M COMME MARINS.

Seuls, ensemble de David Kremer, 2014, 77 minutes.

Filmer la mer, filmer les bateaux, un bateau. Filmer les vagues, les creux dans la mer. Filmer les oiseaux, la multitude d’oiseaux qui suit le bateau pour profiter d’une nourriture facile. Vivre à son bord avec ceux dont c’est le métier. Filmer les marins donc. Ceux qui partent pour une longue « marée », loin de chez eux, plusieurs mois, tant qu’il y a du poisson. Filmer leur travail, dur, fatiguant, dangereux. Filmer leur amour de la mer et de leur travail. Filmer leur attente du retour à terre. Attente sans impatience. Car ils savent bien qu’ils repartiront.

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David Kremer peut sans doute être étiqueté (si cela a un sens) cinéaste-marin. Dès son film de fin d’étude à la Fémis, il s’intéresse à la mer avec Coups de Filet (2007). Puis c’est en 2013 un moyen métrage, L’Etoile du matin (41 minutes) consacré à une jeune navigatrice qui rêve de faire le tour du monde sans escale. Pour Seuls, ensemble il s’embarque sur le Grande Hermine, le dernier chalutier français qui part dans l’arctique pêcher la morue. Il y établit des relations fortes avec les marins, même si lui ne travaille pas le poisson. Mais en quelque sorte il est considéré comme faisant partie de l’équipage.

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Il y a bien sûr dans le film des plans attendus, sur le bateau qui fend les vagues – ou les glaces fondantes. Sur les oiseaux aussi. Mais l’essentiel ici n’a rien de touristique. L’essentiel c’est le poisson, les poissons. Le plan récurent du film c’est la longue et difficile remontée du grand  filet dans le bateau – travail routinier mais qui demande toujours les efforts de tous. Et le filet s’ouvre, et c’est une déferlante de poissons dans le bateau. Personne ne dit que la pêche a été bonne. Mais pour le spectateur du film, la quantité de poissons ne peut qu’être impressionnante.

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Car ce poisson il faut bien en faire quelque chose. Le bateau de pêche, c’est aussi un usine, où l’on travaille à la chaine, pour couper, découper, peser, empaqueter, stocker. Les caisses sont entassées en bon ordre dans le fond de la cale. Toute une partie de la vie des marins où ils ne voient ni la mer ni le ciel. D’ailleurs pour une grande partie du film nous sommes nous aussi enfermés dans le bateau. Et les plans d’extérieur sont toujours pris depuis son bord. Comme les marins, nous ne pouvons pas nous échapper.

Un DVD Survivance.

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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