A COMME AGROECOLOGIE – Mondiale

Les Moissons du futur. Marie-Monique Robin, France, 2012, 90 minutes.

            Dès le prologue du film, le débat est clairement posé. Deux thèses s’affrontent. La première, présentée par un ministre de l’agriculture sur un plateau de télévision, est celle de la « révolution verte ». Soutenue depuis plus de 50 ans par les gouvernements occidentaux partisans d’une agriculture industrielle venue tout droit des États Unis, cette thèse affirme que la production agricole ne peut pas se passer de pesticides. Y renoncer ce serait entrainer une baisse de 40% de la production. « Il n’y a pas de solution alternative aux pesticides ». Soutenue par le rapporteur des Nations Unis pour le droit à l’alimentation, la thèse adverse soutient au contraire que seule « l’agroécologie » peut faire face au défi pour l’alimentation que représente la perspective d’une population mondiale de 9 milliards en 2050, alors que déjà un million de personnes souffrent de la faim sur notre planète. Il faut changer de cap, renoncer à l’agriculture industrielle, trouver de nouveaux modèles, ce que sous-entend le terme « agroécologie ». Mais en quoi cela consiste concrètement ?

            Fidèle à sa méthode d’investigation sur le terrain, Marie-Monique Robin entreprend un tour du monde prouvant que l’agroécologie existe, qu’elle a des résultats positifs pour les groupes sociaux et professionnels qui l’expérimentent. Mais cela permet-il d’affirmer que l’agroécologie peut nourrir le monde entier ? Mieux, est-ce une preuve que seule l’agroécologie peut nourrir le monde ?

            Le bilan que l’on peut dresser de l’agriculture industrielle est catastrophique : développement des cancers et autres maladies dues aux pesticides et aux engrais chimiques, épuisement des sols dû aux rendements toujours plus élevés, réchauffement de la planète, pollution des eaux. L’avenir de l’humanité est en jeu. Du Mexique au Malawi, du Kenya au Sénégal, de l’Allemagne au Japon, les solutions mises en œuvre sont nombreuses et variées, basées tour à tour sur les traditions (le Milpa au Mexique où le maïs est cultivé sur les mêmes terres que les haricots et les citrouilles) et sur l’innovation technologique (Le push-pull, répulsion/attraction, au Kenya et en Inde). La cinéaste rencontre les agriculteurs de ces pays, de petites exploitations qui ont su mettre à profit leur expérience personnelle et utiliser les ressources locales. Elle donne aussi la parole aux experts, économistes ou agronomes, et à des chercheurs. Elle aborde les politiques publiques (libéralisation des échanges agricoles au Mexique, soutien à l’agroforesterie au Malawi et concertation avec les paysans pour protéger la filière oignon au Sénégal). Les relations entre producteurs et consommateurs peuvent changer, comme le montre le système des tekei au Japon, devenu AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) en France et se développant aussi aux États Unis. Tout ceci est concret, éclairant, persuasif.

            Contrairement à ses films précédents (Le monde selon Monsanto et Notre poison quotidien), qui étaient avant tout des armes de combats, Marie-Monique Robin se montre ici beaucoup plus positive et résolument optimiste. D’ailleurs, l’enthousiasme qu’elle manifeste est de plus en plus partagé, par les jeunes en particulier.  Mais il est clair que le chemin sera encore bien long avant que les idées qu’elle défend, si séduisantes soient-elles, se généralisent. L’industrie agroalimentaire n’a pas dit son dernier mot.

R COMME RURALITÉ -Filmographie

Ils ne veulent plus être appelés paysans. Paysan / Agriculteur ? Des termes qui recouvrent, ou qui renvoient, à bien des réalités différentes, depuis les visons nostalgiques jusqu’aux revendications d’actualité. L’agriculture et l’élevage, la campagne et ses fermes, l’emploi des pesticides et la destruction de la terre, le bio et la permaculture, la désertification et les difficultés de successions et de reprise des exploitations,  des thèmes récurrents que l’on retrouve dans des films d’immersion qui essaient d’échapper aux clichés et aux idées reçues ou dans des films militants, engagés, qui prennent position dans les débats sur l’avenir d’une profession, ou d’une catégorie sociale, et en même temps sur celui de la planète. Vivre à la campagne, un rêve de bien des citadins. Le retour à la terre, une aventure qui fut pour beaucoup – et reste dans une grande mesure – une utopie, mais qui propose une façon de vivre autrement, et peut-être de changer le monde.

