From Ground Zero +
La vie continue à Gaza. Malgré la guerre, malgré les bombes, malgré les destructions. Malgré la mort. Une vie de déplacé.e.s parmi les ruines, une vie d’errance. Depuis les camps de tentes. Et l’attente du retour. Avec l’espoir de trouver sa maison debout, avec l’espoir que la vie pourra reprendre comme avant. Est-ce possible ?
Le cinéma continue à Gaza. Un cinéma de vie qui montre la vie qui continue, malgré toutes les difficultés, une vie indestructible. Créé par Rachid Masarabi. From Ground Zero et From Ground Zero + est une collection de films courts qui réunit des cinéastes animés par la même volonté. La reconstruction. Une reconstruction pas seulement matérielle. Le cinéma au service de la reconstruction psychologique. Une aide indispensable grâce à ses réalisations et à ses projections un peu partout dans Gaza dévastée. Voir des films donc, mais aussi faire du cinéma. Grâce à des ateliers. De formation et de production. Il y a même un projet de création d’une école de cinéma. Et puis en 1925, s’est déroulé le festival du film de Gaza pour enfants. Avec son slogan particulièrement émouvant. « Nous aimons la vie. Demain ? »
From Ground Zero comprend 22 films courts. Les trois à six minutes. Des fictions et des documentaires. Et même des films expérimentaux.
From Ground Zero + se compose de sept courts documentaires de 20 à 30 Minutes et de trois longs métrages. Des films montrant la diversité de la vie dans les différents lieux de la bande de Gaza.
Petite sélection.
- Rêves de jeune fille.
Dreams of Farah et Zarah. Mustafa Al Nabih Palestine, Turquie, 2025, 20 minutes

À quoi rêvent les jeunes filles à Gaza ? À quoi peuvent-elles rêver dans la guerre ? Et même après la guerre.
Un portrait croisé de deux adolescentes à Gaza, l’une est conteuse, l’autre destinatrice. Dans le village de toile où elles ont été déplacées, elles s’occupent des enfants, essayant par leurs productions artistiques de leur faire oublier la guerre. (Est-ce possible ?) et de leur redonner goût à vie. Une tâche bien difficile, mais elles s’y consacrent avec toutes leurs forces.
Toute la première partie du film est l’occasion de nous montrer la vie quotidienne dans le village de toile le long de la mer. Les jeux des enfants, la cuisson du pain et l’attente de la fin des bombardements.
Lorsque le cessez le feu arrive enfin, c’est la possibilité de partir pour regagner leur maison avec l’espoir de reprendre la vie d’avant. Mais c’est bien sûr une illusion. Les longues files de cette population déplacées donnent des plans d’une grande beauté plastique qui sont d’autant plus cruels. À l’arrivée, les maisons des deux jeunes filles ne sont qu’un tas de ruines. Elles ont beau fouiller les gravats, elles ne retrouvent rien de leurs affaires, qu’elles avaient laissé dans leur fuite précipitée.
Pourtant, le film se termine sur une note d’espoir. Évoquant la reconstruction possible.
2 Raconter la guerre.
The wish. Aws Al Banna Palestine, Turquie, France, 2025, 25 minutes

