S COMME SANKARA

Sankara n’est pas mort. Lucie Viver, 2019, 110 minutes.

Un voyage à travers un pays d’Afrique, le Burkina Faso. Un voyage à pied, sac à dos. Un voyage poétique, le voyage d’un poète, Bikontine. Une errance plutôt. Un voyage en apparence sans but. Un voyage voué à l’improvisation, à l’impulsion du moment. Un voyage qui pourrait bien ne pas avoir de fin.

Un voyage de découvertes. Des Paysages. Extrêmement variés au long du film. Mais toujours éclatants de lumière. Même la sécheresse.

Un voyage de rencontres. Rencontres des habitants de ce pays. Des rencontres faites au hasard. Mais toujours surprenantes. Riches d’enseignements. Parfois improbables. Mais aussi banales. Un enfant, ici comme partout.

Un voyage, une errance. A la recherche de la solitude. La solitude nécessaire pour écrire. Le film de ce voyage sera donc jalonné de poèmes, dit par le poète voyageur.

Le film est-il un hommage à Thomas Sankara, le président assassiné qui avait su faire renaître l’espoir dans ce pays si pauvre, l’espoir de sortir de la misère. Sa mémoire reste bien vivante dans le pays.

La cinéaste nous propose un choix d’images d’archive de Sankara président. Un président simple, mais déterminé. Comme cela ressort de cette parabole du cycliste qu’il convoque pour rendre compte de sa mission.

Il se compare à un cycliste qui grimpe une côte bordée des deux côtés par des précipices. S’il s’arrête de pédaler il tombe. Alors il continue, jusqu’au bout. Toujours aller de l’avant…

Un film aux couleurs de l’Afrique. Un film d’espoir, malgré tout.

S COMME SURDITÉ – Musique.

Le journal d’une femme sourde. Franck Cassenti, 2021, 55 minutes.

Lily a perdu l’audition à la suite d’une maladie. Ce qui lui manque le plus dans ce monde du silence qui est le sien dorénavant, c’est la musique. Pourra-t-elle un jour retrouver les sensations qu’elle éprouvait alors. Mais sa surdité est définitive, totale et définitive.

Pourtant, sa vie de femme sourde va basculer le jour où elle rencontre Cassandra.

Cassandra est chercheuse. Elle vient de mettre au point un instrument spécial, une « body bass » qui devrait permettre aux personnes non-entendante de ressentir les vibrations émisses. Une façon adaptée de rentrer en quelque sorte dans la musique.

Lily va se prêter à l’expérimentation de l’instrument. Et c’est là que le film de Frank Cassenti est précieux. Il aborde le problème du handicap avec une grande rigueur et beaucoup de sérénité. Il ne s’agit pas de rechercher une solution, par exemple mécanique, à la limitation des capacités sensorielles par quoi se traduit le handicap. Il s’git plutôt de contourner cette limitation, et de trouver une voie nouvelle, parfaitement inédite, permettant la réception de sensations à travers des vibrations musicales, celles d’une batterie électronique et celles de la body bass.

Nous suivons Lily dans toutes les étapes de ce travail. Sa découverte de l’instrument, les premiers essais, ses hésitations et la progression dans la maîtrise qu’elle acquiert peu à peu dans la production de sons, même si elle ne les entend pas, et la réception de véritables sensations musicales. Flute traversière, guitare, batterie et chant, une véritable formation musicale se constitue, qui répète inlassablement jusqu’à pouvoir donner un concert dans une salle de cinéma à La Ciotat, celle-là même où fut projeté pour la première fois le film des frères Lumière. Plus qu’une consécration. La joie profonde de Lily rayonne sur son visage. Plus de doute, pour elle la musique a vaincu le handicap !

Le film de Cassenti, au-delà de la recherche menée par Cassandra, est un portrait tout en nuances de cette jeune femme, Lily, frappée par le handicap, et qui va savoir saisir cette opportunité inimaginable de devenir « musicienne ». Le cinéaste lit des fragments du journal rédigé quotidiennement par Lily, un journal d’une écriture simple mais émouvante, comme les poèmes dont elle fait elle-même la lecture. Des textes d’une grande force expressive.

Le cinéaste s’implique personnellement dans la quête de Lily et dialoguant avec elle et avec ses partenaires musiciens. Son film devient au fil des images des instruments, un film musical qui est une extraordinaire célébration du plaisir de la musique.

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Maître Contout. Mémoire de la Guyane de Xavier Gayan

Auxence Contout est très connu en Guyane, mais bien sûr pas par tous les Guyanais, car ce territoire rassemble de multiples cultures. Il est surtout l’exemple d’un Guyanais d’origine modeste qui, bénéficiant d’une bourse pour aller étudier à Paris après la seconde guerre mondiale, est devenu par la suite une référence et a permis de transmettre la tradition d’une culture riche. C’est en Guyane qu’a été écrit le premier livre en langue créole et très peu de personnes le savent même dans le monde créolophone alors que ce roman intitulé Atipa est reconnu comme œuvre représentative de l’humanité par l’Unesco et a été la base de travail d’Auxence Contout.

C’est en février 2006, que j’ai rencontré pour la première fois Auxence Contout durant le tournage de mon documentaire Rencontres en Guyane. (J’aurais pu le rencontrer en 1986, au collège dans lequel il était proviseur – et qui porte aujourd’hui son nom – si ma mère n’avait décidé de m’envoyer dans le privé. Bien sûr à cette époque il m’était parfaitement inconnu, j’avais 11 ans.) C’est l’assistant réalisateur Fabrice Clotilde, lui-même Guyanais, qui m’a dit qu’il fallait le rencontrer, car c’était une personne qui possédait un grand savoir sur la Guyane.

Je l’ai filmé chez lui pendant 1H30, il venait alors de fêter ses 81 ans, mais nous avons finalement pris la décision avec le monteur Thomas Marchand de ne pas le retenir, car ça ne fonctionnait pas pour ce film.

J’ai repensé à cet entretien pendant des années, et plus le temps passait, plus j’étais convaincu qu’il fallait réaliser un documentaire sur lui. Puis j’ai eu la chance de rencontrer la productrice Laurène Belrose en 2017. Quand je lui ai parlé de ce projet elle m’a dit qu’elle était emballée. (Elle avait longtemps vécu en Guyane et comme moi, y avait grandi, nous étions au même collège sans nous connaître). J’étais alors invité en Guyane pour présenter mon film précédent Rencontres en Guyane au festival Migrant Scène organisé par la CIMADE et j’ai appelé Auxence Contout.

