E COMME ENTRETIEN – Alain Bertrand.

Quand on a que l’enfance est donc ton premier film…

C’est mon premier film en tant que réalisateur. Avant je faisais de la production, essentiellement de courts métrages et des films de société. Je suis passé à la réalisation sur le tard.

D’où vient l’idée du film Quand on a que l’enfance ?

L’idée, c’est un de mes amis, qui est assistant social et que est coordinateur dans un centre d’accueil pour enfants en difficulté. Il y a 30 ans qu’on se connait. On a beaucoup discuté ensemble. Avant que l’idée de faire ce film germe, je l’ai entendu parler de son métier et je trouvais ça passionnant. Ce qui est mis en place globalement pour aider les jeunes qui en ont besoin.

Tu as toi-même écrit le scénario…

Comme dans beaucoup de documentaires, il y a relativement peu de scénario. Il y a une idée de départ, avoir envie de montrer comment ces jeunes vivent et surtout dépoussiérer l’idée qu’on a, tout, de ces institutions. On a le sentiment que ce sont de petites prisons et que ce sont des gardiens de prison qui s’occupent d’eux. Et c’est pas du tout ça. Ce sont des endroits le plus humain possible.

On voit des enfants souvent joyeux, malgré leurs difficultés.

Globalement, l’accueil est le mieux possible. Bien sûr il y a des bémols. Il y a des choses qui vont pas. Il y a des éducateurs moins bien que d’autres. Il y a des parents moins bien que d’autres aussi. Je trouvais important de montrer l’envers du décor, ce qui se passe derrière les murs d’endroits qu’on ne connait pas. Du moins en Belgique. Comment ça se passe, ce qu’on appelle communément les enfants du juge. Il y a un côté négatif. C’était donc l’envie de dépoussiérer tout ça, de montrer la réalité.

La production. Tu as assuré toi-même la production ?

J’ai assuré moi-même la production. J’ai fait des demandes d’aide en Belgique, à la commission du film mais qui n’ont pas été acceptées

Comment ça se passe pendant le tournage. Avec les enfants, avec les éducateurs. Comment as-tu été accueilli ?

Le coordinateur du centre voyait d’un bon œil l’idée de faire un documentaire. Il m’a présenté à son équipe. Et je suis devenu assez rapidement, pas l’un des leurs, ce serait un peu prétentieux, mais accepté dans l’équipe. Pour moi c’était un plaisir d’être là. Ma présence est rapidement devenue normale, si je peux dire. Dans ces cas-là la caméra disparait.

Tu présente le film du début à la fin d’une année scolaire. Au début du film on est au début d’une journée, le réveil des petits, le petit déjeuner… et après ça suit son cours sur la journée et sur l’année. Avec des moments très émouvants, comme la remise des prix à la fin du film.

Oui, ces enfants ont beau traverser des moments très difficiles dans leur vie, ce sont très heureusement des enfants comme les autres

C’est effectivement la grande leçon du film. Dans ce monde où il y a tant de regards presque haineux sur la différence…

Oui on étiquète et on stigmatise beaucoup. L’envie d’enlever ces étiquettes est vraiment une des bases du film.

Et les parents. Tu as rencontré beaucoup de parents ?

Pas beaucoup. Mais j’ai rencontré trois quatre parents. Il y a beaucoup, à dire par rapport aux parents. Si la société s’arrangeait pour qu’il y ait moins de laissés pour compte, il y aurait moins besoin de centres d’accueil. Alors bien sûr il y a des parents toxicomanes, des choses comme ça, mais la majorité c’est pas ça. La majorité, c’est des gens désœuvrés, des gens qui n’ont pas de boulet, qui n’ont pas les moyens, qui courent derrière des moyens de subsistance et qui n’ont pas du coup le temps de s’occuper de leurs enfants correctement. C’est malheureusement un fait de société. Et il faut aller contre. Il faut essayer d’équilibrer tout ça. Ce sera pas possible à 100 pour 100…Mais s’il y avait moins de laissés pour compte, il y aurait moins d’enfants dans les centres.

On voit un père qui vient chercher ses enfants, qui les emmène en train. Il ne donne pas l’impression d’être vraiment cassé par la vie.

Et pourtant. Il a un fils de 10 ans qu’il ne voit plus, d’une précédente union. Les enfants qu’il vient chercher là ne sont pas les siens. Il est le beau-père mais il assume les enfants. Il n’est plus avec la maman. Tout cela est horriblement compliqué. Ce sont des familles décomposées et recomposées, et rerecomposées. J’ai vu une Maman, elle a déjà 5 enfants, qui sont tous les 5 placés, avec 3 pères différents. Elle attend un sixième enfant d’un quatrième père et qui sera probablement placé aussi. Qu’est-ce qu’on peut faire ? On peut rien faire pour l’empêcher d’avoir des enfants. Et en même temps on a envie de lui dire, arrête de faire des enfants les une après les autres et de les placer parce que tu n’est pas capable de t’en occuper. Cette femme ne se rend pas compte, je pense. C’est hallucinant quand on voit ça.

Comment elle vit le placement ? Comme un soulagement de ne pas avoir à s’occuper de ses enfants ?

Une presque normalité. Elle est même donneuse de leçon avec les éducateurs, en leur disant, je viens surveiller ce que vous faites avec mes enfants. Et les éducateurs lui laissent avoir cette place là pour que les enfants aient un contact avec elle. C’est terriblement complexe tout ça. C’est pour cela qu’il faut que les centres d’accueil soient humains. Pour les enfants ça devient leur maison, leur maison principale. La maison familiale compte toujours, pour ceux d’entre eux qui en ont une, mais le foyer devient vraiment la maison principale.

Il y a un passage très intéressant, c’est l’interview de l’éducateur par un enfant du centre.

Oui, l’enfant m’avait chipé la caméra, j’avais laissé faire. C’est très naturel.

Tu suis plus particulièrement deux ou trois éducateurs…

Ceci dit, il y a un turn over très important chez les éducateurs. Il y en a beaucoup qui changent de métier, parce que c’est très prenant. L’équipe telle qu’on la voit dans le film elle n’a pas complètement changé, mais elle a pas mal changé depuis que le film a été terminée, et c’est le lot de toutes les institutions. Il y a des moments heureux dans une institution, avec une bonne équipe, un bon équilibre, une bonne dynamique, et puis ça se casse la gueule. L’équipe est moins rodée, ça se passe moins bien. C’est un cycle vraiment. Et puis ça se redresse et ça repart positivement. Il faut pas croire que l’institution telle qu’on la voit dans le film soit quelque chose de stable dans le temps. Tout est toujours à recommencer. La motivation des éducateurs est toujours à mettre en cause. Dans le film on les voit très humains et très motivés et puis si ça se trouve, six mois un an après, on a affaire à une équipe complètement désœuvrée, ne sachant plus où elle va. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier et redynamiser. Il est important de savoir – c’est pas dans le film- que rien n’est éternel. Tout tient aussi à la personnalité du coordinateur, qui est terriblement importante. Et qui change. On ne peut pas demander à un coordinateur de passer 40 ans de métier dans la même institution. Ils peuvent rester coordinateur un certain nombre d’années et puis un jour ils s’en vont, ils vont faire autre chose. Toujours dans le domaine social en général. C’est normal de ne pas faire la même chose toute sa vie. Mais le moment où le coordinateur s’en va, il y a généralement une baisse de régime et il faut remettre une nouvelle dynamique.

Le film a été diffusé en Belgique à la télévision.

Oui, à la RTB

Tu as eu des retours ?

Oui. Le film a fait 60 000 téléspectateurs, ce qui m’a-t-on dit, est un record.  Il est passé aussi au Festival International du Film Francophone de Namur. On attend d’autres réponses de festival et celle de la chaîne parlementaire (LCP). Il fait aussi un parcours dans les écoles d’éducateurs, d’assistantes sociales et aussi j’espère dans les écoles en général. Pour les enfants, il faut leur montrer que ça existe.

En Belgique, c’est un milieu très vivant le documentaire ?

Oui, j’ai découvert au FiFF à Namur, notamment le CBA (le Centre Bruxellois d’Audiovisuel) qui est là pour soutenir les documentaristes, le Wip à Liège. Oui, il y a toute une synergie et pas mal de choses qui se passent.

