U COMME UBIQUITÉ.

Ailleurs, partout. Isabelle Ingold, Vivianne Perelmuter, Belgique, 2020, 63 minutes.

Internet abolit les contraintes liées à l’espace. Sans bouger de devant mon écran, je peux être ici et ailleurs, là et partout. Parcourir le vaste monde en quelques clics. Un voyage qui vise toujours l’instantanéité, mais qui peut devenir addictif et manger alors beaucoup de temps.

Le film de Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter ne nous explique pas cette capacité d’être présent en plusieurs lieux simultanément, mais il nous la fait vivre. Par un choix d’images issues du Net, des webcams ou des caméras de surveillance peut-être. Des images pas toujours très lumineuses. Certaines sont d’un gris assez terne. Et les images couleurs sont peu fréquentes. Mais qu’importe si elles n’ont pratiquement pas de teneur esthétique. Elles ne sont pas faites pour plaire. Et le choix des cinéastes ne vise pas à constituer un florilège de la beauté en ligne.

Ce choix nous propose un voyage dont il est impossible d’identifier le point de départ ou le point d’arrivée, pas plus que les différentes étapes. Un voyage donc dont nous ne maîtrisons ni les tenants ni les aboutissants. Devant notre écran, nous pouvons très vite être perdus, ne plus savoir où nous sommes. Il nous faut alors accepter d’être guidés pas à pas, image par image. S’il y a du sens dans ce voyage-là, il ne peut être que dans le fait de voyager lui-même.

Mais le film nous propose un deuxième voyage, qui lui ne se situe pas dans la sphère du virtuel. Il s’agit du parcours d’un jeune réfugié iranien venu demander l’exil en Europe, Shahin. Un parcours qui lui aussi ignore les contraintes géographiques, les frontières puisqu’il faut les franchir clandestinement, la mer qui peut devenir à chaque instant une tombe.

Le récit du voyage de Shahin se superpose donc aux images en utilisant plusieurs outils narratifs différents.

 Une conversation téléphonique d’abord avec sa mère restée en Iran. Un dialogue où pointe l’inquiétude maternelle et la tentative de la rassurée. Des propos de forte intensité émotive donc.

Ensuite les questions du bureau de l’immigration. Pourquoi avoir quitté l’Iran. Par quels moyens de transport est-il arrivé en Angleterre ? Les réponses sont courtes, toujours factuelles, sans épaisseur. Elles ne peuvent pas vraiment nous apprendre quelque chose d’important.

Enfin, et c’est le plus important, tout au long du film une voix féminine développe le récit de la rencontre avec Shahin. Un accompagnement dans son voyage. Une voix pleine de retenue, mais où transparait beaucoup de chaleur affective. On pense à Chris Marker, celui de La Jetée et de Sans Soleil. Les images d’Internet prennent alors une véritable teneur littéraire.

Les films réalisés à partir de ces ressources inépuisables que propose Internet, sans être omniprésents sur nos écrans, ne sont plus des raretés ayant un simple intérêt de curiosité. On peut par exemple citer le film de Gabrielle Stemmer, Clean with me (After dark)réalisé à partir des chaînes Youtube sur ces ménagères américaines qui vantent leurs compétences dans le ménage mais dont on peut aussi entendre le cri de souffrance dans une solitude insupportable. Ici, Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter semblent ne pas prendre position quant à l’intérêt des images qu’elles nous proposent, ni même quant à leur signification. Mais leur film ne peut pas être perçu autrement que comme un soutien aux exilés qui fuient leur pays dans des conditions toujours particulièrement difficiles. Le virtuel aussi est politique.

L COMME LUTTE ÉTUDIANTE

(g)rêve général(e). Matthieu Chatellier et Daniela De Felice, 2008, 95 minutes.

En 2006, les étudiants se révoltent contre le projet de loi instaurant le CPE (Contrat Première Embauche) perçu comme la précarisation de leur avenir professionnel. Ils occupent les universités partout en France. Le film de Matthieu Chatellier et Daniela De Felice ne cherche pas à rendre compte de l’ensemble de cette lutte. Il se focalise sur un seul lieu, Caen, dont les universités sont bloquées. Une lutte filmée de l’intérieur, au côté des étudiants, partageant leurs préoccupations actuelles et leurs inquiétudes sur l’avenir.

Un film de lutte, donc. Nous suivons l’organisation du blocage, les comités qui gèrent les lieux pour dormir, les repas, la rédaction des communiqués à la presse et des tracts pour les manifestations. Un travail effectué souvent dans l’enthousiasme, surtout au début. Les étudiantes et les étudiants qui sont là n’hésitent pas à présenter leur position à la caméra. Des prises de paroles souvent très réfléchies, argumentées, manifestant un engagement sincère. Beaucoup sont près à aller jusqu’au bout.

Et puis il y a les assemblées générales, dans des amphis pleins à craquer et où il est parfois difficile de se faire entendre. Mais la prise de son est ici particulièrement efficace et nous pouvons très bien suivre ces déclarations pleines de conviction souvent applaudies généreusement. Pourtant, des désaccords voient très vite le jour, en particulier sur la poursuite du blocage. Un nombre de plus en plus important d’étudiants veulent reprendre les cours pour pouvoir avoir des chances de réussir leurs examens. Le référendum organiser leur donne d’ailleurs la majorité des votes. Mais ceux qui ne veulent pas renoncer à cette forme de lutte vont s’appuyer sur le nombre important de non- participation au vote pour poursuivre le blocage.

Si la majorité du film se déroule à l’intérieur des bâtiments de l’université, il n’était pas possible de ne pas filmer les manifestations en ville. Les premières se déroulent sans encombre, mais très vite nous assistons au traditionnel face à face avec les forces de l’ordre. S’il y a bien des coups de matraque – une jeune fille est blessée – et des grenades lacrymogènes, la violence n’atteint pas le degré de celle filmée lors du mouvement des gilets jaunes ou même des nuits des barricades au quartier latin en mai 68. On ne voit jamais un étudiant lancer des pierres sur les CRS. Pourtant, dans les bâtiments occupés, la vigueur mise à consolider la fermeture des portes prouvent leur détermination.

En voyant le film, aujourd’hui ou même l’année de sa réalisation, le spectateur n’a pas de doute sur l’issue du conflit. Il est pourtant construit pour ménager un certain suspens, ponctué par les interventions télévisées du Président de la République ou du premier ministre. Mais c’est surtout la fin du blocage qui traine en longueur. Des étudiants expriment même leur rancœur « tout ce qu’on a de la république, c’est les CRS et les lacrymos ».

Pourtant la dernière séquence – sur le toit de l’université où il s’agit d’enlever le drapeau de corsaire qui était devenu un des symboles de la lutte – n’est pas totalement gagnée par la tristesse, malgré le son du sax qui accompagne cette cérémonie. Le film a montré des étudiants conscients des difficultés de la lutte et, malgré de titre, plutôt réalistes. Sil y a de l’utopie dans certains de leurs propos – concernant l’autogestion par exemple – ce n’est pas vraiment un appel au grand soir. Leurs revendications sont plutôt concrètes et immédiates, comme l’arrêt de la surconsommation. L’époque n’est pas encore sensibilisée au problème du climat. Si l’avenir est inquiétant, c’est surtout au niveau des problèmes d’emploi et de chômage. Les consciences politiques restent encore marquées par le clivage gauche / droite. L’écologie en est la grande absente.

Un document inestimable sur les luttes étudiantes en France. Un film d’une grande sensibilité sur une jeunesse dont l’aspiration au changement  est particulièrement stimulante.

A COMME ABECEDAIRE- Pierre Carles

On le surnomme souvent Le Michael Moore français, pour sa façon, toujours provocatrice, d’intervenir dans ses films.

Il a souvent travaillé en collaboration avec d’autres cinéastes, Philippe Lespinasse, Nina Faure, Éric Martin, Christophe Coello, Stéphane Goxe entre autres.

Aimargues

Le Rond-point de la colère

Amérique latine

On revient de loin – Opération Correa 2

Anarchisme

Ni vieux, ni traîtres

Austérité

On a mal à la dette

Béarn

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

Bordeaux

Juppé, forcément..

Bourdieu Pierre

La sociologie est un sport de combat

Catalogne

Ni vieux, ni traîtres

Censure

Enfin pris ?

Chômage

Volem rien foutre al païs

Attention ! Danger Travail

Dette

On a mal à la dette

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Economie

On revient de loin – Opération Correa 2

On a mal à la dette

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Ecrivain

Choron dernière

Election

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

Hollande, DSK, etc

Juppé, forcément..