C’est encore Fabrice Clotilde qui maintenant filmait le journal télévisé qui s’est débrouillé pour avoir son numéro. Auxence Contout allait vers ses 93 ans. Il ne se souvenait pas du tournage de 2006, mais il m’avait vu au journal télévisé le midi où j’étais invité pour parler de mon film et il m’a dit que j’étais maintenant entièrement Guyanais, car avec ce film j’avais servi la Guyane. Ça revient très souvent dans la bouche des Guyanais « Être Guyanais, c’est agir pour le pays ».

Auxence Contout était un homme âgé, toujours très actif, continuant son travail, mais l’âge était là, il fallait vite tourner… Durant ce séjour en 2017, j’ai rencontré David Redon, le conseiller des musées et des arts plastiques, grâce à qui j’ai découvert les archives super 8 du photographe officiel de la préfecture de Cayenne Pierre Servin décédé en 2003, j’ai trouvé ces images si belles, avec les danses traditionnelles guyanaises si captivantes. Pierre Servin était ami avec Auxence Contout et ils avaient l’habitude de s’appeler cher Maître, tous deux étaient des érudits, c’est de là que le titre du film est né. Le soir suivant, il y avait un hommage à la créatrice du groupe de danse Wapa, dont Auxence Contout était membre fondateur et d’honneur et j’ai découvert le chant et la danse labasyou que j’ai trouvés magnifiques… le film avait pris corps… Ces images en super 8 allaient donner une résonnance nostalgique au film et je voulais filmer le Labasyou avec cette chanteuse merveilleuse, et donner une place essentielle aux danses traditionnelles.

La danse allait être le leitmotiv du film, avec les images d’archives et celles de 2018. J’ai contacté Patricia Blérald la Présidente de la fédération des musiques et des danses traditionnelles de Guyane, et je lui ai fait écouter l’enregistrement du Labasyou par téléphone, elle m’a dit que c’était la chanteuse d’un autre groupe et j’ai demandé si elle pouvait se joindre au groupe dont Auxence Contout était membre d’honneur (le groupe Wapa), car sa voix m’avait fasciné. Cette chanteuse s’appelle Vanessa Lindor et je lui suis très reconnaissant, comme aux membres du groupe Wapa, de m’avoir donné un après-midi pour les filmer. J’ai ainsi filmé chaque danse en 5 prises avec 2 caméras. La chanteuse officielle du groupe Katy Panelle a chanté la moitié du chant ce qui offre une autre possibilité avec une voix plus grave. Elle est adorable, elle aussi.

Avec ma productrice nous avons pris les films de Pierre Servin pour les numériser en très haute définition, j’ai fait 4 sauvegardes que j’espère pouvoir remettre un jour entre les mains de sa fille.

C’est un an plus tard, en 2018, que je suis retourné en Guyane, avec une aide à l’écriture de 4000 euros de la région Guyane pour filmer Auxence Contout à la veille de ses 94 ans. On venait de lui rendre hommage par l’inauguration d’une statue (cet événement est dans le film). Pendant les quelques mois précédents, son fils Alain Contout et Patricia Blérald nous avaient été d’un grand soutien pour le convaincre d’être filmé à nouveau. Il m’a reçu chez lui, je lui ai expliqué le projet et cela lui a plu. Il m’a même montré avec jubilation une montagne de manuscrits jaunis par les années qui représentaient 70 ans de recherches. Il m’a dit « Photographie dans ta tête, mais pas avec ta caméra », j’espère que les archives guyanaises les ont récupérés.

J’ai donc filmé Auxence Contout 2 fois, en 2006 et en 2018. La première fois dans son jardin, on entend les cigales qui parfois envahissent l’espace sonore, d’ailleurs il fallait parfois arrêter de filmer tellement le bruit était fort. À ce moment, je ne savais pas que je faisais un film sur lui. En 2018 c’était un homme très âgé, le contraste est d’ailleurs intéressant, au visionnage on s’est aperçu que des spectateurs ne le reconnaissaient pas et demandaient : Qui c’est ?  Pour la première fois de ma vie j’ai donc dû utiliser une voix-off dans un de mes documentaires alors que je m’y étais toujours refusé. J’ai essayé de prendre un ton assez rétro, car je n’aime pas les voix-off dans les documentaires d’aujourd’hui en général. Je ne suis pas un réalisateur branché. Comme sa voix avait vieilli et portait moins, il fallait un lieu clos et j’ai eu l’idée de le filmer à la bibliothèque Franconnie de Cayenne, où une salle portait déjà son nom et où il avait beaucoup travaillé à une époque. Le chef opérateur Frédéric Roger a eu l’idée de créer une lumière artificielle pour réchauffer sa peau, ce qui donne ce ton orangé. J’avais toujours tourné en lumière naturelle dans mes documentaires. Nous avons utilisé un micro adapté à sa voix. L’équipe de la Bibliothèque a été formidable. Le peu d’argent et l’âge avancé d’Auxence Contout n’ont pas permis de le filmer dans les rues de Cayenne. Ça a été un chalenge de rendre ce film rempli de paroles assez fluide.

Auxence Contout n’a malheureusement pas pu voir le film, car il est décédé le 2 janvier 2020 à un mois de ses 95 ans et nous n’avions pas le budget pour terminer le film. Quelques mois plus tard, la productrice Laurène Belrose est décédée à 46 ans. 5 jours avant, j’avais discuté avec un producteur qu’elle avait contacté, Franck Courvoisier, pour faire une coproduction pour terminer le film. Il m’a dit c’est OK. Puis quand je lui ai annoncé le décès de Laurène, il m’a dit « d’autant plus en sa mémoire je m’engage à terminer le film » … Le décès de Laurène Belrose a été pour moi un événement très douloureux, car c’était plus qu’une productrice, une femme d’une grande intelligence, passionnée et une amie. Le film lui est dédié.  Il a enfin été diffusé à la télévision guyanaise le 22 septembre et le 1er octobre 2021 après un itinéraire de 15 ans et demi. J’ai utilisé beaucoup d’images de paysages et de carnaval, issues du tournage de 2006. J’ai la petite joie d’avoir créé, à partir d’un tournage, deux documentaires Rencontres en Guyane et Maître Contout.