Comment est venu l’idée de ce film. Un très beau titre…

Je suis un grand passionné et un grand admirateur de Brel. Je cherchais un titre dans plusieurs directions. Et puis ça a fait tilt. C’est celui-là. Pas la peine de chercher plus loin.

Tu as des projets cinématographiques ?

Toujours en documentaire. Je me suis ouvert au documentaire il n’y a pas si longtemps. Je le considérais à tord comme le parent pauvre du cinéma. Et c’est il y a quelques années en étant en contact assez étroit avec quelqu’un que je connaissais peu au départ et qui est réalisateur de documentaires et je me suis dit, ce machin que je considérais comme du sous-cinéma. Pas du tout. Il y a un côté rencontres et surtout, pas du tout le côté paillettes qu’il y a dans la fiction, avec le star système. Aucun regret par rapport à la fiction. Que je ferai peut-être un jour…

Les différents projets que j’ai sont toujours proches de l’enfance. S’il y a un métier que j’aurais aimé faire c’est instituteur.

L’enfance, un des thèmes privilégiés du film d’éducation. On espère donc te revoir très bientôt à Evreux.

Entretien réalisé au Festival International du Film d’Education à Evreux.

A COMME ABECEDAIRE – Réjane Varrod

Adolescents

En vie ! Patients-Elèves

Autisme

Notre enfant, notre bataille

À vif

Alzheimer

La Parole contre l’oubli

Amour

De l’autre côté

Née sous absence

Dépression

Le Voyage en solitaire

Deuil

Les Jours d’après

La Naissance oubliée ?

Echec scolaire

Cancre ?

Enfants précoces, le paradoxe

Ecole

Cancre ?

École en bateau, enfance sabordée

Enfants précoces, le paradoxe

Enfance

En vie ! Patients-Elèves

Innocence bafouée

Cancre ?

Enfants précoces, le paradoxe

Enseignement

En vie ! Patients-Elèves

Enfants précoces, le paradoxe

Famille

De l’autre côté

Enfants précoces, le paradoxe

Innocence bafouée

À vif

Notre enfant, notre bataille

La Dernière Lettre

Les Jours d’après

Née sous absence

La Naissance oubliée ?

Fausse couche

La Naissance oubliée ?

Femme

De l’autre côté

Née sous absence

La Naissance oubliée ?

Handicap

Notre enfant, notre bataille

Homosexualité

De l’autre côté

Née sous absence

Justice

École en bateau, enfance sabordée

Maladie

La Parole contre l’oubli

Mère

Née sous absence

Mort

La Naissance oubliée ?

Naissance

La Naissance oubliée ?

Pédophilie

École en bateau, enfance sabordée

Innocence bafouée

Préjugés

La Parole contre l’oubli

Procès

École en bateau, enfance sabordée

Psychanalyse

Le Voyage en solitaire

Psychiatrie

En vie ! Patients-Elèves

Santé

À vif

Le Voyage en solitaire

Sarthe

En vie ! Patients-Elèves

Sexualité

École en bateau, enfance sabordée

Innocence bafouée

Soin-étude

En vie ! Patients-Elèves

Suicide

La Dernière Lettre

Les Jours d’après

Le Voyage en solitaire

Vieillesse

La Parole contre l’oubli

A COMME ABECEDAIRE – Idriss Gabel.

Cinéaste belge.

Accueil

Je n’aime plus la mer

Allemagne

Le Fantôme de Spandau

Belgique

Je n’aime plus la mer

Congo (RDC)

Kolwezi On Air

Enfance

Je n’aime plus la mer

Exil

Je n’aime plus la mer

Histoire

Le Fantôme de Spandau

Information

Kolwezi On Air

Journalisme

Kolwezi On Air

Handicap

Snoezelen – Un monde en quête de sens

Hitler

Le Fantôme de Spandau

Médias

Kolwezi On Air

Migration

Je n’aime plus la mer

Nazisme

Le Fantôme de Spandau

Pardon

Le Fantôme de Spandau

Prison

Le Fantôme de Spandau

Psychiatrie

Snoezelen – Un monde en quête de sens

Réfugiés

Je n’aime plus la mer

Religion

Le Fantôme de Spandau

Rudolf Hess

Le Fantôme de Spandau

Santé

Snoezelen – Un monde en quête de sens

Soin

Snoezelen – Un monde en quête de sens

Solidarité

Je n’aime plus la mer

Télévision

Kolwezi On Air

Travail

Snoezelen – Un monde en quête de sens

A COMME ABECEDAIRE – Claire Doyon

Diplômée de la Fémis. Son long métrage de fiction Les Lionceaux a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2002.

Elle est la fondatrice de l’institut expérimental Maia, qui accueille des personnes autistes.

Animisme

Krishna Ombwiri

Ardèche

Arsenic

Artiste

Babacar

Autisme

Pénélope mon amour

Pénélope

Cap vert

Arsenic

Chamanisme

Pénélope

Enfance

Pénélope mon amour

Pénélope

Environnement

Les Allées sombres

Exclusion

Krishna Ombwiri

Babacar

Famille

Pénélope mon amour

Forêt

Les Allées sombres

Gabon

Krishna Ombwiri

Genre

Krishna Ombwiri

Grotte

Les Allées sombres

Mère

Pénélope mon amour

Mongolie

Pénélope

Peinture

Babacar

Poésie

Les Allées sombres

Portrait

Krishna Ombwiri

Pénélope

Transgenre

Krishna Ombwiri

Volcan

Arsenic

Voyage

Pénélope mon amour

Pénélope

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM : Vilain Garçon de François Zabaleta

Un film écrit et réalisé par François Zabaleta  

CONCEPTION

La conception est simple. Ce film est l’adaptation d’une partie de mon livre autobiographique LE BÂTARD IMAGINAIRE et dont le texte de quatrième de couverture est assez clair sur mes intentions ouvertement documentaires et ouvertement autobiographiques : « LE BÂTARD IMAGINAIRE est l’histoire d’une destruction. Celle, quotidienne, irréversible, d’un enfant de huit ans muré dans un désespoir qui n’a pas de mot pour se dire. Un désespoir froid et blanc comme une banquise dans laquelle il s’égare en prenant soin d’effacer ses propres traces. L’enfant dont il est question, et qui est bien entendu l’auteur lui-même, ou l’enfant qu’il a été, ne participe pas au monde qui l’entoure. Il ne comprend ni ses règles ni le rôle qu’il est censé y jouer. S’il est l’histoire d’une destruction, Le Bâtard Imaginaire est aussi celle d’un apprentissage âpre et cruel. Celui du sentiment de la différence chez un enfant aussi peu préparé que possible à la recevoir pour destin. » Je voulais absolument revenir sur l’épisode de mon agression sexuelle par un garçon de quelques années plus âgé que moi et puis de ce qui rétrospectivement m’apparaît comme une illustration du syndrome de Stockholm. Le film devait être assez court. La forme du moyen métrage m’a très vite paru idéale. Je ne voulais pas m’appesantir sur les détails. Je voulais faire un film factuel, sans psychologie. Et je voulais surtout ne pas réaliser un film victimaire. D’ailleurs les faits ne sont jamais qualifiés. Ils sont juste cliniquement racontés. Je voulais un film cru, brutal, dénué de sentimentalisme, qui va droit aux faits.  Le premier titre du BÂTARD IMAGINAIRE était LE BROYEUR. Je faisais référence au livre fascinant du colonel Lawrence LA MATRICE dont l’un des chapitres s’appelle Dans le broyeur. Le monde dans lequel je suis né et j’ai grandi ne se contentait pas de mettre à l’écart les enfants différents, il les broyait aussi pour les rendre définitivement inapte à toute forme de socialité disons alternative. Toute mon enfance j’ai eu peur. J’avais peur de sortir, d’aller à l’école. C’était un monde violent, répressif, qui vous rendait conforme de gré ou de force. C’était surtout un monde essentiellement masculin, c’est ça qui terrifiait le petit garçon homosexuel que j’étais. Il n’y avait pas de place pour moi. Et plutôt que de me laisser jouer dans mon coin à la poupée, on me faisait rentrer de force dans une panoplie hétérosexuelle qui bien sûr m’était contre nature et me faisait horreur, on tentait de m’ajuster de force en gommant toutes mes aspérités (mes aspérités, c’est-à-dire mon identité) à un idéal masculin, à cet adulte que j’étais censé devenir. Le problème n’était pas l’homosexualité, c’était surtout de sauvegarder les faux semblants. Je pouvais être ce que je voulais du moment que je sauvais les apparences, du moment que je jouais le jeu, le jeu social qui consiste à s’ajuster aux us et coutumes de la meute. Apprendre à donner le change était le maître mot de l’éducation que j’ai reçue. Cela dit je n’étais pas conscient de la gêne que j’occasionnais. Elle n’était pas consciente. Mon inaptitude à la normalité n’était pas un acte de rébellion sciemment orchestré. J’étais un petit garçon un peu attardé, lunaire, poétique, qui parlait au fantôme, qui adorait la musique de Richard Wagner, qui faisait pipi au lit, qui croyait au Père Noël, qui jouait à la poupée, et qui déchirait les rideaux de sa grand-mère paternelle pour se faire des robes. J’étais perdu pour la cause. Irrécupérable. J’étais déviant, dangereux. Etre avec moi c’était être comme moi. Il y a cette phrase extraordinaire de Roland Topor : Vivre en marge pour ne pas mourir au centre. Voilà ce que le petit garçon que j’étais a dû apprendre dans sa solitude d’extraterrestre.  

