E COMME ELOQUENCE

A voix haute, la force de la parole de Stéphane de Freitas et Ladj Ly

Un concours d’éloquence. Un concours à la gloire de la parole. Sa puissance. Ses pièges et ses artifices. Un concours où il faut savoir s’exprimer de façon claire et intelligible, mais aussi de façon persuasive, de manière à agir sur son auditoire, le séduire, le bousculer, ne le laisser surtout pas indifférent. La parole qui donne le pouvoir. Par l’art de manier les mots, de les choisir en anticipant l’effet qu’ils peuvent produire. Et par le choix des arguments. Pas forcément les plus justes, dans le deux sens de ce mot. Mais les plus percutants, ceux qu’on n’oubliera pas. Une argumentation qui ne vise que la persuasion. Tout cela s’apprend. La réussite nécessite donc effort et persévérance. Il faut s’entrainer sans cesse, régulièrement, accepter les critiques, les conseils, savoir intégrer à sa personnalité les techniques, les ficelles. Se dépasser soi-même. Ne jamais baisser les bras. Et si dans le concours il n’y a qu’un seul gagnant, tous les participants auront gagné l’essentiel : la confiance en soi pour devenir un battant, pour réussir socialement par la maîtrise du Verbe.

Le film présente donc ce concours (dénommé Eloquentia, du nom de l’association qui sponsorise l’événement) qui se déroule chaque année à l’université de Saint-Denis. Un concours qui s’adresse donc en priorité aux jeunes étudiants habitant la banlieue (la Seine-Saint-Denis, autrement dit le 9-3) ce qui laisse entendre qu’ils ne font pas partie des plus favorisés. L’essentiel sera consacré à la préparation suivi par une poignée de ces jeunes dont on découvrira peu à peu la personnalité. Et les épreuves du concours lui-même seront filmées comme un jeu télévisé, avec un amphi plein à craquer où les supporter manifesteront bruyamment leur enthousiasme. Les candidats devant alors jouer le plus possible le rôle de star que les organisateurs attendent d’eux.

La préparation est confiée à des spécialistes, et les exercices qu’ils proposent donneront des idées à bien des animateurs et même à des enseignants. Un avocat pour l’argumentation ; une metteur en scène de théâtre pour la diction et la posture corporelle ; un slameur pour la poésie. Car avant de les déclamer en public, les candidats devront rédiger leur propres textes sur un sujet imposé, des thèmes demandant un engagement personnel, pour ou contre, mais sans que le choix du camp soit laisser à l’initiative de chacun. Il faut être capable de défendre toutes les positions et donc de laisser de côté ses préférences et ses convictions personnelles. Nous sommes explicitement du côté de Protagoras ou Gorgias, les sophistes, plutôt que dans la descendance de Socrate. La philosophie  écartée de l’université ?

Le film nous propose cependant des portraits quasiment intimistes de ces jeunes particulièrement attachants, filmés parfois dans leur vie personnelle et familiale  et dont les relations de groupe sont toujours sincères et chaleureuses. On ne peut que leur souhaiter de réussir pleinement dans leur vie.

a voix haute 2

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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