J’aimerais qu’un ouvrage condensant le meilleur du travail d’Auxence Contout soit publié et si possible accompagné du DVD du film avec des bonus, car il y a plein de choses passionnantes qu’il a dites et que je n’ai pu mettre dans le film. Ce projet était envisagé, mais la mort de Laurène Belrose y a mis un terme.

J’ai été invité à présenter le film au festival FIFAC en octobre 2021 (Festival international du film Amazonie Caraïbes) mais ma venue a été annulée au dernier moment suite à la situation sanitaire. J’espère pouvoir présenter le film aux collégiens et aux lycéens guyanais, car c’était le souhait d’Auxence Contout que ce documentaire devienne un outil de pédagogie et de transmission, mais aussi qu’il soit vu par d’autres créoles comme les Guadeloupéens et les Martiniquais…

Le film sortira au cinéma Le Saint-André des Arts le 11 mai 2022. Comme Auxence Contout le dit dans le film « J’aurais gardé l’esprit étroit si j’étais resté confiné dans ma ville de Cayenne », et ce passage au cinéma, permettra à Maître Contout de sortir de Guyane et être vu ailleurs… …C’est amusant de l’entendre prononcer le mot confiné en 2006 lui qui est décédé juste avant le Covid…

A COMME ABECEDAIRE – Xavier Gayan

Carnaval

Maître Contout, mémoire de la Guyane

Colonialisme

Rencontres en Guyane

Economie

Roland Gori, une époque sans esprit

Ecrivain

Les poètes sont encore vivants

Engagement

Roland Gori, une époque sans esprit

Entretien

Les poètes sont encore vivants

Rencontres en Guyane

Guyane

Maître Contout, mémoire de la Guyane

Rencontres en Guyane

Langue

Les poètes sont encore vivants

Littérature

Maître Contout, mémoire de la Guyane

Malle Louis

Place de la République trente ans plus tard

Métissage

Maître Contout, mémoire de la Guyane

Rencontres en Guyane

Micro-trottoir

Place de la République trente ans plus tard

Paris

Place de la République trente ans plus tard

Philosophie

Roland Gori, une époque sans esprit

Poésie

Maître Contout, mémoire de la Guyane

Les poètes sont encore vivants

Population

Place de la République trente ans plus tard

Portrait

Maître Contout, mémoire de la Guyane

Roland Gori, une époque sans esprit

Psychanalyse

Roland Gori, une époque sans esprit

Racisme

Rencontres en Guyane

Sociologie

Place de la République trente ans plus tard

Tradition

Maître Contout, mémoire de la Guyane

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Denis Bonan

Une œuvre considérable !

Afrique

Il était une fois les colonies : l’Afrique noire

Agriculture

Paysans, le mal de terre

Algérie

Portrait du photographe – Le Bourreau d’Alger

Il était une fois les colonies : l’Algérie

Allemagne

Herbert Zangs

Amour

Cent ans d’amour

Les Aléas de Liberté

Antisémitisme

Creux de mémoire

Architecture

Le Temps des usines

Archive

Cent ans d’amour

De Gaulle, une certaine idée de la France

Artiste

Henri Rousseau, le secret du douanier

Paul Gauguin, un goût barbare

Les Guerres de César

Jean Tinguely

Assassinat

Ravaillac, l’assassin effacé

Bande dessinée

Bécassine, l’enfant blessée

Bourreau

Portrait du photographe – Le Bourreau d’Alger

Boxe

Contrepoings

Bretagne

Bécassine, l’enfant blessée

Paul Gauguin, un goût barbare

Bruxelles

Les Derniers Jours de Baudelaire

Chanson

Vladimir Vyssotsky

Cinéma

Kino Cinéma – Woody Allen

Carné, vous avez dit Carné ?

Marcel Carné, ma vie à l’écran

Colonialisme

Il était une fois les colonies : l’Afrique noire

Il était une fois les colonies : l’Algérie

Communication

L’Épopée postale

Cotentin

Week-end dans le Cotentin

Creuse

Creux de mémoire

Dessin

Le Dessin de Robert Chapsal

Doyle Conan

Wanted Sherlock Holmes

Eluard Paul

Les Aléas de Liberté

Engagement

Le Joli Mois de mai

Enseignement

Chaud chaud chaud !

Famille

Le Dessin de Robert Chapsal

Femme

Le Voyage de Laure

Fête

La Fête foraine

Funambule

La mariée était au ciel

Glissant Edouard

Carthage Édouard Glissant

Graffiti

Traces sur un mur

Grèce

La Villa Kerylos

Guerre

Creux de mémoire

Guillotine

Dernière Veuve à Angoulême

Histoire

Sur les traces du lion

Ravaillac, l’assassin effacé

De Gaulle, une certaine idée de la France

Il était une fois les colonies : l’Afrique noire

Il était une fois les colonies : l’Algérie

Le Joli Mois de mai

Hôpital

9 Jours ailleurs

Île

Tahiti, voyage aux îles

Industrie

Le Temps des usines

Infographie

Picasso, genèse des demoiselles

La Rochelle

Traces sur un mur

Linguistique

Abécédaire de la langue tahitienne

Littérature

Un chant nègre : Léopold Sédar Senghor

Wanted Sherlock Holmes

Saint-John Perse

Les Derniers Jours de Baudelaire

Malraux

Les Visages d’Alice

Alberto Moravia

Levy Bernard-Henri

Les Derniers Jours de Baudelaire

Mai 68

Le Joli Mois de mai

Manifestation

Chaud chaud chaud !

Le Joli Mois de mai

Marche

Marche et rêve

Mariage

La mariée était au ciel

Méditerranée

Méditerranée, miroir du monde

Carte postale de Saint-Tropez

Mer

Méditerranée, miroir du monde

Paul Gauguin, un goût barbare

Mondialisation

Paysans, le mal de terre

Monothéisme

La Revanche de Dieu

Mort

Sur les traces du lion

L’homme qui va mourir

Le Dessin de Robert Chapsal

Mythe

Bécassine, l’enfant blessée

Wanted Sherlock Holmes

La Villa Kerylos

Nantes

L’homme qui va mourir

Nazisme

Creux de mémoire

Paix

Les Aléas de Liberté

Paris

La Fête foraine

Paysage

Les Chemins du Limousin

L’Express du soleil de minuit

Week-end dans le Cotentin

Peine de mort

Dernière Veuve à Angoulême

Portrait du photographe – Le Bourreau d’Alger

Peinture

Henri Rousseau, le secret du douanier

Paul Gauguin, un goût barbare

Herbert Zangs

À propos de Bonnard

Picasso, genèse des demoiselles

Les Visages d’Alice

Autour de Manet

Deux ou trois scènes inspirées de Balthus

Photographie

La mariée était au ciel

Jean Dieuzaide, photographe – Un dialogue avec la lumière

Poésie

Carthage Édouard Glissant

Un chant nègre : Léopold Sédar Senghor

Aïgui – Poète Tchouvache

Saint-John Perse

Les Aléas de Liberté

Les Derniers Jours de Baudelaire

Contrepoings

Police

Wanted Sherlock Holmes

Politique

Un chant nègre : Léopold Sédar Senghor

Une saison chez les hommes

Polynésie

Paul Gauguin, un goût barbare

Portrait

Carthage Édouard Glissant

Un chant nègre : Léopold Sédar Senghor

Henri Rousseau, le secret du douanier

Aïgui – Poète Tchouvache

Les Guerres de César

Herbert Zangs

Saint-John Perse

Carné, vous avez dit Carné ?