Engagement

Ni vieux, ni traîtres

Equateur

On revient de loin – Opération Correa 2

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Gilets jaunes

Le Rond-point de la colère

Humour

Choron dernière

Journalisme

Fin de concession

Enfin pris ?

Pas vu, pas pris

Manifestations

Le Rond-point de la colère

Pauvreté

On revient de loin – Opération Correa 2

Marginalité

Tant pis tant mieux

Attention ! Danger Travail

Médias

Hollande, DSK, etc

Tant pis tant mieux

Fin de concession

Pas vu, pas pris

Politique

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

On revient de loin – Opération Correa 2

On a mal à la dette

Opération Correa – 1) Les Ânes ont soif

Hollande, DSK, etc

Pas vu, pas pris

Portrait

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

Choron dernière

Ni vieux, ni traîtres

La sociologie est un sport de combat

Juppé, forcément..

Presse

Hollande, DSK, etc

Choron dernière

Solidarité

Le Rond-point de la colère

Volem rien foutre al païs

Sociologie

La sociologie est un sport de combat

Télévision

Fin de concession

Enfin pris ?

Pas vu, pas pris

Travail

Volem rien foutre al païs

Attention ! Danger Travail

E COMME ELECTION – filmographie

1974. Une partie de campagne. Raymond Depardon. Election présidentielle de 1974.

Les Ames dormantes. Alexander Abuturov. Election présidentielle russe à Atchinsk en Sibérie

Atalaku. Dieudo Hamadi. Election présidentielle et élections législatives de 2011 en république Démocratique du Congo.

Au nom du Duce. Amos Gitaï. Election municipale de 1993 à Rome et naples.

La Bataille du Chili. Patricio Guzman Elections législative de mars 73 gagnées par l’Unité populaire.

Un berger et deux perchés à l’Élysée ? Pierre Carles et Philippe Espinasse. Election présidentielle 2017.

La Cause et l’usage. Dorine Brun et Julien Meunier. Election municipale à Corbeil-Essonnes de 2009.

Le Choix de Donzi.  Bénédicte Loubère et Pierre Chassagnieux. Election présidentielle de 2017.

Les Clés de Marseille. Jean-Louis Comolli, Michel Samson. Elections municipales. 2008

Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon. Avi Mograbi. Elections générales 1996. Israël.

Contre pouvoirs. Malek Bensmaïl. Election présidentielle algérienne de 2014

Depuis Médiapart. Naruna Kaplan de Macedo. Election présidentielle de 2017.

Les deux Marseillaises. André S. Labarthe et Jean-Louis Comolli. Elections législatives de juin 1968 à Asnières.

L’Expérience Blocher. JeanStéphane Bron. Elections fédérales 2011. Suisse

De grands événements et des gens ordinaires. Raoul Ruiz, Elections législatives de 1978 dans le 11° arrondissement de Paris

Grano amaro. Cyril Berard et Samuel Picas. Election municipale de Predappio (Italie) en 2019.

Hollande, DSK, etc. Pierre Carles, Nina Faure, Aurore Van Opstal. Election présidentielle 2012

L’Irrésistible Ascension de Moise Katumbi. Thierry Michel.Elections provinciales, République Démocratique du Congo. 2006

Kinshasa Makambo. Dieudo Hamadi. Election présidentielle, République Démocratique du Congo, 2017.

Mare Madnum. Ester Sparatore et Letizia Gullo. Election municipale sur l’ïle de Lampedusa en 2012

Marseille contre Marseille. Jean Louis Comolli et Michel Samson

  • Marseille de père en fils. Elections municipales, 1989.
  • La campagne de Provence. Elections régionales, 1992.
  • Marseille en mars. Elections législatives, 1993.
  • Marseille contre Marseille. Elections municipales, 1995
  • La question des alliances. Elections législatives, 1997.
  • Nos deux marseillaises. Elections municipales et cantonales, 2001.
  • Rêves de France à Marseille. Elections municipales, 2001.

Marseille entre deux tours. Jean-Louis Comolli, Jean-Louis Porte, Michel Samson. Elections municipales, 2014.

Paris à tout prix. Yves Jeuland. Election municipale, Paris. 2001.

Poutine pour toujours. Jean-Michel Carré. Election présidentielle, Russie. 2012

Le Président. Yves Jeuland. Elections régionales 2010

Primary. Robert Drew. Elections primaires, Etat-Unis. 1960.

Seekers. Aurore Vullierme. Elections tribales dans la réserve des Apaches Jicarillas, Dulce, Nouveau-Mexique, Etats-Unis.

Sucre amer. Yann le Masson. Elections législatives, La Réunion, 1963

Vote off. Fayçal Hammoum. Election présidentielle algérienne de 2014.

M COMME MANIFESTATIONS – Filmographie.

Le Chili et l’Argentine en Amérique latine, les Printemps arabes, l’Ukraine en Europe et en France Mai 68, le CPE, les Gilets Jaunes, les retraites…Autant de situations qui jettent les gens dans la rue, pour s’opposer, contester, revendiquer. Partout des slogans, des pancartes, des chants et de la musique. Et puis des pavés opposés aux canons à eau et autres grenades fumigènes, des casques et des fusils. Les manifestations ne sont pas toujours pacifiques et beaucoup n’ont pas l’ambiance bon enfant des défilés du premier mai d’antan ni la dimension festive des gay prides. Dans beaucoup de pays la répression semble même de plus en plus violente. Une violence que certains jugent nécessaires pour se faire entendre et obtenir gain de cause.

L’acadie, l’acadie ?!? Michel Brault et Pierre Perrault, 1971

L’année de la découverte. Luis Lopez Carrasco, 2019.

At Berkeley. Frederick Wiseman, 2013.

Avenue Rivadavia. Christine Seghezzi, 2012

Bariz (Paris), le temps des campements. Nicolas Jaoul, 2020

Basta ya de conciliar es tiempo de luchar. Leonardo Perez, 2015.

La Bataille du Chili. Patricio Guzman, 1973.

Blacks Panthers. Agnès Varda,1968.

Bleu Blanc Rose, Yves Jeuland, 2002.

Le Chant des tortues, Jawad Rhalib, 2013.

Chats perchés, Chris Marker, 2004.

Cinq caméras brisées. Emad Burnat et Guy Davidi, 2011.

Los Desnudos. Clarisse Hahn, 2012.

La Dignité du peuple. Fernando Solanas, 2005.

En route pour le milliard. Dieudo Hamadi, 2020.

Le fond de l’air est rouge. Chris Marker, 1977 – 1993.

Free Angela Davis and all political prisoners. Shola Lynch, 2012.

Grands soirs, petits matins. William Klein, 1978.

(G)rève général(e), Matthieu Chatellier et Daniela de Felice, 2008.

Grève ou crève. Jonathan Rescigno, 2020.

L’Heure des brasiers. Fernand Solanas, 1968

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd. Laetitia Carton, 2014

Kashima paradise. Yann Le Masson, 1973.

Kinshasa Makambo, Dieudo Hamadi, 2018

Maïdan. Sergueï Loznitsa, 2014.

Mémoire d’un saccage. Argentine, le hold-up du siècle, Fernando Solanas, 2004

Ne nous racontez plus d’histoires. Carole Filiu-Mouhaki et Ferhat Mouhali, 2020.

Nous ne vendrons pas notre avenir, Niki Velissaropoulou, 2018.

On a grèvé. Denis Gheerbrant. 2013

On ira à Neuilly inch’Allah, Mahdi Ahoudig, 2015.

On va tout péter, Lech Kowalski, 2019

Outcry and whisper. Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam, 2020.

Paris est une fête, Sylvain George, 2017.

Le Printemps d’Hana, Sophie Zarifian et Simon Desjober, 2013

Les Révoltés.  Michel Andrieu, 2019.

Le Silence des autres. Robert Bahar, 2019.

Tahrir. Place de la libération. Stefano Savona

Vote off. Fayçal Hammoum. 2017.

Zona franca.  Georgi Lazarevski (2016)

D COMME DÉMOCRATIE – Filmographie

Démocratie est une notion complexe qui peut être abordée selon de multiple perspectives.

La filmographie qui suit est une première approche, qui en appelle d’autres, passées et futures.