Des Abeilles et des hommes, Markus Imhoof

L’âge d’or, Jean-Baptiste Alazard

Après l’agriculture, Ghyslaine Buffard

L’avenir le dira, Pierre Creton

Les Bêtes, Ariane Doublet

Biquefarre, Georges Rouquier

Les brebis font de la résistance, Catherine Pozzo di Borgo

Champ de luttes, semeurs d’utopie, Mathilde Syre

Les Chèvres de ma mère, Sophie Audier

Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes, Rodolphe Marconi

L’Eveil de la permaculture, Adrien Bellay

Farrebique, Georges Rouquier

Les fils de la terre, Edouard Bergeon

Il a plu sur le grand paysage, Jean-Jacques Andrien

Les Inconnus de la terre, Mario Ruspoli

Je ne veux pas être paysan, Tangui Le Cras

Jeune bergère, Delphine Détrie

La ligne de partage des eux, Dominique Marchais

Les Moissons du futur, Marie-Monique Robin

Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin

Notre poison quotidien, Marie-Monique Robin

Nous la mangerons, c’est la moindre des choses. Elsa Maury

Nouveaux Paysans – Les Semeurs d’espoir, Aurélie Bérard

Paradisio, Hendrik Hegray

Paysage imposé, Pierre Creton

Les Paysans, Florence Lazar

Paysans, le mal de terre, Jean-Denis Bonan

Paysans, on y croit dur comme ferme, Jean-Pascal Fontorbes

Permaculture, la voie de l’autonomie, Carinne Coisman, Julien Lenoir

La Pluie et le beau temps, Ariane Doublet

Profils paysans 1 L’approche ; 2 Le quotidien ; 3 La vie moderne. Raymond Depardon

Pyrale, Roxanne Gaucherand

Quoi de neuf au Garet, Raymond Depardon

Nouveau paysan, Aurélie Bérard.

Nul homme n’est une île, Dominique Marchais

Sans adieu, Christophe Agou

Secteur 545, Pierre Creton

Le Sel de la terre, Georges Rouquier

Souviens-toi de ton futur, de Enora Boutin

Symphonie paysanne, Henri Storck

Le Temps des grâces, Dominique Marchais

La terre du milieu, Juliette Guignard

Les Terriens, Ariane Doublet

Vendanges, Georges Rouquier

Un village dans le vent, Jean-Louis Gonterre

A COMME ABECEDAIRE – Brigitte Chevet.

Une œuvre surtout diffusée à la télévision, mais qui a tout à fait sa place au cinéma, tant la différence ici est simple convention.

Adolescence

Jupe ou Pantalon ?

Automobile

Femmes au volant

Banlieue

Les Rumeurs de Babel

Bretagne

Les Rumeurs de Babel

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre

L’Affaire Plogoff

Le Menhir et la Rose

La Guerre des truies aura-t-elle lieu ?

Baraques Blues

Energie

Les Voleurs de feu

Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre

Espionne

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Femmes

Femmes au volant

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Jupe ou Pantalon ?

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Guerre

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Handicap

Planète Zanzan

Immigration

Docteur Yoyo

Jury

A vous de juger

Justice

A vous de juger

Mauritanie

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Nazisme

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Nucléaire

Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre

L’Affaire Plogoff

Poésie

Les Rumeurs de Babel

Politique

Le Menhir et la Rose

Pollution

Mourir d’amiante

La Guerre des truies aura-t-elle lieu ?

Portrait

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Le Menhir et la Rose

Docteur Yoyo

Odette du Puigaudeau – De la Bretagne au désert

Planète Zanzan

Solaire

Les Voleurs de feu

Spoliation

L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi

Vieillesse

Avec mes quelques rides

Ville

Baraques Blues

O COMME OGM.

