B COMME BIO-FILMOGRAPHIE – Jean-Michel CARRÉ.

1967 / 70    Etudes de Médecine abandonnées pour le cinéma

1969 / 72    Etudes à l’IDHEC / Diplômes de réalisation et de prise de vue

1975           Création de la société de production Films Grain De Sable

RÉALISATIONS CINÉMATOGRAPHIQUES ET AUDIOVISUELLES

2020           TIBET, QUELLE VÉRITÉ ? (Doc 90′ et 2X52′, Arte – RTBF…)

2019           ROYAL DE LUXE  (Doc 52′ – France 5  – Radio Canada…)

2018           2°, LES DESSOUS DE LA GUERRE CLIMATIQUE (Doc 70′ – Films du Siècle – France 5…)

2017           CHINE, UN MILLION D’ARTISTES (Doc 52′ – Arte – VRT)

2016           POUTINE, LE NOUVEL EMPIRE  (Doc 90’ –France 2 – RTBF – TSR – SVT) Nominé au   FIGRA (Festival International du grand reportage et du documentaire)…et version actualisée en  2018.

2014                    POUTINE… POUR TOUJOURS ? (Doc 90’ – France 2 – RTBF – TSR – Al Jazeera…)

                   Sélectionné au FIGRA 2014, à L’IDFA 2014, au GÖTEBORG Film Festival 2015, au

                   THESSALONIKI DocumentaryFestival 2015…

2013           CHINE, LE NOUVEL EMPIRE (Doc 3×60’ et 2h50  – Arte / RTBF / MDR…)

                   – Sélection documentaire international FIPA 2013

                   – Nominé du Grand Prix du documentaire de la Télévision française 2013, Prix du Sénat

                   – Sélection Festival International d’Histoire de Pessac 2013

2012           UKRAINE,  DE LA DÉMOCRATIE AU CHAOS (Doc 80’ – Planète / MDR /Al Jazeera         English) coréalisé avec Jill Emery

Prix du Jury, Figra 2013,

– Grand Prix Focals Awards de Londres 2013Cuba

2011                     GRANDIR À PETITS PAS (Doc 52’ – France 5) La Maison verte

2010           SEXE, AMOUR ET HANDICAP (Doc 80’ – France 2 / TSR)

                   Grand Prix du Festival International de la santé de Liège 2011

2009           LES TRAVAILLEU®SES DU SEXE (Doc-85’ –co-production France 2 / RTBF / Simple production) Sortie salles octobre 2009

Film ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : LES ALTERNATIFS

MAI 68 ET LE PSU

2007            LE SYSTÈME POUTINE (Doc-90’ – co-production France 2 / NDR (Allemagne) / RTBF (Belgique) / TSR (Suisse) / SVT (Suède) / RADIO Canada / SBS (Australie) / STB (Ukraine) / Planète).

                            – Grand Prix 2008 du Festival Italia des Télévisions Internationales

                   – Grand Prix 2008 du meilleur programme télévisuel 2007 CBNewMedias

Prix Spécial du jury, Festival International de Berlin – Europa 2007

Prix du public et Prix du montage, Festival International Figra 2008.

Sélectionné pour les Emmy Awards, New-York 2008.

Sortie Cinéma en Grande-Bretagne 2008 en association avec le Festival de Sheffield

2006            J’AI très MAL AU TRAVAIL (Doc-90’ – CANAL + / INA/ RTBF)

Sortie en salles le 31 octobre 2007.

2004            KOURSK, UN SOUS-MARIN EN EAUX TROUBLES (Doc- 90’ – France 2 /  RTBF Belgique / Radio Canada / Sundance Channel (USA)

                   – Prix spécial du Jury, Festival International de Grenade 2007

                   – Grand Prix du Festival FIGRA 2005

2003                    DRÔLE DE GENRE (fiction tv -90’ – La Sept ARTE)

                            J’AI MAL AU TRAVAIL (Doc-90’)- INRS

                            LES COULISSES DU FAR WEST (Doc-52’- Equidia)

2002                    ALICE LA MALICE (film cinéma – fiction co-production franco-russe -90’– )

– Prix du public Festival International Bulgaria 2003

2001                    TOWER OPERA (Doc – 52’)

– Nomination au 7 d’Or 2003

2000                    SUR LE FIL DU REFUGE  (Doc-90’-La Sept ARTE)

                            LES BATISSEURS D’ESPOIR (Doc-3×26’- la Cinquième)

  1. CHARBONS ARDENTS  (Doc -90’- La Sept ARTE – Grand Format/ Sortie cinéma)

– Grand Prix du Festival International Del Populi Florence 2000

SOUS LE CHARBON LES BRAISES (Doc – 52’ – La Cinquième)

                  BEAUCOUP, PASSIONNEMENT, A LA FOLIE  (Doc -70’- A2)

                   QUESTION DE CLASSE(S)  (Doc -85’- Théma La Sept ARTE)

                            PORTRAIT D’UNE GÉNÉRATION POUR L’AN 2000  (45 x 13’ – La Cinquième)

                            – Nomination aux 7 d’Or 99

1998           HISTOIRE D’ENFANCE  (Doc –52’- La Cinquième)

                   RECITS DE LA JEUNESSE : LES VALEURS  (Doc –52’- La Cinquième) 

                   LA SAISON DU COBAYE (Doc –52’- ACT 4 / FR2)

                   LES AGRÉGÉS DE PHILOSOPHIE DANS LES ENTREPRISES (10×8’)

1996 / 97    RÉCITS DE LA JEUNESSE: Travail, Famille, etc…  (Doc  -3×52’- FR2)

                   HONG-KONG / HANOÏ : Retour de camps  (Doc -52’- Planète)

                   VIETNAM : LES  ENFANTS  DE LA PAIX  (Doc -52’- FR3)