PRODUCTION

La production de ce film n’a pas posé beaucoup de problèmes puisqu’il s’agit essentiellement d’un film d’archives. Et comme j’ai une petite unité de production basée dans la petite ville des bords de Loire où je vis (GIEN pour ne pas la nommer) je suis le seul à décider de la mise en production de mes films. Les questions que je me pose quant à la mise en production d’un film est essentiellement d’ordre esthétique et moral (puisque Sartre prétendait que toute esthétique renvoie à une morale). Pour que je mette en chantier un film documentaire il faut que sa matière soit universelle. Il faut que l’aspect autobiographique soit transcendé par une problématique plus générale, sociétale ou autre.  

RÉALISATION

La réalisation a été relativement rapide, impulsive, rageuse par moments. Cette histoire qui s’est déroulée il y a plus de cinquante ans, je l’avais nettement devant les yeux comme si elle s’était passée hier. C’était très troublant. Tout est revenu par bloc entier. Les émotions, les détails tout était là. Je l’ai réalisé comme une transe hypnotique. Mon corps a pris le dessus. Ce n’est qu’après coup, en regardant le premier montage du film, que la raison a repris le dessus. Mais comme à chaque fois il était hors de question que mon film ressemble à un documentaire de France télévision. Je voulais creuser mon sillon, continuer à approfondir modestement ma petite grammaire cinématographique. Inventer une forme personnelle à même d’exprimer la solitude du petit garçon que j’étais et aussi son côté battant, résilient.

DIFFUSION  

La diffusion en général passe d’abord par la sélection dans les festivals puis, parfois par une sortie en salle (au cinéma LE SAINT ANDRE DES ARTS à Paris, qui a sorti COUTEAU SUISSE) et puis par une édition aux éditions de L’HARMATTAN. En fait c’est très artisanal. J’ai développé au fil du temps, des films, cette façon empirique de produire, de réaliser puis de diffuser mes films. Finalement cela s’avère approprié puisque par exemple mon film JEUNESSE PERDUE a été acheté (grâce à la gestion de l’agence du court métrage) par Filmo TV et par Amazon PRIME, il a été aussi été diffusé en Amérique Latine et en Chine. Je montre en novembre, dans un mois, mon long métrage CHIEN PERDU au festival CHERIES CHERIS qui me sélectionne pour la douzième fois consécutive, un record. C’est ce qui me plaît. C’est que mes films sont débattus aussi bien dans des festivals LGBT (même quand il n’est pas question d’homosexualité d’ailleurs) que dans des festivals disons plus généralistes (Côté Courts, festival international du court métrage de Clermont Ferrand…)  Et c’est ce qui est passionnant pour un cinéaste. D’autre part, suite à la demande de mon ami Dominique Coubes, directeur du Théâtre du Gymnase (ma pièce SORROW IN THE WIND y sera jouée l’an prochain) m’a demandé de faire partie d’une soirée caritative en janvier qui s’appellera L’INNOCENCE EN DANGER. Je lirai donc un court extrait du texte de mon film VILAIN GARÇON devant une salle composée de personnalités du monde de la politique et des arts… Mon film vient d’être sélectionné au festival international du film d’Evreux, ce qui est pour moi une surprise complète. Je ne m’y attendais pas du tout. Je me souviens très bien avoir hésité au moment de proposer mon film à ce festival riche, courageux et formidable en propositions cinématographiques les plus divers. Je me demandais en quoi mon film pouvait être un film d’éducation. Et puis après réflexion il m’a semblé que mon film parlait de la construction (par une phase de déconstruction) de la psyché homosexuelle. J’étais évidemment homosexuel avant d’être agressé sexuellement à l’âge de huit ans, mais je n’étais pas sexué ni sexuel. J’ai été brutalement obligé de me positionner face à quelque chose de brutal et d’inconnu qui ne m’a pas démoli sur le moment mais plus tard. C’était un peu comme une bombe à retardement que j’aurais avalée malgré moi. Mais le petit garçon que j’étais ne comprend rien au monde qui l’entoure, il ne comprend pas ce qui lui arrive ni ce qu’on lui demande. Mais il ne se résigne pas. Il prend des coups, des humiliations mais il se bat, il développe des anticorps qui deviendront plus tard, des années plus tard, le germe de sa résilience. C’est en cela je crois que VILAIN GARÇON est un film d’éducation. C’est une éducation certes par les ténèbres mais une éducation malgré tout. Quand personne ne vous vient en aide, il reste une aide que l’on peut trouver en soi-même à tout âge. On peut vivre, dans nos vies d’occidentaux) des épisodes barbares dans un monde civilisé. La société ne vous protège de rien. Ou en tout cas pas de tout. On peut trouver en soi la force de survivre à sa propre destruction. Et si je suis aussi content et fier de participer au festival d’Evreux c’est parce que le petit garçon marginal, un peu en retard sur tout, limite autiste que j’étais, aura l’occasion, par la voix de son avatar adulte, de plaider sa cause. On ne guérit jamais du passé, écrivait Faulkner. Moi je crois que si. On n’oublie pas, mais on guérit. C’est ce j’espère avoir l’occasion de dire à Evreux. Et je remercie à l’avance ce festival de l’occasion qui m’est offerte de le répéter publiquement.

D COMME DANSE – Enfants

Petites danseuses. Anne-Claire Dolivet, 202o, 91 minutes.

Elles ont entre 6 et 12 ans. Elles partagent la passion de la danse. Une passion et un rêve : devenir danseuse professionnelle, pourquoi pas à l’Opéra de Paris. Même si elles savent d’emblée que toures ne seront pas élues. En attendant, il leur faut faire des efforts continus, persévérer et s’améliorer sans cesse, être la meilleur dans les concours. Et souffrir, souffrir, pour plier leur corps juvénile aux exigences des mouvements de plus en plus difficiles à exécuter. Et satisfaire les exigences de plus en plus grandes de leur professeure. Et de leurs parents. Un monde de l’enfance qui doit se plier aux dictats des adultes.

D’un côté donc des enfants, avec leurs comportements d’enfant, leurs rires et leurs pleurs d’enfant. Un groupe où s’affirment l’amitié et la solidarité face aux difficultés et surtout face aux échecs. Ce sont bien des enfants, lorsqu’elles partagent l’insouciance des jeux Mais ce sont aussi presque des adultes, dans leur détermination à surmonter tous les obstacles. Et ils sont nombreux.

De l’autre les adultes. Les parents, surtout les mères. Et la professeure.