Tous cobayes ? Jean-Paul Jaud, 2012, 115 minutes.

Ce film peut être considéré comme exemplaire du cinéma écologiste engagé, défendant une grande cause, dénonçant avec force les dangers que font courir à la planète les OGM et le nucléaire, visant à éveiller les consciences, à provoquer un sursaut de la raison pour s’opposer, refuser, exiger qu’on arrête enfin cette course absurde au profit qui ne peut que conduire à la catastrophe.

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            Quelle efficacité peut-il avoir ? Les militants y trouveront de quoi argumenter des débats et sentiront l’urgence d’entreprendre des actions percutantes. Les autres reprocheront peut-être au film d’être sans nuance et en fin de compte de ne prêcher que pour sa propre chapelle.

            Le film débute par une attaque en règle contre les OGM en s’appuyant sur les données de la seule recherche scientifique à long terme, réalisée par l’équipe du professeur Gilles-Éric Séralini, très présent dans le film. Cette recherche porte sur les effets des pesticides associés au maïs transgénique présents dans l’alimentation des rats. Les images des pauvres bêtes recouverts de tumeurs énormes sont accablantes. Le film donne aussi la parole à Corinne Lepage, députée européenne très engagée dans la lutte contre les OGM, à des agriculteurs et aux « faucheurs volontaires », dont José Bové. Tous dénoncent le manque de transparence et les pressions des multinationales pour imposer le silence et cacher la vérité. D’ailleurs, ce sont ces mêmes sociétés industrielles qui conduisent les expérimentations sur leurs propres produits et les font en outre classer « confidentielles ». Les moyens, notamment financiers, dont peut disposer un cinéaste sont bien dérisoire face à ceux que mobilisent ces multinationales. Mais même si un tel combat peut paraître à beaucoup perdu d’avance, pour un cinéaste engagé, il y a là plutôt une raison de plus de ne pas baisser les bras.

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La catastrophe de Fukushima ne pouvait évidemment qu’accroitre les craintes – et les angoisses – concernant les dangers du nucléaire. C’est sans doute pour cette raison que le film s’oriente dans sa deuxième partie sur les menaces du nucléaire, présentées comme participant de la même logique que le problème des OGM. Jean-Paul Jaud se défend de proposer une vision apocalyptique de l’avenir. Mais les infographies montrant les conséquences d’éventuelles explosions des centrales françaises sur l’environnement et la population s’apparentent bien à un scénario catastrophe. Quelles solutions proposer ? Pour le film, l’arrêt le plus rapidement possible des réacteurs nucléaires est la seule solution. Est-elle réaliste ? Le film ne dit rien sur les conséquences d’une telle décision.

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Un tel film veut dresser un constat irréfutable. Mais peut-il être vraiment perçu comme donnant des informations objectives dans la mesure où il tient pour acquis dès le départ ce qu’il est censé avoir démontré à son terme ? C’est là tout le problème du cinéma militant. Concernant l’écologie, il ne peut certes pas être assimilé aux films de propagande qu’on a pu connaître sous les régimes totalitaires. Mais sa place réelle dans les débats de société actuels n’en apparaît pas moins comme problématique. À se situer uniquement dans le registre du militantisme, ce cinéma ne court-il pas le risque d’être marginalisé ? Augmenter son audience, trouver un public au-delà des seuls militants des causes défendues, est le problème le plus urgent qu’il a à résoudre.

B COMME BIO.

Nos enfants nous accuseront, Jean-Paul Jaud, France, 2008, 107 minutes.

Les enfants de Barjac, petite commune du Gard, ont de la chance. Sur décision du maire, ils mangent bio à la cantine, comme les personnes âgées à qui les services municipaux livrent les repas. Une décision qui résulte d’une prise de conscience. Comme le film l’affirme dès son ouverture, la jeune génération est en moins bonne santé que celle de leurs parents. Et cela tient à l’augmentation des maladies (cancer, diabète, stérilité) liées à des facteurs environnementaux. Il est grand temps de faire attention à ce que nous mettons dans nos assiettes et de changer nos pratiques alimentaires. Le film de Jean-Paul Jaud propose une solution : passer à l’alimentation bio !