Nous n’avons pas repris ici les films sur le mouvement des Gilets Jaunes, qui fut à bien des égards une revendication d’une plus grande démocratie dans la vie publique. Voir G COMME GILETS JAUNES)

De même, pour les films sur la presse et les médias, la liberté de la presse étant souvent considérée comme indispensable à la démocratie en tant que contre-pouvoir (voir la filmographie sur les médias).

De prochaines recherches porteront sur les élections et les campagnes électorales en tant qu’elles peuvent être considérées comme des moments spécifiques de la vie démocratique.

De même, une filmographie spécifique abordera les films centrés sur des manifestations dans les mouvements de refus de la dictature qui montrent que la démocratie n’est jamais définitivement vaincue.

17 Minutes pour la démocratie (2002). Didier Nion

A la tribune (2019). Bénédicte Loubière

A ma place (2020) Jeanne Dressen

At Berkeley (2013). Frederick Wiseman

L’Assemblée (2017), Mariana Otero

La Bataille du Chili (1975-1979 Patricio Guzman

Birmanie : fin de dictature ? (2014) Michaëlle Gagnet

Caricaturistes : fantassins de la démocratie (2014) Stéphanie Valloatto

Le Cas Pinochet Patricio Guzman

La cité politique (2018), Florence Gatineau-Sailliant Bex

City Hall (2020), Frederick Wiseman

Connu de nos services (1997). Jean-Stéphane Bron

Convention citoyenne, démocratie en construction (2020). Naruna Kaplan de Macedo

Crisis, Behind a Presidential Commitment (1963).  Robert Drew

Les Couleurs du peuple (2018), Anita Volker et Laura Flint

Démocratie année zéro (2014) Christophe Cotteret.

Les Enfants des mille jours (2013), Claudia Soto Mansilla et Jaco Biderman

En Politica (2018) Penda Houzangbe et Jean-Gabriel Tregoat

Kinshasa Makambo (2018) Dieudo Hamadi

Nous le peuple (2019) Claudine Bories et Patrice Chagnard

Nuit debout (2016) Sylvain Louvet et Aude favre

Outcry and whisper (2020). Wen Hai, Jingyan Zeng, Trish McAdam

Palazzo delle Aquile (2011) Alessia Porto, Stefano Savona, Ester Sparatore

Paris est une fête (2017), Sylvain George

Le procès contre Mandela et les autres (2018).  Nicolas Champeau, Gilles Porte

Taïwan, une démocratie à l’ombre de la Chine (2020) Alain Lewkowitz

Vers Madrid – The Burning Bright – (Un film d’in/actualités) (2014) Sylvain George.

D COMME DÉMOCRATIE – Climat

Convention citoyenne, démocratie en construction. Naruna Kaplan de Macedo, 2020, 58 minutes.

Filmer la Convention Citoyenne pour le Climat, comme le fait Naruna Kaplan de Macedo – dès l’annonce de sa création par Emmanuel Macron jusqu’à la remise au chef de l’Etat de leurs propositions  neuf mois après,  en suivant toutes les étapes de cette aventure inédite, montrant tous ses moments forts et en donnant la parole au plus possible de des 150 tirés aux sort, sans oublier les organisateurs-animateur – voila un projet qui non seulement rend compte d’une actualité récente, mais qui deviendra, à l’évidence, un document pour l’histoire. Un document irremplaçable.

Réaliser un tel documentaire est en soi une gageure. Car la cinéaste ne peut éviter d’aborder au moins deux problèmes cruciaux pour le cinéma documentaire. 1 En quoi son film se distinguera du reportage télévisé qui joue dans l’actualité un rôle d’information à chaud sans doute nécessaire. 2 En quoi son travail peut-il être considéré comme une vision « objective » des faits. Peut-on aborder cet événement unique sans préjugés, sans parti-pris, dans arrière-pensée ? Peut-on s’affranchir de toute position politique ? Peut-on éviter de prendre position de façon militante ?

Incontestablement, la cinéaste a su éviter les écueils qui se présentaient à elle. Et ce en présentant explicitement son film comme un point de vue sur la réalité historique de la Convention. Pour cela, elle intervient en voix off, à la première personne, s’impliquant directement et personnellement dans ce regard qui devient ainsi celui d’une autrice et non celui d’un média, organe de presse ou de télévision, réalisé dans une perspective journalistique.

Le film n’échappe pas pour autant à un petit air de reportage. Mais un reportage qui se démarque nettement de ceux où la caméra se contente d’être un simple instrument d’enregistrement des faits. Ici, si l’on peut effectivement être en prise directe avec les faits, le travail cinématographique vise aussi – et peut-être surtout – à rendre compte d’une ambiance, d’une atmosphère, dans cette sorte de huis-clos qu’est la Convention puisque le film ne sort du Palais d’Iéna où elle se déroule qu’une seule fois – pour une courte séquence sur le parvis du palais filmant une manifestation de gilets jaunes (pour le contexte politique de l’époque). Les plans des séances en vision, imposées par le confinement, renforcent d’ailleurs cette sensation d’enfermement que l’on peut avoir dans les séances plénières ou de petits groupes.

Dans quelques années – ou quelques décennies – le film de Naruna Kaplan de Macedo pourra sans doute être considéré comme un document historique fiable à propos de cette Convention Citoyenne pour le Climat. Certes le film ne prétend pas être exhaustif et le choix des personnages mis en évidence, plus présents à l’image que d’autres – une jeune fille de 17 ans et une femme plus âgée et souvent contestataire ; ou un homme qui est souvent porte-parole de son groupe et qui acquiert un statut de leader – ne sont sans doute pas le fait du hasard. Mais le montage précis et rigoureux du film lui donne non seulement un rythme soutenu évitant tout temps-morts, mais aussi une portée qui dépasse la simple anecdote pour se situer au niveau des grands événements historiques.

Comme les films consacrés au mouvement Nuit Debout ou des Gilets Jaunes, le film de Naruna Kaplan de Macedo nous donne dès maintenant une vision de l’aspiration populaire à plus de démocratie en France au début du XXI° siècle.

Fipadoc 2021

A COMME ABECEDAIRE – Yves Jeuland.

Acteur

L’Extravagant Monsieur Piccoli

Un Français nommé Gabin

Allemagne

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Antisémitisme

Comme un juif en France – 1) De l’affaire Dreyfus à Vichy – 2) De la Libération à nos jours

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Aristocratie

Les Clefs du château – Dans le monde de l’aristocratie

Berry

Les Clefs du château – Dans le monde de l’aristocratie

Cabaret

Il est minuit, Paris s’éveille

Chansons

Il est minuit, Paris s’éveille

Charlot

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

Cinéma

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

L’Extravagant Monsieur Piccoli

Un Français nommé Gabin

Cinéma muet

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

Communisme

Camarades – Il était une fois les communistes français… 1944-2004

Concours

Rêves d’énarques

Déportation

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Elections

Le Président

Un village en campagne

Paris à tout prix – Dans les coulisses d’une élection

Engagement

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

Enseignement

Rêves d’énarques

Famille

Les Clefs du château – Dans le monde de l’aristocratie

Ombres de cristal – Seit 60 Jahren Judenfrei

Femme

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

Gouvernement

Un temps de président

Histoire

Comme un juif en France – 1) De l’affaire Dreyfus à Vichy – 2) De la Libération à nos jours

Le Siècle des socialistes

Camarades – Il était une fois les communistes français… 1944-2004

Homosexualité

Bleu Blanc Rose

Institution

Rêves d’énarques

Ivens Joris

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

Journalistes

Les Gens du Monde

Judaïsme

Comme un juif en France – 1) De l’affaire Dreyfus à Vichy – 2) De la Libération à nos jours

Languedoc

Le Président

Un village en campagne

LGBT

Bleu Blanc Rose

Manifestation

Bleu Blanc Rose

Paris

Delanoë libéré

Il est minuit, Paris s’éveille

Paris à tout prix – Dans les coulisses d’une élection

Politique

Un temps de président

Les Gens du Monde

Delanoë libéré

Le Président

Un village en campagne

Le Siècle des socialistes

Camarades – Il était une fois les communistes français… 1944-2004

Paris à tout prix – Dans les coulisses d’une élection

Portrait

Charlie Chaplin, le génie de la liberté

La Vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

L’Extravagant Monsieur Piccoli

Un Français nommé Gabin

Un temps de président

Delanoë libéré    

Le Président

Pouvoir

Un temps de président

Presse

Les Gens du Monde

Spectacle

Il est minuit, Paris s’éveille

A COMME ASSEMBLÉE NATIONALE. UN FILM EN IMAGES

A la tribune. Bénédicte Loubère, 2020, 2X52 minutes.