Une professeure d’une école privée fonctionnant sur le modèle de l’entraineur sportif. Sans hésitations dans ses exigences. Elle pousse toujours ses danseuses dans leur dernière limite, toujours au bord de la rupture, de l’accident, de la blessure. Ou de la crise de désespoir de ne pas y arriver. De se sentir incapable de progresser encore. Et pourtant, malgré ce ton toujours à la limite du cri, elle les aime ses danseuses. Une affection qui n’est pas toujours visible mais que l’on sent bien réelle dans plusieurs séquences où elle tombe pour un instant son masque autoritaire. Même sa vois se fait plus douce.

Et les parents ? Leur amour non plus ne fait pas de doute. Mais ne sont-ils pas entrés dans un engrenage qui les pouce à ne jamais faiblir, à ne pas douter. Et lorsque l’enfant souffre trop, il reste indispensable de cacher ses pleurs.

Le film fonctionne systématiquement à la séduction. Essentiellement en filmant au plus près ces fillettes avec des gros plans sur ces visages qui doivent toujours sourire. Mais aussi sur les jambes, dans les exercices et les répétitions. En plus, le fil narratif ne recule pas devant pas mal de dramatisation. Lors de la blessure d’Ida, bien sûr. Mais aussi lors du concours final, même si le triomphe de la petite n’a jamais fait de doute.

Séduire, n’est-ce pas une des composantes de l’art de la danse ?

Le film alors est bien en phase avec son objet.

J COMME JOUET.

Pêche Mon Petit Poney. Thomas Riera. France 2012, 40 minutes.

         Comment un enfant de six ans peut-il réagir lorsqu’il reçoit en cadeau d’anniversaire un petit poney ? Et surtout, quelles réactions peut-il avoir lorsque, devenu un jeune adulte, il découvre, ce qui ne lui était jamais venu à l’esprit, que ce jouet a toujours été considéré comme un jouet de fille ? Devenu cinéaste, il entreprend alors une enquête très personnelle pour comprendre, ou essayer d’expliquer, la place particulière que ce jouet de fille a tenu dans son enfance et même son adolescence de garçon. Un film entièrement autobiographique donc, où l’auteur se met lui-même en scène devant la caméra, une enquête intime en même temps qu’une réflexion sur la question du genre, une quête d’identité qui débouchera sur l’affirmation, ou la prise de conscience de son homosexualité. Un film complexe donc, mais dominé de bout en bout par un humour bon enfant, qui ne fait pas rire aux éclats, mais qui est toujours attendrissant.

         L’enquête que mène le cinéaste permet quelques découvertes, ménage de petites surprises mais au fond n’apporte pas de véritable révélation. En ce qui concerne le problème du genre, la question est réglée très vite. Dans un magasin de jouet, la vendeuse, spécialiste de la question, est catégorique. Il n’existe pas de petit poney destiné aux garçons. Pour le cinéaste, l’enjeu de sa recherche devient subitement clair : qui donc a bien pu lui faire ce cadeau qui reste surprenant. Le film apportera une réponse dans une séquence qui est apparait comme la raison d’être du film. Ce sont bien les parents de Thomas qui ont fait le cadeau, la preuve en étant apportée par la mention du prix et de la date de l’achat dans le livre de compte du père. Leur motivation ? La révolte, dit la mère, la non-acceptation des stéréotypes culturels concernant le genre. Pourquoi un garçon n’aurait-il pas le droit de jouer au petit poney ? Certes, ce garçon gardera ce jouet féminin pour lui tout seul, ne l’incluant pas dans ses relations avec ses camarades. Mais la déclaration de la mère doit être comprise dans toute sa portée éducative : puisque ce jouet est essentiellement féminin dans les représentations courantes, il est important de l’offrir à un garçon.

         Pour le reste, l’enquête connait quelques épisodes savoureux. Le cinéaste découvre une version animée pour la télévision de Petit Poney. Il ne doit pas être très difficile de retrouver le petit garçon qui interprète la chanson du générique. Et en effet la chorale dont il faisait partie existe encore. Sauf, oh surprise, que l’interprète en question n’est pas un garçon, mais une fille ! Le cinéaste a été abusé par les cheveux courts et surtout par son identification symbolique avec la vedette télévisée de son idole. Nous découvrons ensuite une collectionneuse possédant dans ses placards bien rangés un nombre impressionnant de petit poney de tous formats, de toutes couleurs et de toutes origines. Qui aurait pu imaginer une telle passion pour un jouet en plastique aussi banal ? Dernière étape de l’enquête, la recherche de la petite boite en métal que le cinéaste a enterré jadis avec un marron devenu aujourd’hui un arbre. La boite en question demeurera introuvable. Elle contenant de petits messages qui pourraient révéler l’intimité entre le garçon et son jouet devenu son confident. Cette intimité restera enfouie dans le passé.

A COMME ABECEDAIRE – Catalina Villar

Armée

Bienvenue en Colombie

Banlieue

Camino

Maux d’enfants, mots d’adultes

Chanson

Toto la Momposina

Chili

Patricio Guzmán, une histoire chilienne

Cinéma

Invente-moi un pays

Patricio Guzmán, une histoire chilienne

Colombie

La Nueva Medellin

Bienvenue en Colombie

Toto la Momposina

Les Cahiers de Medellin

El Espectador

Consultation

Camino

Drogue

El Espectador

Elections

Bienvenue en Colombie

Enfance

Camino

Maux d’enfants, mots d’adultes

Invente-moi un pays

Les Cahiers de Medellin

Engagement

El Espectador

Enseignants

Camino

Essonne

Camino

Exil

Invente-moi un pays

Famille

Maux d’enfants, mots d’adultes

Les Cahiers de Medellin

Femme

Toto la Momposina

Guerre

Bienvenue en Colombie

Histoire

Patricio Guzmán, une histoire chilienne

Hôpital

Camino

Maux d’enfants, mots d’adultes

Imaginaire

Invente-moi un pays

Justice

La Nueva Medellin

Mémoire

La Nueva Medellin

Misère

Les Cahiers de Medellin

Musique

Toto la Momposina

Parents

Camino

Pédopsychiatrie

Camino

Maux d’enfants, mots d’adultes

Portrait

Patricio Guzmán, une histoire chilienne

Presse

El Espectador

Soignants

Camino

Maux d’enfants, mots d’adultes

Troubles du comportement

Camino

Maux d’enfants, mots d’adultes

Ville

La Nueva Medellin

Violence

Bienvenue en Colombie

Les Cahiers de Medellin

D COMME DVD – la seconde vie des films.

Cap aux bords de François Guerch.

2015, 52 minutes

 Un DVD Sésame films.2021.

Qu’il existe des solutions alternatives à l’enfermement de l’hôpital, c’est ce que montre le film de François Guerch, Cap aux bords. Il le fait sans polémiquer, sans agressivité d’aucune sorte donc, simplement en montrant la vie de trois adolescents, leur quotidien pendant un été, un été qui pourrait très bien être une année, une vie.

Le film est tourné dans une colonie de vacances bien particulière. Il n’y a là que 3 à 5 enfants accompagnés d’un animateur chacun. La caméra les accompagne dans leurs longues promenades en forêt où le seul « événement » est la difficulté éprouvée par Matéo pour sauter d’un pas par-dessus un petit fossé. De la même façon le cinéaste suit ce petit groupe dans les rues d’une petite ville un jour de marché. A la solitude et au calme presque vide de la forêt succède ainsi l’animation de la foule et l’on imagine que le ressenti de Mateo en particulier doit être bien différent. C’est peut-être pour cela que nous le retrouvons en pleine crise dans la séquence suivante. L’animateur pourtant beaucoup plus grand et costaud que lui a bien du mal à le maîtriser, de l’immobiliser pour éviter qu’il ne commette sur lui ou les autres des actes de violence, pour essayer de le ramener au calme.

