B COMME BIO-FILMOGRAPHIE – Miguel Moraes Cabral

Miguel Moraes Cabral est réalisateur et ingénieur du son. Diplômé par l’école de cinéma de Lisbonne, il se spécialise en son lors d’un échange universitaire à l’école Louis-Lumière. Em 2016, il est membre-artiste de la Casa de Velázquez à Madrid. Il a collaboré sur le son direct ou la post-production de films de nombreux réalisateurs dont notamment Pedro Costa, Sandro Aguilar, Laís Badanzky, Alain Raoult, Marie Losier.

Il a été selectionné par le Berlinale Talent Campus au festival de cinéma de Berlin.

Son court-métrage, O Homem de Trás-os-Montes a eu sa première au festival internationnal de Locarno. Il Sogno Mio d’Amore est son dernier film, coreálisé avec Nathalie Mansoux, produit par O Som e a Fúria et montré dans les cinémas au Portugal en décembre 2019.

Pendant cinq ans, il a fait partie du comité de sélection de court-métrage au festival Indielisboa. Il est professeur invité à l’université FCSH – Faculdade de Ciências Sociais e Humanas.

Formation_

2008           Diplôme Escola Superior de Teatro e Cinema (Portugal)

2007           École Nationale Supérieur Louis-Lumière.

2002-2004 DEUG Arts du Spectacle, Paris – Nanterre.

1995 -1999 Conservatoire de musique, Lisbonne.

Réalisation_

2020           Les larmes ou la fin de l’innocence (fiction, 16’)

                   En developpement.

                   Best Project Award du Doclisboa/Arché, Lisbonne

2019           Il Sogno Mio d’Amore (documentaire, 100’)

                          Produit par o Som e a Fúria, avec l’aide de l’ ICA

                          Première dans les cinémas en décembre 2019

2017           O Homem de Trás-os-Montes (ficção, 30’)

Produit par Garden Films, avec l’aide de l’ICA et de la GDA.

Festivais: Locarno Festival, IndieLisboa ; VistaCurta; Há Filmes na Baixa! ; Curta’Arruda ; Festival International du Film Indépendant de Bordeaux – FIFIB ; FIKE – Festival Internacional de Curtas Metragens ; Panorama Internacional Coisa de Cinema ; Shortcutz Vila Real ; Cork Film Festival ; Caminhos do Cinema Português ; Prémio Atores de Cinema da Fundação GDA ; Mostra de Cinema Português em Macau ; Cine Eco Seia – Festival ; Internacional de Cinema Ambiental ; Brest European Short Film Festival ; Plateau – Festival Internacional de Cinema ; MicroCinema: Short Films from Portugal ; Santacurtas ; Mostra de Cinema Português – Vila Franca de Xira ; Dili International Film Festival

2013           Os caminhos de Jorge (doc, 63’)

Produit par Leila Films et Quilombo Films, avec l’aide du CNC, de la SCAM et du CBA.

Festivals: Doclisboa 2013, mention du jury; Festival de Turin 2013 (Italie) ; La Première Fois, 2014 (Marseille) ; Panorama 2014 (Lisboa) ; Centro Cultural da Malaposta ; Millénium Film Festival, 2014 (Bruxelles) ; Krakow Film Festival 2014 (Pologne) ; Biografilm festival 2014 (Best of festival, Italie) ; Theatro Circo, 2014 (Braga) ; S.C.A.M, 2014 (Paris) ; Traces de Vies, 2014 (Clermont-Ferrand) ; Camerimage 2014 (Pologne) ; Week end du doc (Bruxelles) ; Há filmes na baixa (Porto) ; Doc Alliance (web) ; Encontradouro 2015 ; Quinzaine du cinéma portugais 2015 (Strasbourg) ; XIX Rencontres autour du film ethnologique (Grenoble) ; Cineteca – Matadero (Madrid) ; Viva Villa, école du Louvre 2016

2009           Equilíbrio Justo (Ficção, 15’)

                   Produit par Os Filmes do Caracol.