La parole politique officielle. De grands moments de l’histoire contemporaine : la naissance de la V° République (De Gaulle), la légalisation de l’avortement (Simone Veil), l’arrivée de la gauche au pouvoir (Mitterrand) , l’abolition de la peine de mort (Badinter), le mariage pour tous (Christiane Taubira)

A COMME ABECEDAIRE – Chris Marker

On ne présente plus Chris Marker. Mais ses films ? Est-il possible d’en faire le tour à coup de mots-clés ? Un jeu de piste qu’il aurait peut-être affectionné…

Afrique

Les statues meurent aussi

Allemagne

Berliner Ballade

Allende

On vous parle du Chili : ce que disait Allende

Animal

Vive la baleine

Archives

Le fond de l’air est rouge

Art

Souvenir d’un avenir

L’Héritage de la chouette

From Chris to Christo

Matta ’85

Junkopia

Les statues meurent aussi

Autogestion

Puisqu’on vous dit que c’est possible

Avenir

2084

Berlin

Berliner Ballade

Brésil

On vous parle du Brésil : Carlos Marighela

Bonheur

Le joli mai

Castro

La Bataille des dix millions

Chanson

La Solitude du chanteur de fond

Chat

Chats perchés

Sans soleil

Chili

L’Ambassade

On vous parle du Chili : ce que disait Allende

Chine

Dimanche à Pékin

Cinéma

Une journée d’Andreï Arsenevitch

Le Tombeau d’Alexandre

Mémoires pour Simone

A. K.

On vous parle de Prague : le deuxième procès d’Arthur London

Le Train en marche

Colonialisme

Les statues meurent aussi

Communisme

Le fond de l’air est rouge

Cuba

La Bataille des dix millions

Dictature

L’Ambassade

On vous parle du Brésil : Carlos Marighela

Ecologie

Vive la baleine

Edition

On vous parle de Paris : Maspero. Les mots ont un sens

Election

Chats perchés

Berliner Ballade

Engagement

La Solitude du chanteur de fond

On vous parle de Paris : Maspero. Les mots ont un sens

Exil

Une journée d’Andreï Arsenevitch

L’Ambassade

Famille

Une journée d’Andreï Arsenevitch

Femme

Mémoires pour Simone

Grèce

L’Héritage de la chouette

Grève

Puisqu’on vous dit que c’est possible

Guerre

Un maire au Kosovo

Casque bleu

Le fond de l’air est rouge

Guinée-Bissau

Sans soleil

Histoire

L’Héritage de la chouette

Le fond de l’air est rouge

Information

Le 20 Heures dans les camps

Israël

Description d’un combat

Japon

Level Five

Tokyo Days

A. K.

Sans soleil

Jeu vidéo

Level Five

Kosovo

Un maire au Kosovo

Lettre

Le tombeau d’Alexandre

Sans soleil

Lettre de Sibérie

Littérature

On vous parle de Paris : Maspero. Les mots ont un sens

Manifestations

Chats perchés

Maspero François

On vous parle de Paris : Maspero. Les mots ont un sens

Mémoire

Sans soleil

Mer

Junkopia

Vive la baleine

Montand Yves

La Solitude du chanteur de fond

Multimédia

Level Five

Mythologie

L’Héritage de la chouette

Paris

Chats perchés

From Chris to Christo

Le joli mai

Pèche

Vive la baleine

Philosophie

L’Héritage de la chouette

Photographie

Souvenir d’un avenir

Si j’avais quatre dromadaires

Politique

Chats perchés

L’Héritage de la chouette

Le fond de l’air est rouge

Portrait

Souvenir d’un avenir

Une journée d’Andreï Arsenevitch

Casque bleu

Le Tombeau d’Alexandre

Mémoires pour Simone

A. K.

Matta ’85

La Solitude du chanteur de fond

Réfugiés

Le 20 Heures dans les camps

Révolution

Le fond de l’air est rouge

San Francisco

Junkopia

Science

L’Héritage de la chouette

Slovénie

Le 20 Heures dans les camps

Socialisme

On vous parle de Prague : le deuxième procès d’Arthur London

Spectacle

La Solitude du chanteur de fond

Sport

Olympia 62

Syndicat

2084

Télévision

Le 20 Heures dans les camps

Tokyo

Tokyo Days

URSS

Une journée d’Andreï Arsenevitch

Le Tombeau d’Alexandre

Le Train en marche

Lettre de Sibérie

Voyage

Tokyo Days

C COMME CAMPAGNE ELECTORALE – Corbeil-Essonnes.

La Cause et l’usage. Dorine Brun et Julien Meunier. France, 2012, 62 minutes.

         En 2009, les électeurs de Corbeil-Essonnes sont rappelés aux urnes, l’élection de Serge Dassault ayant été invalidée par le Conseil D’État. Déclaré inéligible, l’ancien maire, toujours réélu depuis 1995, ne peut donc pas être candidat, mais il fait quand même campagne, pas tellement dans l’ombre d’ailleurs, pour faire élire celui qu’il a choisi pour le remplacer. C’est cette campagne électorale, dont le résultat ne sera pas une surprise, que le film suit dans ses moindres détails. Une plongée au cœur d’un certain exercice de la démocratie où l’argent est roi.

         Dans cette campagne dont l’existence même dépasse largement le cadre local, Dassault est omniprésent. Sur les affiches du candidat qui le remplace et donc sur tous les murs de la ville, dans les propos des militants, ceux qui le soutiennent comme des opposants, sur les marchés, dans les bistros, le milliardaire est le seul enjeu de l’élection. Mettant sa fortune personnelle au service de sa politique, il est accusé de clientélisme, ce que réfutent bien sûr ceux qui bénéficient de son système. Dans ces conditions, les débats ne peuvent qu’être enflammés, les pro et les anti Dassault s’affrontant avec passion. Rarement la vie politique locale aura mobilisé autant d’énergie.

         Le film plonge au cœur de la tourmente et saisit sur le vif le déroulement de ce qui prend très vite une allure d’affaire d’état. C’est sur le terrain qu’il nous conduit, plutôt que dans les conciliabules des officines politiques, à l’écoute des citoyens de toute tendance. Il ne vise pas à faire un portrait de Dassault, ni même à démonter son système. Les mécanismes d’influence, le rôle de l’argent, notamment dans les quartiers populaires, sont parfaitement visibles par eux-mêmes. Peu importe alors les arguments politiques qui s’affrontent. Ce que le film met en évidence, c’est le vécu politique des habitants de Corbeil-Essonnes, dans toutes les couches de sa population, un vécu bien peu idéologique en l’occurrence, tourné vers les aspects matériels les plus immédiats de la vie quotidienne. La politique apparaît ainsi comme système de séduction où l’aura des personnages est primordiale, surtout si elle est accompagnée de matière sonnante et trébuchante. On peut penser à cette autre campagne électorale, celle de George Frèche filmée par Yves Jeuland dans Le Président. Mais les réalisateurs ici ne cherchent pas à pénétrer dans l’intimité de Dassault et sans doute celui-ci n’a pas la faconde de l’ancien maire de Montpellier ni sa capacité de provocation. Le nom de Dassault pourrait certainement être remplacé par celui de n’importe quel autre richissime chef d’entreprise qui se lancerait dans la politique. A Corbeil-Essonnes, c’est la politique financière qui est à l’œuvre, beaucoup plus que la politique spectacle. Même si les réalisateurs semblent ne pas vouloir faire de théorie, le constat qu’ils dressent ne peut qu’être inquiétant pour la démocratie.

K COMME KATUMBI.

L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi. Thierry Michel, Belgique, 2013, 83 minutes.

         Riche entrepreneur à la tête d’un véritable empire industriel, Moïse Katumbi entre en politique à l’occasion des premières élections libres organisées au Congo en 2006 et se fait élire Gouverneur du Katanga à la suite d’une campagne où il distribue autant de billet de banque qu’il fait de promesses. Son programme est simple. Il s’agit tout simplement de sauver la province et avec elle le pays. Pour cela il faut combattre la corruption et la misère en donnant du travail à tous grâce au développement de l’exploitation des ressources minières considérables. Et dans l’immédiat, aider les plus pauvres et les handicapés à coup  de dons, petites sommes d’argent de la main à la main ou signature de gros chèques à des associations et œuvres de charité. Un programme qui a du mal à cacher sa nature populiste. Le nouveau gouverneur s’engage personnellement sur tous les fronts, contrôlant lui-même le travail de la douane aux frontières ou discutant sur les chantiers avec les ouvriers en grève demandant des augmentations de salaires. Et puis il manage lui-même « son » club de foot, le « Tout-Puissant Mazembe » de Lubumbashi qui vole de succès en succès à l’échelle africaine et mondiale.