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         Si l’on regarde ce que mangent les enfants dans une cantine traditionnelle, le constat fait frémir, surgelés et légumes en boite sont gorgés de pesticides, de métaux lourds, de colorants et de conservateurs qui sont autant de produits chimiques. Le bio permet non seulement de retrouver une nourriture saine, mais aussi beaucoup plus savoureuse parce que naturelle et composée de produits issus d’une agriculture locale artisanale. L’usage des pesticides et des engrais chimiques dans l’agriculture est donc mis sur la sellette. Et cela ne concerne pas seulement la santé des agriculteurs. C’est la protection de tout notre environnement qui est en jeu.

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         Les élèves de l’école de Barjac sont ravis. Le pain bio est nettement meilleur ! La mobilisation en faveur de l’initiative municipale est d’ailleurs de grande ampleur. Les cuisiniers sont convaincus de travailler pour la bonne cause. Les réunions avec les parents visent à développer l’alimentation bio dans les familles pour être en cohérence avec l’école. Et en classe, les maîtresses trouvent aussi dans une pédagogie active des occasions de sensibiliser leurs élèves. La culture de salades et de légumes dans le jardin pédagogique est une activité collective qui dure toute l’année. On comprend le plaisir des enfants qui savourent les fraises qu’ils ont eux-mêmes cultivées.

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         Nos enfants nous accuseront est un film militant dans la même veine que les autres réalisations de son auteur. Alternant les prises de paroles d’experts internationaux et l’action concrète sur le terrain, son côté démonstration didactique est renforcé par l’accumulation de données chiffrées présentées en surimpression sur les images. Des images qui jouent souvent sur la beauté des paysages. Le Gard est une très belle région. En sortant du film, on ne peut que souhaiter la préservation de cette nature sauvage. De quoi faire rêver ceux qui ne peuvent faire autrement que vivre dans les banlieues des grandes villes.

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V COMME VILLE MODÈLE.

Grande-Synthe, Béatrice Camurat Jaud, 2018,

Grande-Synthe, une ville où tout le monde aimerait vivre ? Pas exactement. Car la ville connaît bien des problèmes. Mais elle sait y faire face. Et la cinéaste ne cache pas son admiration.

Grande-Synthe est située sur la mer du nord, à proximité d’un complexe sidérurgique (ArcelorMittal-Dunkerque)  et d’une centrale nucléaire. Bonjour la pollution !

Elle n’est pas non plus très loin de Calais et lors du démantèlement de la « jungle » elle a connu un afflux de migrants candidats au passage en Angleterre. Comment les accueillir ?

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Et puis le taux de chômage est important, supérieur à la moyenne nationale.

Dans ces conditions comment peut-il faire bon vivre à Grande-Synthe ?

En trouvant des solutions à ces problèmes Oh, pas des solutions miracle qui résoudraient toutes les difficultés d’un seul coup. Mais des actions quotidiennes, mobilisant les citoyens et les gens de bonne volonté.

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Pour la transition écologique, des jardins « ouvrier » sont créés au pied des immeubles et les cantines scolaires sont devenues entièrement bio.

Pour les réfugiés un camp va pouvoir les héberger et avec l’aide des associations (Emmaüs en particulier) ils seront nourris. Bien sûr cela ne résout pas tout et les tensions entre les différentes communautés subsistent, jusqu’à l’affrontement, comme le prouve l’incendie du camp.

Pour le chômage, c’est plus difficile…Mais si on peut au moins créer des conditions d’un bien-vivre, ce ne serait déjà pas si mal.

Le film entremêle plusieurs types d’éléments.

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D’abord il joue beaucoup sur la qualité des images, que ce soit celles des usines, souvent filmées la nuit, avec leur jeu de lumière et le feu des hauts-fourneaux à quoi s’ajoute les volutes de fumées dans le ciel. Il en est de même pour la séquence consacrée au carnaval, avec ses gros plans sur les visages peints, les fanfares et la foule en liesse. Comme quoi tout n’est pas gris et terne dans le nord.