                                                                                                                    Festivals: Doclisboa 2009 ; Black and White (Porto) 2010 Festival international de Mohammedia, Grand Prix (Maroc)

Son direct et/ou post-production_

2020   Encontro, de François Manceaux, produit par Maria&Mayer

(long-métrage de fiction en post-production)

         Arrais do Mar, de Elisa Celda (IDFA, Documenta Madrid 2020)

2019  Rêves de Jeunesse de Alain Raoust (Acid Cannes 2019)

          Nha Mila de Denise Fernandes (Locarno 2020, nommé aux European Film Awards)

          Raposa de Leonor Noivo (FidMarseille 2019)

         Hasta que el sol se muere de Claudio Carbone (Doclisboa)

Bruno Aleixo, o filme (première dans les cinémas en janvier 2020)

Viveiro de Pedro Filipe Marques (Doclisboa 2019)

2018 Mariphasa de Sandro Aguilar (Berlinale 2018)

         A Portuguesa de Rita Azevedo Gomes (Berlinale 2019)

         Pedro, de Laís Bodanzky (Long-métrage en post-production)

2017 Dom Fradique de Nathalie Mansoux (Doclisboa 2017)

Um animal amarelo de Felipe Bragança (Roterdão 2020)

Sara F. de Miguel Fonseca (Oberhausen)

Antão o invisivel de Maya Kosa e Sérgio da Costa (Visions du Réel)

Treblinka, de Sérgio Trefaut (Visions du Réel)

2015 L’oiseau de la nuit de Marie Losier (Berlinale 2016)

Alentejo, alentejo de Sérgio Trefaut (Indielisboa 2014)

Terezin de Daniel Blaufuks (Museu do Chiado)

2014 Carmona tiene una fuente de António Trullen , (BAFICI 2016)

2012  Deportado de Nathalie Mansoux (Doclisboa 2012, cinéma du Réel 2013)

  A Raia de Ivan Castiñeiras (Doclisboa 2012)

         La fille aux cheveux rouges,de Catherine Boutaud (Indielisboa2012)

2011  Praxis de Bruno Cabral (Doclisboa 2011)

O silêncio de dois sons de Rita Figueiredo (Roterdão 2012)

2010  A linha vermelha de José Filipe Costa (Indielisboa 2011)

2009  Ne Change Rien de Pedro Costa (Cannes 2009)

Perdida Mente de Margarida Gil

2008  Bab Sebta de Pedro Pinho et Frederico Lobo (FIDmarseille)

Via de Acesso de Nathalie Mansoux (IndieLisboa 2008)

B COMME BIO-FILMOGRAPHIE – Nathalie Mansoux

Née le 22 avril 1974

nathalie.mansoux@gmail.com

Nathalie Mansoux est auteure-réalisatrice de films. Elle a suivi des études d’ethnologie à Paris X – Nanterre et à l’I.S.C.T.E., à Lisbonne, où elle travaille depuis 2001. Elle a réalisé trois longs-métrages documentaires, Il Sogno Mio d’Amore (2018, coréalisé avec Miguel Moraes Cabral), Deportado (2012) et Via de Acesso (2008), ainsi qu’un moyen-métrage de fiction, Dom Fradique (2017). Ses films ont circulé et ont été primés dans des festivals internationaux, notamment au Cinéma du Réel, FidMarseille, FICCO (Mexique), DocLisboa et IndieLisboa (prix du meilleur long-métrage national pour Via de Acesso).

À travers ses films, elle cherche à mettre en lumière, par l’anthropologie et la cinématographie, le vécu de ses personnages dans l’espace-temps transitoire pendant lequel un territoire, géographique et personnel, se transforme en un autre territoire, empreint d’autres valeurs, concrètes et symboliques. Parallèlement à son travail de réalisation, ancré dans le réel, elle s’est initiée à l’écriture fictionnelle et travaille comme formatrice d’ateliers d’écriture et de réalisation en France et au Portugal, notamment avec la Cinémathèque française et la Cinémathèque portugaise.

Auteure-réalisatrice / documentaires de création

Il Sogno Mio d’Amore (doc., 100’, 2018) — Coréalisation avec Miguel Moraes Cabral — Produit par O Som e a Fúria, Portugal.

Soutien financier : Institut de cinéma et de l’audiovisuel portugais.

Sortie en salles de cinéma au Portugal (Lisbonne, Coimbra, Porto)

Festival : Doclisboa 2018

Dom Fradique (fiction, 40’, 2017) – Coproduit par C.R.I.M., Portugal, et Les Films Grain de Sable, France.