1996           UN COUPLE PEU ORDINAIRE  (Doc-52’ – FR2)

                   LA NOUVELLE VIE DE BÉNÉDICTE  (Doc – 52’-TF1)             

                   L’étrange Noêl d’Antonio (Fiction -26’- La 5ème )

1995           LES CLIENTS  DES  PROSTITUÉES (Doc -52’- FR2)

– Sélectionné au Prix Futura 1995 – Berlin

                   VISIBLEMENT, JE VOUS AIME  (Canal +/Fiction-Long métrage / Sortie 01/96)

                   avec Denis LAVANT

                   – Prix Coup de Cœur – Festival de Cannes SACD 1995

                   – Sélection Cannes 1995 « Cinéma en France »

                   – Grand Prix du Jury – Festival International du film d’Amiens

                   LES MATONNES  (Les surveillantes) (Doc -52’- Planète)

                   LES ENFANTS DES  PROSTITUÉES  (Doc -52’- TF1)

1994           LES TROTTOIRS DE PARIS (Doc-55’-TF1)

                   – Prix du Comité Français pour l’Audiovisuel – Sénat 1995

                   L’ENFER D’UNE MERE  (Doc -52’- TF1)

1993           DON’T DISTURB (Court métrage de fiction -13’)

                   Avec Jean-Claude DREYFUS

                   GALERES DE FEMMES  (Doc – long métrage cinéma-90’)

                   LA MÉDECINE EN MILIEU CARCÉRAL (3X10’)

1992           PRIERE DE RÉINSÉRER (Doc -58’- TF1)

                   – Nomination aux 7 d’Or 1993

– Nomination aux Emmy Awards de New York 1992

                   LES ENFANTS DES PRISONS  (Doc -52’- FR2)

                   – Festival Input 1993

                   LES POUSSINS DE LA GOUTTE D’OR  (Doc -52’- La Sept)

                   – Prix de la Fondation pour l’Enfance 1994

1991           FEMMES de FLEURY (Doc -58’- TF1)

                   – Prix du Festival International des Télévisions ONDAS 1991 Barcelone

                   VIVE LA LIBERTÉ (Doc -26’-)

                   CITE SWING  (Court métrage-13’-) pour les CEMEA

                   ÉCRIRE CONTRE L’OUBLI  produit et diffusé

                   pour le 30ème anniversaire d’Amnesty International

1990           L’ILE ROUGE (Doc -52’- La Sept)

                   – Prix du Jury du Festival de la Fête – Nice 1991

                   LAURENCE (Film -26’-)

                  – Nominé au FIPA d’Or 1991

1989           LES PETITS CHAPERONS ROUGES (Court métrage -13’-)avec Edith Scob, Pierre Rafus

                   ECLATS DE NUIT (Court métrage) la Coupole

                   LA MAISON DES ENFANTS (Court métrage à Louveciennes)

                   SOUFFLER N’EST PAS JOUER (Doc -18’-)

1988           FAUTEURS D’EAUX TROUBLES (Doc -26’-)

                   Avec le Musée des Sciences et des Techniques de la Villette

                   FILM DE PRESENTATION DU MUSEE DES SCIENCES DE LA VILLETTE

1987           LES DOSSIERS DU BISTROT (émissions en direct-6 x 2h10-)

1984           ON N’EST PAS DES MINUS (Doc -50’-)

1981           VOTRE ENFANT M’INTÉRESSE (Long métrage -90’- Sortie octobre 1981)

1978          ALERTEZ LES BÉBÉS ! (Long métrage -90’- Sortie octobre 1978)

                   – Prix du Festival du Cinéma du Réel, Beaubourg 1978

                   – Prix du Public, Festival International de Trouville 1978

1975 / 77    L’ENFANT PRISONNIER (Court métrage -26’-)

                   – Grand Prix du Festival du Film Francophone, New Orléans1977

                   – Prix de l’Office de la Création Cinématographique 1976

                   – Nominé aux Césars du court-métrage 1977

1973           LIBERTÉ JEAN (Film de promotion IDHEC)

                   – Grand Prix du Festival International de Belfort 1973

                   – Grand Prix de la Cinémathèque Française 1973

1971 / 72    LE GHETTO EXPÉRIMENTAL (Doc -90’- Sortie fév 1995))

                   – Prix du Jeune Cinéma, Festival de Bruxelles 1974

                   – Prix Spécial du Jury, Festival International, Thonon-les-Bains 1974

1968           Lauréat de la bourse FEU VERT POUR L’AVENTURE

                   Réalisation d’un documentaire sur Cuba. Interdit d’antenne en Octobre 1968

1966           LIBÉREZ LE VIETNAM ! (Court métrage collectif réalisé au Lycée Paul Lapie de Courbevoie)

Bibliographie

1999  CHARBONS ARDENTS, CONSTRUCTION D’UNE UTOPIE / Ed. Serpent à plumes-Arte

  • POUTINE, LE PARRAIN DE TOUTES LES RUSSIES /Ed. Saint-Simon

2009  LA GUERRE DU GAZ / Ed. du Rocher, avec Roumiana Ougartchinska

2010  LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE et fières de l’être / Editions du Seuil  

P COMME POUTINE.

Le Système Poutine. Jean-Michel Carré, 2007, 98 minutes.

         Réalisé en 2007, c’est-à-dire à la fin de son second mandat présidentiel, le film que Jean-Michel Carré consacre au maître du Kremlin s’achève sur une interrogation. Poutine modifiera-t-il la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat consécutif ou trouvera-t-il un successeur qui lui permettra, d’une façon ou d’une autre, de rester le seul maître de la Russie contemporaine ? Le film n’a pas de réponse et ne fait d’ailleurs pas de pronostic. Mais une chose est sûre, comme les Tzars de la Russie impériale, comme les premiers secrétaires du parti communiste, Poutine ne disparaîtra pas du devant de la scène politique. Il n’existe pas de système de retraite des dirigeants russes. Une suite au Système Poutine est donc prévisible dès sa dernière image. La seule inconnue étant de savoir sous quelle forme il continuera à exercer le pouvoir.

