La guerre de Poutine.

Mister Nobody contre Poutine. David Borenstein et Pavel Talankin. Danemark, République tchèque, 2024, 90 minutes.

En Russie, peut-on s’opposer à Poutine ? Et comment ? Peut-on être, en Russie, contre la guerre en Ukraine ? Et d’abord, comment les Russes perçoivent ils cette guerre ? Qu’est-ce qu’ils en savent ? Qu’est-ce qu’ils peuvent en savoir ? La télé ne donne bien sûr que la version officielle. Dénazifier l’Ukraine dans une « opération spéciale ». Opération qui n’est pas une guerre, qui n’est pas une invasion. Et s’il y a des morts parmi la population ukrainienne, ce ne peut être que de méchants nazis.

 Tout cela est bien connu, en Occident du moins. Et si le film de Borenstein et Talankin s’emploie à dénoncer la propagande officielle, il a le grand mérite, un véritable courage, de le faire depuis la Russie elle-même.

Le film se situe à Karabash, une petite ville de l’Oural, bien loin de la frontière ukrainienne donc. Mais si le son des bombes ne parvient pas jusque-là Poutine est bien présent sur les écrans de télé. Et les jeunes dès 18 ans risquent tous d’être mobilisés et d’être envoyés au front.

Le personnage principal du film, Son héros, Pasha, travaille dans une école comme animateur pédagogique. Vidéaste, il propose des ateliers vidéo aux élèves. Un travail qui le satisfait pleinement. Sauf que par temps de guerre, les choses changent. Les autorités lui demandent de filmer tout ce qui, dans l’école, contribue à développer le sens patriotique des jeunes. Et leur faire accepter la guerre, l’idée même de guerre, et la propagande s’insinue rapidement dans toute la vie scolaire et jusque dans la pédagogie. Pasha filme comme si de rien n’était le cours du prof d’histoire qui n’a aucun scrupule à déformer la vérité. Il filme aussi les démonstrations imposées de patriotisme, chants et défilés où l’on marche au pas de guerre. Il y a même une présentation de mines par les. Mercenaires du groupe Wagner. Pasha est de plus en plus choqué dans ses convictions. Et le film suit ce parcours de la prise de conscience. Ne supportant plus cet état de fait, il donne sa démission. Pour la reprendre presque aussitôt. Il lui faut dénoncer inacceptable. Et s’il ne le fait pas, qui d’autre pourrait prendre le risque d’être arrêté et condamné ? Lui sera poussé à prendre la fuite. Partir en exil, mais en emportant avec lui toutes les preuves en images de la dictature poutinienne.

Si le film est bien un acte de courage, une dénonciation claire de la politique officielle, sa pertinence est d’autant plus grande qu’il se situe dans une école, montrant ainsi comment ce sont les enfants qui sont les victimes premières du régime. Le film n’a pas la prétention de promouvoir une contestation généralisée, mais il est la preuve concrète que la lucidité ne peut purement et simplement être annihilée.

Ce film a obtenu l’Oscar du meilleur documentaire 2026. Ce qui devrait permettre de développer son audience. Mais peut-il être diffusé en Russie ?

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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