Projet développé au Centre européen de formation à la production de films et lors d’une résidence d’écriture avec l’association Écran Libre.

Soutiens financiers : Programme MEDIA, Institut de cinéma et de l’audiovisuel portugais, CNC, PROCIREP – ANGOA.

Festivals :   Doclisboa 2017

Cinalfama Lisbon Intenational Film Awards 2018 – Prix du meilleur moyen métrage et prix du meilleur documentaire.

Deportado (doc., 67’, 2012) – Coproduit par Terratreme, Portugal, RTP2 et Les Films Grain de Sable, France.

Soutiens financiers : Programme MEDIA, CNC, PROCIREP – ANGOA, Fondation Calouste Gulbenkian, Gouvernement des Açores.

Festivals :   Festival Cinéma du Réel 2013 – compétition internationale

Festival Panazorean 2013, Açores — Prix du public et prix du meilleur film

de la compétition nationale

Festival Doclisboa 2012

Centre culturel portugais – extensions Doclisboa au Cap-Vert et à Macao

Cinémathèque portugaise 2013

Amostram’isse 2013 – Açores

Tchok en Doc 2013, Martinique

Festival Traces de Vie 2013, Clermont-Ferrand

Festival Images de Justice 2014, Rennes

Festival 2 Valenciennes 2014

Semaine du cinéma lusophone 2014, Nice, Cannes

Boston, Providence, Dartmouth, EUA, 2014

Festival of Migrant Film, Ljubljana, Slovénie, 2014 — Mention du jury

Via de Acesso (doc., 82′, 2008) – Autoproduit.

Festivals :   FICCO – Festival Internacional de Cine Contemporáneo de la Ciudad de México 2009 — Prix du meilleur film de la catégorie Droits de l’Homme

IndieLisboa 2008 — Prix du meilleur long-métrage de la compétition nationale

International Exile Film Festival 2009, Suède

Dokufest 2009, Kosovo

Kino Otok 2009, Slovénie

Dockanema 2009, Mozambique

Panorama 2009, Lisbonne

Festival de Lasalle en Cévennes 2009

European Panorama, Crossing Europe Film Festival 2009, Autriche

Bradford International Film festival 2009, Royaume-Unis

Novíssimos do Cinema Português 2008, Lisbonne

Festival International du Film Francophone de Tübingen/Stuttgart 2008, Allemagne

Écrans du Cinéma Documentaire 2008, Arcueil

États Généraux du film documentaire 2008, Lussas

FID Marseille 2008

De Paso por Juchitán (doc., 26′, 2001) – Coréalisation avec Pedro Fidalgo – Coproduit par Callysta productions et CitizenTV, France.

Festivals :    Prix du Meilleur Documentaire, Festival Ovarvídeo 2002

Festival de Documentários da Malaposta 2001. Compétition National

Festival Vozes contra el Silencio, Mexico D.F., 2002

Films institutionnels

Palavras cruzadas (10’, 2010) – Projet AoPar, une initiative du Graal financé par le programme opérationnel « Capital humain » du Fonds social européen (FSE).

Femmes en Construcción (45′, 2009) – Coréalisation avec Teresa Costa Carvalho – Produit par Arquitectos Sin Fronteras, Espagne.

Autres activités professionnelles

2021                    Cinéaste intervenante dans 10 quartiers de Lisbonne avec 10 groupes informels pour réaliser des documentaires de création sur leurs quartiers.

Projet financé par la direction de l’habitat de la ville de Lisbonne dans le cadre des 10 ans de son dispositif d’aide aux initiatives sociocommunautaires locales.

2019 – 2021          Fondatrice et cinéaste intervenante du projet d’éducation et de sensibilisation au cinéma Royal_Cine, dans trois écoles publiques de Lisbonne.

                   Programmatrice du ciné-club itinérant Royal_Cine dans le quartier de Graça/Sapadores à Lisbonne. (https://www.facebook.com/RoyalCineclube/)

2019 – 2021 Cinéaste intervenante pour le programme « Cinéma, Cent Ans de Jeunesse » de la Cinémathèque française, dans deux écoles au Portugal au sein de l’association Os Filhos de Lumière.