         Le film de Jean-Michel Carré n’est pas un film d’historien. Carré n’est pas historien et ne se présente pas comme tel. Il utilise les méthodes du film d’histoire, en particulier dans l’utilisation des archives, mais il se situe tout autant du côté du journalisme d’investigation par le choix des personnalités interviewées, témoins et anciens acteurs de la vie politique russe depuis la chute de l’Union Soviétique. Le film ne donne pas la parole à Poutine ou à ses proches partisans qui pourraient alors expliquer et justifier son action. La posture d’analyste critique et donc d’opposant à Poutine du réalisateur est claire dès le pré-générique du film. Carré y énonce les faits qui pour lui condamnent sans appel la politique de Poutine. : le nombre de morts de la deuxième guerre de Tchétchénie, celui de l’intervention des forces spéciales lors de la prise d’otages de l’école de Beslan et l’assassinat d’Anna Politkowskaïa, 22° journaliste éliminée par la violence depuis l’arrivée de Poutine au Pouvoir. Deux chiffres suffisent alors à dresser son bilan politique. 25% de la population russe vit sous le seuil de pauvreté et chaque année la corruption rapporte 300 milliards d’euros aux fonctionnaires.

         La totalité du film concerne l’exercice du pouvoir par Poutine. Il ne donne pas la parole à ces russes qui le plébiscitent lors de sa deuxième élection mais qui ne bénéficient pas des richesses que la nouvelle politique économique du pays permet d’accumuler. Les opposants interrogés sont pratiquement tous en exil, sauf peut-être l’ancien champion du monde d’échecs, Kasparov, que sa renommée mondiale protège sans doute de ne pas subir le même sort que les autres. Comme les historiens et les politologues interviewés, les intervenants sont des pièces à charge dans ce procès qui ne dit pas son nom mais qui fonctionne bien comme un réquisitoire.

         Le film soutient deux thèses que tous les éléments constitutifs, archives commentées et interventions de personnalités, concourent à démontrer. En premier lieu ; la carrière et la politique de Poutine ne peut se comprendre qu’en référence au KGB, qui l’a formé et dont il est devenu le chef. La deuxième thèse définit la mission dont Poutine serait investi, ou plus précisément dont il se sent investi : la reconstruction de la Grande Russie. Toute sa politique ne viserait au fond qu’à redonner à la Russie la place dans le monde que l’URSS occupait du temps de la guerre froide. Pour cela, tous les moyens sont bons, de la guerre en Tchétchénie à la main mise de l’État sur l’énergie (gaz et pétrole), en passant par l’alliance contre le terrorisme avec G W Bush.

         Bien qu’entièrement centré sur Poutine, le film n’en dessine pas un portrait. Il ne vise pas à éclairer sa personnalité ou à mettre en lumière son caractère. Sa vie privée reste dans l’ombre. Les images de sa jeunesse et de son ascension politique le montrent toujours au second plan, derrière le maire de Saint Pétersbourg ou à côté de Boris Eltsine ; Mais il est toujours le mieux placé pour observer et tirer les leçons des événements dont il est témoin. Une des images qui ouvrent le film et qu’on retrouvera dans sa conclusion le montre gravissant les escaliers intérieurs du Kremlin et marchant sur le tapis rouge au milieu des applaudissements des invités à la cérémonie d’investiture. Ce qui ressort de tout le film, c’est qu’à ce moment-là, ce qui doit le plus compter pour l’homme Poutine au somment de sa gloire et de sa puissance, ce n’est sûrement pas le sentiment d’exaltation qu’il peut ressentir. Même si le film ne le dit pas explicitement, nous pouvons comprendre que ce à quoi pense alors Poutine c’est uniquement à sa façon de marcher. C’est cela seulement que verra la population russe.

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Michel Carré.

Une œuvre extrêmement variée, de Poutine à Dolto en passant par la Chine et Fleury-Mérogis. Des films toujours engagés, du côté des femmes, des prostitué.e.s, des enfants…

Amour

Un couple peu ordinaire

Armée

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Art

Royal de Luxe

Chine, un million d’artistes

Autisme

Beaucoup, passionnément, à la folie

Censure

Chine, un million d’artistes

Chine

Chine, un million d’artistes

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Chômage

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Cinéma

Beaucoup, passionnément, à la folie

Dolto

Grandir à petits pas

Drogue

La Nouvelle vie de Bénédicte

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury

Ecole

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Education

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Elections

Poutine pour toujours ?

Enfance

Grandir à petits pas

Une question de classe(s)