Deuxième élément du film, l’entretien avec le maire, omniprésent tout au long du film. Il faut dire qu’il sait parfaitement présenter son action, et l’on ne peut qu’être séduit par sa sincérité, son enthousiasme et l’émotion qu’il n’arrive pas toujours à dissimuler.

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Enfin, le film est jalonné par les interventions d’un petit groupe de jeunes comédiens. Ils montent une pièce sous la direction d’une metteure en scène en résidence au théâtre de la ville. Dans les rues ils déclament, souvent avec véhémence, des textes engagés qui n’éclairent pas vraiment la situation de la ville d’un jour nouveau. Le maire, lui, est plus mesuré dans ses propos et finalement plus agréable à écouter.

Grande-Synthe laboratoire de l’avenir ? Peut-être. En tous cas ce que montre le film, c’est que la pire des choses serait dans l’inaction.

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M COMME MONSANTO.

Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin, 2008, 108 minutes.

    Fondée en 1901, Monsanto est d’abord une entreprise chimique avant de se lancer dans l’agroalimentaire pour devenir le numéro 1 mondial de la biotechnologie. Presque 90 % des semences transgéniques utilisées dans le monde lui appartiennent. Pour en arriver là, l’histoire de Monsanto est jalonnée de scandales en tout genre. Monsanto est sans doute la multinationale le plus critiquée, la plus décriée, qui soit. Il n’est pas possible de parler d’elle sans passion et surtout sans être engagé pour ou contre. Le film que lui consacre Marie-Monique Robin évite de se passionner en adoptant un recul par rapport aux faits.Ilse veut objectif et indique ses moyens d’investigation. Il n’en reste pas moins systématiquement situé dans l’opposition à la firme, position qui constitue même son point de départ, au risque pour la cinéaste d’apparaître partisane.

Marie-Monique Robin mène l’enquête en journaliste d’investigation qu’elle déclare être. Son outil principal ? Internet. On la voit tout au long du film devant son écran, tapant des mots clés sur Google, sélectionnant des sites, ouvrant des dossiers et des rapports, sélectionnant des déclarations, des phrases caractéristiques, des noms d’experts, de chercheurs, d’hommes politiques ayant occupé des postes de responsabilité et des militants d’associations impliquées dans la défense des victimes de Monsanto. Puis elle se rend sur le terrain, aux États-Unis surtout, mais aussi dans le monde entier, en Inde, au Brésil, au Paraguay, au Mexique. Elle y rencontre les protagonistes identifiés sur Internet, leur pose des questions dérangeantes, surtout à ceux qui ont eu des responsabilités publiques, et écoute avec une oreille bienveillante un interlocuteur qui mène la même quête qu’elle. Son but, c’est de faire toute la clarté sur les activités de Monsanto et leurs conséquences sur les hommes et sur la planète. C’est aussi d’accumuler le plus de charges possible contre l’entreprise.

L’enquête se transforme ainsi en procès. Procès à charge bien sûr. La défense n’est pas assurée par l’accusé, Monsanto ayant décliné les demandes d’entretien de la cinéaste, et si les partisans des OMG interviennent, leurs propos sont plutôt utilisés dans un sens contraire, d’autant plus que leur embarras à répondre aux questions leur ôte pas mal de crédibilité. De toute façon, le commentaire de la cinéaste de type « quel scandale » ne laisse guère au spectateur la possibilité de se forger par lui-même une opinion.

