A COMME ABECEDAIRE – Patricio Guzman

Le cinéaste chilien le plus connu, à travers son œuvre documentaire étroitement imbriqué dans l’histoire de son pays, de l’expérience d’un socialisme démocratique sous la présidence de Salvador Allende au coup d’état de Pinochet et à la répression qui le conduisit à l’exil.

Allende

Démocratiquement élu, il met en route un train de réformes considérables. Jusqu’au coup d’état de 1973

Amérindiens

De tout temps massacrés, il ne reste que quelques rares survivants en Patagonie.

Archives

Celles de l’Unité populaire, du soutien du peuple à Allende sous sa présidence. Celles aussi du coup d’état et de la répression.

Armée

Elle mit en action tous les moyens dont elle pouvait disposer dans le putsch de 1973.

Assassinat

                La dictature élimine systématiquement les opposants.

Archéologie et Astronomie

Dans le désert d’Atacama l’exploration des étoiles et la recherche des restes des civilisations passées.

Bourgeoisie

 « L’insurrection bourgeoise » titre la première partie de la Bataille du Chili

Bouton

De la nacre au fond de l’océan.

Camionneurs

Une grève, dirigée ouvertement contre le gouvernement d’Unité populaire, tentant de bloquer l’économie du pays.

Chili

Son pays, auquel se réfère toute son œuvre.

CIA

Le rôle actif des américains dans le coup d’état de Pinochet n’est plus à prouver.

Cosmos

Des images d’étoiles de toute beauté

Cordillère

Si importante dans la géographie du Chili et pourtant elle reste inconnue, donc mystérieuse.

Coup d’Etat

Celui du 11 septembre 1973 restera gravé dans les mémoires comme un des plus sanglants de l’histoire du continent.

Démocratie

Le premier pays en Amérique latine à instaurer le socialisme démocratiquement.

Désert

Celui d’Atacama,  au nord du Chili, réputé pour la pureté de son air. Ce qui favorise l’observation du ciel et des étoiles.

Dictature

Celle de Pinochet fut sanglante, d’un autoritarisme féroce, écrasant par tous les moyens toute tentative de résistance.

Elections

Celle de mars 73 conforte la base électorale de l’Unité populaire. La droite qui a cru les gagner se dirigera alors presque ouvertement vers la solution du coup d’Etat pour reprendre le pouvoir.

Exil

En Espagne et en France, comme beaucoup de ceux qui avaient soutenu Allende.

Histoire

L’Histoire du Chili toujours au cœur de son cinéma.

Justice sociale

Un rêve incarné par Salvador Allende

Lumière

L’obscurantisme de la dictature peut-il être vaincu ? Premier temps du triptyque de la mémoire

Mémoire

Un devoir : lutter contre l’oubli. Le cinéma doit être mis à son service

MIR

Mouvement de la Gauche révolutionnaire. L’extrême gauche chilienne.

Montagne

                La Cordillère bien sûr. Troisième temps du triptyque de la mémoire

Océan

En Patagonie, l’évocation du rapport qu’entretiennent les Chiliens avec l’eau. Deuxième temps du triptyque de la mémoire.

Peuple

Filmé avec beaucoup d’empathie pendant la présidence d’Allende, dans d’immenses manifestations de soutien

Pinochet

Poursuivi par la justice après la chute de la dictature. Mais il ne sera jamais jugé.

Politique

Au Chili plus qu’ailleurs, le cinéma ne peut être que politique.

Répression

Pendant la dictature, et même après, toutes les manifestations sont systématiquement réprimées.

Révolution

                Avec Allende, elle prend un visage démocratique

Stade

Celui de Santiago, où furent parqués ceux que l’armée arrêtait après le coup d’état.

Télescope

                Le plus grand du monde, installé dans le désert d’Atacama, pour observer le ciel.

Torture

                Systématique dans les prisons de la dictature.

Triptyque

La lumière, l’océan, la montagne. Les trois temps successifs d’un cinéma de la mémoire particulièrement poétique

Unité Populaire

                La réunion de toutes les forces de gauche qui portèrent Allende au pouvoir en 1970.

Valparaiso

La ville natale d’Allende.

C COMME CHILI – Cordillère.

La cordillère des songes, Patricio Guzman, 2019, 85 minutes.

Après le désert du nord et l’exploration des étoiles, après l’océan du sud et les fonds sous-marins, la montagne du nord au sud ou du sud au nord, la découverte de l’épine dorsale – ou la colonne vertébrale, selon des clichés habituels – du Chili, un triptyque donc pour ne rien oublier de l’histoire douloureuse de ce pays que le cinéaste a quitté il y a plus de quarante ans, pour vivre en exil.

Nous survolons donc la Cordillère des Andes, les sommets enneigés se détachant sur un ciel d’un bleu pur, avec parfois quelques trainées nuageuses seulement. Une vision aussi de la chaine montagneuse vue dans la profondeur de champ avec en premier plan la ville, la capitale en vue aérienne également. Et dans la quotidienneté des habitants de Santiago, cette  immense photo –ou fresque peinte – sur le mur d’une station de métro. La montagne est omniprésente donc dans le film de Patricio Guzman, mais au fond elle lui reste inconnu, impénétrable, inaccessible. Et dans son souvenir d’exilé elle est réduite à des images bien fades sur les boites d’allumettes.

Pourtant, survoler la Cordillère permet au cinéaste de se pencher sur son passé – et sur le passé de son pays.

Son propre passé, c’est d’abord et toujours – uniquement pourrait-on dire – le coup d’état de 1973, un coup d’état sanglant, impitoyable. Certains sont restés dans le pays et ont vécus tant bien que mal sous la dictature de Pinochet. Guzman lui, a eu la possibilité de partir pour venir vivre en France. Etait-ce le bon choix.

Le passé de son pays  c’est d’abord et uniquement, le coup d’état de 73. La douleur toujours présente. Le souvenir ineffaçable. Les images toujours aussi traumatisantes : le stade national par exemple. La cordillère des songes, le film, comme les précédents de Guzman, se doit de revenir, encore et encore sur ce passé.

Pour rendre compte de la vie sous la dictature, Guzman rencontre quelques-uns de ceux qui l’ont vécue, des artistes, des écrivains. Et un cinéaste, Pablo Dalas, qui a consacré sa vie à filmer les manifestations contre Pinochet et la répression qui s’abat sur les manifestants. Il reçoit Guzman dans son studio, au milieu de ses innombrables cassettes, des images brutes qui seront autant d’archives indispensables dans l’avenir.

La cordillère des songes est le dernier volet du triptyque inauguré avec Nostalgie de la lumière et poursuivit avec Le Bouton de Nacre. Guzman peut-il maintenant se tourner vers un autre horizon, d’autres projets, loin du Chili peut-être. Mais comment l’actualité immédiate de son pays pourrait-elle le laisser indifférent ?