A propos de Les Saisons.
Les Saisons est un film archéologique. Il explore les paysages, les voix et les gestes des habitants de l’Alentejo afin de mettre au jour les vestiges d’une histoire commune, marquée par les guerres et les révolutions, la peur et la résistance, la permanence et la métamorphose.
Tout a commencé par un article de journal intitulé : “Nas antas do Alentejo já se falou alemão” (“Dans les dolmens de l’Alentejo, on parlait autrefois allemand ”). Des photographies des années 1940 montraient deux archéologues allemands, mari et femme, allongés sur le ventre sous des monuments mégalithiques. Ils s’appelaient Georg et Vera Leisner et, à l’époque, ils menaient des recherches sur les monuments funéraires préhistoriques. Pionniers de l’histoire de l’archéologie portugaise, les Leisner se sont attelés à la tâche de dresser le premier inventaire des monuments mégalithiques de la péninsule ibérique. Ils se sont concentrés sur la période néolithique, en particulier sur le moment où l’Homme est devenu sédentaire et sur les débuts de la transformation de l’espace en territoire. En 1943, la guerre les a contraints à rester au Portugal, leur maison à Munich ayant été détruite par les bombardements. L’article de journal annonçait la publication des archives complètes du couple, je me suis donc rendue à la bibliothèque pour les consulter. J’y ai trouvé des dizaines de dossiers contenant des carnets de terrain, des photographies, des dessins et des lettres. J’ai été particulièrement frappée par leur correspondance avec des amis et des collègues qui décrivaient les bombardements alliés sur les villes allemandes. Cela me donnait le vertige de penser qu’au moment même où les Leisner travaillaient sur les monuments funéraires des débuts de la civilisation européenne, le continent était ravagé et traversait l’une des pires crises de l’histoire de l’humanité.
Je me suis rendue dans l’Alentejo pour suivre les traces des Leisner, visiter les dolmens et découvrir par moi-même les paysages de la région. Je voulais trouver un moyen de réunir dans un même plan le présent, le passé récent du XXe siècle et le passé lointain de la préhistoire européenne. En bref, je voulais voir comment réaliser un film sur l’archéologie, non pas au sens scientifique, mais au sens formel, et explorer comment le cinéma peut voyager à travers différentes strates du temps et de la mémoire à partir d’un seul et même lieu. Au cours de mon voyage dans la région, j’ai rencontré ses habitants : archéologues, bergers, apiculteurs, poètes et ouvriers agricoles issus de l’époque des grands domaines de la dictature. J’ai passé du temps avec eux et les ai écoutés me raconter leurs souvenirs, leurs imaginations et les histoires imprimées dans le paysage. Peu à peu, un territoire a pris forme. Ce film dépeint ce paysage changeant, transformé par les gens, par ce qu’ils ont construit et par ce qui a été détruit, et à travers leur expérience et leur imagination
