M COMME MAISON DES MERES

La Maison des mères de Philippe Constantini.

Elles sont jeunes, très jeunes, entre 14 et 16 ans. Elles attendent un enfant. Leur situation est toujours problématique. Souvent rejetées par leur famille, toujours regardées avec reproche par la société. La maison qui les accueille dans Lisbonne a été fondée  en 1930. Elle a toujours les mêmes objectifs, faire que ces filles qui vont devenir mère ne soient plus isolées, rejetées, laissées à elles-mêmes. Ici elles vont apprendre à devenir mère. On va leur enseigner tous les gestes, tous les soins, qu’un bébé demande, de la tétée à la toilette. Et surtout, on va les mettre en situation d’aimer cet enfant qu’elles n’ont pas toujours voulu. Toutes celles qui travaillent là ; la directrice et son équipe, la psychologue et l’assistante sociale, les infirmières et les éducatrices, et toutes les autres pensionnaires qui ont déjà accouché, toutes sont là pour aider, entourer, conseiller, réconforter. A la Maison des mères, ces jeunes filles qui pourraient sombrer dans le désespoir ne sont jamais seules.

Le cinéaste s’est totalement immergé dans cette communauté féminine, au point d’en être devenu quasiment un membre à part entière. Les jeunes pensionnaires l’appellent par son prénom, le salue le matin quand il arrive. Pour le film, il va suivre plus particulièrement cinq d’entre elles qui ont accepté de lui ouvrir leur espace de vie, de lui dévoiler une part de leur vie intime. Le cinéaste est partout comme chez lui, même s’il ne va pas jusqu’à prendre les bébés dans ses bras. Les bébés restent l’affaire des mères. Ces jeunes mères qui vivent toutes la même aventure de la maternité, même si leur origine sociale et leur passé est toujours spécifique.

Au filmage de la vie quotidienne de la maison – le retour de la récente accouchée et la découverte du bébé est un grand moment, de joie et d’émotion, et les plans de coupe suivent dans les couloirs ces enfants qui ont grandis et qui s’aventurent presque pour la première fois loin de leur mère – s’ajoutent quelques entretiens avec ces nouvelles mamans pour évoquer leur avenir. Car elles ne peuvent rester là indéfiniment. Elles aussi parfois, toujours de façon plus ou moins détournée, du père de leur enfant, car les relations qu’elles ont pu avoir ou qu’elles ont encore avec lui ne sont jamais simples. Les pères sont absents physiquement du film, mais ils ne peuvent être rayés définitivement de la vie des mères, mêmes pour celles qui ne veulent plus les revoir. On sent bien qu’il leur est difficile d’évoquer la vie de couple, une vie qu’elles ne connaissent pas, et qui leur semble n’être possible que dans un avenir plus ou moins lointain.

Le film nous montre aussi le travail des professionnelles qui font vivre la maison. Un travail qui alterne la relation psychologique, quasi affective, toujours chaleureuse, et les moments d’exercice de l’autorité, comme dans cette séquence inaugurale – assez surprenante au demeurant – où est égrenée la liste des sanctions – privation de sortie – prises à l’encontre de celles dont le comportement a été répréhensible. Une autorité ferme, surtout du côté de la directrice – mais sans doute nécessaire pour donner des repères  à la vie de ces jeunes mamans.

La Maison des mères est un film portugais, Mais bien sûr, la façon dont il nous parle de ce que c’est qu’être mère ne connait pas de frontière. Et les jeunes filles d’aujourd’hui sont-elles mieux préparées aujourd’hui à avoir un enfant à 14 ans que par le passé ?

Sélection en Festival : Cinéma du réel (Paris), Traces de vie (Clermont-Ferrand) 2016

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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