Marcel Carné, ma vie à l’écran

Jean Dieuzaide, photographe – Un dialogue avec la lumière

De Gaulle, une certaine idée de la France

Malraux

Carl Gustav Jung

Le Voyage de Laure

Alberto Moravia

Autour de Manet

Psychanalyse

Carl Gustav Jung

Jean Tinguely

Le Voyage de Laure

À propos de Bonnard

Psychiatrie

9 Jours ailleurs

Religion

Ravaillac, l’assassin effacé

Tahiti, voyage aux îles

La Revanche de Dieu

Une saison chez les hommes

Résistance

Creux de mémoire

Ruralité

Les Chemins du Limousin

Russie

Aïgui – Poète Tchouvache

Vladimir Vyssotsky

Scandinavie

L’Express du soleil de minuit

Sculpture

Les Guerres de César

Tahiti, voyage aux îles

Jean Tinguely

Sénégal

Un chant nègre : Léopold Sédar Senghor

Senghor Léopold Sédar

Un chant nègre : Léopold Sédar Senghor

Sociologie

Cent ans d’amour

Sport

Marche et rêve

Tableau

Picasso, genèse des demoiselles

Tahiti

Abécédaire de la langue tahitienne

Tahiti, voyage aux îles

Télévision

Zapping sur l’Europe

Terrorisme

Ravaillac, l’assassin effacé

Toulouse

La mariée était au ciel

Jean Dieuzaide, photographe – Un dialogue avec la lumière

Train

L’Express du soleil de minuit

Travail

Le Temps des usines

Tunisie

Carthage Édouard Glissant

Ville

Méditerranée, miroir du monde

Carte postale de Saint-Tropez

Voyage

Méditerranée, miroir du monde

L’Express du soleil de minuit

I COMME IVENS Joris – Premiers films

         Joris Ivens n’a pas réalisé que des films politiques. Ses premiers films peuvent être qualifiés de poétique et se caractérisent avant tout par le travail sur la qualité des images, que ce soit dans le choix des cadrages ou dans la beauté esthétique du noir et blanc.

Quelques exemples de ces premières œuvres.

Etude de mouvements à Paris. 1927.

Des bus et des voitures qui foncent sur nous. Devant l’Opéra ou sur les boulevards. Vus de dessus, ou de côté, avec déjà la fumée des pots d’échappement. Les agents à cheval qui essaient de régler tout ça. Et sur les trottoirs ou sur le bord des rues, les passants, pressés, ou qui essaient de traverser sans trop prendre de risques. C’est qu’il y a beaucoup de circulation, et même des embouteillages ! Tout au long du film, la variété des cadrages est saisissante. Depuis les plans fixes au bord du trottoir jusqu’aux panoramiques suivant les véhicules devant les arcades de la rue de Rivoli, en passant par les caméras embarquées dans les taxis, qui préfigurent en quelque sorte les caméras subjectives. En 4 minutes, on comprend ce qu’une ville comme Paris a d’éternel : le mouvement, on dirait même mieux, l’agitation ou la trépidation de la vie. Comme s’il n’y avait jamais eu de Paris sans automobiles !

La pluie. 1929

Au commencement les nuages dans le ciel, et le vent qui pourrait les disperser mais qui au contraire les accumule. Les gouttes d’eau se multiplient sur l’asphalte et les canaux. Les parapluies font leur apparition, jusqu’à occuper tout le cadre comme dans ce magnifique plan d’une rue, en plongée, où les passants abrités sous leur toile ne semblent être là que pour l’harmonie du tableau. Tout au long du film on pense au poème d’André Breton : « la pluie seule est divine ». Un film qui peut vous réconcilier avec le mauvais temps.

Le pont 1929. Symphonie industrielle 1931.

Il y a dans tous ces premiers films une fascination pour la vie moderne. Les moyens de transport sont omniprésents, des automobiles aux trains à vapeur, sans oublier les bateaux. De même les constructions où l’acier domine, ou les engrenages et autres mécanismes sophistiqués, détaillés avec minutie comme ceux qui permettent au pont de s’élever dans les airs. Cet éloge de la mécanisation et au-delà de la vie industrielle culmine dans le film consacré aux usines Philips. Toutes ses activités sont approchées et décrites avec toujours autant de précision, de la fabrication d’une simple ampoule au montage des appareils radio ou autres électrophones. Mais dans cet univers mécanique, la présence humaine n’est pas oubliée. Filmer l’entreprise c’est aussi s’arrêter sur le travail des ouvriers. Le Joris Ivens cinéaste engagé et militant n’est pas loin.

La Seine rencontre Paris.1934

Un cinéaste sans inspiration aurait fait un documentaire banal : en suivant le parcours du fleuve, en s’arrêtant sur ses usagers, des pécheurs aux péniches, en filmant en travelling et en contre-plongée les immeubles des quais et les monuments, avec les inévitables plans sur la Tour Effel et Notre Dame. Il y a bien tout ça dans le film d’Ivens. Sauf que la banalité et le convenu est ici magnifié par la poésie des images et un montage qui semble toujours aller de soi mais qui justement tire sa force de cette simplicité apparente. La Seine d’Ivens, c’est la confrontation du dur labeur des ouvriers et des déambulations des amoureux.

En 1934, le cinéma n’est plus muet. Ici le commentaire est signé Jacques Prévert et il est dit par Serge Reggiani. La dimension poétique de cette première partie de l’œuvre du cinéaste trouve ici sa consécration.