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Monsanto est successivement accusé de cacher la vérité, de la déformer et de mentir sciemment. Par exemple, un rapport secret montre que la firme connaissait les risques que le pyralène fait courir à la santé humaine bien avant que les scientifiques les révèlent. Mais il s’agissait de ne pas « perdre un dollar » ! Dans le cas du Roundup, un herbicide utilisé tout autant à une échelle industrielle que dans les petits jardins des pavillons de banlieue, la mention « biodégradable » n’a été enlevé des étiquettes du produit que sur décision de justice. Monsanto a aussi été condamnée pour publicité mensongère et le film nous présente quelques-uns de ces spots particulièrement significatifs. Enfin, et ce n’est pas le moins important, le film montre comment Monsanto n’hésite pas à financer des études qui n’ont de scientifique que le nom et surtout il souligne les interventions auprès des hommes politiques. La séquence d’archives montrant Georges Bush père, alors vice-président de Reagan, visitant une usine Monsanto est une pièce phare du film. Au représentant de la firme se plaignant de la lenteur des décisions administratives devant permettre de développer rapidement la recherche et la commercialisation des OGM, Bush répond : « Mon job, c’est la.dérégulation ». La cinéaste a aussi réussi à obtenir quelques déclarations de la part de l’ancien ministre de l’Agriculture de Clinton. Il ne cache pas les pressions dont il a fait l’objet, de la part même de ses collègues du gouvernement favorables à la biotechnologie, uniquement pour des raisons politiques.

« Monsanto, une multinationale qui vous veut du bien », dit le sous-titre du film. Les PCB, les hormones de croissance bovine, la dioxine, la liste est longue des produits dont on ne peut nier qu’ils ont eu des conséquences désastreuses sur la santé et sur l’environnement. A propos des OGM c’est surtout la pratique commerciale de la firme qui est montrée du doigt à travers sa politique des brevets mettant en difficultés financières de nombreuses exploitations aux Etats-Unis et conduisant nombre de paysans au suicide en Inde. Un monde où toute l’agriculture, tous les produits que nous consommons seraient d’origine transgénique, c’est sans doute le rêve de Monsanto. Un moyen d’assoir un pouvoir sans limite sur le monde entier qui ne peut que nous effrayer.

A COMME AGROECOLOGIE.

Souviens-toi de ton futur, Enora Boutin, 2017, 52 minutes.

Il existe des agriculteurs heureux, même en Dordogne. Comme il en existe dans bien d’autres régions de France. Tous ceux qui ont renoncé à utiliser les pesticides et toute forme de chimie. Et qui savent en dénoncer les dangers, pour la santé, des humains et des sols. Et qui montrent par l’exemple qu’ils ne s’en portent pas plus mal. Bien au contraire.

Le film d’Enora Boutin est le portrait de quatre de ces militants de l’agroécologie, un fabriquant de purin végétal, une viticultrice, une famille d’éleveurs de brebis et un couple créateur de jardin. Un échantillon représentatif de la diversité de ces pratiques innovantes, qui d’ailleurs ont la bonne idée de faire boule de neige.

Le film n’est pourtant pas un cours ou une démonstration en bonne et due forme. Il se limite au concret, mais un concret qui parle de lui-même. Les entretiens avec des quatre protagonistes rentrent bien parfois dans le détail et n’hésitent pas à aborder des données spécialisées. Mais l’ensemble s’adresse en priorité aux gens de la ville, ceux qui n’ont qu’une vague idée du travail de la terre et qui ne sont pas toujours très regardant sur la qualité de ce qu’ils mangent. Et s’il s’agit bien d’une forme de militantisme, c’est pour tirer la sonnette d’alarme. Il est grand temps de modifier les habitudes de consommation !

Une pièce à verser donc au débat concernant notre avenir. Un débat de plus en plus nécessaire.

 

 

 

E comme Ecologie

Des films militants. Qui prennent positions. Qui dénoncent. Qui tirent la sonnette d’alarme. Qui dressent des réquisitoires sans appel contre les multinationales et les puissances de l’argent qui n’hésitent pas à détruire notre environnement et à remettre en cause notre santé. Des combats pour sauver l’avenir de la planète et de ses habitants. Des procès dont on espère qu’ils pourront infléchir les politiques mondiales.