(http://osfilhosdelumiere.com/blog/o-mundo-a-nossa-volta-cinema-cem-anos-de-juventude-escola-e-b-2-3-d-carlos-i-sintra-27-02-2020/)

(http://osfilhosdelumiere.com/blog/o-mundo-a-nossa-volta-cinema-cem-anos-de-juventude-sons-exercicios-escola-e-b-moinhos-da-arroja-odivelas-13-01-2020/)

                            Cinéaste intervenante dans un atelier de réalisation de film à partir d’une relecture contemporaine du « Misanthrope » de Molière, avec une classe de seconde du lycée français Charles Lepierre, à Lisbonne.

(https://fr.festadocinemafrances.com/post/le-misanthrope_variations-2020)

2014           Formatrice en écriture et réalisation de la résidence « De l’écran à l’écrit », association Écran Libre, Vercors, France.

2003 – 2021 Traduction et sous-titrage de films de réalisatrices et réalisateurs français (Philippe Garrel, André Téchiné, Maurice Pialat, Eric Rohmer, François Truffaut, Jacques Becker, Sacha Guitry, Marguerite Duras, Agnès Varda, Chantal Akerman, Jean-Luc Godard, Pierre Léon, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, entre autres) pour la Cinémathèque Portugaise.

Traduction de scénarios, projets de films et sous-titres pour des sociétés de production indépendantes (Terratreme, Faux, Real Ficção, Ar Filmes, Take 2000), Lisbonne.

Sous-titrage de films pour les festivals Cinéma du Réel, Travelling (Rennes), DocLisboa, IndieLisboa, Monstra et une rétrospective Guy Debord à Culturgest (Lisbonne).

Formation

2013           Formation à l’écriture de scénario de fiction avec Julie Demay, CEFPF, Paris

1999           Maîtrise d’Ethnologie – Université Paris X, Nanterre

1997 – 1998 Programme Erasmus en Anthropologie Sociale – I.S.C.T.E., Lisbonne

1995           Licence d’Histoire – Université Paris I

1992 – 1993 Hypokhâgne – Lycée Hélène Boucher

A COMME ABECEDAIRE – Pedro Costa

Cinéaste portugais, il a beaucoup travaillé en France. Il est aussi l’auteur d’installations internationales (Rotterdam, Lyon, Bilbao, le Japon). C’est un habitué de festival de Locarno et il a aussi été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

Art

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Banlieue

En avant jeunesse !

Cap Vert

Vitalina Varela

En avant jeunesse !

Chanson

Ne change rien

Cinéma

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Comédienne

Ne change rien

Drogue

Dans la chambre de Vanda

Femme

Vitalina Varela

Ne change rien

Dans la chambre de Vanda

Lisbonne

En avant jeunesse !

Dans la chambre de Vanda

Logement

En avant jeunesse !

Dans la chambre de Vanda

Mort

Vitalina Varela

Musique

Ne change rien

Portrait

Vitalina Varela

Ne change rien

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

Dans la chambre de Vanda

Portugal

Vitalina Varela

Dans la chambre de Vanda

Réalisateurs

Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes

A COMME ABECEDAIRE – Joaquim Pinto

Cinéaste portugais. Sa vie et sa séropositivité tiennent une grande place dans son cinéma

Amitié

Le Chant d’une île

Et maintenant ?

Amour

Et maintenant ?

Brésil

Surfavela

Exclusion

Surfavela

Favela

Surfavela

Ile

Le Chant d’une île

Médicaments

Et maintenant ?

Pêche

Le Chant d’une île

Portrait

Le Chant d’une île

Portugal

Le Chant d’une île

Religion

Et maintenant ?

Rio de Janeiro

Surfavela

Sida

Et maintenant ?

Surf

Surfavela

Travail

Le Chant d’une île

O COMME OLIVEIRA Manoel de

Visite ou mémoires et confessions. Manoel de Oliveira, Portugal, 1982, 70 minutes.

A Leonel

Un film posthume. Qu’on n’a pu voir qu’après la mort de son auteur, le cinéaste portugais Manoel De Oliveira, disparu à un âge fort avancé en 2015 (il est né en 1908). Mais pas un film découvert ou retrouvé, comme par hasard, après la mort de son auteur. Un film volontairement posthume, dont l’auteur a précisément spécifié qu’il ne pourrait être vu qu’après sa disparition.

Ce film présente deux faces. D’un côté la visite d’une maison. De l’autre un autoportrait.