Dans toutes ces séquences, le cinéaste n’intervient pas. D’aucune façon. Il n’a donné aucune information sur ces enfants, ni leur âge, ni leur passé, ni leur traitement s’ils en ont. Le pari est ici qu’il n’y a rien à savoir d’eux pour que le film nous parle vraiment d’eux, de ce qu’ils sont réellement, en dehors de toute référence biographique et surtout médicale. De même le film ne donne aucune indication sur l’institution où il est réalisé, sur son fonctionnement et ses références théoriques. Nous ne savons rien des adultes qui accompagnent les enfants, même pas leur nom ! Mais nous les voyons agir et interagir avec ceux dont à l’évidence ils ont la charge. Un cinéma de pure observation donc, où la caméra est totalement oubliée, comme la mouche en haut du mur dont parlait Leacock. Une caméra totalement neutre qui se limiterait à enregistrer le réel devant elle ? Le cinéaste n’est pas si naïf pour le croire. Et il le dit de la façon la plus forte qui soit, c’est-à-dire par les seules images qu’il nous propose. La dernière séquence du film en est la démonstration lumineuse. Au cours d’une balade en forêt, le cinéaste suit le petit groupe d’enfants et d’adultes filmé devant lui dans la profondeur de champ du chemin. Matéo s’attarde. Il se retrouve seul devant le cinéaste et sa caméra portée à l’épaule. Se met alors en place un étrange jeu de cache-cache. Matéo entre et sort du cadre. La caméra le retrouve avant qu’il ne disparaisse à nouveau lorsqu’elle s’immobilise. Et le cinéaste lui parle. « Mateo…où es-tu ? Matéo…je te vois ». Matéo ne répond pas mais son regard suffit à dire qu’il joue le jeu, que c’est lui qui dirige la situation. Etre vu, disparaître, réapparaître, pour finalement fixer la caméra, la voir en étant vu, en gros plan frontal. Le temps d’une séquence de film, Matéo existe dans ce regard caméra, il existe pour le cinéaste, pour le spectateur futur, mais surtout il existe pour lui-même.

Lire l’entretien avec François Guerch

Q COMME QUESTIONS

Trois questions à François Zabaleta à propos de Vilain Garçon

1 Dans un contexte où l’inceste et les abus sexuels sur les enfants sont de plus en plus dénoncés et combattus, n’as-tu pas l’impression d’être à contre-courant en développant un cinéma centré sur la sexualité des plus jeunes.

R- Je crois que ce n’est pas du tout incompatible en réalité. Je condamne évidemment toute forme d’abus sexuel, toute forme d’appropriation du corps ou de la personnalité de l’enfant. Mais ma position en tant que cinéaste n’est pas celle d’un adulte qui regarde l’enfance, son enfance ou celle des autres, du haut de son grand âge. Je ne juge pas. Je regarde. Je raconte à hauteur d’enfant mon expérience triste et désastreuse de l’éveil à la sexualité. Dans ce film rien n’est qualifié. Il y a peu d’adjectif. Je raconte juste à hauteur d’enfant des faits parfois banals mais qui auront sur moi un retentissement considérable. C’est comme si j’avais avalé de force une bombe à retardement qui n’exploserait que plus tard. Mon anorexie je la dois directement à cette expérience qui dans un sens est un viol. Mais l’enfant que j’étais ignore tout du viol à commencer par le mot. Il ne qualifie pas cette expérience. Il n’a pas de mot pour la dire. Il pense que c’est naturel, que tout le monde doit en passer par là et que je dois surmonter mon dégoût si je veux devenir comme les autres, avoir des copains, être invité chez les autres, bref être un enfant comme les autres. Je m’intéresse aux émotions très primitives, animales. Des émotions qui n’ont pas encore de verbe pour s’exprimer. De plus mon travail est narratif et absolument pas psychologique. Je ne fais pas des films pour chercher à comprendre, à mettre un diagnostic sur des symptômes. Je fais des films parce que je suis un raconteur d’histoires et un explorateur de forme. Mon monde n’est pas celui de l’explication, de l’explicitation mais de la reconstitution la plus minutieuse possible des débuts, de la mise au monde.  Ou plutôt des mises au monde. Car une enfance est faite de plusieurs mises au monde… Et puis j’aime raconter des débuts qui tournent mal, des ratages. Si Henry Miller ne l’avait pas utilisé, j’aurais pu appeler tous mes films documentaires sur l’enfance, LA CRUCIFIXION EN ROSE. Ce qui est subversif dans ce film c’est qu’il s’agit d’un enfant de huit ou neuf ans victime du syndrome de Stockholm. Bien sûr à huit ans j’étais déjà homosexuel, ce n’est pas cette expérience qui m’a transformé en quelqu’un que je n’aurais pas été si cela ne s’était pas produit. Un hétérosexuel sexuel violé par un homme ne devient pas homosexuel. Ce qui m’a été imposé ce n’est pas l’identité homosexuelle c’est le sexe, l’acte sexuel dont je ne voulais pas et auquel je me suis résolu comme on se jette par la fenêtre. J’ai surmonté mon aversion pour devenir comme tout le monde, pour gagner mes galons de garçon fréquentable, normal en quelque sorte. Mais contrarier à ce point ma nature n’est pas sans conséquence grave sur la psyché…   

2 La question qui me semble centrale dans ton cinéma n’est pas « comment filmer l’enfance » mais plutôt « pourquoi filmer les enfants ».

R- C’est assez vrai. Je cherche une façon de filmer l’impossibilité même de filmer une enfance.

Ce qui m’intéressait, c’était de prendre un épisode charnière de ma propre enfance,  et de ne surtout pas chercher à l’illustrer.

Qu’est-ce qui se passe, au cinéma, quand on se sert d’une histoire vraie comme matière première, et qu’on veut faire autre chose que de le mettre en image, prendre des acteurs, leur donner des rôles, les faire parler ?

Je ne me voyais pas engager un petit garçon et lui faire dire des choses que j’étais censé avoir dites lorsque j’avais son âge.

Pendant des années j’ai renoncé à faire ce film qui me semblait impossible.

Et puis, un jour, j’ai compris que ce qui me plaisait dans ce projet, c’était, précisément, cette idée d’impossibilité.

Je me suis dit que j’allais faire un film impossible.

Qu’est-ce que c’est que l’impossibilité au cinéma ? Qu’est-ce qui se passe quand on déclare forfait ?

On peut commencer un film puis l’arrêter… jeter l’éponge.

Ou, au contraire, faire un film autour de cette impossibilité. Cette impossibilité de dire l’enfance.

C’est aussi une façon de la dire que de ne rien pouvoir en faire. C’est aussi une façon de la dire que de dire son impossibilité à en faire quelque chose.

J’ai compris que je ne voulais pas faire un film sur mon enfance. J’ai compris que je voulais faire un film autour de l’enfance. Tourner autour de l’enfance en cercles concentriques de plus en plus rapprochés, tout en sachant que jamais je n’en atteindrai le noyau dur.

J’étais obsédé par cette idée de sujet et de noyau dur. C’est contre ça que j’ai buté pendant des années.

Je voulais épuiser le sujet. Je voulais atteindre sa substantifique moelle.

J’avais peur d’être banal, allusif, superficiel. J’avais peur de passer à côté de mon sujet. J’avais peur de passer à côté de l’enfance.

Jusqu’au jour où j’ai compris que le petit garçon que j’étais était passé à côté de sa propre enfance. Qu’il n’avait jamais été un enfant. Que c’était ça, le sujet de mon film. Un enfant qui court après son enfance.

Un enfant qui cherche à comprendre ce que c’est que d’être un enfant.

Toute tentative d’appréhender l’enfance au cinéma ne peut être que l’inéluctable chronique d’un échec annoncé et vécue comme tel. Une utopie dont la beauté tient à l’illusion lyrique qui consiste à croire à la vérité argumentée, avérée, incontestée, objective, de nos propres souvenirs. L’autobiographie au fond n’est, ni plus ni moins, qu’un art du mensonge documentaire.

Ce que souvent les gens ne comprennent pas, c’est qu’on ne fait pas un film sur soi.

Ce n’est pas parce qu’on utilise des éléments de sa propre biographie qu’on fait des films autobiographiques, qu’on fait des films pour se soulager d’un vécu douloureux ou simplement obsessionnel.

Filmer n’est en rien un acte cathartique.

On utilise des éléments de sa biographie comme on utiliserait les éléments de la biographie de quelqu’un d’autre. On utilise des moments de notre vie non par hygiène mentale, non parce qu’on n’a rien d’autre à raconter, mais parce qu’on les trouve révélateurs. Porteur de vérité, d’universalité. Parce que l’anecdote cesse d’être anecdotique à partir du moment où elle témoigne d’une réalité plus vaste que soi.