Les Enfants de la paix

Histoire d’enfance – 1720-1905

Les Enfants des prostituées

Les Poussins de la Goutte d’or

Les Enfants des prisons

Alertez les bébés

Enseignement

Le Ghetto expérimental

Entreprise

J’ai très mal au travail

Exclusion

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Famille

Histoire d’enfance – 1720-1905

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 2 – Famille

Les Enfants des prostituées

Les Enfants des prisons

Femme

Les Travailleu®ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Matonnes

Galères de femmes

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Femmes de Fleury

Laurence

Halles

La Mémoire au couteau

Handicap

Sexe, Amour et Handicap

Histoire

Histoire d’enfance – 1720-1905

Jeunesse

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Maison verte

Grandir à petits pas

Mémoire

La Mémoire au couteau

Migration

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Mineurs

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Mondialisation

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

J’ai très mal au travail

Nucléaire

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Opéra

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Paris

Les Poussins de la Goutte d’or

La Mémoire au couteau

Pauvreté

Les Bâtisseurs d’espoir

Pays de Galles

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Pédagogie

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Politique

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Portrait

Royal de Luxe

Le Système Poutine

Précarité

Sur le fil du refuge

Prison

Les Matonnes

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Les Enfants des prisons

Femmes de Fleury

Laurence

Prostitution

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Un couple peu ordinaire

Les Clients des prostituées

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Laurence

Psychanalyse

Grandir à petits pas

Psychiatrie

Beaucoup, passionnément, à la folie

Poutine

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Réinsertion

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Russie

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Sexualité

Sexe, Amour et Handicap

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

Sida

Les Clients des prostituées

L’Enfer d’une mère

Spectacle

Royal de Luxe

L’Île rouge

Sport

Les Poussins de la Goutte d’or

Travail

J’ai très mal au travail

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Sur le fil du refuge

Charbons ardents

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Les Matonnes

Travailleurs sociaux

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Université

Le Ghetto expérimental

Vietnam

Les Enfants de la paix

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

U COMME USINE – Métallurgie.

Kombinat. Gabriel Tejedor, Suisse, 2020, 75 minutes.

Le premier plan, sur lequel s’inscrit le générique, est des plus classiques : un long travelling le long de la route qui pénètre dans le complexe, longeant la suite des usines avec leurs cheminées crachant des flots de fumées et ces longs et gros tuyaux ou canalisations qui bordent les deux côtés de la route. On pense à Wang Bing, même si ici on n’est pas en hiver. Et surtout, nous ne sommes pas devant des usines désaffectées ou en voie d’abandon. En Russie, la métallurgie tourne à plein régime.

Nous sommes à Magnitogorsk en Oural, au cœur du complexe MMK. Nous allons y vivre tout le long du film. Comme si nous faisions partie de ses employés. Comme les ouvriers qui y travaillent depuis le plus souvent de longues années. Car c’est surtout eux que nous regarder vivre.

Mais nous les verrons très peu à leur poste de travail, quelques plans à la sortie ou à l’entrée de l’usine et des images d’un haut-fourneau en début du film, pour ces images bien connues elles aussi de feu, d’étincelles et de coulées de métal en fusion. Au cours du film on entrera une fois dans une réunion de travail, mais pour un bien bref moment. La vie des ouvriers est ailleurs.

Leur vie, c’est d’abord la vie de famille, avec femmes et enfants (Ces ouvriers ce sont exclusivement des hommes). Les repas, souvent rapidement pris. Des moments d’intimité du couple qui regarde la télé ensemble. Et il faut s’occuper des enfants.

Les loisirs occupent aussi beaucoup de temps. Le cours de danse par exemple, la préparation du spectacle de fin d’année, dont nous verrons d’ailleurs un moment. L’hiver on peut fait du hockey et de la luge et l’été on se baigne dans le lac (le film se déroule sur plusieurs saisons). Les réunions de famille, pour des anniversaires avec leurs repas bien arrosés, sont l’occasion de longues discussions. On évoque un peu le passé. Mais surtout on parle de l’avenir des enfants. Ou de celui des couples plus jeunes. Vont-ils avoir un autre enfant ? L’un d’eux annonce qu’ils veulent quitter la région, pour s’installer loin d’ici. Inimaginable pour les anciens. L’attachement pour son pays natal est très fort. Comme celui pour l’usine où ils passent toute leur vie.

Cette usine, ce complexe, est d’ailleurs omniprésent pour eux, même en dehors du temps de travail. Comme si toute la ville lui appartenait. D’ailleurs les panneaux publicitaires les accompagnent dès le matin. « Bonne humeur, bonne journée ». Il faut aller travailler dans la joie.

Le film semble ne pas prendre beaucoup de distance par rapport à cette vision officiellement optimiste de la vie. Tout le monde participe sans hésitation au grand défilé de la fête de la victoire, le 9 mai. De même pour la fête des métallurgistes, grand moment d’autoglorification de l’usine, d’ailleurs félicitée par Poutine lui-même pour ses résultats « écologiques ». Une survivance du régime soviétique ? Seuls moments d’interrogation, la mention à plusieurs reprises, d’accidents mortels à l’usine. Mais on change vite de sujet et on a l’impression que tous jugent qu’ils font partie de la fatalité.

Des ouvriers heureux donc. Dans une Russie puissante, avec à sa tête un leader charismatique. L’usine n’est pas ici un monstre froid qui détruit la santé des travailleurs et exploite leur énergie. La famille et la patrie sont les valeurs essentielles. Et puisque toutes les occasions sont bonnes pour danser, la vie est belle.

V COMME VOYAGE -La Russie en train.

Quelques jours ensemble, Stéphane Breton, 2014, 91 minutes.

Un voyage à travers la Russie. En train. Un voyage long. Interminable. Des jours et des nuits. Combien ? Nous n’en saurons rien. Peu importe le décompte possible dans la chronologie du film. Un voyage sans but ? Comme s’il n’y avait pas de but. Pourquoi le cinéaste a-t-il pris ce train ? Pourquoi voyage-t-il ? Tourisme, affaire, envie de découverte, ou toute autre chose auquel on ne peut penser ? Peu importe. Un voyage pour faire un film sans doute. Le film de Breton est certes un film de voyage puisque nous sommes dans un train qui se déplace. Mais c’est surtout un film sur le voyage.

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Stéphane Breton est ethnologue. Pas étonnant alors qu’il s’intéresse autant aux autres voyageurs, ses voisins de compartiments où ceux qui déambulent dans le couloir. Qui sont-ils ? Où vont-ils ? Breton ne pose pas de questions. Il les laisse évoquer ce qu’ils veulent de leur vie, de leur voyage. Mais peu à peu il se crée quand même une certaine intimité. La durée du voyage abolit inévitablement la distance entre les personnes. Ce n’est pas rien que de vivre ensemble, si près les uns des autres, dans le huis-clos du wagon.