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Daniel Pollet

Un cinéaste essayiste. Des films où la littérature, la poésie, l’art, tiennent une bonne place. Et les voyages. En Grèce surtout

Archéologie

Bassae

Banlieue

Contre-courant

Les Mariés de Robinson

Cimetière

Au Père Lachaise

Cinéma

Contretemps

Danse

Chez Georges et Rosy

Eau

Contre-courant

Enseignement

Chez Georges et Rosy

Femme

La Femme aux cent visages

Feu

Pour mémoire : la forge

Fonte

Pour mémoire : la forge

Godard

La Femme aux cent visages

Grèce

Trois Jours en Grèce

Bassae

L’Ordre

Le Soleil et l’Ombre – Pour Nikos Kazantzaki

Image

Contretemps

Kristeva Julia

Contretemps

Lèpre

L’Ordre

Littérature

Dieu sait quoi

Le Soleil et l’Ombre – Pour Nikos Kazantzaki

Mariage

Les Mariés de Robinson

Mer

Les Morutiers

Méditerranée

Mort

Au Père Lachaise

Objets

Dieu sait quoi

Ouvriers

Pour mémoire : la forge

Paris

Contre-courant

Au Père Lachaise

Chez Georges et Rosy

Paysage

L’Arbre et le Soleil – Mas-Felipe Delavouët et son pays

Pêche

Les Morutiers

Peinture

La Femme aux cent visages

Perche

Pour mémoire : la forge

Philosophie

Contretemps

Poésie

Dieu sait quoi

L’Arbre et le Soleil – Mas-Felipe Delavouët et son pays

Pollution

Contre-courant

Ponge Francis

Dieu sait quoi

Portrait

Le Soleil et l’Ombre – Pour Nikos Kazantzaki

Provence

L’Arbre et le Soleil – Mas-Felipe Delavouët et son pays

Sollers Philippe

Contretemps

Méditerranée

Temple

Bassae

Tombes

Au Père Lachaise

Travail

Pour mémoire : la forge

Visage

La Femme aux cent visages

Voyage

Trois Jours en Grèce

Méditerranée

A COMME ACCORDÉON.

De vin, de poésie ou de vertu. Margot  Dupuis, 2020, 87 minutes.

Si vous aimez l’accordéon, ce film est pour vous. Si vous aimez la musique, toute les musiques, aussi. Si vous pratiquez l’instrument. Si vous l’écoutez le plus souvent possible et si votre discothèque regorge des enregistrements qui lui sont consacrés, vous serez quand même surpris – et conquis – par la créativité, la virtuosité, l’entrain et le dynamisme, des musiciens réunis pour célébrer cette musique d’un instrument souvent dévalorisé (le « piano du pauvre ») et lui donner des lettres de noblesse qu’il n’y a aucune raison de lui refuser.

Régulièrement, tous les ans en fait, ils sont un petit groupe – une bonne vingtaine – à se retrouver pour un week end prolongé de musique dans une grande maison, une chartreuse campagnarde, et s’adonner à leur passion. Un groupe d’ami.e.s, où tous se connaissent parfaitement, et qui savent célébrer leur retrouvaille comme il se doit. Leur retrouvaille et leur amitié. Car c’est surtout de cela qu’il s’agit, passer ensemble des moments de grande convivialité où la musique tisse entre eux des liens que l’on sent indestructibles.

Car l’accordéon, c’est leur passion commune et ils font tout pour nous entrainer avec eux. Plutôt que de s’arrêter sur des prouesses en solo, la cinéaste multiplie les moments collectifs, ceux où l’on sent que le groupe procure à chacun des sensations inédites. Où chacun vibre à l’unisson avec tous les autres et le spectateur que nous sommes finit par vibrer avec eux, surtout si devant l’écran nous avons la possibilité, comme eux, de siroter quelques verres de bon vin.

Car ces élans musicaux sont aussi des moments de festivités culinaires bien arrosés. Dans ces conditions, la nuit n’a pas de fin, et s’il faut dormir un peu, c’est le moins possible, surtout si dans les chambres des dames il faut profiter du peu de répit laissé par la musique pour se livrer à quelques confidences sur sa vie.

Le film de Margot Dupuis mérite parfaitement d’être placé par son titre sous l’autorité de Baudelaire. La poésie de la musique y est visiblement partagée par la cinéaste, qui doit bien elle aussi, quand elle pose sa caméra, jouer avec tous les autres de l’accordéon.

C COMME CORRESPONDANCE AMOUREUSE.

Rêveurs rêvés. Ruth Beckermann, Autriche, 2016, 89 minutes

D’où vient que ce film dégage une telle émotion ?

Du texte qui nous est présenté, la correspondance entre Paul Celan et Ingeborg Bachmann. Des lettres d’amour entre ces deux écrivains, le poète juif autrichien et la femme de lettres. Des lettres de passion. Mais aussi des lettres de séparation, d’éloignement. Séparation dans l’espace, lui à Paris, elle à Vienne, pour la majeure partie de cette correspondance. Mais aussi éloignement de leur vie, qui chacune suit son cours particulier. Vont-ils se retrouver ? peuvent-ils se retrouver ? Toute la tension qui émane de ces lettres tient dans la distance qu’il y a entre eux. Et il faut bien sûr entendre le mot distance dans tous ses sens. Une distance qui ne pourra que s’accroître au fil du temps. De longues années, plus de vingt ans. Mais une distance qui ne pourra les séparer complètement. Jusqu’à leur mort.

Mais il y a plus. Il y a les acteurs. L’actrice et l’acteur. Qui lisent les lettres de Ingeborg et de Paul, devant les micros d’un studio d’enregistrement sonore. Chacun à tour de rôle nous donne à entendre ces lettres qui se répondent et qui tissent le film d’une vie. Une vie d’amour et de séparation.

Et par le jeu de leur diction – la perfection de la diction – nous entrons dans cette vie, dans cet amour, dans le désir de la rencontre, dans la souffrance de la séparation et les incompréhensions qu’elle suscite.

Mais il y a plus. Car nous sentons que peu à peu les acteurs entrent de plus en plus dans les deux personnages dont ils sont en train d’oraliser, d’exprimer -mais de jouer -les sentiments, l’amour et la souffrance. Peu à peu ils deviennent Paul et Ingeborg. Et cela bien sûr est dû à leur qualité de comédiens qui se concentrent au maximum sur leur texte, sur son sens. Mais pas seulement.

