A propos de Orwell 2+2=5
Il y a trois ans à peine, lorsque Universal Pictures nous a proposé les droits exclusifs de l’ensemble de l’œuvre de George Orwell, une question s’est immédiatement posée : pourquoi Orwell ? Pourquoi maintenant ? Aujourd’hui, nous avons la réponse. Il a tout vu. Tout analysé. Tout prédit. Il est presque ironique de constater à quel point, dans un monde déjà bouleversé, chacun cherche désormais à se réclamer de lui.

À l’époque, j’avais interrogé deux de mes amis écrivains – parmi les plus respectés et reconnus – sur Orwell. Leur réaction mêlait enthousiasme et agacement contenu. Je ne m’y attendais pas Cela n’a fait qu’aiguiser ma curiosité. Des exaltés à l’extrême gauche. Des voix en colère à l’extrême droite. Et tant d’autres, entre les deux. Il est salué comme un prophète de l’apocalypse. Accusé d’avoir trahi les idéaux socialistes. Diabolisé comme un colonisateur. Instrumentalisé par des néo-conservateurs en quête de légitimité. Vénéré comme un messie par ceux qui recherchent une foi aveugle. Et pourtant, il demeure singulier, à la fois intransigeant et indomptable. Un visionnaire. Un anarchiste sous couverture. Un journaliste lucide au cœur tendre. Un romancier qui révèle le monde tel qu’il est. Orwell. Son nom est devenu un adjectif extrêmement évocateur – « orwellien » – pour désigner les mécanismes autoritaires et les mutations de notre monde contemporain : surveillance, censure, corruption politique, fausses informations, luttes des classes, séductions du pouvoir, double pensée, algorithmes, drones, guerres permanentes, distraction érigée en forme ostensible de répression moderne. Ses formules littéraires et ses idées sont partout, reprises telles quelles ou sous de nouvelles déclinaisons : « Big Brother », « Police de la pensée », « Deux minutes de la haine », « trou de mémoire », « novlangue », « double pensée », « non- personne », ou encore « crime par la pensée ». Il est désormais partout autour de nous. En ces temps d’incertitude, près d’un siècle plus tard, le moment est venu de confronter le mythe à la réalité, à la lumière d’un péril aussi manifeste qu’imminent – un monde où 2 + 2 égalent définitivement 5.
