C COMME CINÉMA AUTOBIOGRAPHIQUE

Quand je parle de cinéma autobiographique, j’écarte systématiquement tout ce qui est du domaine de la fiction, donc principalement l’autofiction.

Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que d’un côté (le documentaire) on a affaire à la vérité et que de l’autre (la fiction) on est nécessairement dans le mensonge. Dans le cinéma, comme dans la littérature, la recherche du moi, le connais-toi toi-même, ont bien évidemment leurs limites. Comme en littérature, l’autoportrait au cinéma, la confession, peut très bien n’être qu’une entreprise de justification, voire de glorification. Et ce que nous ont appris dans ce domaine la mauvaise foi sartrienne et surtout l’inconscient freudien ne peuvent pas purement et simplement écarté d’un coup de plume.

 Mais dans l’histoire du cinéma documentaire, il y a au moins deux références fondamentales (que je vais donc utiliser) pour éclairer le problème  (et qui vont me permettre de me situer entièrement du côté du documentaire) :

Il s’agit d’une part de la critique du scénario par Dziga Vertov et de l’autre du cinéma direct des années 60.

Vertov renonce au scénario dans le cinéma, du moins il affirme au début de l’homme à la caméra que dans son film il n’y a pas de scénario, comme il n’y a pas non plus de personnage (en dehors du peuple qui construit le socialisme) c’est-à-dire pas de héros.  Vertov n’a pas recours à des acteurs. Et le scénario en tant que produit de l’imagination est nécessairement du côté de l’invention arbitraire, donc du faux, voire de la falsification. Si le cinéma peut être un art total, c’est grâce au travail de montage effectué à partir des images. Des images d’ailleurs qui doivent se suffire à elles-mêmes, sans avoir recours à des textes (cartons explicatifs). Du coup ; le cinéaste doit renoncer à toute modification de la réalité filmée, comme l’avait fait Flaherty en filmant Nanouk et la vie des Inuits (la construction du grand Igloo, la pêche du phoque et la famille de Nanouk alors qu’il vivait seul, sans femme et sans enfants).

         La deuxième référence est donc le cinéma direct tel qu’il se développe aux Etats Unis avec l’équipe de Drew (primary) avec Richard Leacock, puis au Quebec avec Pierre Perrault et Michel Brault et en France jean Rouch et Mario Ruspoli. Dans Chronique d’un été Rouch et Edgar Morin avait parlé eux de « cinéma vérité », expression bien équivoque qui fut donc rapidement abandonnée. Mais peu importe les problèmes de terminologie, ce qui compte pour nous c’est qu’on a ici affaire à une toute nouvelle esthétique dans le domaine du documentaire, esthétique rendue possible par les innovations techniques de l’époque (caméras légères 16 mm, son synchrone, pellicule ultra-sensible), ce qui permettait de filmer avec une équipe et une technique réduite au minimum et surtout de montrer la vie quotidienne , sans artifice, sans effets spectaculaires, au plus près des personnes filmées.

         Tout ceci ne veut pas dire qu’il faille renoncer à la notion d’auteur. Même si dans le cinéma direct il se met en retrait au profil de la situation dans laquelle il s’immerge et dont il finit par faire partie. Le cinéma autobiographique est ouvertement un cinéma d’auteur, c’est-à-dire un cinéma de création, ce qui ne me semble pas contradictoire avec le rejet de la fiction. D’ailleurs je crois qu’aujourd’hui, une bonne partie du cinéma – dans le domaine du documentaire en tout cas – met à mal la vieille opposition entre documentaire et fiction, en mélangeant les genres, en rendant pour le moins poreuse la frontière entre les deux. (ce qui d’ailleurs ne revient pas à dire qu’il n’y a plus aucune spécificité du documentaire).

Faire de sa propre vie un film est une entreprise qui donne tout son sens, et toute sa portée, à la possibilité d’un cinéma d’auteur, d’un cinéma documentaire d’auteur. le film autobiographique est la parfaite concrétisation de l’idée de documentaire de création.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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