V COMME VISAGE

Soleil sombre de Marie Moreau, 2017, 41 minutes.

Un film portrait. Le portrait d’une femme. Plus très jeune. Filmée en gros plans. Un film sur son visage donc. Un visage ridé, marqué par la vie, par la souffrance,  par la solitude sans doute. Les plans qui le filment sont longs. Nous laissant le temps d’entrer en contact avec cette femme.

Elle s’appelle Paulette. Elle est toxicomane, mais elle rejette cette terminologie puisqu’elle suit actuellement un traitement de substitution. Elle vit en Avignon. Ce que nous découvrirons dans quelques plans qui ne la filment pas elle. Des travellings dans la ville, la nuit, sur les murs du château, sur les arbres faiblement éclairés. Et le dernier plan de film, à la sortie de la maison d’arrêt portant l’inscription du nom de la ville sur son fronton.

C’est son compagnon, celui qui lui écrit qu’il l’aime, Djilali, qui est en prison. Pour un mois dit-il dans la lettre écrite à Paulette et qu’elle lit devant la caméra dans la première séquence du film. Une lecture lente, hésitante parfois, non pas celle d’une illettrée, mais une lecture de quelqu’un qui n’a pas vraiment l’habitude de lire à haute voix. Et puis surtout, cette lettre dit beaucoup de son intimité, de sa relation avec Djilali. Il lui faut faire une grande confiance à celle qui filme pour dévoiler ainsi une grande partie de ce qu’il y a de plus profond en elle.

Le film est d’ailleurs un film de dialogue. Un dialogue entre Paulette et la cinéaste, qu’on ne voit jamais mais qui est bien présente, sa voix venant de la place de la caméra. Elle pose des questions, mais il ne s’agit pas du tout d’une interview. C’est plutôt d’un échange qu’il s’agit, même si la cinéaste ne dit rien d’elle. Un échange sans intention préalable, sans plan organisé. Un échange au fil de la vie pourrait-on dire. Au fil de l’attente de Paulette, l’attente que Djilali sorte de prison.

Djilali n’est pourtant pas absent du film. Il est là avec Paulette par la lettre qu’il lui a écrite. Il est aussi en contact avec la cinéaste par ces extraits, qu’il a filmés au téléphone portable, qu’elle insère dans son film. Des vues de la caravane où il vivait. Un selfie dans un miroir. Et le film se terminera par sa sortie de prison. Paulette s’avance à sa rencontre, le prend dans ses bras. Ils restent enlacés. Un long moment, leur éternité.

Un film portrait, qui ne dit certes pas tout de la personne qu’il filme. Mais par petites touches (la drogue, le cancer, qui sont évoqués avec une extrême pudeur), il construit une présence. En filmant un visage, il propose une rencontre. On pense à Lévinas.

Cinéma du réel 2017, compétition française.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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