Nuestra Tierra. Lucretia Martel. Argentine-Mexique, 2026, 122 minutes
Il faudra neuf ans avant que s’ouvre le procès des meurtriers de Javier Chocobar. Neuf ans d’impunité.
Nous sommes en Argentine. La victime, Javier Chocobar, est un chef de la Communauté Chuschagasta, un peuple autochtone qui essaie de défendre ses terres et ses droits. Des terres que convoitent de riches propriétaires terriens. Un combat inégal qu’on pourrait dire perdu d’avance, la force étant d’un seul côté.
Le meurtre a lieu lors d’une altercation entre les deux camps. D’un côté, ceux, armés, qui viennent chasser les autochtones de leurs terres. En face d’eux, la résistance pacifique mais sûre de son droit. Un droit que la justice Argentine a bien du mal à reconnaître.
Le film de Lucrecia Martel prend d’abord la forme d’un film juridique. Nous sommes dans le procès des meurtriers de Chocobar. Un procès qui a enfin lieu. Nous en suivons tous les développements. Les interrogatoires par la présidente, les dépositions des témoins, les interventions des avocats. Nous assistons à des éléments de la reconstitution des faits. Des images haletantes, totalement brouillées au moment des coups de feu. Une immersion visant à bousculer le spectateur.
En contrepoint du procès, le film retrace dans une vaste fresque qui documente la place faite par l’Argentine postcoloniale aux peuples autochtones. Des images le plus souvent prises par un drone qui survole les montagnes, des terres plus ou moins désertiques. Une histoire en particulier des Chuschagastas, présents sur ces terres depuis des siècles et que la République argentine moderne tente, sournoisement, de rendre invisibles. C’est leur existence même qui est ici en jeu. Et les images que nous en donnent le film réussissent à les maintenir en vie. Comme ce couple qui, avant de se marier, évoque sur le terrain leur future maison d’habitation. Un symbole. Une résurrection de tout un peuple.
Le film se termine par le verdict du procès des assassins de Chocobar. Ils sont condamnés, mais un carton précise que deux ans après, ils seront libérés. Une illustration de l’implication de la justice dans la disparition annoncée du peuple Chuschagasta.