Le théâtre ne peut pas faire oublier la guerre et ses drames. La perte d’être cher, la vie d’avant. Mais il peut aider à surmonter la douleur. Le désespoir. Il peut aider à revivre. À continuer à vivre.
Un groupe de 8 petites filles d’une dizaine d’années, un jeune metteur en scène, qui va animer des séances de création basées sur les souvenirs. Les souvenirs de la vie d’avant la guerre. Le souvenir des êtres aimés emportés par la guerre, un frère, un père.
Le film enregistre les récits de ces enfants. Des récits de douleur. Des récits qui ne peuvent se faire que dans les larmes. Des séquences dures, difficiles à suivre, comment rester insensibles devant ces larmes, cette douleur ? Et même cette petite fille qui pleure la perte de ses cheveux. Ses cheveux longs qu’elle aimait tant et qu’il a fallu couper par manque d’eau pour les laver. Ici, rien n’est dérisoire. Une expression d’une sincérité absolue. Et même sur la scène, devant le public d’amis et de parents, rien n’est joué au sens du théâtre, rien n’est inventé de l’extérieur. Ces enfants ne sont pas des acteurs, même s’ils apprennent à exprimer leur vécu en public. Une expression cathartique, thérapeutique bien sûr.
À l’annonce du cessez-le-feu, c’est la joie, on peut danser et chanter. Même s’il faut se préparer, le jour du retour, à ne plus rien trouver comme avant. Rien de ce qui pourrait être le souvenir de la vie d’avant dans les ruines de la maison détruite.
Alors ? C’est une nouvelle vie qui s’annonce et qu’il va falloir affronter. Le plus courageusement possible.
Filmant des enfants qui pleurent, le film joue bien sûr sur la sensibilité, voire sur la sensiblerie. Mais cela est fait sans excès. De façon presque naturelle. Et en fin de compte l’’espérance reste toujours vivante.
3 Seul dans la guerre,
Hassan. Muhammad Al Sharif Palestine, Turquie • 2025 • 30 minutes

L’aventure glaçante d’un adolescent perdu seul dans le sud de la bande de Gaza sous les bombes israéliennes.
Il lui faut trouver de la nourriture, il lui faut trouver un abri pour la nuit. Heureusement, la solidarité entre victimes des bombes est grande. Mais. il n’a qu’une seule idée en tête. Un seul but. Regagner le Nord. Pour retrouver sa famille.
Une famille qui elle aussi est durement touchée par la guerre. Assan apprend au téléphone, lors d’une des rares communications qu’il réussit à établir avec sa mère, que son père est mort. La mère reste seule pour s’occuper de sa sœur.
Comment Hassan s’est-il retrouvé perdu dans cette guerre qui n’en finit pas ? Il était parti de chez lui pour chercher de la farine. La faim se fait durement sentir dans une situation de pénurie de plus en plus grande. Et puis il a été obligé de partir pour le sud par l’armée israélienne. « Tu pars vers le Sud où je te tue ». La parole des soldats ne laisse aucun choix.
Le film montre donc l’errance d’un jeune gazaoui. Perdu loin de chez lui, laissé à lui-même, sans aucune alternative, sans aucun moyen de prendre son destin en main. Il n’a rien emporté de chez lui, il n’a même pas de vêtements de rechange.
Le cas Hassan est certes un cas particulier, mais il n’est sans doute pas un cas isolé. La guerre menée par l’armée israélienne ne prend pas en compte la réalité individuelle. Hassan n’est même plus un pion que l’on dépasse sur un espace de jeu. Il n’existe plus en tant que personne. Le film le montre beaucoup perdu dans la foule. La foule de ceux qui se bousculent pour avoir un peu de nourriture. La foule de ceux qui sont déplacés du Nord au sud et du Sud au nord, selon la volonté de l’armée. La foule de ceux qui, comme Hassan, attendent de pouvoir rentrer chez eux.
4 Femme dans la guerre.
Very small dreams. Etimad WashahPalestine, Turquie, France, 2025, 22 minutes

Dans un camp de réfugié.e.s, des femmes chassées du nord parlent de leurs conditions de vie. Les paroles sincères, poignantes, désespérées.
Elles décrivent des conditions de vie inhumaines, le manque d’intimité, les conditions d’hygiène désastreuses. Elles évoquent sans fausse pudeur des problèmes spécifiques aux femmes. La période des règles, un vrai calvaire, sans protection. Une femme dit même ne plus oser sortir de sa tente.
Et la maternité aussi devient très difficile. Une jeune maman, – son bébé a trois semaines – raconte les difficultés d’hygiène. Il faut utiliser le moindre bout de tissu pour la toilette des bébés. Les risques d’infection sont énormes.
Un film à la limite insupportable. Et pourtant, toutes ces femmes ont encore un rêve, revenir chez elles, même si elles savent que rien n’y sera plus comme avant.

Voir aussi, Le Clown de Gaza. Abdulrahman Sabbah, Palestine, France, Qatar, 2025, 61 minutes
