D COMME DIALOGUE – Pierre Oscar Lévy.

 En réponse au post « A comme Archéologie – filmique », voici les remarques que nous a envoyées Pierre Oscar Lévy.

« 1- je vous trouve un peu sévère et quelque fois un peu  faux

Votre formule «  un petit air scientifique » pour qualifier  l’idée d’Olivier Weller à propos  de la fouille, est  tout à fait face, parce que c’est un vrai enjeu, important pour l’archéologie contemporaine, et probablement à la suite de cette fouille et du film qui modestement l’accompagne, le regard sur cette véritable discipline va changer.

2- Petite précision, le film  (le mien) a été filmé dans le domaine du château de Neuville surtout dans la forêt et pas seulement dans la ferme.

3- Je n’ai jamais eu l’intention de faire « une parodie » mais bien au contraire montrer vraiment ce qu’est le travail scientifique qui est souvent proposé uniquement d’un point de vue de com…et donc vous me prêtez une intention que je n’ai jamais eue… Pour moi les recherches sont intéressantes par l’étude des méthodes et pas par les résultats qui ne sont jamais (sauf pour la communication) clos.

4- Et donc l’humour, pour moi, est une seconde nature pas une manière de prendre de la distance, j’aime ces personnes qui me font confiance et qui acceptent la caméra, ma fantaisie et  ma mise en scène met en valeur leur fantaisie qui est trop souvent niée au jour d’aujourd’hui.

5 – Les jeunes filles qui travaillent bénévolement comme Olivier Weller (lui à son poste) sont de vraies groupies.

6 – Vous avez le droit de penser ce que vous voulez du film et de le critiquer à loisir, mais je ne pose jamais la question « pressante » à propos de l’utilité de la fouille, c’est vous qui posez la question.  Le film, au bon moment, je le crois, y répond avec les interventions du formidable Jean-Paul Demoule… Je crois – sauf votre respect –  que vous avez une vision erronée, non du film (chaque spectateur voit le film comme il veut) mais des sciences, et qu’au nom de cette vision biaisée vous me prêter des idées que je n’ai absolument pas.

7 – Mon film ne cherche pas à donner des « connaissances » ni sur le film de Demy, ni sur aucun autres des sujets qu’il aborde, je fais un film, pas un travail d’érudition.

8- Je  propose, comme vous le notez justement, de bousculer un peu le spectateur pour l’étonner, l’amuser et l’émerveiller. Bref je me bats depuis des dizaines d’années pour dire une chose simple la culture c’est de la jouissance pure.

9- Pas de jeu futile ni des scientifiques ni de mon point de vue.

10 – Je n’ai pas voulu que le film « prenne une tournure traditionnelle » ni donner la parole à des « spécialistes » mais au contraire travailler le genre, et mimer en les transformant les entretiens traditionnels -c’est là où votre billet semble indiquer mon échec  éventuel.

La spécialiste de la tradition orale joue effectivement un autre rôle que le sien, elle devient critique de cinéma en expliquant combien Demy  a compris parfaitement la structure des contes.

Myriam Tanant qu’Olivier rencontre à propos des origines du conte de Perrault, et de la question de la traduction, permet de proposer l’expérience de la tradition orale parce qu’elle raconte génialement le conte qu’elle a traduit du napolitain…

Chaque intervention des « spécialistes » est ainsi déplacée pour faire plaisir et pour alimenter mon conte qui n’est pas un récit classique.

11 – Si je cite le film d’Agnès Varda avec un « court »  extrait, ce n’est pas pour laisser la « propriété «  à son auteur,  c’est parce que je ne cite que la séquence qui correspond au lieu visité par nos archéologues. S’ils avaient fouillé Chambord, j’aurais pu utiliser le film super 8 plus longuement. De plus ce « petit » extrait est pour moi utile à plus d’un titre pour présenter Rosalie Varda comme personnage dans Peau d’âme.

