S COMME SINE.

Mourir ? Plutôt crever ! Stéphane Mercurio, France, 2010, 94 minutes.

Un portrait de Siné ? Un portrait qui ne peut en aucune façon être figé dans les méandres d’une biographie. Celui que dresse Stéphane Mercurio s’intéresse d’ailleurs beaucoup plus au présent qu’au passé, à la vie quotidienne de l’intéressé au milieu de ses proches, familles et amis. Et surtout il consacre une large place à un épisode très médiatisé de l’actualité politique du dessinateur : son éviction de Charlie Hebdo, l’accusation d’antisémitisme porté contre lui, le procès qui s’ensuivra et qu’il gagnera, la création d’un nouveau journal satirique, Siné Hebdo dont le lancement fut couronné de succès. Actualité chargée donc, qui valait bien un film.

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Le personnage de Siné aussi, d’ailleurs. Toujours aussi révolté que lorsqu’il avait 20 ans, contre toutes les formes d’abus de pouvoir, et contre le pouvoir tout court, de l’armée au clergé. Siné est ici filmé par sa propre belle-fille qui, à l’évidence, partage son enthousiasme contestataire. Le portrait qu’elle nous propose est donc chargé de sympathie et d’émotion et en même temps il pétille d’impertinence et de bonne humeur. Mais comment filmer autrement ce bon vivant dont l’amour de la vie et la liberté d’esprit ne peuvent guère être contestés. A 80 ans, Siné est bien vivant et le film n’est pas un testament tant il met en évidence tout ce qu’il veut entreprendre. Mais on ne sait jamais…Mieux vaut prévoir. C’est pourquoi Siné a acheté en copropriété avec quelques amis une tombe sur laquelle il fait graver l’épitaphe qui deviendra le titre du film.

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Le film revient aussi sur quelques épisodes de la vie du dessinateur, sa dénonciation de la torture en Algérie, ses rencontres avec Malcom X ou Fidel Castro, son amitié avec Prévert. Tout ceci est bien sûr l’occasion de montrer ses dessins où l’on retrouve ses chats insolents et les bras d’honneur qui sont devenus sa marque de fabrique.

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Le dessin humoristique et la caricature ont toujours été une arme politique redoutée de tous les pouvoirs. Beaucoup de dessinateurs en ont fait les frais. Siné restera dans cet art de la dénonciation un des plus percutants et des plus dévastateurs. Le film en fait simplement la démonstration.

 

S COMME SEM

Retracer dans un film la vie et l’œuvre du célèbre caricaturiste du début du XX° siècle ne pouvait être fait que sous la forme d’un dessin animé. Ou plus exactement d’un film d’animation. C’est ce qu’a mené à bon port, Marc Faye dans Sem, le caricaturiste incisif, film co-produit par Novanima, maison de production du cinéaste.

Le film n’est pas un biopic. Et pas seulement parce qu’il a recourt à l’animation. Mais surtout il ne s’attache que très peu à la psychologie du personnage. Ses aventures amoureuses par exemple, s’il en a eu, sont laissées de côté. Sa jeunesse et ses relations familiales ne sont évoquées que succinctement. Bref, la dimension biographique est plutôt réduite au profil d’une présentation de l’œuvre, ce qui fait d’ailleurs l’intérêt visuel du film. Il emprunte pourtant quelques unes des modalités courantes dans le biopic classique. Le recours à un acteur en particulier pour « incarner » le personnage titre. Mais les images qui en sont faites ne sont pas des images « live », mais plutôt des extraits de films ou plus exactement des images fixes détourées à l’ordinateur pour s’intégrer par une animation en stop motion aux dessins de Sem. Car le projet du film est bien de nous faire rentrer dans l’œuvre du dessinateur. Et si le film suit chronologiquement la vie de Sem, de sa jeunesse périgourdine à la vie mondaine au cœur du Tout Paris et auprès des poilus de la guerre de 14, c’est pour chaque fois s’arrêter sur les différents livres et albums publiés, nous en montrer la facture et en préciser la place dans l’évolution de son style. A ces images donc très riches et variées s’ajoute une voix off, écrite en première personne, qui nous donne les éléments indispensables à la connaissance de la vie de Sem, en même temps qu’un commentaire personnel sur ses amis et relations ainsi que sur son époque. C’est cela sans doute qui rapproche le plus le film du biopic.

Le film insiste beaucoup sur la vie mondaine de Sem à la Belle Epoque où il fréquentait régulièrement Maxim’s et le Tout Paris qui en constituait la clientèle. D’ailleurs une séquence nous faisant entrer dans le célèbre restaurant et nous permettant de nous faufiler en caméra subjective parmi les tables des dîneurs ou sur la piste de danse parmi les couples enlacés au temps du tango ou plus distants lors de la vogue du charleston, est utilisée à plusieurs reprises. Il donne aussi la parole à un spécialiste de l’époque. Le film fait de Sem un observateur particulièrement pertinent de la vie de cette époque, mettant l’accent en particulier sur ses relations littéraires, de Feydeau à Proust en passant par Colette. L’image qui revient le plus fréquemment de lui nous le montre tête penchée sur le petit carnet de croquis qu’il tient au creux de sa main.

Le film est une véritable célébration de l’art de la caricature, ce qui aujourd’hui résonne d’une façon bien particulière. Un hommage appuyé à tous ceux qui s’engage sur les traces de cet artiste qui, sans être engagé au sens actuel du terme, n’en est pas moins un défenseur de la liberté d’expression.

Sem, le caricaturiste incisif. Un film de Marc Faye, France, 2016.