Que la montagne est belle.

Au-delà de Katmandou. Alexander Murphy, Népal-France, 2025, 90 minutes.

Un film documentaire peut-il reposer uniquement, ou presque uniquement, sur la beauté des paysages sans devenir un simple film touristique. C’est la question que pose le film d’Alexander Murphy. Au-delà de Katmandou.

Il est vrai qu’ici, les paysages sont « grandioses », adjectifs qu’on ne peut éviter. Il s’agit de l’Himalaya, au Népal, et effectivement, on en prend plein les yeux. Des plans d’ensemble révélant l’immensité des montagnes. La profondeur des vallées. L’inaccessibilité des sommets. Des sommets pas toujours enneigés mais toujours vus en arrière-plan lorsqu’on se rapproche un peu des personnages. On ne peut nier la rigueur du filmage. S’il s’agit de nous immerger dans ce paysage lointain, quelque peu mythique, « le toit du monde », on peut dire que c’est réussi. Sur grand écran, sans contestation possible, les montagnes vues à 5000 mètres d’altitude sont de toute beauté.

Le film comporte bien un argument narratif avec des personnages et une progression du récit. Ce qui lui permet de ne pas en rester à une simple dimension touristique. Il s’agit de l’excursion de deux sœurs, Jamuna et Anmura qui partent de Katmandou pour rejoindre, plus haut dans la montagne, le village où vivent leurs parents. De là, elles vont avec leurs mères partir en haute montagne à la recherche du yarsagumba, une racine aphrodisiaque qui vaut de l’or. On assistera donc à cette récolte traditionnelle qui, vue de notre zone de confort européenne, ne peut que nous surprendre et donc nous dépayser. Ce qui, avec la beauté des paysages, constitue un des buts du film.

Mais le film a aussi d’autres éléments, d’autres problèmes plus sérieux. L’importance des traditions dans la société, les relations entre les deux sœurs, la relation avec la mère, l’aspiration à mener des études pour la jeunesse, même si pour cela il faut partir loin de sa famille et de son pays. Bref, un film qui ne repose pas uniquement sur la beauté des images. Un film de réflexion en somme, dans la mouvance du documentaire d’auteur.

Ainsi, si filmer la montagne constitue bien l’attrait premier du film, celui qui peut lui assurer son public, cela ne réduit nullement la portée du film qui se révèle au fond une réflexion sur la destinée de ces deux jeunes filles dont les conditions de vie sont en soi particulièrement difficiles.

Avatar de jean pierre Carrier

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Laisser un commentaire