Car nous sommes dans un film et non dans le studio d’enregistrement (ou sur une scène de théâtre). Et donc cette présence du poète et de l’écrivaine – la présence de leur séparation – qui s’incarne dans la proximité entre l’actrice et l’acteur, est due à la qualité du filmage – à la perfection du filmage. Ces gros plans – des très gros plan même parfois – sur les visages, leur voix qui est comme matérialisée dans l’image et ces moments de silence où la concentration est visible, palpable.

La comédienne te le comédien sont rarement filmés ensemble dans le même plan. Car bien sûr quand les auteurs des lettres écrivent ils sont séparés. Mais le travail de la comédienne et du comédien n’est si pertinent que parce que l’autre à qui ils s’adressent est là, présent dans le studio, tout près devant son propre micro. Une présence que concrétise à chaque plan, leur regard. Pas une fois ils ne regardent la caméra. Leur regard est toujours dirigé vers l’autre, celle et celui à qui la lettre est adressée.

Rarement nous quittons cette situation d’enregistrement. Une seule fois un homme – technicien, ingénieur du son, producteur ? – intervient pour régler les micros. Dans un autre plan, il y a quelques personnes présentes dans la cafétéria où les deux acteurs se rendent. Mais pour tout le reste – pour pratiquement tout le film donc – nous ne sortons pas de leur face à face dans le studio. Un studio que nous ne quittons que pour de brefs moments de pose, où – souvent assis côte à côte – ils fument une cigarette, se détendent. Rarement ils commentent la relation de Paul et Ingeborg, leurs sentiments. Ces sentiments, les ressentent-ils l’un pour l’autre ? Ils ne le disent pas. Mais leur proximité tout au long du film, et la façon dont ils sont filmés, ne peut que nous le suggérer.

Au fond, ce film sur une correspondance amoureuse est surtout un film sur le travail des acteurs. Sur leur technicité dans le travail de diction bien sûr. Mais surtout sur ce que c’est qu’être acteur. Sur l’inévitable interférence entre leur propre vie et celle des personnages qu’ils incarnent, et qu’ils rendent présents seulement par les textes qu’ils lisent. Si leur lecture est si expressive, si chargée d’émotion, c’est bien parce qu’ils vivent dans ce travail en commun quelque chose de commun, de l’ordre de l’émotion. Et c’est bien cela le sujet du film.

I COMME ITINÉRAIRE D’UN FILM – Les poètes sont encore vivants de Xavier Gayan

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-t-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

 Conception

J’avais pour voisin le poète Stéphane Bataillon. Chaque fois que l’on faisait des soirées ensemble il me faisait découvrir des poètes contemporains. Il possède des centaines d’ouvrages de poésie actuelle. Un jour une idée a jailli, je me suis dit que j’aimerai bien voir un film où je découvrirais des poètes d’aujourd’hui, de genres différents car j’étais autant touché par la poésie de l’intime, et je trouvai enrichissantes toutes les formes plus expérimentales comme la poésie sonore. Et une idée prédominait : Elles ne s’excluent pas mais mènent les unes aux autres. Comme je réalise les films que j’ai envie de voir, je me suis lancé dans l’aventure. Je voulais des entretiens assez intimes avec les poètes, essayez d’installer une relation qui les éloignerait de leur discours habituel, en tout cas d’une d’un langage trop formel.

Production

Aucune production n’était emballée par le projet alors je suis parti avec très peu d’argent, des techniciens bénévoles, le chef op a amené sa propre caméra, l’ingénieur du son, son propre matériel, le monteur son ordinateur, le monteur son et le mixeur ont travaillé bénévolement, l’étalonneur aussi…Ce sont tous des amis qui aime mon travail et avaient déjà participé à d’autres de mes films.

Réalisation

J’ai organisé le tournage sur un mois selon les disponibilités du chef opérateur et de l’ingénieur du son et des poètes qui m’avaient répondu favorablement en majorité. Nous avons tourné beaucoup en Île de France mais aussi en Picardie, à Lille et en Bretagne à Lannion.

Diffusion

A la fin du montage un producteur de documentaire renommé a voulu voir le film et m’a témoigné un grand enthousiasme. Il m’a dit qu’il le prenait et qu’il allait tout faire pour le vendre à la télé même si un sujet sur la poésie ça n’allait pas être simple. Au bout d’un an et demi il m’a abandonné car aucune chaîne n’en avait voulu, même des petites chaînes locales. J’ai alors contacté un producteur Gilles Coudert qui avait produit un film sur le poète sonore Bernard Heidsieck et je reçu un coup de téléphone un dimanche matin de ce dernier (ce qui est assez original de la part d’un producteur) qui me dit qu’il avait adoré le film et qu’il voulait l’éditer en DVD. Je l’avais proposé à d’autres éditeurs DVD qui n’avait même pas voulu le regarder car un film sur les poètes ça n’était pas vendeur. Ensuite le film a été sélectionné par la commission d’Images en Bibliothèque ce qui aida beaucoup le film, qui s’est très bien vendu dans les médiathèques, les écoles, et a été diffusé 4 mois sur Mediapart dans la sélection Les pépites du documentaire. Le film a été projeté dans une trentaine de soirées dans toute la France et en Belgique, festivals de littérature et de poésie, dans le cadre du mois du film documentaire, dans de nombreuses médiathèques et est sorti dans une petite salle à Paris avec des débats tous les jours. J’ai été invité en Inde par les lycées français de New Delhi et Pondichéry et par l’institut français. Le film a été pas mal vu à l’école où j’ai parfois été invité à discuter avec les élèves ou élaborer un travail avec eux.  Le film fait partie du catalogue de la bibliothèque du centre Pompidou : Les yeux docs.

R COMME RIMBAUD Arthur.

Arthur Rimbaud, une biographie. Richard Dindo. Suisse, 1991, 140 minutes.

         Ce n’est pas un biopic. Aucun acteur n’incarne le rôle-titre. La présence de Rimbaud dans le film est d’un autre ordre, plus littéraire. Ce n’est pas non plus un portrait basé sur des documents d’archive. Dindo propose quand même les images que nous possédons du poète, les photos de la fin de sa vie envoyées depuis Aden à sa famille, quelques dessins dont ceux de Verlaine et le tableau de Fantin-Latour, Un coin de table, qui sera la dernière image du film. Du genre biographie, Dindo garde l’ordre chronologique et la volonté de ne laisser dans l’ombre aucune facette d’un personnage complexe. Plus que les évènements qui ont marqué sa vie, c’est l’homme qui intéresse le cinéaste. Mais réussit-il à percer le mystère qui entoure le poète ? Heureusement non. Après plus de deux heures de film, le mythe construit sur la force de sa poésie reste entier. Son propos n’était aucunement d’en faire une exégèse.

