M COMME MODERNE

Le documentaire moderne ? Le documentaire d’aujourd’hui, tout simplement !

On peut aussi dire créatif, ou documentaire d’auteur, ou expérimental, bref un film qui ne se contente pas d’utiliser des recettes anciennes, quelle ait été leur pertinence passée, un documentaire qui cherche et qui trouve la façon la plus adéquate de mettre en forme son projet, ne serait-ce que partir à l’aventure avec une caméra et la folle envie de faire des découvertes.

 

Un des traits les plus caractéristiques des documentaires d’aujourd’hui, c’est l’implication du cinéaste dans son œuvre, dans la situation qu’il filme, avec les personnes qu’il rencontre, qui deviennent irrésistiblement ses amis (plus que de simples rencontres de toute évidence). Et alors, il peut dialoguer avec eux, les connaître au plus profond de leur être, prendre connaissance de leurs problèmes, non pour trouver des solutions, mais pour les comprendre et les faire comprendre.

Les documentaristes d’aujourd’hui ont de multiples façons de penser leur place, en tant qu’auteur, dans leur film.

D’abord en repensant la place de la caméra, en lui donnant une existence dans le film, en la chargeant de sens. La caméra, l’instrument de l’enregistrement de l’image et du son, n’est plus cette technique qu’il faut faire oublier, ou cet objet auquel on se permet de jeter un coup d’œil furtif que les cinéastes qui veulent faire « moderne » s’empressent de garder au montage (mais pas trop quand même !) La caméra, dans le documentaire d’aujourd’hui (héritier de Vertov et du cinéma direct) c’est la personne du cinéaste, son œil, son incarnation. Alors face à la caméra, on parle, on lui parle, parce qu’on parle au cinéaste qui la tient. Les exemples sont de plus en plus nombreux : de Denis Gheerbandt, dans l’ensemble de ses films, à Emmanuelle Demoris pour Mafrouza, de Mariana Otero dans A cœur ouvert à Anna Roussillon pour Je suis le peuple.

La place du cinéaste dans son film c’est aussi les marques qu’il y inscrit de son travail, de la conception à la réalisation, toute l’énergie qu’il peut et qu’il doit mobiliser pour faire son film. Comme le dit si bien Éric Pauwels, tout cinéaste a des films rêvés qu’il ne pourra sans doute jamais réaliser, mais lorsqu’il en réalise un alors il se doit de mentionner les conditions dans lesquels cela a été possible.

Aujourd’hui, les documentaires ne sont pas les films d’un anonyme, d’un tâcheron du cinéma. Et c’est bien pour cela que les grands spectacles animaliers, ou touristiques, ne sont pas des documentaires modernes. Ils restent des images pour les images, même s’ils peuvent surprendre, faire rêver ou angoisser…

  1. Jean Rouch et Edgar Morin discutant au début de Chronique d’un été des conditions de réalisation de leur film (sa nouveauté, ses difficultés…) constitue en 1960 une innovation cinématographique essentielle et ouvre une voie que le cinéma documentaire contemporain ne cesse d’explorer.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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