D COMME DÉMOCRATIE – Climat

Convention citoyenne, démocratie en construction. Naruna Kaplan de Macedo, 2020, 58 minutes.

Filmer la Convention Citoyenne pour le Climat, comme le fait Naruna Kaplan de Macedo – dès l’annonce de sa création par Emmanuel Macron jusqu’à la remise au chef de l’Etat de leurs propositions  neuf mois après,  en suivant toutes les étapes de cette aventure inédite, montrant tous ses moments forts et en donnant la parole au plus possible de des 150 tirés aux sort, sans oublier les organisateurs-animateur – voila un projet qui non seulement rend compte d’une actualité récente, mais qui deviendra, à l’évidence, un document pour l’histoire. Un document irremplaçable.

Réaliser un tel documentaire est en soi une gageure. Car la cinéaste ne peut éviter d’aborder au moins deux problèmes cruciaux pour le cinéma documentaire. 1 En quoi son film se distinguera du reportage télévisé qui joue dans l’actualité un rôle d’information à chaud sans doute nécessaire. 2 En quoi son travail peut-il être considéré comme une vision « objective » des faits. Peut-on aborder cet événement unique sans préjugés, sans parti-pris, dans arrière-pensée ? Peut-on s’affranchir de toute position politique ? Peut-on éviter de prendre position de façon militante ?

Incontestablement, la cinéaste a su éviter les écueils qui se présentaient à elle. Et ce en présentant explicitement son film comme un point de vue sur la réalité historique de la Convention. Pour cela, elle intervient en voix off, à la première personne, s’impliquant directement et personnellement dans ce regard qui devient ainsi celui d’une autrice et non celui d’un média, organe de presse ou de télévision, réalisé dans une perspective journalistique.

Le film n’échappe pas pour autant à un petit air de reportage. Mais un reportage qui se démarque nettement de ceux où la caméra se contente d’être un simple instrument d’enregistrement des faits. Ici, si l’on peut effectivement être en prise directe avec les faits, le travail cinématographique vise aussi – et peut-être surtout – à rendre compte d’une ambiance, d’une atmosphère, dans cette sorte de huis-clos qu’est la Convention puisque le film ne sort du Palais d’Iéna où elle se déroule qu’une seule fois – pour une courte séquence sur le parvis du palais filmant une manifestation de gilets jaunes (pour le contexte politique de l’époque). Les plans des séances en vision, imposées par le confinement, renforcent d’ailleurs cette sensation d’enfermement que l’on peut avoir dans les séances plénières ou de petits groupes.

Dans quelques années – ou quelques décennies – le film de Naruna Kaplan de Macedo pourra sans doute être considéré comme un document historique fiable à propos de cette Convention Citoyenne pour le Climat. Certes le film ne prétend pas être exhaustif et le choix des personnages mis en évidence, plus présents à l’image que d’autres – une jeune fille de 17 ans et une femme plus âgée et souvent contestataire ; ou un homme qui est souvent porte-parole de son groupe et qui acquiert un statut de leader – ne sont sans doute pas le fait du hasard. Mais le montage précis et rigoureux du film lui donne non seulement un rythme soutenu évitant tout temps-morts, mais aussi une portée qui dépasse la simple anecdote pour se situer au niveau des grands événements historiques.

Comme les films consacrés au mouvement Nuit Debout ou des Gilets Jaunes, le film de Naruna Kaplan de Macedo nous donne dès maintenant une vision de l’aspiration populaire à plus de démocratie en France au début du XXI° siècle.

Fipadoc 2021