Je voulais faire un film essoufflé.

Imaginez cela. Quelqu’un qui, pendant toute la durée du film, parle en courant. Quelqu’un de poursuivi qui doit se dépêcher de dire ce qu’il a sur le cœur parce qu’il sait que, lorsqu’il va s’arrêter de courir, il va tomber, et sans doute, ne jamais plus se relever.

3 Même lorsque certains de tes films ne sont pas en première personne, ta présence à l’image et surtout ta propre voix en off font que tes films ont toujours une dimension personnelle très forte. Considères-tu que tu développes de film en film un projet d’autobiographie cinématographique ?

R. Je crois finalement que oui. Tous mes films sont une sorte de puzzle qui se révèle peu à peu.

Au fond je pense à un tableau de ce peintre que j’adore, James Ensor. Il s’agit d’un autoportrait fascinant qui s’appelle ENSOR AUX MASQUES. Je me suis toujours modestement identifié à lui. Chaque film est un masque, grimaçant, terrifiant, grotesque, ou tendre, et au bout du compte tous mes films, tous ces masques, me représenteront. Claudel disait en parlant des personnages de ses pièces qu’il réunissait son conseil d’administration. Les personnages de fiction, oui, sont des avatars, des identités possibles, non vécues, ou alors vécues dans un autre espace-temps, dans un univers parallèle. Tout être humain est fait de cela, c’est la somme de toutes ses identités, rêvées, fantasmées, cauchemardées ou réelles. Quand je lis, interprète le texte d’un film de fiction, je SUIS cette histoire, ce personnage, je me projette en lui, je lui donne chair, et il me nourrit, j’aime me consumer dans l’enfer et le paradis d’une psyché autre. Je n’aime pas les voyages. Les seuls voyages que j’aime ce sont ceux-là, celle d’une déperdition de soi, d’une progressive dépossession de soi-même, Sartre appelait ça (je crois que c’est dans son livre sur Jean Genet, JEAN GENET COMÉDIEN ET MARTYR, livre dont la lecture a changé ma vie quand je l’ai lu adolescent) la dépersonnalisation. Être soi m’a toujours ennuyé. Je préfère de loin essayer modestement d’être quelques autres. Et d’ailleurs ce n’est pas contradictoire. Être l’autre pour moi c’est cela être soi….

G COMME GARÇONS

Vilain garçon. François Zabaleta, 2021, 49 minutes

Un film d’enfance (et non un film sur l’enfance). Une histoire d’enfants. Des garçons. Un garçon solitaire. A l’école on se moque de lui. Est-il malheureux ? La notion de bonheur a-t-elle un sens pour lui ?

Une histoire qui se termine mal. Et qui n’avait pas très bien commencé de toute façon.

Un récit qui aurait pu être en première personne. Mais l’adulte ne doit pas prendre la place de l’enfant. Le récit – en voix off comme dans les films de Zabaleta – est donc en seconde personne. L’adulte – le cinéaste d’adresse à l’enfant. « Tu … » L’enfant devenu adulte s’adresse à l’enfant qu’il a été. Une voix intérieure donc.

Un récit fait d’une voix plate, sans aspérité, sans volume. Une voix triste. Sans entrain, terne. De bout en bout.

Mais un film, ce n’est pas qu’une voix. Ce ne peut pas être qu’une voix. C’est aussi des images. Zabaleta excelle dans la dissociation de l’image et du son.

Des images variées : des photographies et des images animées ; des images en noir et blanc et des images en couleurs ; des images d’archives et des images actuelles. Des images uniques et des images multiples (multipliées) dans le même écran. Et des images travaillées, retravaillées numériquement, avec des surimpressions et des effets spéciaux.

Dans les films de François Zabaleta (on se souvient de Couteau Suisse) enfance ne rime pas avec innocence. On est loin des clichés le plus courants. Des films particulièrement décapants donc. Ce qui n’exclut pas l’émotion. La preuve, le final du film :

« Où sont tous mes amants
Tous ceux qui m’aimaient tant
Jadis quand j’étais belle ?
Adieu les infidèles
Ils sont je ne sais où
A d’autres rendez-vous
Moi mon cœur n’a pas vieilli pourtant
Où sont tous mes amants. »

E COMME ENFANTS – heureux. Un film en images

Un petit coin de paradis. Andrzej CICHOCKI, Pologne, 2020, 19 minutes

Filmer des enfants – tout simplement. Le plus simplement possible.

Filmer leur visage, leurs yeux, leur regard.

Filmer leurs corps aussi.

Filmer leur sommeil. Filmer leurs jeux. Filmer leur vie.

Des enfants dynamiques, joyeux, vivants.

Sans les parents, ou presque sans adultes.

Des enfants dans la nature, dans la vie.

FIPADOC Biarritz, 2021.

D COMME DÉSIR D’ENFANT

Naître d’une autre. Cathie Dambel, Belgique – France, 2020

Gravir une dune de sable aussi haute que celle du Pyla est toute une aventure. A chaque pas, on risque de glisser dans le sable et de se retrouver quelques mètres plus bas. Une ascension pleine de risques, qu’il faut pratiquer avec persévérance. Une bonne image de ce qui attend les couples qui ne peuvent avoir d’enfant et qui ont décidé de se tourner – en dernier recourt et en désespoir de cause le plus souvent – vers la solution de la GPA.

La GPA (Gestation pour autrui) est interdite en France mais autorisée en Belgique, sous certaines conditions cependant. L’enfant ne sera confié à ses nouveaux parents qu’au terme d’un long processus d’adoption. Une disposition qui n’existe pas au Québec. Mais se rendre au Canada est souvent impossible financièrement pour les couples français. Ils vont donc se rendre en Belgique, pour se lancer dans une aventure qui ne sera pas toujours couronnée de succès. Mais pour ceux qui arrivent à surmonter tous les obstacles – ils ne sont en définitive au moment de la réalisation du film qu’une poignée, pas tout à fait la trentaine – le jeu en vaut bien la chandelle.

Le film de Cathie Dambel aborde le sujet avec beaucoup de retenue. Le film ne tombe jamais dans la polémique ou les argumentations à l’emporte-pièce. Si nous sentons bien que la cinéaste est au fond favorable à cette pratique controversée – elle ne donne pas la parole aux opposants – elle ne fait pas un film militant cherchant à convaincre. Elle cherche plutôt à comprendre la souffrance de ces femmes qui ne peuvent pas enfanter et d’examiner rigoureusement les solutions qui s’offrent à elles.

Cette hauteur de vue est possible grâce à la centration d’une grande partie du film sur le service de gynécologie du CHU Saint Pierre de Bruxelles qui reçoit les couples qui en font la demande et les accompagne – et les soutient – tout au long du processus. Nous assistons aux réunions de concertation de l’équipe, qui débat des cas qui leur sont soumis. C’est la gynécologue, chef de service qui expose la situation, de faon précise et donc très technique. Elle s’adresse à des professionnels, et le vocabulaire scientifique est de rigueur. Mais ce n’est pas une raison pour le spectateur de décrocher. Car il y a toujours une grande humanité dans ces propos. Le film est une véritable plongée dans le désir d’enfant. Un désir sans doute prioritairement féminin mais dont nous voyons ici comment il peut tout aussi bien être partagé par des hommes.

Une séquence du film est consacrée à la PMA (Procréation Médicalement assistée). Mais il s’agit là d’une situation plus classique et qui suscite moins de débats passionnés. Le mérite de Naître d’une autre est bien d’aborder de front la question de la GPA et de montrer qu’une réflexion calme et sereine sur ce sujet est possible – et indispensable.

Le film se termine par un plan magnifique. Une jeune mère donne le biberon à son enfant – à qui elle n’a pas donné naissance et qui est pourtant bien le sien – en chantonnant une comptine. Toute la beauté de la maternité est dans ce plan.

FIPADOC 2021.

K COMME KIRDHIZISTAN.

 Ayana. Aidana Topchubaeva, Kirdhizistan, 2019, 20 minutes.

