P COMME POESIE

Les poètes sont encore vivants de Xavier Gayan, 2016, 70 minutes.

Un film de rencontres. Des rencontres avec des poètes. Des femmes et des hommes qui s’affirment poètes, qui se vivent en poètes. Qui sont poètes parce qu’ils écrivent de la poésie. Et qu’ils la publient aussi.

Autant les poètes sont variés, autant les poèmes qu’ils nous présentent le sont aussi. Le film ne pouvait sans doute, puisqu’il se présente comme un hommage aux poètes vivants, ne pas faire autrement que de ne pas s’enfermer dans un style ou une quelconque catégorie. Les poètes qu’il nous présente, des femmes et des hommes, de tout âge, ou presque (il n’y a pas d’enfant ni d’adolescent), de plusieurs nationalités (un luxembourgeois, un danois, un sénégalais, une syrienne) parlent tous français et écrivent en français, même si le français n’est pas leur langue maternelle. Ce qui intéresse le plus le cinéaste, c’est la personnalité de ces poètes. Certains évoquent leur profession (il y a un ancien gendarme) ou leur origine (rurale ou urbaine). Plus nombreux sont ceux qui parlent de leur entrée en poésie, à l’occasion d’un deuil ou d’un traumatisme. Ou bien ils ont toujours eu l’envie d’écrire.

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Si chacun lit ou récite un de ses textes (celui qu’il préfère sans doute), le cinéaste les interroge sur ce qu’ils pensent être la poésie. Tâche difficile, presque impossible, de proposer une définition acceptable par tous. Les poètes interrogés donnent l’impression de ne pas vouloir s’y risquer. Ils parlent plutôt de ce qu’est la poésie dans leur vie, dans leur expérience d’écrivain. Tour à tour la poésie apparait ainsi comme un « diamant », comme « un acte de révolte » ou dans sa « fonction politique ». De belles formules : « le poète est un porteur de lanternes » ou bien c’est un homme « des clairières ».

Tout cela n’est pourtant pas vraiment original. Mais là n’est pas le but du film qui ne s’adresse surtout pas aux spécialistes, critiques littéraires ou universitaires. Il veut bien plutôt mettre la poésie à la portée de tous. Un effort méritant de vulgarisation donc. Mais il y a quand même une certaine ambiguïté dans le projet. Car si la poésie est bien en dehors des perspectives commerciales actuelles de la littérature, elle ne peut que rester quelque peu ésotérique, pour préserver son originalité.

Le film nous propose-t-il quant à lui une poésie des images ? Les poètes sont filmés de façon assez classique, qui devant sa bibliothèque, qui devant un mur peint, ou même dans une rue piétonne (avec un porte-voix c’est plus surprenant). Par contre les images de coupe ont beaucoup plus de sens, et d’attrait visuel. En particulier par l’effet de contraste entre les vue de la « nature (le soleil qui se reflète sur la surface de l’eau) et celles de la ville, grands ensemble de banlieue ou même une autoroute filmée en plongée.

Le film s’ouvre sur une véritable « performance » de Charles Pennequin avec son « tout pétarade » décliné sur tous les tons qui devient une véritable explosion de sonorité. Et la façon dont Souleymane Diamanka nous propose quant à lui son texte, n’est pas loin du slam ou même du Rapp. Une façon de nous montrer que si la poésie se lit dans la solitude, elle peut aussi s’écouter avec délice.

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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