La maison est celle que le cinéaste a habité pendant 40 ans. Une maison à l’architecture recherchée, entourée d’un parc aux arbres imposants, une multitude de pièces meublées avec goût et un rien de préciosité. Une maison chargée de souvenirs. Mais une maison vide d’habitant. Oliveira nous dira dans le cours du film qu’il a été obligé de la vendre, pour payer des dettes.

La visite est effectuée par un couple qu’on ne verra jamais à l’image mais dont on suivra les réactions, commentaires et expression des sentiments, en voix off. Une visité qu’en fait, c’est le spectateur du film qui l’effectue puisque la majorité des images sont réalisées en vue subjective. Une visite qui va de découvertes en émerveillements. Et bien sûr il y a dans cette approche qui va bien au-delà d’une appréhension architecturale, la volonté de nous faire entrevoir non seulement les goûts de celui qui l’a habité, mais surtout son âme, et le sens de sa vie.

C’est pourquoi cette visite est parfaitement en phase avec l’autobiographie que propose Oliveira.

Face à la caméra, Oliveira évoque sa vie dans un ordre chronologique, dans des séquences qui alternent avec la visite de la maison. Commençant donc par son enfance, il présente ses parents et le reste de sa famille, insistant sur l’activité professionnelle de son père, et illustrant le tout d’images d’archive, des photos et surtout des films familiaux qu’il projette dans son bureau de travail. Sa femme et ses enfants, dont il présente systématiquement les photos, y tiennent une bonne place, comme d’ailleurs ses grands parents et ceux de sa femme. Une vision familiale pleine d’affection et d’amour.

Oliveira ne parle pas de ses films. Ou très peu. Citant l’un ou l’autre uniquement à propos du lieu où ils ont été écrits. L’autobiographie présentée n’est pas celle d’un cinéaste, mais celle d’un homme dont la vie familiale passe au premier plan. Le récit qu’Oliveira nous en propose se veut donc le plus objectif possible, évoquant surtout des dates et des faits, évitant les jugements sur le monde et surtout sur le cinéma.

Il y a pourtant une séquence où Oliveira prend quand même une position politique. C’est évidemment à propos de la dictature, de son arrestation et des interrogatoires qui a subis pendant plusieurs jours, sans qu’il sache précisément ce qui lui était reproché. Oliveira n’a jamais été un contestataire révolutionnaire. Ce qui n’empêche pas la sincérité de son hommage à la révolution du 25 avril.

En dehors de cette séquence, l’ensemble des propos d’Oliveira sur sa vie et sa famille sont dans le fond assez conventionnels, sans révélations et donc sans grande surprise.

Reste que la visite de la maison est un régal pour les yeux.

I COMME IMMERSION

Le miracle de Saint Antoine, Sergueï Loznitsa, 2012, 40 minutes.

Les films de Sergueï Loznitsa que nous avons vu jusqu’à présent nous immergeaient dans de grandes étendues de neige et de glace des pays du nord, dans le froid dont il fallait se protéger par d’épais vêtement  et de grosses bottes. Des étendues plates, balayées par un vent que nous ressentons glacial à l’image. Des étendues peu hospitalières où nous rencontrons – silencieusement – des femmes et des hommes dans leurs occupations quotidiennes et même dans l’intimité de leurs foyers où enfin, on peut trouver une chaleur réconfortante. Lumière du nord, La Brigade, font partie de ces films nordiques, en noir et blanc bien sûr, où tout semble lent, même le difficile travail de préparation de la pêche où il faut inlassablement creuser la glace.

Mais surprise, Loznitsa filme aussi le sud, le Portugal en l’occurrence, un film en couleur, avec de la pluie d’orage et du soleil, des couleurs donc, de la musique et une ambiance festive ce qui n’interdit pas le recueillement religieux.

Dans le village de Santo Antonio de Mixos de Serra, Loznitsa nous plonge dans fête de Saint Antoine, le saint patron du lieu où il fit, dans le temps un miracle. Une commémoration annuelle qui mobilise tous les habitants, des enfants aux vieillards qui, tous, manifestent la même piété religieuse. Tous participent effectivement, même ceux qui semblent n’être que de simples spectateurs.