« Papa, pourquoi les filles ne jouent pas au Kok-boru ? » demande Ayana à son père. Pour toute réponse celui-ci lui expliquera comment se tenir sur sa monture, comment attraper la « chèvre », comment la caler sous sa jambe pour que l’adversaire ne puisse pas la lui arracher et comment aller la lancer sans le pneu pour marquer un point. Le père d’Ayana est très bort au Kok-boru. Avec un tel professeur, Ayana fera vite des progrès.

Le Kok-boru est un sport traditionnel, un sport de cavalier, avec des règles simples. Deux équipes s’affrontent à cheval, pour déposer une « chèvre » (empaillée) dans un en-but. Les chevaux se bouscule beaucoup. C’est ce qui fait tout le danger de ce sport. Mais Ayana est passionnée. A voir son enthousiasme à encourager son père, il n’y a pas de doute. A 9 ans, elle rêve de devenir une championne de Kok-boru. Et elle serait bien la première représentante du genre féminin dans ce sport d’hommes.

Ce film de court métrage (20 minutes) est d’abord un portrait de cette petite fille, aux yeux vifs et pétillants, pleine de vie, et qui n’a aucune peur à affronter les garçons au Kok-boru (les enfants jouent montés sur des ânes) ou à la lutte Pour le reste de son temps, quand elle ne s’entraine pas à ses sports favoris, elle garde les moutons dans la colline, à cheval.

Mais c’est aussi une vision précise de la vie d’une famille au Kirdhizistan, qui vit dans une ferme de l’élevage des moutons et des vaches. Une vie rurale, avec ses contraintes (traire les vaches tôt le matin). Les différents moments de la journée sont présenter dans des plans simples, le lever le matin, nourrir les vaches, amener les moutons dans les pâturages. Le repas du soir réunit la famille et ici aussi on utilise le téléphone portable pour communiquer avec les membres de la famille.

Un film donc qui a une portée nettement ethnographique avec ses plans fixes de l’intérieure de l’habitation de la famille d’Ayana (elle a deux sœurs) et ses vues panoramiques sur les collines environnante. Une découverte : le cinéma existe au Kirdhizistan.

Festival de Poitiers 2020.

A COMME ABECEDAIRE – Antarès Bassis

Il a réalisé des moyens métrages (L’emploi vide, Porteurs d’homme), une série télévisée (Trépalium 2016). Il a obtenu le Fipa d’Or national pour En équilibre

Amour

En équilibre

Architecture

La Ville monde

Camp

La Ville monde

Cinéma

Les Gamins de Ménilmontant

Cirque

En équilibre

Couple

En équilibre

Déportation

Les Gamins de Ménilmontant

Enfance

Les Gamins de Ménilmontant

Enseignement

Les Gamins de Ménilmontant

Grande-Synthe

La Ville monde

Guerre

Les Gamins de Ménilmontant

Histoire

Les Gamins de Ménilmontant

Immigration

La Ville monde

Juifs

Les Gamins de Ménilmontant

Naissance

En équilibre

Nazisme

Les Gamins de Ménilmontant

Paris

Les Gamins de Ménilmontant

Rafle

Les Gamins de Ménilmontant

Réfugiés

La Ville monde

Spectacle

En équilibre

A COMME ABECEDAIRE – Manuela Frésil

Abattoir

Entrée du personnel

Administration

Les Nuits de la préfecture

Agriculture

Si loin des bêtes

Amitié

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Animaux

Entrée du personnel

Si loin des bêtes

Bonheur

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Enfance

Le Bon Grain et l’Ivraie

Pour de vrai

Elevage

Si loin des bêtes

Exil

Les Nuits de la préfecture

Intégration

Le Bon Grain et l’Ivraie

Jeu

Pour de vrai

Migration

Le Bon Grain et l’Ivraie

Les Nuits de la préfecture

Musique

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Pauvreté

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Poupée

Pour de vrai

Rue

Le Bon Grain et l’Ivraie

Ruralité

Si loin des bêtes

Notre campagne

Souffrance

Entrée du personnel

Travail

Entrée du personnel

Village

Notre campagne

Ville

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Michel Carré.

Une œuvre extrêmement variée, de Poutine à Dolto en passant par la Chine et Fleury-Mérogis. Des films toujours engagés, du côté des femmes, des prostitué.e.s, des enfants…

Amour

Un couple peu ordinaire

Armée

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Art

Royal de Luxe

Chine, un million d’artistes

Autisme

Beaucoup, passionnément, à la folie

Censure

Chine, un million d’artistes

Chine

Chine, un million d’artistes

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Chômage

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Cinéma

Beaucoup, passionnément, à la folie

Dolto

Grandir à petits pas

Drogue

La Nouvelle vie de Bénédicte

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury

Ecole

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Education

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Elections

Poutine pour toujours ?

Enfance

Grandir à petits pas

Une question de classe(s)

Les Enfants de la paix

Histoire d’enfance – 1720-1905

Les Enfants des prostituées

Les Poussins de la Goutte d’or

Les Enfants des prisons

Alertez les bébés

Enseignement

Le Ghetto expérimental

Entreprise

J’ai très mal au travail

Exclusion

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Famille

Histoire d’enfance – 1720-1905

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 2 – Famille

Les Enfants des prostituées

Les Enfants des prisons

Femme

Les Travailleu®ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Matonnes

Galères de femmes

Les Trottoirs de Paris

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Femmes de Fleury

Laurence

Halles

La Mémoire au couteau

Handicap

Sexe, Amour et Handicap

Histoire

Histoire d’enfance – 1720-1905

Jeunesse

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Maison verte

Grandir à petits pas

Mémoire

La Mémoire au couteau

Migration

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

Mineurs

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Mondialisation

Chine, le nouvel empire – De l’humiliation à la domination

J’ai très mal au travail

Nucléaire

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Opéra

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Paris

Les Poussins de la Goutte d’or

La Mémoire au couteau

Pauvreté

Les Bâtisseurs d’espoir

Pays de Galles

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Charbons ardents

Pédagogie

Une question de classe(s)

On n’est pas des minus

Votre enfant m’intéresse

Alertez les bébés

Politique

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Portrait

Royal de Luxe

Le Système Poutine

Précarité

Sur le fil du refuge

Prison

Les Matonnes

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Les Enfants des prisons

Femmes de Fleury

Laurence

Prostitution

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

La Nouvelle vie de Bénédicte

Un couple peu ordinaire

Les Clients des prostituées

Les Enfants des prostituées

L’Enfer d’une mère

Les Trottoirs de Paris

Laurence

Psychanalyse

Grandir à petits pas

Psychiatrie

Beaucoup, passionnément, à la folie

Poutine

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Réinsertion

Galères de femmes

Femmes de Fleury, prière de réinsérer

Russie

Poutine, le nouvel empire

Poutine pour toujours ?

Le Système Poutine

Koursk – Un sous-marin en eaux troubles

Sexualité

Sexe, Amour et Handicap

Les Travailleu(r)ses du sexe – (et fières de l’être)

Sida

Les Clients des prostituées

L’Enfer d’une mère

Spectacle

Royal de Luxe

L’Île rouge

Sport

Les Poussins de la Goutte d’or

Travail

J’ai très mal au travail

Tower Opéra – L’Opéra des mineurs

Sur le fil du refuge

Charbons ardents

Travail, famille, etc. Récits de la jeunesse 1 – Travail

Les Matonnes

Travailleurs sociaux

Les Bâtisseurs d’espoir

Sur le fil du refuge

Université

Le Ghetto expérimental

Vietnam

Les Enfants de la paix

Hong Kong-Hanoï : retour de camps

C COMME CUBA – Enfants.

Baracoa. Pablo Briones, Suisse, Espagne, États-Unis, 2019, 89 minutes.

Gosses de Cuba. Deux garçons, Antuan et Lionel. D’une dizaine d’années. Un peu moins pour le plus petits, un peu plus pour le plus grand. Deux amis désœuvrés, totalement oisifs. Qui ne savent pas quoi faire de leurs journées. Qui n’ont rien à faire. Sans doute s’agit-il d’une période de vacances scolaires. De l’école, de toute façon, il n’en sera jamais question.

