Cinéaste orphelin.

La vie après Siham. Namir Abdel Messeeh, France-Égypte, 2025, 76 minutes.

Voici un film banal, pourrait-on dire au premier abord. Il ne cherche nullement le spectaculaire. Pas même l’exotisme. Malgré les séquences tournées dans un village reculé en Égypte.  D’ailleurs, l’Égypte n’est pas le sujet du film. Pas plus que Paris, où les parents du cinéaste ont immigré et ont donc vécu là une partie de leur vie.

D’après le titre, le sujet du film semble aller de soi. Il s’agirait de rendre compte de l’absence de la mère emportée par un cancer. Sans elle, que vont devenir Namir, le cinéaste son fils, et le père de ce dernier ? Namir tout particulièrement, qui se découvre orphelin. Comment va-t-il vivre ce vide ? Car bien sûr, la vie continue sans la mère. Une vie qui, au fond, n’est pas différente de celle d’avant. Sauf qu’il va être possible maintenant de fouiller dans les affaires personnelles de la défunte. Ses lettres, ses photos, les traces de sa vie.

Le film peut alors se lancer dans la reconstitution de l’histoire familiale, le mariage de Siham. L’immigration à Paris, la naissance de Namir et quelques autres petits événements de la vie. Qu’on aurait bien pu oublier. Dans ce récit historique qui tient la première place ? La mère, puisqu’il s’agit de lui rendre hommage ? Le père, puisqu’il est seul maintenant. Et que, comme il le dit lui-même, sa disparition n’est qu’une question de temps. Mais le centre du film n’échappe il pas au fond au couple parental ? Le véritable personnage principal du film n’est-il pas en réalité le cinéaste lui-même, ce fils qui souffre du deuil de sa mère et qui manifeste son amour filial pour ses parents ?

Mais surtout, ce film est si ce fils est cinéaste. Il ne se comporte certes pas comme un héros de cinéma. Mais n’est-il pas malgré sa banalité Le véritable sujet du film avec sa passion du cinéma. Avec sa compulsion à filmer. Au point qu’il semble ne pouvoir vivre, après Siham comme avant, sans caméras. A-t-il vraiment besoin d’un prétexte pour se lancer dans la réalisation de de ce film ? La promesse à sa mère lors du premier film qu’il a réalisé (La Vierge, les Coptes et Moi, 2012) A-t-il besoin du prétexte de filmer ses parents, son père vivant et sa mère morte, pour se filmer lui-même ?

Car en définitive cette Vie après Siham ressemble plus un journal intime filmé qu’à une saga familiale. La tentative de construire un film à partir des archives familiales a tourné court. Que reste-t-il alors, si ce n’est le cinéaste comme alors le cinéma le cinéaste. Et le cinéaste seul avec ses peines ou ses joies, avec ses doutes, ses hésitations, mais surtout avec son envie de faire du cinéma, son besoin de cinéma pourrait-on dire. Et c’est sans doute à cela que l’on reconnaît un vrai cinéaste. Ce moment où il ne reste plus pour faire un film qu’à se filmer soi-même.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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