F COMME FREE CINEMA

En France, l’expression Free Cinema est couramment associée à des films de fiction souvent considérés comme caractéristiques du cinéma britannique des années 60. Par exemple, Les Corps sauvages (Look Back in Anger) de Tony Richardson (1958), Samedi soir, dimanche matin (Saturday Night and Sunday Morning) de Karel Reisz (1960), Le Prix d’un homme de Lindsay Anderson (1963) ou encore La Solitude du coureur de fond (The Loneliness of the Long Distance Runner) de Tony Richardson (1962). Cependant, le « mouvement » fut lancé, et trouva la pleine expression de sa portée, dès 1956, à travers des films documentaires. Il s’agissait de films courts, de moyen métrage, en noir et blanc et tournés en 16 mm en dehors des contraintes des studios et des conditions alors habituelles de production.

En février 1956, de jeunes cinéastes menés par Lindsay Anderson organisent une projection de leurs œuvres au National Film Theatre de Londres. Au programme de cette manifestation historique : O Dreamland (1953) de Lindsay Anderson, Momma Don’t Allow (1956) de Karel Reisz & Tony Richardson, Together (1956) de Lorenza Mazzetti.

Faire un cinéma libre, pour tous ces jeunes cinéastes, c’est d’abord s’affranchir des contraintes économiques qui pèsent sur la production cinématographique et des lois des studios. C’est ensuite trouver le ton juste pour aborder la vie telle qu’elle est, notamment avec ses problèmes sociaux que le cinéma traditionnel prend grand soin de ne jamais montrer. Le cinéma ne doit plus être simplement une distraction destinée à faire rêver les classes laborieuses et leur faire oublier les dures conditions de vie qui sont les siennes. Le Free Cinema sera un cinéma engagé auprès des pauvres et des déshérités. Et c’est bien pour cela que le documentaire y tient une place importante, les fictions de ces auteurs ayant d’ailleurs par leur côté réaliste une posture relativement proche. Tournés le plus souvent en 16 mm et en noir et blanc, ces documentaires souvent courts mais percutants, se veulent des éveilleurs de conscience. En tout cas, ils bousculèrent l’establishment cinématographique britannique et eurent incontestablement des répercussions sur le cinéma du continent. On a pu ainsi considérer qu’ils annonçaient le souffle nouveau que les cinéastes de la Nouvelle Vague firent souffler sur le cinéma français des années 60. Au niveau du documentaire, on peut y voir une préfiguration du cinéma direct d’un Rouch ou d’un Ruspoli.

O Dreamland (1953) de Lindsay Anderson montrant la foule populaire – les jeunes en bandes, les familles avec les enfants – se divertissant dans un parc d’attraction. Des distractions pas toujours du meilleur goût d’ailleurs comme ces reconstitutions d’exécutions capitales avec des mannequins, sous l’œil plutôt sceptique du public (surtout les enfants) malgré les rires sarcastiques enregistrés et diffusés en boucle. Mais les enfants sont là aussi pour voir les lions en cage, et les adultes pour tenter leur chance de s’enrichir sur les tables de jeu.

Le film s’ouvre sur une célèbre séquence : un chauffeur en tenue brique consciencieusement une Roll Royce. La caméra panote sur la droite pour découvrir les premiers arrivants au parc d’attraction, une foule qui devient vite impressionnante, avec en particulier le défilé presque ininterrompu des bus qui se rangent en bon ordre sur le parking qui leur est réservé. Tout l’art du contraste.

 Momma Don’t allow (1956) de Karel Reisz et Tony Richardson, tourné  dans un club de jazz situé dans un quartier populaire de Londres où de jeunes bourgeois viennent se mêler aux travailleurs qui le fréquentent habituellement.

 Every Day Except  Chrismas (1952) de Lindsay Anderson filmant, avec une caméra véritablement immergé dans son sujet,  le travail de jour comme de nuit au marché londonien de Covent Garden.

 We are the Lambeth boys (1959) de Karel Reisz où les jeunes banlieusards vont livrer une partie de cricket dans une luxueuse école privée.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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