          Le film de Thierry Michel montre clairement comment Katumbi se construit cette image d’homme providentiel, omniprésent et tout puissant. Un messie auquel le peuple voue un véritable culte. Il le suit dans toutes ses actions publiques, au milieu d’ailleurs d’une foule de caméras, de photographes et de micros, car bien sûr chaque intervention publique doit être médiatisée à l’extrême. Mais il en dresse aussi un portrait plus intime, présent dans sa voiture ou son avion personnel et dans son bureau comme dans sa résidence personnelle. Moïse Katumbi apparaît alors comme un homme posé, séduisant, calme, attentif aux problèmes de son pays. Il a beaucoup de présence devant la caméra comme devant les foules et sait parfaitement jouer de son charme. Un personnage qui tranche fortement par rapport aux dictateurs africains que le cinéma nous a montré jusqu’à présent, de Bokassa à Amin Dada.

         Pourtant le film n’est pas le simple récit d’une success story économique et politique. La première partie pourrait laisser croire que l’homme et son action sont au-dessus de tout soupçon. Mais il donne très vite la parole aux critiques et aux opposants, hommes politiques, journalistes ou défenseurs des droits de l’homme. Ils tiendront d’ailleurs une place de plus en plus importante dans le film. Sont ainsi fortement soulignées la collusion entre les affaires publiques et les intérêts privés et surtout les promesses non tenues, en particulier celles faites aux mineurs ou aux ouvriers lorsqu’il s’agit de ne pas s’opposer aux investisseurs et aux multinationales. La dérive autoritaire est aussi nettement pointée à propos de l’occasion du saccage de la résidence du principal opposant par une foule mobilisée et encadrée par une milice privée. Si Katumbi pouvait ainsi apparaître au début du film comme échappant aux maux de la politique du continent africain, sa dernière grande « opération » révèle sa nature mégalomane et quasi dictatoriale. Annonçant qu’il ne se représentera pas aux prochaines élections, il encourage en même temps le lancement d’une pétition lui demandant de ne pas prendre sa retraite politique. Si sa popularité n’est en rien entamée, il n’en reste pas moins qu’il s’est fait aussi beaucoup d’ennemis. La fin du film reste ouverte. Moïse Katumbi fera sûrement encore beaucoup parler de lui au Congo.

C COMME CAPITAL

Le capital du XXI° siècle. Justin Pemberton, Thomas Piketty, France-Nouvelle Zélande, 2020, 103 minutes.

Un flot d’images, ininterrompu, désordonné, tumultueux. Un torrent qui dévale la montagne. Une tempête, mais pas vraiment comme l’entendait Johan van der Keuken. Un rythme frénétique. Allant jusqu’à utiliser le filmage image par image. Incontestablement on en prend plein les yeux.

Le montage ? Pas vraiment de montage. Plutôt une succession, une juxtaposition, une accumulation. On serait bien en peine de les dénombrer, ces images. D’ailleurs ici les chiffres n’ont pas d’intérêt. On passe si rapidement des unes aux autres qu’on n’en garde guère de souvenir.

 Mémoire visuelle encombrée, saturée, déclare forfait.

Des images de toute nature. Beaucoup d’extraits de films. Américains de préférence. En noir et blanc selon les époques. Ou numériques pour la contemporanéité. Déjà vues ou inédites (peut-être). Nous sommes bien dans la civilisation de l’image.

Sont-elles en phase avec le commentaire off ? Parfois oui. Par exemple nous voyons Thatcher ou Reagan quand on nous parle de Thatcher et de Reagan. Mais le plus souvent nous avons plutôt affaire à une simple illustration. Puisque nous sommes au cinéma, il faut des images. A ce niveau, nous ne sommes pas en manque !

Heureusement, on souffle un peu lors des interventions des « spécialistes ». Surtout celles de Piketty lui-même, calme, plutôt posé. Les autres sont plus vifs, surtout les femmes.

En sortant de la salle, on en vient à se dire qu’on aurait mieux fait de lire le livre. On aurait au moins eu le temps de réfléchir.

A COMME ABECEDAIRE – Lech Kowalski.

Afghanistan

Charlie Chaplin à Kaboul

Artisanat

The Boot Factory

Autobiographie

À l’Est du paradis

Campagne

Holy Field Holy War

Chômage

I Pay for Your Story

Cinéma

Charlie Chaplin à Kaboul

Emploi

On va tout péter

Etats Unis

I Pay for Your Story

Drill Baby Drill

« President Bush », Camera War

D.O.A. : a Rite of Passage

Famille

Diary of a Married Man

Gaz de schiste

Drill Baby Drill

Grève

On va tout péter

Guère (39-45)

À l’Est du paradis

Image

The End of the World Begins with One Lie

Industrie

On va tout péter

Manifestation

On va tout péter

Marginalité

On Hitler’s Highway

Médias

The End of the World Begins with One Lie

Mère

À l’Est du paradis

Migration

C’est Paris aussi

Musique

D.O.A. : a Rite of Passage

Paris

C’est Paris aussi

Politique

« President Bush », Camera War

Pollution

Holy Field Holy War

Drill Baby Drill

Pologne

Holy Field Holy War

Drill Baby Drill

À l’Est du paradis

On Hitler’s Highway

The Boot Factory

Prostitution

On Hitler’s Highway

Punk

D.O.A. : a Rite of Passage

Récit de vie

I Pay for Your Story

Sexe

Diary of a Married Man

Sex Pistols

D.O.A. : a Rite of Passage

Travail

The Boot Factory

Ville

C’est Paris aussi

Wall Street

« President Bush », Camera War

P COMME POUTINE.

Le Système Poutine. Jean-Michel Carré, 2007, 98 minutes.

         Réalisé en 2007, c’est-à-dire à la fin de son second mandat présidentiel, le film que Jean-Michel Carré consacre au maître du Kremlin s’achève sur une interrogation. Poutine modifiera-t-il la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat consécutif ou trouvera-t-il un successeur qui lui permettra, d’une façon ou d’une autre, de rester le seul maître de la Russie contemporaine ? Le film n’a pas de réponse et ne fait d’ailleurs pas de pronostic. Mais une chose est sûre, comme les Tzars de la Russie impériale, comme les premiers secrétaires du parti communiste, Poutine ne disparaîtra pas du devant de la scène politique. Il n’existe pas de système de retraite des dirigeants russes. Une suite au Système Poutine est donc prévisible dès sa dernière image. La seule inconnue étant de savoir sous quelle forme il continuera à exercer le pouvoir.

         Le film de Jean-Michel Carré n’est pas un film d’historien. Carré n’est pas historien et ne se présente pas comme tel. Il utilise les méthodes du film d’histoire, en particulier dans l’utilisation des archives, mais il se situe tout autant du côté du journalisme d’investigation par le choix des personnalités interviewées, témoins et anciens acteurs de la vie politique russe depuis la chute de l’Union Soviétique. Le film ne donne pas la parole à Poutine ou à ses proches partisans qui pourraient alors expliquer et justifier son action. La posture d’analyste critique et donc d’opposant à Poutine du réalisateur est claire dès le pré-générique du film. Carré y énonce les faits qui pour lui condamnent sans appel la politique de Poutine. : le nombre de morts de la deuxième guerre de Tchétchénie, celui de l’intervention des forces spéciales lors de la prise d’otages de l’école de Beslan et l’assassinat d’Anna Politkowskaïa, 22° journaliste éliminée par la violence depuis l’arrivée de Poutine au Pouvoir. Deux chiffres suffisent alors à dresser son bilan politique. 25% de la population russe vit sous le seuil de pauvreté et chaque année la corruption rapporte 300 milliards d’euros aux fonctionnaires.

         La totalité du film concerne l’exercice du pouvoir par Poutine. Il ne donne pas la parole à ces russes qui le plébiscitent lors de sa deuxième élection mais qui ne bénéficient pas des richesses que la nouvelle politique économique du pays permet d’accumuler. Les opposants interrogés sont pratiquement tous en exil, sauf peut-être l’ancien champion du monde d’échecs, Kasparov, que sa renommée mondiale protège sans doute de ne pas subir le même sort que les autres. Comme les historiens et les politologues interviewés, les intervenants sont des pièces à charge dans ce procès qui ne dit pas son nom mais qui fonctionne bien comme un réquisitoire.