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Tout au long du voyage, il faut bien s’occuper. A son arrivée on installe sa couchette, les draps et les couvertures. Pas facile pour ceux qui ne sont pas habitués. Mais très vite chacun trouve ses marques et les petites  occupations quotidiennes deviennent vite des habitudes : manger, boire du thé, se maquiller pour les femmes, se raser pour les hommes. Un Ukrainien offre du vin de chez lui. Le cinéaste ne peut pas refuser de le gouter. On raconte des blagues, des histoires du passé. Le cinéaste multiplie les gros plans, capte des détails, des pieds qui dépassent des couvertures ou qui cherche des chaussons sous la couchette.

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Et toujours ce paysage enneigé qui défile par les fenêtres. Ce paysage que l’on a découvert dans son ensemble dans l’incipit du film, un long travelling où la musique est in fine recouverte par le bruit du train et où le cadrage nous fait découvrir les rails. Mais une fois dans le train il n’intéresse plus personne et le film aussi l’ignore. On ne quitte le train que dans les gares d’arrêt. Sur le quai c’est parfois la cohue. Les employés vérifient les systèmes de freinage. Il y a même des marchands ambulants. Ce qui permet de faire le plein de nourriture, cornichons, boulettes croquettes, blinis…Les gares d’arrêt font encore partie du voyage.

 Mais le film a bien une fin. L’arrivée dans une dernière gare, filmée dans un long travelling évoquant celui du début. Le sol est toujours enneigé. Mais cette fois nous sommes en ville. Les immeubles défilent devant nous. Et les trains que l’on croise partent eux pour le voyage inverse.

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Le cinéaste ne raconte pas son voyage. Lorsqu’il intervient, en voix off, à la première personne, c’est pour faire le récit de sa rencontre et de ses relations avec son voisin de couchette, un homme bien différent des autres voyageurs. Lui il parle anglais et observe la vie autour de lui avec un petit sourire amusé. Il dira qu’il va chez sa sœur. C’est à peu près tout ce que nous saurons de lui. Mais la façon dont il est filmé, parlant avec les soldats ou racontant en la mimant l’histoire d’une femme saoule, et son rire communicatif, nous le rende inévitablement sympathique. Quelques jours passés ensemble dans ce train ont-ils permis d’en faire un ami ?

E COMME EST -Chantal Akerman

D’Est, Chantal Akerman, Belgique, 1993, 110 minutes.

En dehors du titre, il n’y a aucune indication sur les lieux de tournage. Il n’y a dans le film aucun commentaire, aucun carton, rien d’autre que des images et les sons qui les accompagnent. Il y a bien quelques indices pour nous situer, en Europe de l’Est, en Russie ou en Pologne, après la chute de l’URSS puisque le film date de 1993. On peut reconnaître des uniformes de soldats que l’on aperçoit furtivement. De même il y a bien un peu d’écrit dans le cadre, sur des boutiques et l’on entend quelques bribes de conversation, captées en passant, puisque de toute façon, dans ce film, nous ne faisons que passer.

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La majorité du film est tournée en longs travellings le long de rues enneigées, cadrant les façades d’immeubles ou de magasins et surtout des passants, plus ou moins pressés, et des personnes immobiles, patientes, en longues files d’attente. Certains, parfois, sourient à la caméra qui passe devant eux, tous ne la regardent pas. Lorsque nous sommes dans un appartement, une pièce, séjour ou cuisine, nous ne nous arrêtons pas vraiment non plus. Juste un plan fixe, sur des femmes qui posent, immobiles, et quelques enfants. La longueur du plan, comme pour les travellings extérieurs, nous laisse le temps de détailler la pièce, ou la physionomie de la personne filmée. Puis nous passons à autre chose. Tout le film est monté cut. Il n’y a jamais de transition entre les plans. Un film, après tout, n’est-ce pas d’abord une succession de plans ? Le film de Chantal Akerman est fait de plans. De simples plans qui se succèdent simplement. Un cinéma des plus épuré.

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Si l’on cherche bien, on peut quand même trouver une construction cachée, qui découlerait d’un système d’opposition régissant la suite des plans. Aux travellings s’opposent les plans fixes. Mais si la caméra ne bouge plus, il y a le plus souvent quand même du mouvement (des voitures ou des camions, des passants, entrent et sortent du cadre rapidement) ; il y a aussi des plans fixes, sans mouvement dans le cadre, des portraits figés où le temps s’arrête, et la vie aussi peut-être. Et il en est de même pour les travellings, l’opposition mouvement dans le cadre ou absence de mouvement concernant alors des plans où l’on se promène dans les rues au milieu de la circulation des véhicules, alors que dans les travellings le long des files d’attentes, le plus souvent, les personnes sont immobiles.

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A ces oppositions formelles s’ajoutent des contrastes entre les différents lieux filmés : intérieur/extérieur ; campagne/ville ; jour/nuit. Les travellings concernent le plus souvent les extérieurs, mais Akerman tourne aussi à l’intérieur d’une immense gare où elle filme soit le va-et-vient des voyageurs, soit les salles d’attente où l’on longe la longue série des sièges occupés par ceux qui attendent. En extérieur, nous avons aussi des plans fixes, sur des routes ou des champs, qui eux aussi peuvent être animés de mouvements latéraux de véhicules, ou dans la profondeur de champ, comme ces groupes de marcheurs qui, de dos, s’éloignent de la caméra sur une route enneigée.

