instaurée entre les danseurs selon leur place dans la hiérarchie. Une hiérarchie trop pesante, véritable obstacle selon lui à la création. Est-ce cela qui le poussa à la démission ? Le film n’évoque pas les moyens que ce jeune directeur pense mettre en œuvre pour bousculer ce fonctionnement traditionnel de la maison. Il esquive quasiment le problème, même s’il esquisse un film dans le film, non plus un film sur la danse, mais un film sur un corps de ballet, prestigieux, mais qui peut aussi connaître des crises.

Benjamin Millepied est d’abord un danseur et un chorégraphe et le reste en prenant place dans le fauteuil de directeur. C’est là que réside l’originalité du film qui lui est consacré. Un film qui plonge dans l’aventure de la création. Depuis le moment où Benjamin reçoit la partition de la musique sur laquelle il composera son œuvre, jusqu’à la représentation de la première. Une véritable course contre le temps, que le film amplifie d’ailleurs en affichant systématiquement le compte à rebours, en passant par les innombrables répétitions, la création du décor et des costumes, la mise en place de l’orchestre… Le film n’ignore aucun des aspects qui interviennent dans la réalisation du spectacle. Un souci d’exhaustivité qui n’est pas sans rappeler Wiseman.

Mais le film de  Thierry Demaizière et Alban Teurlai est aussi le portrait d’un artiste. C’est l’acte même de création qui nous est montré, filmé au plus près. Nous entrons dans l’intimité du chorégraphe. Certes, il le montre aussi parcourant tous les étages du palais Garnier, et la façon dont son assistante passe son temps au téléphone pour essayer de le trouver, ici ou là, donne au film une touche d’humour assez subtile.       Il le montre aussi en discussion avec les accessoiristes, ou les créateurs des costumes ou avec le chef d’orchestre. Mais c’est véritablement dans son rapport avec les danseurs lors des répétitions que se situe le point fort du film. Un rapport fait de confiance. Millepied encourage sans cesse ses danseurs, les félicite pour leur travail même lorsqu’il leur fait reprendre un mouvement qu’ils viennent d’exécuter. Le film le montre soucieux de la bonne santé de chacun et lorsqu’une danseuse lui parle de sa douleur au pied, c’est lui qui commence un massage. Bref, si la tension monte au fur et à mesure que la date de la première approche, la création du ballet se fait dans l’ensemble dans une atmosphère plutôt détendue, presque bon-enfant. Il y a là sans doute un effet voulu par les réalisateurs du film. L’incipit montrait d’ailleurs la salle comble lors de la première en présence du Président de la république. Le suspens qu’essaie de créer la construction du film est un peu factice. Il n’y a pas de doute à avoir. Dès le début on sait que le ballet ne peut qu’être un triomphe.

Reste que le film réussit à nous faire savourer le spectacle de la danse. Essentiellement d’ailleurs dans l’utilisation de gros plans dans les mouvements d’ensemble en particulier, en focalisant notre regard sur les jambes des danseurs. La caméra nous montre leur art comme aucun spectateur dans la salle ne peut le voir. Même si cette vision reste fugace. Le film n’est pas une captation du spectacle. Mais comme celui de Wiseman, ou aussi celui de Wim Wenders sur Pina Bausch, il contribue à nous faire aimer la danse.

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D COMME DANSE ( Anna Halprin)

D COMME DANSE ( Anna Halprin)

Anna Halprin et Rodin. Voyage vers la sensualité. Un film de Ruedi Gerber, Suisse, 2015, 62 minutes.

 Les danseurs sont dispersés dans la forêt. Les corps nus se mêlent aux troncs des arbres, deviennent branches. Une performance où les spectateurs eux-mêmes sont comme perdus dans le sous-bois. Et le montage alterne les gros plans sur les corps des danseurs et les statues de Rodin filmées en gros plans dans le musée qui est consacré au sculpteur à Paris. Une rencontre entre la danse et la sculpture, une confrontation surprenante au premier abord. Le mouvement d’un côté, l’immobilité de l’autre. Mais la danse peut très bien figer les corps et le cinéma animer les statues. La fugacité, l’évanescence côté danse, la pérennité, l’éternité, côté statues. Mais là aussi le filmage – et  surtout le montage – arrive à opérer une quasi fusion. Les danseurs deviennent des statues, sculptures vivantes, insufflant la vie aux œuvres de Rodin, ou plutôt montrant concrètement que ces œuvres sont vivantes, qu’elles ont toujours été vivantes, animées, c’est-à-dire pourvues d’une âme.

         Dans le film de Ruedi Gerber, cette performance occupe la longue séquence finale, nous faisant participer au spectacle tant les cadrages sont évocateurs et le montage toujours signifiant. Le film, pour nous conduire là, dans cette forêt, nous a montré la préparation, un stage mené par la chorégraphe aux vertus pédagogiques évidentes, sur une plage de Californie où le sable, les rochers et les vagues sont les éléments où les corps des danseurs peuvent se fondre, et les images allant des uns aux autres constituent elles aussi une très créative chorégraphie.

         Un film qui nous fait redécouvrir le génie de Rodin grâce au travail d’une chorégraphie nonagénaire et ses danseurs. Un film qui est tout à la fois danse et sculpture !

          Sur la danse voir

D COMME DANSE (Pina Bausch) D COMME DANSE (PINA BAUSCH)

D COMME DANSE (Ohad Naharin)  D COMME DANSE (Ohad Naharin )

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