P COMME PSYCHANALYSE

Il y a au fond du parc de la clinique de La Borde, une petite habitation, une « cabane » où vit, presque en ermite, Marie Depussé, une des soignantes, psychanalyste et écrivaine. La Borde, on sent bien que c’est toute sa vie, beaucoup plus qu’un lieu de travail. D’ailleurs le film que lui consacre Stephan Mihalachi n’a pas pour but de retracer sa carrière professionnelle, ni même son œuvre littéraire. C’est plus une rencontre personnelle avec une personne singulière, et cette solitude qui fait partie d’elle, malgré les liens très forts qu’elle a pu tisser au fil des analyses, avec ceux qui ont été ses patients.

Le film réussit-il a mettre à jour la personnalité complexe de Marie ? Pas vraiment bien sûr. Mais face à la caméra et au cinéaste auquel elle s’adresse comme à une connaissance intime, elle révèle quand même beaucoup d’elle même.

Le film est placé sous le signe de la mort. Peut-être parce que Marie, à laquelle on ne saurait cependant pas donner d’âge, ressent le poids du temps dans son corps. Mais ce n’est absolument pas un film morbide. La mort n’est-ce pas cette certitude de na pas être immortel dont parle Lacan dans un bref extrait télévisé proposé comme une exergue, une certitude qui seule permet de vivre. Le signe de la mort ne serait-ce pas au fond la vie elle-même ? Cette vie que Marie a rempli de rencontres, avec des êtres en souffrance, mais qui grâce à elle, pouvait continuer à vivre. Certains viennent encore la voir dans la cabane de La Borde, non pour continuer une analyse ancienne, mais peut-être pour trouver dans sa parole un simple écho de celle-ci. C’est le cas de Guy, un philosophe dont la parole, dans ses hésitations, entre fortement en résonance avec celle de Marie.

Le film est un portrait tout en nuances, tout en implicites aussi. Les références sont nombreuses, Lacan que Marie a rencontré au tout début de sa carrière, et bien sûr Jean Oury, le fondateur de La Borde, dont une citation clôt le film. Un portrait qui nous dit aussi que dans le cinéma documentaire il ne peut y avoir de rencontre authentique que s’il existe beaucoup plus qu’une connivence entre le filmeur et le filmé, une véritable osmose. Un plan du film nous dit cela de la façon la plus simple qui soit. Le micro posé sur Marie, filmée comme toujours en gros plan, s’est défait. Alors le cinéaste ne peut faire autrement que de rentrer dans le cadre pour le remettre. Un contact physique que la psychanalyse se fera un plaisir de commenter.

Sur le quai, un film de Stephan Mihalachi, France, 2016, 65 minutes.

Visions du réel 2016, section Regard neuf.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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