         Le film soutient deux thèses que tous les éléments constitutifs, archives commentées et interventions de personnalités, concourent à démontrer. En premier lieu ; la carrière et la politique de Poutine ne peut se comprendre qu’en référence au KGB, qui l’a formé et dont il est devenu le chef. La deuxième thèse définit la mission dont Poutine serait investi, ou plus précisément dont il se sent investi : la reconstruction de la Grande Russie. Toute sa politique ne viserait au fond qu’à redonner à la Russie la place dans le monde que l’URSS occupait du temps de la guerre froide. Pour cela, tous les moyens sont bons, de la guerre en Tchétchénie à la main mise de l’État sur l’énergie (gaz et pétrole), en passant par l’alliance contre le terrorisme avec G W Bush.

         Bien qu’entièrement centré sur Poutine, le film n’en dessine pas un portrait. Il ne vise pas à éclairer sa personnalité ou à mettre en lumière son caractère. Sa vie privée reste dans l’ombre. Les images de sa jeunesse et de son ascension politique le montrent toujours au second plan, derrière le maire de Saint Pétersbourg ou à côté de Boris Eltsine ; Mais il est toujours le mieux placé pour observer et tirer les leçons des événements dont il est témoin. Une des images qui ouvrent le film et qu’on retrouvera dans sa conclusion le montre gravissant les escaliers intérieurs du Kremlin et marchant sur le tapis rouge au milieu des applaudissements des invités à la cérémonie d’investiture. Ce qui ressort de tout le film, c’est qu’à ce moment-là, ce qui doit le plus compter pour l’homme Poutine au somment de sa gloire et de sa puissance, ce n’est sûrement pas le sentiment d’exaltation qu’il peut ressentir. Même si le film ne le dit pas explicitement, nous pouvons comprendre que ce à quoi pense alors Poutine c’est uniquement à sa façon de marcher. C’est cela seulement que verra la population russe.

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Paul Julliand.

Apprendre

Enseigner peut s’apprendre !

Armée

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Citoyenneté

Graines de ronds-points

Contestation

Graines de ronds-points

Ecole maternelle

Dis Maîtresse !

Enfance

Dis Maîtresse !

Enseignement

Enseigner peut s’apprendre !

Et pourtant ! – … Enseigner peut s’apprendre !

Formation des enseignants

Et pourtant ! – … Enseigner peut s’apprendre !

Gilets jaunes

Graines de ronds-points

Guerre d’Algérie

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Mémoire

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Pédagogie

Dis Maîtresse !

Enseigner peut s’apprendre !

Politique

Graines de ronds-points

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

A COMME ABECEDAIRE – Dieudo Hamadi

Une œuvre qui nous plonge au cœur de la vie quotidienne en République Démocratique du Congo. La politique n’en est jamais absente.

Armée

Kinshasa Makambo

Maman Colonelle

Campagne électorale

Kinshasa Makambo

Atalaku

Colonelle

Maman Colonelle

Contestation

Kinshasa Makambo

Démocratie

Kinshasa Makambo

Ecole

Examen d’État

Elections

Kinshasa Makambo

Atalaku

Emeutes

Kinshasa Makambo

Etudiants

Examen d’État

Enfants

Maman Colonelle

Examen

Examen d’État

Femme

Maman Colonelle

Fête

Examen d’Etat

Fuites

Examen d’État

Jeunesse

Kinshasa Makambo

Examen d’État

Justice

En route pour le milliard

Kinshacha

En route pour le milliard

Kinshasa Makambo

 Lycéens

Examen d’État

Manifestations

Kinshasa Makambo

Politique

Kinshasa Makambo

Atalaku

Police

Maman Colonelle

Portrait

Maman Colonelle

Atalaku

Prime des enseignants

Examen d’État

Religion

Atalaku

 République Démocratique du Congo (RDC)

En route pour le milliard

Kinshasa Makambo

Maman Colonelle

Examen d’État

Atalaku

Superstition

Examen d’État

I COMME ITINÉRAIRE D’UN FILM – NOUS LE PEUPLE de Claudine Bories et Patrice Chagnard.

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

CONCEPTION

Au commencement il y a notre désir de faire un film qui interroge le politique, la nécessité du politique aujourd’hui.

Nous souhaitions que ce film s’inscrive dans la continuité de nos deux films précédents Les Arrivants et Les règles du jeu et qu’il en constitue en quelque sorte le dernier acte.

Comme souvent en documentaire, ce projet est donc né d’un désir un peu large, un peu abstrait. Le premier travail consistait à trouver comment l’incarner : dans quels lieux, en s’appuyant sur quelles situations et avec quelles personnes.

Ce dont nous étions certains, c’était de désirer faire un film ouvert et positif, un film « qui donne envie ».  Nous ne voulions plus seulement dénoncer, filmer là où ça fait mal. Nous avions envie de quelque chose d’heureux.

Nous avions bien conscience que faire un film positif à propos de la politique en 2016 c’était quasiment impossible, c’était une idée de cinglé. C’est ce qu’on se disait un jour sur deux. Et l’autre jour on se disait que si le désir persistait en dépit de cette impossibilité, c’est que c’était le moment d’y aller.

Nous étions fin 2016. Au printemps nous avions vécu Nuit Debout. Ça avait été une expérience passionnante qui proposait et appelait d’autres façons de faire de la politique. Mais quelque chose nous avait retenus d’y adhérer totalement : l’origine sociale et culturelle trop homogène de ses acteurs. L’absence des habitants des quartiers populaires, l’absence de personnes issues de l’immigration et l’impuissance des « nuits debout » à dépasser cette contradiction, nous avaient interrogés.

Nous sommes partis de là.

Pourquoi le peuple des banlieues était-il absent ? Qu’est-ce que cela aurait changé s’il avait été dans le coup ? Quel serait son apport ? Quelles propositions ferait-il ?

Et quel film pouvions-nous imaginer autour de ces questions ?

Parallèlement à notre réflexion se mettait en place la campagne pour les élections présidentielles de 2017. Autour de nous on sentait se réveiller l’intérêt pour le politique. Les interrogations portaient sur la démocratie et ses impasses, la concentration des pouvoirs, la non-représentation du peuple.

Nous avons commencé à contacter quelques personnalités en leur racontant notre projet.

Charlotte Girard de LFI qui travaillait avec d’autres sur cette question de la représentation, Etienne Chouard, blogueur militant pour une démocratie directe, Anne Cécile Robert, journaliste politique au Monde Diplomatique. Anne-Cécile nous a conduits à André Bellon, ancien député PS, président de l’association Pour une Constituante. Et André Bellon nous a invités à assister à un atelier constituant qui se tenait à Montreuil en Seine-Saint-Denis.

C’est là que tout a commencé à prendre forme.

L’atelier durait tout l’après-midi et réunissait une quarantaine de personnes diverses, des jeunes, des vieux, des immigrés, des habitants du quartier.

Le travail consistait à lire à plusieurs voix le texte du Préambule et les premiers articles de la Constitution. Ensuite chaque table devait faire une proposition de réécriture puis l’assemblée votait sur ces propositions.

Pour nous ce fut une révélation.

La confrontation avec les textes fondateurs de la république faisait jaillir de la parole, de l’émotion, de l’intelligence. C’était joyeux et vivant. On avait le sentiment d’assister à la naissance d’une parole politique.

Dans tous les ateliers constituants auxquels nous avons assistés (il y en a eu d’autres), nous avons retrouvé ce même surgissement d’une parole collective libérée des clivages partisans et des raideurs idéologiques.

Nous tenions un fil…Mais nous ne tenions pas un film.

Ces ateliers se réunissaient de façon aléatoire, en fonction des libertés des uns et des autres. D’une séance à l’autre on n’y retrouvait pas forcément les mêmes personnes. De plus la finalité, l’enjeu de ces rassemblements n’étaient pas évidents. Si intéressants fussent-ils, ces ateliers ne permettaient pas de construire un récit ni de faire émerger des personnages.

C’est alors que Jonathan Vaudey de l’association Les Lucioles du Doc nous a parlé de leur projet d’organiser des ateliers constituants avec trois groupes, des lycéens, des détenus et des femmes immigrées. Le dispositif qu’il se proposait de mettre en œuvre correspondait exactement à ce que nous cherchions. Il durerait un an, les participants (tous volontaires) seraient les mêmes, il devrait aboutir à un texte collectif final.