Ils n’ont rien à faire, alors ils trainent ici ou là, dès le matin et jusqu’à tard dans la nuit. Au village semble-t-il ils vivent l’un et l’autre chez une grand-mère. Mais il n’est pas vraiment question de la famille, des parents. Sauf pour Antuan, le plus grand, qui parle de son père, qui vit à Baracoa, cette ville au bord de la mer où il rêve d’aller. Et d’y inviter son copain, Leonel.

Les différences entre les deux amis vont apparaître de plus en plus criantes au fur et à mesure du déroulement du film. Différence d’âge d’abord. Le grand peut sembler par moment protéger le petit (leur différence de taille est aussi importante). Mais le plus souvent il affirme son pouvoir, un ascendant sur lui qui se manifeste dans toutes les situations, tous les jeux, où la force intervient, ce qui est loin d’être rare dans leurs relations. Et puis la différence sociale devient de plus en plus manifeste. Antuan, lui qui se décolore les cheveux et qui se rase les jambes, se plait à étaler le « luxe » dont il peut jouir chez son père, plusieurs postes de télé et des ordinateurs. Pour ne pas révéler qu’il crève d’envie, Leonel n’a pas d’autre solution que de traiter son copain de menteur.

Les relations entre les deux garçons sont caractéristiques de la dimension sociale de cette période de préadolescence. Que l’on soit à Cuba ou dans bien d’autres régions du monde d’ailleurs. L’amitié entre garçon se doit d’être virile et surtout ne pas s’afficher. Les insultes ou autres formes de brimades sont monnaie courante. Pas questions d’une quelconque admiration pour son ainé, bien qu’il apparaisse souvent comme un modèle. Et le plus grand n’hésite pas à se moquer de son compagnon, de le rabrouer et de le dévaloriser, parce qu’il ne sait pas nager et qu’il a peur de l’eau. Pourtant, lorsqu’à la fin du film, ils se baignent ensemble dans la mer, c’est bien la présence, et l’aide d’Antuan qui permet à Leonel de surmonter son appréhension.

Tout au long du film le filmage, très intimiste, est à hauteur d’enfants. Et si la caméra tend à se faire oublier, dans beaucoup de situations on sent qu’elle est toujours là. Dans beaucoup de cas nous ne sommes pas loin d’une dimension fictionnelle. C’est le cas en particulier de la longue séquence où les deux garçons s’enfoncent dans l’étroit boyau d’une grotte. Les torches qu’ils ont confectionnées pour s’éclaire finissent par s’éteindre. Comment regagnent-ils la sortie dans le noir ? Le film ne se penche pas sur des problèmes de sécurité, mais on sent bien que filmer des enfants dans une telle situation n’est possible que si au moins un adulte, en l’occurrence le cinéaste, les dirige (comme des acteurs) et les guide.

L’errance des deux garçons autour de leur village nous permet d’appréhender un aspect de la campagne cubaine plutôt négatif. Pas de culture. Des vaches errent au hasard comme les garçons. Le paysage est constitué de vastes hangars désaffectés. Une carcasse de voiture (sans roues, sans sièges, sans volant) et une grande piscine vide sont des terrains de jeux misérables et qui ne peuvent guère enthousiasmer les garçons. Le contraste avec la dernière partie du film, tournée au bord de la mer, est saisissant, comme si le cinéaste voulait montrer une évolution entre deux Cuba bien différents. Leonel peut alors être émerveillé par la foule, les lumières, et la baignade devient un plaisir.

Un film sur l’enfance d’une rare authenticité.

Cinelatino 2020, Toulouse.

A COMME ABECEDAIRE – François Zabaleta

Aborder une œuvre inachevée, en perpétuel développement, c’est courir le risque de l’incomplétude. Risque assumé.

Animation 3 D

Un spectacle théâtral. Parmi des images d’origine et de nature diverses.

Anorexie

Un manque d’attirance pour la nourriture plus qu’un rejet par dégoût

Archives familiales

Des photos personnelles, de l’enfance surtout

Autisme

Le sentiment de ne pas être comme les autres.

Autobiographie

Par petites touches. Les périodes particulières de la vie. L’enfance et l’adolescence, surtout. Mais aussi l’âge adulte, parce il faut bien atteindre la maturité.

Concept

Des films qui proposent de nouveaux concepts cinématographiques.

Enfance

Posséder la nuit.

Famille

La figure de la grand-mère. La séparation des parents. L’absence de fratrie.

Fiction

« Je tourne mes documentaires comme de la fiction et mes fictions comme des documentaires »

Haïku

Des films courts, très courts même, auxquels on ne peut rien enlever, ni rien ajouter.

Harcèlement

Le calvaire d’un adolescent victime de l’homophobie de ses condisciples.

Homosexualité

L’affirmer, sereinement.

Images d’archives

Les lynchages d’afro-américains dans le sud des États-Unis au début du XX° siècle

Noir et blanc

Aller jusqu’à supprimer toute nuance de gris.

Nourriture

« Manger ou ne pas manger telle est la question ».

Pina Bausch.

Lui écrire son admiration.

Solitude

Etre étranger au social, à l’organisation sociale et à la relation sociale. Une nouvelle intériorité.

Voix off

Un ton neutre, presque monotone, sans éclat. Le degré zéro de l’émotion. Et pourtant…

I COMME INCIPIT – Disneyland

Disneyland mon vieux pays natal, Arnaud des Pallières, 2001, 46 minutes.

Un train qui entre en gare. C’est bien sûr un lieu commun du cinéma ! Sauf qu’ici il ne s’arrête pas. Il frôle la caméra, posée sur le bord du quai. Et il continue sa route, sans réduire sa vitesse, Droit devant, vers un autre but, une autre gare.

Après le passage de la locomotive, les wagons défilent devant nous, trop près pour que nous puissions vraiment les distinguer. Un train de voyageurs sans doute. Avec des voyageurs à son bord sans doute. Que nous ne verrons pas. Où vont-ils dans ce train qui effectue bien nécessairement un trajet. Qui est parti d’une gare pour rejoindre une autre gare. Une gare de départ et une gare d’arrivée comme il est nécessaire de l’indiquer dans la réservation d’un billet. Et s’il s’agit d’un train de voyageurs, alors il effectue bien un voyage.

La caméra bien sûr n’a pas suivi ce train. La caméra le laisse partir. Le plan reste fixe jusqu’à ce que le train ait disparu. Un train fantôme en sommes.

Mais une fois ce premier train disparu, un autre va défiler devant la caméra. Sur la voie opposée et dans le sens contraire. Ils ne se sont pas croisés dans la gare, devant la caméra. Mais le timing était si précis que leur succession à l’image donne l’impression d’un aller-retour.

Entre les deux passages, sur des images presque abstraites, où domine la couleur rouge, une voix off nous raconte l’histoire du joueur de flute de Hamelin.

Ce second train est un train de marchandise, Ce qui est immédiatement identifiable. Plus lent que le premier, il ne donne pas cette impression de vitesse, et de danger, que la place de la caméra – il venait vers nous, sur le quai – ne pouvait éviter. Cette fois-ci, nous avons tout notre temps pour le regarder, suivre des yeux son déplacement. Jusqu’à ce que lui aussi disparaisse. A l’endroit même où le premier train était apparu.

Le premier train nous conduira-t-il jusqu’à Disneyland, puisque c’est un train de voyageurs. Et c’est bien ce que nous dira la voix off qui nous accompagnera tout le film, une voix en première personne, intime. Et c’est bien dans un train de voyageurs que nous nous retrouvons après avoir quitté la gare. Nous regardons le paysage défiler par la fenêtre du compartiment. Comme les 45 000 visiteurs quotidiens de Disneyland, nous dit la voix off. Une visite qui commence par ce voyage des plus banals. Un voyage trop long sans doute pour ceux qui sont impatients d’arriver chez Mickey.

Un incipit qui nous oblige à patienter. Qui ne nous plonge pas tout de suite dans la foule des visiteurs. Une mise en attente donc. Sans suspens pourtant. Le film se déroulera bien ensuite dans Disneyland. Mais ce voyage en train nous dit déjà que la visite qui va nous être proposée aura un côté original, inédit. Une vision très personnelle qui va bien au-delà d’une simple présentation, même critique, du phénomène Disney. Une plongée dans l’enfance.

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