E COMME ELECTIONS (algériennes)

Vote off  de Fayçal Hammoum

Aux élections présidentielles de 2014, le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, sollicite un quatrième mandat consécutif. Le film de Fayçal Hammoum  suit la campagne électorale. Une campagne en demie teinte, qui n’est pas vraiment une campagne. Beaucoup pensent comme cet algérien qui affirme que le match n’a pas d’intérêt puisque les résultats sont connus d’avance. Une situation qui n’encourage pas les algériens à aller voter.

Le film propose une série de portraits de ces désabusés de la politique. L’épicier dans sa boutique qui regarde la télévision tout en vendant des bonbons aux enfants et des journaux aux adultes. L’animateur radio, plus engagé, dénonce la corruption du régime sur un plateau de télévision. Des musiciens dans un café qui interprètent une chanson pour le film.  Des citoyens, plus anonymes, rencontrés ici ou là, qui n’hésitent pas à s’exprimer librement. L’un d’eux affirme qu’il ira quand même voter, puisque c’est son droit, mais il se garde bien de se prononcer pour un candidat particulier. Peu à peu s’élabore ainsi un tableau de la situation actuelle de l’Algérie. Le passé – la guerre de libération, la guerre civile – est évoqué rapidement. C’est surtout l’avenir qui est problématique.

Un autre aspect du film est le regard qu’il porte sur la vie médiatique du pays. Le cinéaste s’immerge longuement dans la rédaction du quotidien El Watan, filme les journalistes au travail, les prises de décisions concernant la couverture de la campagne. Ici aussi, l’ambiance n’est pas vraiment à l’enthousiasme. Pourtant, professionnalisme oblige, il ne s’agit pas de laisser de côté les moments importants comme les meetings, celui du président-candidat où c’est le premier ministre qui prend la parole. Bouteflika, lui, reste invisible, en dehors de sa photo sur les affiches.  Un meeting plutôt calme auquel répondra dans la dernière partie du film celui beaucoup plus fervent des partisans du boycott des élections.

Les documentaires sur les campagnes électorales sont nombreux et ont souvent marqué une étape importante dans l’histoire du cinéma, comme Primary de l’équipe de Robert Drew dans laquelle la présence de Richard Leacock était de première importance. En France les campagnes célèbres du cinéma documentaire sont celle de l’élection de Giscard-d’Estaing filmée de bout en bout par Raymond Depardon (1974, une partie de campagne) et celle pour la mairie de Paris en 2001 (Paris à tout prix de Yves Jeuland). En Algérie, en 2014, la campagne électorale est bien moins passionnée, malgré la répression – évoquée par les journalistes – des manifestations appelant au boycott. Vote off ne rentre pas dans les oppositions de programme et les conflits entre candidats. Ceux-ci sont d’ailleurs absents. Le film fait le choix de se centrer sur les citoyens, les futurs électeurs, même s’ils ne se rendront pas tous aux urnes, loin de là.

Cinéma du réel 2017, Compétition internationale premiers films.

 

 

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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