Jonathan et Les Lucioles font un travail d’éducation populaire à partir du cinéma documentaire. Ils avaient diffusé nos films précédents dans le cadre de leurs activités et nous nous connaissions. Mais ils ne souhaitaient pas que nous filmions ces ateliers qui étaient pour eux expérimentaux.

Par ailleurs ils intégraient dans leur propre dispositif des tournages vidéos pour communiquer d’un groupe à l’autre et ces tournages pourraient in fine constituer la matière d’un film collectif.

Pas question pour eux d’autoriser un autre tournage que le leur.

C’est un classique du cinéma documentaire. Pour nous en tout cas, presque chaque film a commencé par un refus des protagonistes ou de l’institution d’accueillir notre tournage !


Nous avons insisté pour « juste voir » (avec une certaine mauvaise foi…) et Jonathan a accepté notre présence en tant qu’observateurs. C’était peu mais nous n’avions rien à y perdre. Cela nous aiderait à confirmer ou non notre propre désir et, au cas où ça se débloquait de leur côté, ça nous permettait de réunir la matière nécessaire à l’écriture d’un scénario pour chercher des financements.

Nos premiers repérages nous ont confortés dans l’idée que non seulement il y avait un film possible, mais que ce film serait bien plus insolite que ce que nous avions imaginé. La rencontre avec les détenus de Fleury Mérogis en particulier nous avait scotchés : leur capacité d’invention, leur liberté intérieure, leur culture, tout en eux était à des lieues des représentations classiques de prisonniers.

Nous avons écrit un premier texte d’intention d’une dizaine de pages que nous avons déposé à l’aide à l’écriture au CNC et à la Région Ile de France début 2017. 

En même temps nous commencions l’écriture du scénario dont nous aurions besoin pour l’Avance sur recettes et l’aide à la production d’Ile de France. Ce scénario prenait la forme d’une continuité dialoguée rédigée à partir de ce que nous voyions et entendions au cours des séances d’atelier et de nos propres réflexions en cours.

Et nous continuions à observer l’évolution du travail et des relations au sein des trois groupes et entre eux. Ce temps de repérages et d’écriture a été extrêmement fécond. Bien sûr nous étions dans l’incertitude sur la faisabilité du film (Les Lucioles accepteraient-elles finalement ? Y aurait-il une deuxième édition de ces ateliers, sans laquelle rien ne serait possible ? Trouverions-nous l’argent ?)

Mais nous étions portés par l’adéquation magique entre ce que nous avions espéré et la réalité que nous découvrions. Nous sentions qu’il y avait là un film à faire qui n’avait jamais été fait ! Et nous savons par expérience que ce désir est communicatif…

PRODUCTION

Nous nous lancions dans l’aventure avec notre petite société de production Les Films du Parotier. Catherine Bizern qui nous accompagne sur nos films depuis de nombreuses années, serait notre productrice maison. Elle était assez disponible à ce moment-là et s’occuper de la production de notre film l’intéressait.

En avril 2017 nous avons reçu une réponse négative des deux commissions d’aide à l’écriture.

En juin nous avons déposé notre scénario d’une cinquantaine de pages à l’Avance sur Recettes ainsi qu’à la région IDF.

Entre temps, nous avions avancé sur plusieurs plans.

Les Lucioles du Doc avaient finalement accepté que nous filmions (après un examen de passage auquel nous avait soumis un juré composé d’une vingtaine de jeunes « lucioles »!)

C’est même notre projet de film qui les avait décidés à entreprendre une deuxième édition de leurs ateliers – choix sur lequel ils avaient hésité à cause de leur manque de moyens. 

Et Jonathan ne serait pas seul dans l’aventure. Une nouvelle venue, Léa Aurenty, venait d’être engagée par l’association pour mener à bien le projet avec lui. Nous avions gagné un personnage de plus et Léa nous plaisait beaucoup…


Par ailleurs nous avions avancé sur le contenu du film.

Depuis le début il nous semblait qu’il manquait un enjeu à cette histoire d’atelier.

C’était d’ailleurs ce qu’avait exprimé assez crument une des lycéennes: « M’sieur ! C’est quoi votre truc, c’est seulement une activité ? Parce que si c’est juste une activité, moi j’arrête ! ».

En en parlant avec Jonathan et Léa l’idée d’aller plus loin dans le projet et de répondre ainsi à la question de la lycéenne s’est concrétisée.

Le nouveau projet serait non seulement de parvenir à une ré écriture collective de la Constitution mais aussi de rencontrer les députés de la commission des Lois pour leur proposer ce texte.

Nous avions intégré ce nouvel élément dans notre scénario sans savoir si la rencontre projetée avec les députés aurait lieu ou non. En un sens peu importait. Il suffisait que l’enjeu existe pour que cela donne un sens beaucoup plus fort à leur travail et donne matière à un suspense et à des rebondissements.

Les scénarios déposés, tout devenait urgent : nous étions en juin 2017 et nous visions un début de tournage en septembre, date à laquelle Jonathan démarrerait sa deuxième édition avec de nouveaux participants – dans le même dispositif et les mêmes lieux.

Côté production nous nous sommes alors associés avec Patrick Sobelman d’Agat films/Ex Nihilo avec lequel nous avions déjà co-produit avec bonheur « Les règles du jeu ». Nous serions coproducteurs délégués.

Nous n’avions toujours pas un sou. Mais tout le monde était partant ! Nous avions même un co-producteur suisse, Michel Bulher d’ADDOK Films.

A la fin de l’été nous avons reçu une série de réponses négatives : de l’Avance sur Recettes, de la Région IDF et d’ARTE.

Nous avons repoussé de trois mois le début du tournage et nous avons modifié notre scénario, après avoir obtenu une dérogation pour nous représenter à l’Avance et à la Région.

Nous tenions compte des réserves faites par les lecteurs (qui en gros ne croyaient pas qu’une rencontre avec les députés soit possible et du coup ne marchaient pas dans l’avancée du récit ) en renforçant les personnages, leur travail et leurs relations mais sans renoncer à la rencontre à l’Assemblée nationale.

En Suisse notre projet avait obtenu un financement de 60 000€ …Mais nous n’avions pas la part de financement français suffisante pour monter un dossier de co-production ! La rage au cœur, nous avons dû renoncer à l’apport suisse.

Par ailleurs nous avions fait lire le scénario à plusieurs distributeurs et de ce côté là l’intérêt pour Nous le peuple était évident.

Les films du Losange d’une part et Epicentre d’autre part étaient prêts à distribuer le film.
Epicentre mettait d’emblée un à valoir de 30 000€, Le Losange ne mettait pas un sou. On a donc choisi Epicentre.

Cet apport était le seul financement dont nous disposions à ce stade. Il nous permettait d’assurer l’essentiel des frais de tournage et de verser un minimum de salaire à Jonathan en tant qu’assistant réalisateur à mi-temps et à Pierre Carrasco notre ingénieur du son sans qui ce tournage n’était pas envisageable. Nous avions affaire à un film de parole et la qualité du son était primordiale. Or les lieux où nous filmerions étaient extrêmement ingrats pour l’image mais aussi pour le son : résonnance métallique et rumeur de la prison, passages d’avions chez les femmes de Villeneuve Saint Georges…Il nous fallait un très bon ingé son, capable de percher des heures sans craquer et en faisant du son stéréo…

C’est dans ces conditions de production incertaines, avec le seul apport du distributeur, que nous avons pris la décision avec Patrick et Catherine de lancer le tournage, sachant que si nous n’obtenions pas davantage de financement nous devrions pour finir le film en partager le coût sur nos fonds propres.

RÉALISATION

Le tournage s’est déroulé sur huit mois entre décembre 2017 et Juillet 2018.

Un tournage épuisant à cause de l’incertitude où nous avons été jusqu’au bout de ce qui se passerait in fine à l’Assemblée nationale, un tournage où notre état d’esprit changeait au hasard des différentes journées : déprimés lorsque les lycéens nous opposaient leur bien-pensance, excités avec les détenus dont chaque idée, chaque réaction nous surprenaient, bouleversés par les femmes de Villeneuve, submergés par cette réalité folle et désordonnée avec laquelle nous nous battions pour en extraire notre propre vision…

Pendant ce temps nous continuions à chercher des financements.

Nous étions reçus par les membres de la commission Images de la diversité qui avait soutenu nos films précédents. Et là encore nous nous sommes heurtés à un mur d’incompréhension (« Vous croyez vraiment que des députés vont recevoir ces gens? »…« Et pourquoi aller chercher des détenus pour écrire une constitution ?») et notre demande a été rejetée.