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Aux portraits montrant des femmes assises, immobiles dans une pièce, ou tous ces gens qui attendent aux abords d’un arrêt de bus ou de tram, Akerman met en opposition des plans, peu nombreux en fait, où se déroule quand même une action. Une femme coupe du salami et du pain pour faire des sandwichs, des femmes ramassent des pommes de terre dans un champ, un garçon joue du piano et une des dernières séquences (un plan-séquence en fait) montre une violoncelliste exécuter un solo dans une salle de concert. Le plan est délimité par les applaudissements du public hors-champ et les bouquets de fleurs que des mains anonymes offrent à la musicienne. La chaleur de cette séquence ne réussit pourtant pas à effacer la sensation de grisaille et de froid qui se dégage de l’ensemble du film. Même la neige, le plus souvent filmée la nuit ou à la tombée du jour, n’apporte aucune blancheur réelle aux images. Il faut être particulièrement attentif pour déceler au moins un sourire sur un des visages que nous voyons dans les interminables files d’attente.

D’Est est un film que l’on pourrait taxer d’esthétisme, ou de formalisme, s’il ne se dégageait pas de ses images une force qui finit par susciter de l’émotion.

 

I COMME IMMOBILITÉ

L’Attente, Sergueï Loznitsa, 2000, 25 minutes

Portrait, Sergueï Loznitsa, 2002, 28 minutes.

 

Loznitsa est le cinéaste de l’immobilité.

Dans deux de ses courts-métrages documentaires, au moins,  il construit des cadres d’une fixité absolue. Aucun mouvement de caméra, aucun mouvement devant la caméra. Immobilité sans avant ni après. La durée des plans est fondamentalement indéterminée, c’est-à-dire qu’ils pourraient durer encore et encore. Il n’y a aucune raison de passer d’un plan à l’autre. Sauf qu’il s’agit bien d’une immobilité cinématographique et non d’une simple succession de vues photographiques.

Dans L’Attente, Loznitsa trouve dans le sommeil l’incarnation de cette immobilité. Un sommeil profond, sans rêve, sans soubresauts cauchemardesques. Un sommeil qui n’est que réparation d’une fatigue accumulée. Un sommeil qui n’est pas forcément le signe de la nuit.

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Nous sommes dans une salle d’attente d’une improbable gare. Tous les voyageurs dorment. La caméra s’arrête sur chacun d’eux. Montrant leurs poses endormies. Qui assis raide et droit ; qui avachi sur son siège ; qui la tête sur les genoux. Aucun ne bouge. Ou bien le basculement des têtes se fait au ralenti. L’image est grise, presque sans nuance. Comme auréolée de brouillard.

Ce sommeil filmé est pure temporalité. Mais un temps sans déroulement, sans succession, sans renvoi en arrière ni projection dans l’avenir. Un temps qui ne passe pas. S’il s’agit de voyageur, ils finiront bien par partir. Mais ce déplacement reste purement hypothétique. Le train, le voyage, est totalement absent, un hors-champ qui n’existe pas.

Une temporalité qui est celle de l’éternité ; le sommeil éternel.

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Avec Portrait, les choses sont plus compliquées.

Il s’agit bien de filmer des poses immobiles, des hommes et des femmes, debout ou assis, seuls ou à deux ou même trois. Tous en extérieurs, dans leur contexte habituel de vie.

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De menus mouvements montrent qu’il ne s’agit pas d’images photographiques filmées, une jupe ou des herbes légèrement agitées par le vent, un homme qui reprend immédiatement la pose rompue une fraction de seconde…L’opposition entre l’immobilité et le mouvement va s’amplifier tout au long du film.

D’abord la construction du film devient vite évidente. Trois parties séparées par un écran noir. Trois parties indiquant le temps qui passe, les saisons qui se succèdent, l’hiver avec sa neige, le printemps bien peu verdoyant dans ces images en noir en blanc, l’été où l’on verra des fleurs épanouies. Et surtout, entre chaque série de portraits, la caméra se met en mouvement. Un panoramique sur la campagne, un travelling suivant le cours du fleuve. Ça bouge dans la nature, là où les hommes restent immobiles, comme pétrifiés, statufiées. Mais des statues vivantes, respirantes, avec des battements de paupières. Une vie – des vies – qui se fond parfaitement dans la nature environnante, une nature dont la vie justement a bien été présente tout au long du film dans la bande son, avec son souffle de vent, ses cris d’oiseaux et d’animaux de la ferme.

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L’immobilité ne serait-elle pas problématique ? Le film ne vise-t-il pas à la remettre en question ?

Les dormeurs de L’Attente ne se réveillent pas, les portraiturés de Portrait ne retourne pas au travail. Le fleuve coule toujours.

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F COMME FOLIE (Russie)

La Colonie, Sergueï Loznitsa, Russie, 2001, 79 minutes.

Une grande bâtisse, vue comme à travers un brouillard. L’image s’éclaircit peu à peu pour devenir parfaitement nette. C’est le premier plan du film de Sergueï Loznitsa, La Colonie, avant que le titre s’inscrive sur fond noir. Ce bâtiment nous ne le reverrons plus dans le film.

Nous sommes dans une ferme, à l’extérieur des bâtiments (grange ou étable) de la ferme. Tout le film sera tourné en extérieur, à l’exception cependant d’une longue séquence, de repas collectif pris à l’intérieur d’un réfectoire. En dehors des hommes qui vont et viennent dans cet espace rural, il y a des vaches qui sortent d’une étable et partent, en petit troupeau désordonné, dans les prés.

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Sans être muet (il y a bien une bande son et l’on entend beaucoup de bruit de la campagne), le film est particulièrement silencieux. Il n’y a que très peu de dialogue. Comme si les hommes que le cinéaste filme n’avaient pas besoin de communiquer entre eux. Ou bien s’ils échangent quelques mots, on ne les entend pas vraiment, des grommellements tout au plus. Un film où le silence est roi, un film calme, serein, sans heurts, sans difficulté d’aucune sorte. Une vie simple, répétitive, sans la moindre violence. Même le taureau qui stationne devant la porte de la cantine dans l’attente d’un morceau de pain – et qu’il faut bien faire partir de là – ne sera chassé qu’avec un bâton qui semble le caresser plutôt que le frapper. D’ailleurs il faut pas mal de temps pour qu’il se décide à quitter les lieux.

