Les Survivants du Che. Christophe Dimitri Réveille, France, 2026, 98 minutes
Le film ne concerne pas vraiment le Che. Il commence d’ailleurs à sa mort en Bolivie, alors qu’il essayait avec un petit groupe de guérilleros de propager la révolution auprès des paysans.
Certes le film, dans son incipit, retrace rapidement l’histoire de la révolution cubaine, depuis la prise du pouvoir par Fidel Castro. Sont alors rappelés quelques événements importants de cette révolution, des liens avec l’URSS à la crise des missiles avec les États-Unis. Des images d’archives déjà connues, comme le discours De Castro à l’ONU, mais sans doute indispensable pour situer dans l’histoire l’aventure bolivienne de Guevara. Une aventure qui finit mal.
Que se passe-t-il alors en Bolivie ? Après la mort de Guevara et de la grande majorité de ses compagnons. Seuls survivent six de ces combattants ?
C’est eux que nous allons suivre tout au long de leur fuite à travers la Bolivie jusqu’au Chili. Où ils seront accueillis par Allende qui les aidera à regagner Cuba. Du moins pour trois d’entre eux qui sont cubains. Deux autres resteront dans le pays pour tenter de poursuivre la guérilla. Le dernier, grièvement blessé dans un accrochage avec l’armée, sera achevé par ses compagnons, selon l’accord passé entre eux. Il ne faut surtout pas courir le risque de tomber tous entre les mains ou sous mes balles des soldats. Une longue traque de l’armée aidée par la CIA, 4000 km à travers la Bolivie, une véritable aventure, une incroyable épopée.
Les survivants du Che est donc à la fois un film historique et un film d’aventure. Qui ne ménage pas ses effets pour tenir en haleine le spectateur. Les fuyards réussiront-ils à échapper à leurs poursuivants, les 4000 soldats de l’armée nationale. Ne seront-ils pas dénoncés par des paysans à qui une forte somme est promise contre tout renseignement. Comment seront-ils accueillis au Chili s’ils y arrivent sains et saufs ? Et comment ensuite regagner Cuba ? Tout cela ouvre un suspense certain.
Côté histoire, le film a l’immense intérêt de multiplier les moyens narratifs et filmiques. On peut dire qu’il utilise tout ce qui peut être mobilisé par un tel projet.
Les archives d’abord, même si elles n’occupent pas la majorité du film. Une présence parcimonieuse ce qui ne peut que renforcer l’intérêt de celles présentées. La prise du pouvoir par Castro d’abord. Puis les photos, certes connues, du Che mort, l’accueil de Allende au Chili et le soutien indirect en France à travers la prise de position d’André Malraux en faveur de la libération de Régis Debray.
Mais dans le projet du film, il est clair que les archives ne peuvent pas rendre compte de la fuite elle-même des survivants qui ne possède aucun moyen de faire des images. La solution réside dans le recours à des images dessinées. Une animation sobre mais efficace. Ce n’est pas une solution entièrement originale puisqu’elle a déjà été utilisée dans le documentaire, par exemple dans le film concernant le procès de Mandela en Afrique du Sud. On sait qu’il était alors interdit de filmer (Le procès contre Mandela et les autres de Nicolas Champeau et Gilles Porte, 2018). Ici, le recours au dessin, peut parfaitement remplacer les images absentes. Et par la couleur utilisée il s’harmonise sans peine avec les images en vues réelles des paysages de la brousse ou des montagnes boliviennes.
Enfin, et c’est là que le film trouve son originalité, le cinéaste a retrouvé, quelque 50 ans après les événements, trois des protagonistes de l’aventure, Benito, Urbano et Pompo, selon Les pseudos qui les dénommaient à l’époque. Leur témoignage, outre qu’ils peuvent être par moments particulièrement émouvants, contribue fortement au projet d’immersion dans une réalité politique du passé. Élément essentiel donc à la dimension film d’aventure, une aventure humaine de bout en bout.
À ces témoignages, « vécus », des trois survivants s’ajoutent quelques moments d’entretien avec Régis Debré. La confrontation avec les images d’archives prises pendant son procès en Bolivie nous aide à prendre la mesure du temps qui a passe ou plutôt qui a passé. La question qui surgit alors de l’ensemble du film n’en est que plus essentielle. Non pas que sont devenus les révolutionnaires de l’époque ? Mais qu’est devenue la révolution elle-même ? Est-elle, avec la mort du Che, renvoyée définitivement dans le passé ?