Idem pour l’Avance sur recettes et l’Ile de France. Avec toujours les mêmes incompréhensions, la même incrédulité sur l’importance d’un tel sujet et de cette vision du politique…

On se voyait déjà en train de racler les fonds de tiroir pour finaliser le film…

C’est à ce moment-là que la bonne nouvelle est arrivée : Ciné + s’engageait à nos côtés.

Bruno Deloye s’était intéressé au projet dès le premier scénario mais des problèmes internes à Canal+ avaient suspendu sa réponse. On n’y croyait plus.

Après un silence de plusieurs mois, il venait enfin confirmer un préachat de Ciné+ de 50 000€. Le montage était sauvé !

Toutefois le salaire que nous pouvions proposer à notre chef monteuse n’était pas suffisant et elle ne pouvait l’accepter malgré son désir de travailler sur ce film. Nous avons alors choisi d’engager une jeune femme dont ce serait le premier montage : Emeline Gendrot que nous avions rencontrée alors qu’elle synchronisait nos rushes à Polyson comme assistante-monteuse. Elle parlait des rushes avec un enthousiasme et une curiosité qui nous ont convaincus.

Nous ne l’avons pas regretté.

Nous avons commencé le montage en octobre 2018 chez Julie Gayet (Rouge international) qui nous accueillait à prix modique pour le montage.

Nous étions en plein dérushage lorsque le mouvement des Gilets jaunes s’est déclaré. Nos journées sont devenues doubles : lorsque nous rentrions le soir, les infos prenaient le relais de ce que nous avions visionné le jour !

Quel bonheur ! L’Histoire offrait tout à coup un écho aux paroles de nos trois groupes. Notre intuition de la nécessité d’un  « retour du politique » se trouvait confirmée. Nous avions raison d’y avoir cru, d’y croire encore.

Le montage tout entier s’est déroulé en parallèle au mouvement des gilets jaunes. Dans quelle mesure cette actualité nous a-t-elle influencés dans nos choix ? C’est difficile à dire. Sauf peut-être s’agissant de la dernière séquence du film où les femmes de Villeneuve, blessées par le refus de la Présidente de la commission des Lois de les recevoir, brûlent sa lettre de refus…

Violence qui préfigurait bien d’une certaine façon la violence du refus d’entendre ce que les Gilets jaunes criaient chaque samedi…

Le montage proprement dit a été un grand bonheur. Bonheur d’avoir réalisé notre « projet de cinglés », d’avoir tenu bon sur notre désir, notre vision de départ. Car une chose était certaine : qu’on aime ou pas ce que le film raconte, ce qu’il propose comme vision du politique est incontestablement ouvert et joyeux !

DIFFUSION

En avril 2019 le film était terminé.

Nous l’avons soumis à l’Avance sur recettes après réalisation et cette fois-ci il a été très apprécié ! L’avance obtenue a été fixée à 100 000 euros. De quoi payer les compléments de salaires auxquels nous nous étions engagés vis-à-vis de nos collaborateurs et de quoi nous rémunérer en tant qu’auteurs.

Fin avril le film a été montré pour la première fois en public au festival International de La Rochelle. Puis aux Etats Généraux de Lussas où il a reçu un accueil enthousiaste avec une standing ovation de plusieurs minutes !

Marie Bigorie d’Epicentre a montré le film à de nombreux exploitants enthousiastes eux aussi, qui se sont engagés pour une sortie en septembre.
Elle l’a proposé à l’AFCAE dont il a obtenu le soutien.

Nous avons obtenu également le partenariat et le soutien de la Ligue des Droits de l’Homme, de Médiapart, des journaux Le Monde et Politis, de Ciné+…

Nous le peuple est sorti le 18 septembre 2019 dans une cinquantaine de salles en France dont quatre salles à Paris.

Contrairement à ce que nous attendions et à ce que le distributeur, les producteurs, les exploitants, tout le monde attendait, le public n’a pas été au rendez-vous dans les proportions espérées mais le film vit sa vie.

Une centaine de débats ont eu lieu. Nous ne les faisons pas tous. D’autres que nous se sont emparés du film : Jonathan, Léa et Ulysse des Lucioles du Doc, mais aussi Geoffrey (le détenu philosophe) qui a été libéré au moment de la sortie, Hassiba (la jeune fille qui brûle la lettre), certains lycéens et lycéennes et aussi Edwy Plénel, Charlotte Girard, Les Pinçon Charlot, François Ruffin, le Comité Adama…

Quels que soient les intervenants, les débats sont toujours riches et joyeux.

On nous dit que le film donne la pêche, qu’il surprend, qu’il change le regard qu’on peut avoir sur les personnes détenues ou les habitants des quartiers populaires, qu’il redonne le goût du politique.

Et c’est bien ce que nous voulions.

L COMME LUTTES LYCEENNES -Chili.

Basta ya de conciliar es tiempo de luchar. Leonardo Perez | Chili | 80’ | 2014.

Les luttes lycéennes des années 2010 au Chili. Des luttes dont l’urgence est affirmée dès le titre du film. Des luttes de collégiens et de lycéens, qui n’ont pour certains que 13 ou 14 ans, des enfants presque encore, ou de jeunes adolescents. Des gosses ou des gamins diraient les adultes. Oui, mais exemplaires pour leur conscience politique.

Leurs luttes concernent d’abord l’éducation. Une revendication d’égalité, d’accès à l’éducation pour tous, sans distinction de classe sociale. Dans le système en vigueur, les enfants des familles les plus riches fréquentes les collèges et lycées privés, réputés pour dispenser un enseignement bien supérieur aux établissements publics. Et surtout ils contestent le système d’évaluation qui favorise systématiquement le privé.

Mais leurs luttes ne s’arrêtent pas là. Le système éducatif ne peut pas être dissocié du système politique et social dans lequel il s’inscrit. Les lycéens combattent donc tout aussi bien le système existant dans son ensemble. Ce qu’ils rejettent c’est le néolibéralisme hérité de l’ère Pinochet, ces 40 ans de dictature qui survit encore dans l’économie. Plus de liberté, plus de justice sociale. Cela n’est possible à leurs yeux qu’en changeant de système économique, et de système politique.

Le film donne la parole à ces lycéens combattants. Il prend le temps de les écouter. Leur parole est souvent enregistrée au calme, loin de l’agitation des manifestations et des occupations. Une parole parfaitement maîtrisée. Une parole théorique mais s’appuyant sur des situations concrètes. Une parole de part en part politique, qu’il est rare d’entendre venant d’interlocuteurs si jeunes.

Mais la majeure partie du film nous plonge dans le combat concret des manifestations et de l’occupation des établissements scolaires. Ceux-ci sont évacués par la force les uns après les autres. Des élèves sont arrêtés. Certains diront avoir été battus. La police n’a pas renoncé à des pratiques issues de la dictature.

Des blessés, il y en a aussi dans les manifestations. Des manifestations filmées toujours du côté des lycées. Toujours très près d’eux. On sent tout au long du film la montée en puissance de la répression. Une répression à laquelle les manifestants répondent avec eux aussi de plus en plus de force, évoquant leur droit à l’autodéfense. Le film n’hésite pas à montrer de petits groupes de policiers, acculés sous les jets de pierre ou d’objets divers, et obligés de se mettre à l’abri dans un bâtiment en attendant du renfort.

Le film met aussi en scène des parents d’élèves venus aux informations devant les lycées occupés. Il y a beaucoup de mères inquiètes pour leurs enfants. Elles essaient de dialoguer avec les forces de l’ordre, leur reprochant la violence utilisé contre de si jeunes manifestants.

Un film qui se veut le témoin rigoureux de ces luttes – dans la grande tradition du cinéma politique chilien depuis la Bataille du Chili de Patricio Guzman – et ce n’est pas un hasard s’il montre aussi comment les lycéens contestent les médias traditionnels, presse et télévision accusées de ne pas donner une vision exacte des luttes. Un appel à soutenir les initiatives de médias alternatifs.

Un film souvent très violent donc. Mais nous ne serions pas en Amérique latine s’il ne montrait pas aussi les chants et les danses, en costumes, omniprésents dans les manifestations pacifiques. Avant l’arrivée des canons à eau et des gaz lacrymogènes.

37° Rencontres du cinéma latino américain. Pessac 2020.

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Stéphane Bron

Un cinéaste Suisse qui a aussi filmé en France et aux États-Unis.

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