Avec les films de Loznitsa, ceux du nord comme celui du Portugal, nous ne sommes pas non plus de simples spectateurs. Car le cinéaste développe un cinéma d’immersion qui nous fait effectivement participer à l’action. Nous ne sommes jamais dans une position d’extériorité. Nous sommes à côté des protagonistes. Dans la fête de Saint Antoine, nous sommes bousculés par les chevaux et les vaches, et il nous faut jouer des coudes pour entrer dans l’église à la suite de la statue du Saint. Rarement, dans le cinéma documentaire, l’immersion a été si totale, sans échappatoire. Pas un plan qui nous ferait sortir de la fête. Le cinéaste n’a nullement n’a nullement le désir de prendre du recul ou de la hauteur. Il n’introduit aucun commentaire et aucun jugement bien sûr. Mais il va plus loin. Son filmage ne se permet pas la moindre touche d’ironie, aucun clin d’œil, aucune trace de distanciation. Il ne donne pas à penser. Il se contente de faire voir. Et de faire vivre.

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L COMME LISBONNE – Fontainhas.

Dans la chambre de Wanda, Pedro Costa. Portugal, Allemagne-Italie-Suisse, 2001, 170 minutes.

         Le quartier cap-verdien de Fontainhas à Lisbonne est en cours de démolition. Les bulldozers réduisent en tas de gravats les vieilles maisons. Des hommes font s’écrouler des pas de mur à coup de masse. Un travail qui prend du temps. On n’en verra pas la fin dans le film. Pourtant il dure presque trois heures et le réalisateur a filmé le quartier pendant deux ans.

         Fontainhas, un quartier de plus de 5000 habitants qui doivent partir ailleurs. On ne saura jamais où. Mais on les voit rassembler les quelques affaires qu’ils peuvent emporter, un peu de vaisselles, quelques vêtements. Des habitants que l’on croise dans des ruelles étroites, autour d’un feu improvisé où l’on dépose un gros chaudron. Il y a quelques enfants. Ils ne semblent pas être engagés dans des jeux. Les adultes que nous suivons dans le film, eux, s’adonnent pratiquement tous à la drogue, à toutes les drogues possibles, même les plus inimaginables.

         Le cinéaste nous introduit dans une de ces habitations condamnées dont on ne voit pratiquement que la chambre. C’est là que vit Wanda. Cette Wanda, c’est Wanda Duerte, l’actrice principale du précédent film de Costa, Ossos. Ici elle joue son propre rôle. C’est-à-dire qu’elle ne joue pas. Elle vit dans sa chambre. Elle n’en sort que pour essayer de vendre des salades ou des choux aux habitants du quartier. La plupart n’achètent pas parce qu’ils n’ont pas d’argent. De toute façon Wanda sort rarement de sa chambre. Elle reste le plus souvent allongée sur son lit, bavardant de tout et de rien avec sa sœur Zita, sa compagne de dope. Elle fume sans arrêt, tousse, crache, vomit. Elle a du mal, à respirer. Peu importe. Comme tous les junkies elle ne peut pas se passer de drogue. Comme les quelques visiteurs qui viennent la voir et qu’elle essaie d’aider. « C’est la vie qu’on a voulu » dit-elle. « C’est la vie qu’on est obligé de vivre » répond le jeune noir assis devant elle.

         La totalité du film est réalisé en plans fixes, souvent très longs. Le plus souvent l’image est sombre. Les pièces ne sont éclairées que par des bougies. Le cinéaste utilise une petite caméra mini DV, qui lui permet de passer quasiment inaperçu. Dans les pièces comme la chambre de Wanda, il n’y a aucun recul. Les cadrages seront donc toujours les mêmes. Ceux qui sont filmés, qui ont accepté d’être filmés, ne prêtent aucune attention à  cette présence qui s’insinue dans leur intimité, une intimité qu’ils ne semblent pas vouloir préserver, comme si elle ne valait pas la peine de rester personnelle. Le cinéaste ne perturbe rien. Il se contente de filmer toujours les mêmes scènes, les mêmes gestes (prendre de la drogue), les mêmes actions dérisoires ou absurdes, comme le « Rouquin » qui s’applique à balayer la pièce qui va être détruite dans les jours qui viennent.

         Dans la chambre de Wanda n’est pas un film intimiste. Cette chambre est à elle seule un monde. Le monde de la drogue, mais aussi celui de la misère. Un monde que les villes modernes s’efforcent de faire disparaître de leur paysage.

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