La vie de Rimbaud est racontée par ceux qui l’ont connu et l’ont côtoyé dans l’une ou l’autre de ses différentes périodes. Sa sœur Isabelle et sa mère pour sa famille, Ernest Delayaye l’ami d’enfance, Georges Izambard, le professeur du collège de Charleville qui fut un des premiers lecteurs admiratifs des poèmes d’Arthur, son employeur d’Aden et de Harar, Alfred Bardey et un de ses partenaires de commerce, l’ingénieur suisse Alfred Ilg, sans oublier Verlaine sans doute le plus important de tous. Des acteurs incarnent ces personnages et viennent tour à tour devant la caméra faire état de ce qu’ils ont partagé de la vie du poète. Ils sont le plus souvent filmés dans les lieux mêmes où ils vécurent, Charleville d’abord, puis Paris ou Londres et enfin Aden, le Harrar et l’Abyssinie. Trois périodes que le film distingue en introduisant des titres, Les déserts de l’amour, Une saison en enfer, Un ange en exil.  Chacune aura son atmosphère particulière. Charleville, c’est le carcan étouffant de la famille avec l’autoritarisme de la mère et l’absence du père. La fuite à Paris et le rencontre avec Verlaine ouvrira une période de tumulte et de tension extrême dans le milieu artistique du quartier latin dans les années suivant la liquidation de la Commune. Enfin la deuxième fuite de Rimbaud, en Afrique, son abandon définitif de la littérature, conduira inexorablement à la souffrance et à la mort. Dans les deux premières parties, les poèmes de Rimbaud sont lus en voix off sur des images vieillies par des filtres monochromes ou en noir et blanc. Dans la dernière, ce sont les lettres à la famille qui sont lues. Rimbaud a renoncé à la poésie.

« Comprendre la vie de Rimbaud veut aussi dire comprendre la vie de tous ceux qui lui ressemblent et ils sont nombreux. C’est en ce sens que je dis que Rimbaud n’est pas mort, qu’il vit en chacun de nous. » Richard Dindo.

A COMME ABECEDAIRE – Richard Dindo.

Auteur de plus de 30 films – une œuvre riche, variée et souvent très originale – Richard Dindo a été proclamé MAÎTRE DU RÉEL au festival Visions du réel 2014.

Amour

Des femmes qui aiment des hommes jeunes

Apartheid

Une saison au paradis

Apprentissage

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Astronomie

Les Rêveurs de Mars

Bolivie

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Cinéma

Max Haufler, « le muet »

Famille

Mon père, notre histoire

La Maladie de la mémoire

Femme

Violence conjugale : paroles de femmes

Homo Faber – Trois Femmes

Des femmes qui aiment des hommes jeunes

La Maternité des HUG

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

Charlotte, vie ou théâtre ?

Guerre

L’Affaire Grüninger

Charlotte, vie ou théâtre ?

L’Exécution du traître à la patrie, Ernest S.

Des Suisses dans la guerre d’Espagne

Histoire

Mon père, notre histoire

Des Suisses dans la guerre d’Espagne

Hôpital

La Maternité des HUG

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

La Maladie de la mémoire

HUG, hôpitaux universitaires de Genève

Japon

Le Voyage de Bashô

Justice

L’Affaire Grüninger

Dani, Michi, Renato & Max

Kafka

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Qui était Kafka ?

Littérature

Qui était Kafka ?

Aragon, le roman de Matisse

Genet à Chatila

Une saison au paradis

Max Frisch, Journal I-III

Médecine

HUG, hôpitaux universitaires de Genève

Mémoire

La Maladie de la mémoire

Mexique

Ni olvido ni perdón

Musique

Le Conservatoire de musique de la ville de Prague

Palestiniens

Genet à Chatila

Peinture

Gauguin à Tahiti et aux Marquises

Aragon, le roman de Matisse

Charlotte, vie ou théâtre ?

Peintres naïfs en Suisse orientale

Photographie

Hans Staub, reporter photographe

Poésie

Le Voyage de Bashô

Arthur Rimbaud, une biographie

Portrait

Gauguin à Tahiti et aux Marquises

Mon père, notre histoire

Qui était Kafka ?

L’Affaire Grüninger

Une saison au paradis

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Charlotte, vie ou théâtre ?

Arthur Rimbaud, une biographie

Max Haufler, « le muet »

Hans Staub, reporter photographe

L’Exécution du traître à la patrie, Ernest S.

Révolution

Ernesto « Che » Guevara – Le Journal de Bolivie

Science

Les Rêveurs de Mars

Suicide

Trois Jeunes Femmes – Entre la vie et la mort

Max Haufler, « le muet »

Violence

Violence conjugale : paroles de femmes

Ni olvido ni perdón

Enquête et Mort à Winterthour

Dani, Michi, Renato & Max

H COMME HAIKU

Un jeudi sur deux, François Zabaleta, 2019, 7 minutes.

D’une façon courante, ce film devrait être qualifié de court-métrage : il ne fait que 7 minutes !

On se souvient qu’Agnès Varda, elle,  préférait parler de films courts. Et elle en avait en effet réalisé un certain nombre, de durées variables, mais qui tous pouvaient être considérés comme des films, devaient être considérés comme des films, des films à part entière, et peu importe la durée, quand c’était le propos traité qui imposait la longueur du film, et non pas des calculs sur le coût de la pellicule ou la durée d’attention dont le spectateur moyen serait capable.

François Zabaleta préfère, lui, parler de HAIKU, ce genre très particulier de poèmes japonais, souvent associé au nom de Bashô. Mais un HAIKU CINEMATOGRAPHIQUE. Que peut-on entendre par là ?

Sans entrer dans une excessive spécialisation dans le domaine de la poésie japonaise, on peut simplement dire que le haïku classique doit se plier à des règles strictes de composition : trois vers, respectivement de 5, 7 et 5 syllabes. Et comporter dans sa dernière ligne l’évocation d’une saison. Bien sûr une telle formulation est une simplification à l’extrême – que les puristes ne m’en tiennent pas rigueur, d’autant plus que du fait de la traduction du japonais au français ces aspects sont bien souvent non perceptibles à la lecture. Et de toute façon bien des haïkus modernes se font un devoir – et un plaisir – de ne pas respecter de telles contraintes. Reste alors la forme courte – très courte même. Et une musicalité poétique qui sollicite la sensibilité du lecteur d’une manière particulière.