Je suis parfaitement d’accord sur votre conclusion qui prouve bien que (malgré mes précisions que je vous livre pour participer à votre travail)  vous avez globalement tout à fait bien ressenti mes intentions, notre débat porte sur votre vision des sciences et mon point de vue là-dessus.

Je crois que le film à d’autres dimension, on pourrait parlé de « mon » féminisme, de l’hommage que je rends à ses femmes qu’on écoute plus, de la dimension écolo, de l’universalité des histoires qui font parties du patrimoine de l’humanité et pas du tout d’une culture dite nationale etc… etc…

Je note que vous ne dites rien, peut-être pour ne pas dévoiler la fin, de la grotte Chauvet.

Je vous remercie pour vous être penché sur mon (notre) travail et ne prenez pas mal mes précisions qui ne sont là que pour vous éclairer et débattre avec vous

Je pense personnellement qu’un spectateur peut réinventer totalement un film et le voir comme il l’entend, ce film, en particulier ne m’appartient plus, il est – comme vous l’avez démontré, tout à vous, et à chacun. »

 

E COMME ENTRETIEN – Pierre Oscar Lévy

A propos de Peau d’âme.

1 Quelle importance a pour vous le film de J Demy Peau d’âne

Pierre Oscar Lévy :

Comme je l’ai dit au cours de l’ITW hier à TV5.

Quand le film de Jacques Demy est sorti, j’avais 15 ans, et à mon époque, un adolescent ne devait pas s’intéresser aux contes de fée, il fallait absolument aller voir les films de Godard mais pas les films de Demy…

Depuis j’ai grandi, et Jacques Demy est un cinéaste qui compte, il est comme moi d’extraction populaire et je crois comme lui qu’il faut se souvenir de sa créativité d’enfant.

peau d'ame 8

2 Comment avez-vous travaillé avec L’archéologue Oliver Weller pour la réalisation de votre film?

Pierre Oscar Lévy :

Quand je fais un film documentaire souvent je travaille à partir des connaissances, des écrits ou de l’œuvre des personnages que je filme.

Quand j’ai réalisé en 1989, mon premier 52 mn j’ai filme Boulez donnant une sorte de Master class, et nous en avons parlé 8 mois avant pendant à peine un quart d’heure, le tournage n’a duré qu’un seul jour et je lui ai à peine parlé, tout le documentaire ne s’appuie pourtant que sur lui et son discours. Avec Olivier c’est une histoire amicale avant tout, il avait un projet, une connaissance scientifique que je n’avais pas, et je me suis greffé sur son envie de faire cette chose bizarre, ensuite parce qu’il était ami d’enfance de Vincent Gaullier, il y a eu une confiance immédiate, j’ai écrit le film de mon côté en m’appuyant sur toute la documentation qu’Olivier me proposait, il m’a indiqué des scientifiques à rencontrer, je lui en ai proposé d’autres et nous avons fait semblant pendant tout le film qu’il découvre pour la première fois, les situations et les personnes… et nous nous sommes bien amusés (d’ailleurs cela se voit dans le film. Il est rare d’avoir des scientifiques qui acceptent de se montrer quand ils cherchent, se trompent ou échouent, il est rare d’avoir des scientifiques qui chantent et se laissent quelquefois diriger sans savoir de quoi il retourne… Toute l’équipe des archéologues a été amicale, originale, généreuse et talentueuse.

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3 « la fouille archéologique d’un lieu de tournage d’une œuvre cinématographique » a-t-elle à vos yeux un avenir devant elle?

Pierre Oscar Lévy :

C’est surtout l’archéologie contemporaine qui a un grand avenir, mais effectivement, il existe des lieux de tournage qu’il serait intéressant de fouiller et il serait intéressant de filmer ce travail, si vous avez un exemple ou des sujets à me proposer, je suis preneur… Rosalie Varda, qui a joué dans le film de son père et qui nous a beaucoup aidés pour Peau d’âme, elle a tout de suite déclaré que c’était une bonne idée et qu’il faudrait produire d’autres films de ce genre.