Fini de rire ! – L’Humour politique au garde-à-vous ? Jean-Baptiste Rivoire, Matéo Larroque, Clara Menais, Mila Branco, 2026, 97 minutes
Intention.
Retracer l’histoire de la mise au pas des humoristes qui, à la télévision ou à la radio, se permettent de faire rire aux dépends des puissants de notre société, milliardaires ou hommes politiques, voire gouvernants. De la suppression des Guignols de l’info sous Sarkozy au licenciement de Guillaume Meurisse de France Inter, de Canal + et Europe 1, propriétés de Bolloré au service public du temps de Macron, on ne compte plus les intimidations, les rappels à l’ordre, les mises au placard et les purs et simples renvois, lorsque on se permet de se moquer des patrons, de dire du mal des propriétaires du média où l’on officie. Bref, la censure sous toutes ces formes est devenue systématique. L’humour, qui décidément est une arme redoutable, est sous contrôle.
Mise en œuvre.
Une enquête on ne peut plus rigoureuse. Les faits sont rappelés dans une chronologie stricte. L’argumentation qui les authentifie s’appuie essentiellement sur les déclarations des humoristes concernés. Des entretiens en face à face, sans langue de bois, sans sous-entendus ou allusions décryptables que par les initiés. Ici on appelle un chat un chat et la désignation des puissants à la manœuvre est toujours directe. D’ailleurs ils ne prennent ne moins en moins la peine d’agir dans l’ombre. Censurer ceux qui déplaisent, se fait aujourd’hui à visage découvert.
Le film alors utilise un procédé particulièrement efficace. Des moments clés, comme la convocation par les dirigeants des employés incriminés, sont reconstitués, en noir et blanc et toujours désignés comme telle. L’enquête alors se fait mordante, directe, et touche où ça fait mal. Même si cela ne semble pas inquiéter outre mesure un Bolloré par exemple, présenté alors sûr de son pouvoir, un pouvoir qu’il veut sans limite.
Évaluation.
Un film indispensable, nécessaire à la défense de la liberté d’expression et donc de la démocratie. Un film donc qui ne cache pas d’où il parle. Un combat à visage découvert. D’un courage qui a tendance à se faire rare.
Il n’est pas sûr pourtant qu’il soit suffisamment entendu dans la société pour qu’il puisse influencer le cours des choses. Après tout, ses adversaires n’ont-ils pas les moyens de le rendre inaudible. Preuve, le film a été déprogrammé de certaines salle UGC appartenant à Bolloré. Un combat par trop inégal. Mais les auteurs nous font sentir qu’ils refusent de se sentir vaincus d’avance.
La situation des médias dans les années futures risque fort ne plus être drôle du tout.