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Un film en noir et blanc où toutes les personnes filmées se ressemblent. Sont-elles interchangeables ? En tout cas rien ne sera dit de leur identité, de leur histoire. Ni qui ils sont. Ni ce qu’ils font là. Le générique de fin nous apprend que nous sommes dans un institut neuropsychiatrique. Rien de plus. On n’assiste pas à des soins. Il semble qu’il n’y a pas de personnel médical. Il n’y a que dans le réfectoire où l’on voit des personnes qui distribuent des verres ou du pain à ceux qui sont assis à table.

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Le film se termine par une longue séquence de portraits. Des hommes et une femme, filmés en gros plan. Des visages qui se succèdent, des plans fixes  -comme tout le film d’ailleurs – montés cut. Des visages vieux, ridés, souvent édentés, qui se ressemblent tous. Certains esquissent un  sourire, un rictus plutôt.

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Toutes ces personnes filmées, c’est surtout la scène du réfectoire qui nous conduit à les considérer comme des pensionnaires d’un établissement où ils passent leur vie. Ils ne semblent aucunement enfermés, internés, privés de liberté. Il n’y a d’ailleurs dans le film qu’une seule barrière en bois qu’un homme referme, mais elle semble plutôt interdire le passage aux vaches qu’aux hommes. Et l’on imagine que la campagne environnante est si vaste qu’il doit être hors de question de tenter d’y fuir. Pour passer le temps on vaque à quelques menues occupations, couper du bois, déplacer du foin avec une fourche ou l’éparpiller sur le sol. Ce qui nécessite bien une certaine organisation. Mais rien de plus.

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Un  film qui ne traite pas de la folie – ou de la maladie psychique. Un film où la folie est entièrement hors-champ, c’est-à-dire dans l’imaginaire du spectateur. Elle y a alors une présence insistante, une présence qui subsiste bien après la fin du film.

 

N COMME NORD

Lumière du nord de Sergueï Loznitsa, 2008, 51 minutes.

De quel nord s’agit-il ? Le film ne le dit pas en dehors du fait que c’est un nord où on parle russe. On dira qu’il s’agit du grand nord, du vrai nord donc, du nord entièrement blanc, recouvert d’une neige glacée qui semble ne devoir jamais fondre. Un nord froid, très froid mais où le cinéaste filme les foyers rougeoyants à l’intérieur des poêles à bois. Des foyers qu’il faut alimenter encore et encore.

La vie des gens du nord, toujours chaudement vêtus, nous l’approchons par petites touches jusqu’à ce repas final en famille, le jour de Pâques, un repas traditionnel où l’on boit de la vodka et où l’on mange ces œufs décorés l’après-midi par un petit groupe de fillettes. Les deux petites filles de la maison, nous les avons vues le matin au réveil, l’une à côté de l’autre sous les épaisses couvertures, se frottant les yeux de sommeil. Nous les avons suivies dans leur rapide toilette du visage et leur coiffure avec de si beaux rubans. Au détour d’une conversation téléphonique, nous apprenons qu’elles viennent  de l’orphelinat, où elles ne retourneront pas. Peu à peu, elles finissent par appeler Maman, celle qu’au début elles qualifiaient de Tante.

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Plus avant dans le film nous assistons à quelques scènes de la vie quotidienne, des fragments de vie qui doivent se répéter tous les jours. Le bois que l’on met dans le feu du poêle, les allers et retours du camion ou du scooter des neiges, la lessive que l’on rince dans un trou aménagé dans la glace, couper du bois à la tronçonneuse ou donner du foin aux vaches. Ou bien des scénettes plus surprenantes comme ce chien qui refuse de manger dans la gamelle que lui porte son maître. Tout ceci sans le moindre commentaire, sans la moindre parole, comme si le froid les rendait inutiles. On ne parle d’ailleurs que très peu en famille. Ou bien seulement avec les enfants, ou la vodka aidant sans doute, au repas de fête le jour de Pâques.

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Le film s’est d’ailleurs ouvert sur un long pré-générique, silencieux en dehors du bruit de moteur, un trajet en voiture filmé depuis l’avant du véhicule pour montrer la route enneigé qui défile devant nous. D’où vient-il et où va-t-il ? Peu importe. Aucune parole, aucune indication n’est utile. Quelques plans se succèdent avec le même cadrage, mais qui nous font passer du jour au crépuscule et à la nuit. Nous croisons un autre véhicule et deux ou trois voitures sont arrêtées sur le côté. Celle dans laquelle est placée la caméra s’arrête. On entend le bruit d’une portière et c’est le noir. Au matin le soleil brille sur la neige.

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Ce film est disponible dans le volume 1 de la collection de DVD dirigée par Stéphane Breton, L’Usage du monde.

 

R COMME REVOLUTION RUSSE (Cinéma)

L’utopie des images de la révolution russe, Emmanuel Hamon, 2017, 1H 28.

Le cinéma russe aurait-il été aussi créatif qu’il l’a été dans les années 20 s’il n’était pas devenu soviétique, s’il n’avait pas été porté par l’enthousiasme déclenché par la révolution de 17, s’il n’avait pas essayé de mettre sa puissance créative au service des idéaux de cette révolution ? La réponse qui ressort du film d’Emmanuel Hamon à cette question est clairement négative. Et il le montre en images.

Organisé à partir de la fiction d’une actrice qui aurait vécu cette époque, L’utopie des images de la révolution russe est une mine d’extraits de films tournés à partir de 1918. Des extraits d’une excellente qualité visuelle et dont le commentaire souligne la dimension expérimentale, inventant sans cesse, notamment en ce qui concerne les pratiques de montage. L’histoire d’une période particulièrement féconde qui, au-delà des noms les plus connus – Maïakovski et Eisenstein – nous fait découvrir nombre de ces jeunes cinéastes, contribuant à faire sortir leurs œuvres de l’oubli.