 Au banc des accusés :

–     En tout premier lieu, Monsanto (Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin, 2008.), entreprise chimique fondée en 1901 avant de se lancer dans l’agroalimentaire pour devenir le numéro 1 mondial de la biotechnologie. L’histoire de Monsanto est jalonnée de scandales en tout genre. Monsanto est sans doute la multinationale le plus critiquée, la plus décriée, qui soit. Par exemple, un rapport secret montre que la firme connaissait les risques que le pyralène fait courir à la santé humaine bien avant que les scientifiques les révèlent. Mais il s’agissait de ne pas « perdre un dollar » ! Dans le cas du Roundup, l’herbicide utilisé tout autant à une échelle industrielle que dans les petits jardins des pavillons de banlieue, la mention « biodégradable » n’a été enlevé des étiquettes du produit que sur décision de justice. A propos des OGM c’est surtout la pratique commerciale de la firme qui est montrée du doigt à travers sa politique des brevets mettant en difficultés financières de nombreuses exploitations aux Etats Unis et conduisant nombre de paysans au suicide en Inde. Le monde selon Monsanto, un monde où toute l’agriculture, tous les produits que nous consommons seraient d’origine transgénique, c’est sans doute le rêve de Monsanto. Un moyen d’assoir un pouvoir sans limite sur le monde entier qui ne peut que nous effrayer.

– Le modèle américain de « la révolution verte », dominant depuis les années 50 (Nos enfants nous accuseront, Jean-Paul Jaud, 2008 ; Notre poison quotidien, Marie-Monique Robin, 2010 ; Les Moissons du futur, Marie-Monique Robin 2012). Un modèle qui implique le recourt aux machines agricoles et surtout l’utilisation intensive de produits chimiques, omniprésents dans les insecticides, fongicides et herbicides. Si l’on ajoute à cela le développement de l’agroalimentaire et l’usage d’additifs complémentaires dans toute l’alimentation, alors on comprend que la chimie est présente quotidiennement dans notre assiette. Le constat est alors sans appel : selon l’Organisation Mondiale de la Santé, il y a dans le monde 1 à 3 millions d’intoxications aiguës qui causent 200 000 morts. Les maladies chroniques et en particuliers les cancers qui se développent de plus en plus dans les pays riches, sont dus principalement à l’usage de produits chimiques dans l’agriculture et donc à leur présence dans ce que nous mangeons quotidiennement.

Le nucléaire. (Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre, Brigitte Chevet, 2008 ; Tous cobaye, Jean-Paul Jaud, 2012) La catastrophe de Fukushima ne pouvait évidemment qu’accroitre les craintes  et les angoisses concernant les dangers du nucléaire. Les infographies présentées dans le film de Jaud,  montrant les conséquences d’éventuelles explosions des centrales françaises sur l’environnement et la population, s’apparentent à un scénario catastrophe. Peut-on sortir du nucléaire en France ? Non seulement le problème des déchets est loin d’être résolu, mais le démantèlement d’un réacteur nucléaire, comme le montre le film sur Brennilis, est particulièrement couteuse, et surtout dangereuse. Personne au fond ne sait vraiment s’il est possible de la mener à bien. « Sortir du nucléaire » n’est donc pas si simple. En même temps, l’évocation des défaillances techniques et des revirements incessants des responsables, laisse à penser qu’EDF et ses ingénieurs ont joué les apprentis sorciers ne maîtrisant pas toujours, malgré les affirmations officielles, une situation dont il reste difficile de connaître toutes les implications.

Le gaz de schiste. (Gasland, Josh Fox, 2010 ; No gasaram, Doris Buttignol et Carole Menduni, 2014 ). Comment ignorer les risques de l’exploitation du gaz de schiste par fracturation hydrolique, les énormes quantités d’eau nécessaire et le nombre impressionnant de substances chimiques, toutes polluantes, envoyées sous terre ? A Strasbourg, les députés européens dénoncent le lobbying intense effectué par les entreprises américaines qui ont investi dans la technologie d’extraction du gaz de schiste et qui en possèdent les brevets. Le gaz de schiste est ainsi au cœur d’un conflit intense, opposant les industriels aux écologistes, ceux qui n’utilisent qu’un langage économiste à ceux qui défendent l’environnement et qui s’inquiètent de l’avenir de la planète.