F COMME FAMILLE – Iran.

Radiographie d’une famille. Firouzeh KHOSROVANI, Norvège-Suisse-Iran, 2020, 82 minutes.

Une famille iranienne, avant et après la révolution islamique. En fait un couple, un homme et une femme qui se marient jeunes parce qu’amoureux. Un couple et un enfant. Une fille, Firouzeh, qui devenue adulte raconte l’histoire de ses parents. Une histoire qui est aussi une vision très précise de l’Iran et de ses évolutions tout au long de leur vie. Une histoire centrée sur la place et le rôle de la religion dans la vie d’un couple iranien.

Cette histoire, Firouzeh, la raconte en suivant l’ordre chronologique, depuis la rencontre et le mariage du couple (célébré en Iran sans la présence du marié qui poursuit ses études à Genève) jusqu’à la disparition de ce dernier. Elle relate dans le détail les différentes étapes de leur vie : le séjour à Genève, le retour en Iran, la naissance de leur fille, la révolution islamique, les pratiques religieuses de la mère, la distance de plus en plus grande qui s’introduit dans le couple.

Pour son récit, la cinéaste s’appuie sur des archives, essentiellement familiale, des photos, des vidéos, des enregistrement sonores. On a l’impression que la vie de ses parents était systématiquement et constamment enregistrée. Et puis elle filme leur maison de Téhéran. Une maison que visiblement elle adore – ou du moins qu’elle a adorée. Car le plan récurrent du grand salon donnant sur la chambre parentale qui jalonne le film, permet d’appréhender visuellement ce que dit la voix off de la cinéaste, les transformations d’une vie suivant les transformations du pays.

Les membres du couple parental vont s’éloigner de plus en plus l’un de l’autre. Et l’enfant Firouzeh, à mesure qu’elle grandit, ne peut que constater que leur amour initial disparaît peu à peu, mais de façon inexorable. La mère devient, même avant la révolution, une fervente pratiquante de l’Islam. Le père lui ne semble pas croyant. Il a connu la vie européenne et il éprouve sans doute un grand regret d’avoir quitté Genève, ses amis étudiant et ses collègues médecins. La cinéaste semble ne pas prendre parti explicitement pour l’un ou l’autre. Mais la tonalité de son récit indique assez clairement qu’elle ne suit pas sa mère dans son engagement religieux. Un engagement qui la conduira en particulier à déchirer toutes les photos d’elle où elle n’est pas voilée. Que sa fille tente dans le film de les reconstituer où de suppléer les parties manquantes par du dessin est alors significatif de son état d’esprit.

Les archives familiales laissent alors de plus en plus la place aux images de la révolution et du rôle des femmes, en particulier pendant la guerre Iran-Irak. La-aussi, la cinéaste ne prend pas position ouvertement, mais le film, vu en occident, ne peut qu’avoir une tonalité critique.

Un film qui commence par une belle histoire d’amour, mais dont le romantisme et la poésie ne pèse pas bien lourd devant les soubresauts de la grande Histoire.

Fipadoc 2021