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Tout commence avec Lev Koulechov, qui connaît un grand succès populaire avec Les extraordinaires aventures de Mr West au pays des soviets. Théoricien du montage dans le cadre de l’effet qui porte son nom, il est aussi animateur d’un atelier-école que fréquenteront la plupart des jeunes cinéastes qui se distingueront par la suite, comme Boris Barnet auteur en 1927 de La jeune fille au carton à chapeau, ou bien Abram Room dont le film Trois dans un sous-sol se caractérise par sa centration sur une problématique féminine. Tous ces films sont le fruit d’une liberté totale de création, liberté qui sera remise en cause, c’est bien connu, dans les années 30 par le pouvoir stalinien.

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Le poète Maïakovski, dont les activités cinématographiques sont moins connues que son travail littéraire, est omniprésent dans cette période révolutionnaire et peut être considéré comme l’inspirateur principal des jeunes cinéastes. Mais celui qui occupe la plus grande place dans le film d’Emmanuel Hamon, c’est S M Eisenstein. De La Grève au Pré de Bejine, en passant bien sûr par Le Cuirassé Potemkine et Octobre, nous retrouvons avec plaisir les séquences les plus célèbres. Le portrait du cinéaste est quant à lui particulièrement détaillé, notamment en ce qui concerne ses relations avec les autorités, à son retour de son séjour au Mexique.

Le film d’Emmanuel Hamon est consacré aux fictions, ce qui explique la place très réduite qu’y occupe Vertov, considéré pourtant comme un des plus grands inventeurs de formes dans ce cinéma des années 20. Il est tout juste fait mention du Ciné-œil et du Kino Pravda, mais aucune image de L’Homme à la caméra ne nous est proposée.

Le cinéma soviétique des années 20 peut certes être considérés comme utopique au point de vue politique. Il n’en reste pas moins un des exemples les plus marquants des aspirations révolutionnaires de cinéastes engagés dans l’Histoire de leur temps.

Festival International du Film d’Histoire, Pessac, 2017.

 

 

 

 

L COMME LIBERTÉ

Officiellement ce ne sont pas des prisons. Mais si les internats neuropsychiatriques en Russie ne sont pas entourés de murs et de grilles, ce sont quand même des lieux de privation de liberté. Ceux qui y sont enfermés sont étiquetés « fous ». En conséquence, ils sont privés de leur « capacité civique ». En clair ce ne sont plus des citoyens. Ils ne pourront ni trouver du travail, ni se marier, et pour les femmes il leur est interdit d’avoir des enfants. Dans l’incipit du film, le cinéaste a demandé à quelques unes de ces femmes quel est leur plus grand rêve. Il n’y a que deux réponses : rencontrer le grand amour et être libre. Être libre surtout. Mais un tel rêve peut-il se réaliser ?

Le film d’Alexander Kuznetsov n’est pas une plongée au cœur de ce type d’institution. Il ne nous en montre pas le fonctionnement administratif, ni le travail de ceux qui y ont trouvé un emploi, ni le vécu quotidien de ceux qui sont enfermés là. Quelques plans pour dresser le décor suffisent. Car son projet est tout autre. Il va suivre pendant plusieurs années deux jeunes femmes, Katia et Yula, qui vivent ici depuis leur enfance parce qu’elles ont été rejetées par leurs parents et diagnostiquées « folles ». Elles ont donc vécues en orphelinat avant d’arriver à l’internat où elles sont « condamnées » à passer leur vie. Devenues adultes, elles entreprennent les longues procédures qui pourraient leur redonner leur capacité civique et la liberté qui va avec. Un combat pour la liberté donc, un combat incertain, difficile, oppressant même tant les représentants de l’administration semblent souvent insensibles aux conditions humaines des cas qu’ils ont à examiner. Nos deux jeunes filles ont pourtant de la chance. Elles sont soutenues par le directeur de leur internat et leurs compagnes d’infortune leur manifestent une sympathie sans faille. On les sent néanmoins si fragiles face à la grande machinerie bureaucratique… Leur désir de liberté n’en est que plus remarquable.

Ce Bref manuel de libération est une parfaite illustration de l’idée rousseauiste selon laquelle la liberté est un bien inaliénable, qu’il faut être fou pour y renoncer. Sans liberté, pas de vie possible. La première qualité rendue indispensable dans la lutte de libération personnelle est donc la persévérance. Surtout ne pas se résigner. Même après un premier rejet de sa demande, comme c’est le cas de Yula. Elle devra attendre quatre longues années avant d’obtenir enfin gain de cause. Elle devra à nouveau affronter les tests sensés évaluer son niveau intellectuel, les entretiens psychologiques jugeant de ses capacités sociales et affectives et surtout faire face au juge tout puissant dont les questions ne peuvent que déstabiliser. Le film ne montre pas ces quatre années d’attente où il faut se reconstruire pour affronter à nouveau toutes ces épreuves. Mais la joie communicative, lorsque enfin Yula devient libre est un grand moment de cinéma.

Un manuel de libération n’est-il pas quelque chose d’aberrant en soi ? La liberté ne serait-elle pas une caractéristique fondamentale de l’humanité qu’il faille lutter pour la conquérir ? Mais si les hommes sont assez fous pour priver d’autres hommes de leurs droits fondamentaux d’homme dès la petite enfance, alors ce manuel a une valeur inestimable, celle de redonner du sens à la notion d’humanisme.

Bref manuel de libération, un film d’Alexander Kuznetsov, France, 2016, 80 minutes.

Ce film a obtenu le prix du jury Régionyon, (long métrage le plus innovant), et le prix interreligieux (long métrage de la Compétition Internationale qui met en lumière des questions de sens et d’orientation de la vie) au festival Visions du réel, Nyon, 2016.