Mais au cinéma ?

La qualification d’Haïku n’est-elle  pas tout simplement  une sorte de clin d’œil du cinéaste mais qui reste extérieur au film lui-même ? On pourrait le croire en regardant Un jour sur deux de François Zabaleta. Et pourtant, il y a dans ce film – même s’il ne renvoie en rien à la culture japonaise et à sa poésie – quelque chose proche de ce qu’on peut ressentir en lisant Bashô !  

Un jour sur deux est unfilm sur la paternité. Pas sur la parentalité. Sur le fait d’être père. Sur le fait pour un enfant d’avoir un père. Sur le fait que ce père a donné une mère à un enfant. Dans quelle circonstance. Que celle que le film rapporte comme la découverte fondamentale faite par l’enfant de ces circonstances, soit quelque peu dérisoire – ou délirante – implique que pour le spectateur, il n’y a rien à en dire. Surtout pas de jugement – ou d’explication, ni même de commentaire. Le film devient ainsi – et reste- la pure expression du ressenti du cinéaste à travers les émotions de l’enfant qu’il était et qu’il place au cœur du récit.

Il y a donc dans le haïku, au cinéma,  quelque chose de l’ordre de la clôture – du poème, du récit, du film. En quelques mots, en quelques images –et chez Zabaleta il y a aussi du texte, des mots – tout est dit. Il n’y a rien à ajouter. Le film ne pourrait surtout pas être plus long. (L’idée selon laquelle un film court n’est que la première forme d’un film dit long-métrage, dans lequel il devrait nécessairement se réaliser, est une idée idiote). Et en même temps, il ne pourrait pas être plus court. De ce qu’il nous dit, de ce qu’il nous montre, il n’y a rien à enlever. Il  dit tout de ce qu’il y a à dire.

François Zabaleta a inventé – découvert – une nouvelle forme cinématographique : le HAIKU.

 Les déterminations en seraient :

1une durée très très courte, environ 5 minutes ou même moins.

2 La conception systémique du film, clos sur lui-même et constituant une totalité autonome et finie.

3 Une implication personnelle du cinéaste par laquelle le film devient « auto-documentaire ».

« Auto-documentaire » une notion à creuser. Et pas seulement en rapport – opposition – avec auto-fiction. L’œuvre de François Zabaleta peut nous y aider.

A suivre.

P COMME PERRAULT Pierre

Cinéaste québécois (1927 – 1999)

            Réalisateur, écrivain, dramaturge, poète, Pierre Perrault est né et mort à Montréal, dans cette province du Québec qu’il a tant aimé et dont il reste celui qui a le mieux su en montrer la beauté et les traditions. Après des études en droit qui lui permettent de travailler quelques courtes années comme avocat, il entre à la radio, où il réalise une première série, Au pays de Neufve-France (1959-1960), qu’il transposera par la suite pour la télévision. On y trouve déjà ses thèmes favoris, l’encrage de la culture dans une nature dont il montrera la nécessité de préserver la richesse et l’authenticité. Canadien francophone, il reste un des représentants les plus importants de la culture québécoise dont il contribuera à assurer le rayonnement. Son engagement politique le conduira à défendre l’identité de la belle province et à adopter des positions proches des indépendantistes.

            Sa carrière cinématographique commence lorsqu’il entre à L’Office National du Film (ONF) dont il deviendra d’ailleurs le directeur en 1965. Il y rencontre Michel Brault avec qui il réalisera son premier film, Pour la suite du monde (1963), premier volet de ce qui deviendra la Trilogie de l’île-aux-Coudres, dont les deux suivants sont Le Règne du jour (1967) et Les Voitures d’eau (1968).

            Pierre Perrault n’est pas l’inventeur du cinéma direct. Qui d’ailleurs pourrait se prévaloir d’un tel titre ? Mais il en est un des représentants les plus marquants, celui qui a su donner à ce qu’il appelle « le cinéma du vécu » une impulsion telle qu’il influencera l’ensemble du cinéma mondial. Dans cette perspective, la rencontre avec Michel Brault fut décisive. Michel Brault était sans doute celui qui était le plus attentif aux évolutions techniques fondamentales de ce début des années 60, caméra de plus en plus légères permettant au preneur d’images de se positionner au plus près des gens qu’il veut filmer en la portant à l’épaule, pellicule de plus en plus sensible évitant d’avoir recours aux éclairages artificiels toujours perturbants et la possibilité d’enregistrer le son synchrone. C’est de cette conjonction d’innovations techniques que naitra le cinéma direct, mais la technique en elle-même n’aurait pas été si fructueuse si les cinéastes, Perrault en tête, n’avaient pas eu la volonté de faire du cinéma différemment que par le passé. Il s’agit alors de faire un cinéma en prise direct avec la réalité, ce qui ne veut pas dire donner à voir le réel tel qu’il est, mais être conscient et donc chercher à éviter toutes les manipulations, tous les mensonges, dont l’image cinématographique est capable. Le cinéma de Perrault c’est d’abord un cinéma de la sincérité, un cinéma de l’authenticité du regard.

            La Trilogie de l’île-aux-Coudres incarne parfaitement cette orientation. Perrault y filme des gens simples, qu’il connaît parfaitement. C’est peu dire qu’il est accepté parmi eux. Il fait véritablement partie de leur communauté. S’il filme leur façon de vivre, c’est qu’il la partage. S’il filme leur tradition, c’est qu’il les fait sienne. S’il recueille leur parole, c’est qu’elle constitue pour lui l’âme même de leur culture, une culture immergée dans la poésie. Et en effet les habitants de l’île-aux-Coudres sont de véritables conteurs, à l’image d’Alexis Tremblay, dont la présence dans les trois volets de la trilogie en fait un personnage inoubliable. Pour réaliser Pour la suite du monde, Perrault convainc les habitant de l’île-aux-Coudres de reprendre la pèche traditionnelle au marsouin, abandonnée depuis de nombreuses années, mais qui reste présente dans tous les esprits, dans tous les souvenirs de ceux qui l’on vécue. Le film retracera cette aventure unique, vécue pour le cinéma mais dont on peut dire qu’elle est du cinéma, c’est-à-dire de la vie, vie et cinéma n’étant ici qu’une seule et même réalité. Le Règne du jour s’engage dans une autre épopée, le voyage d’Alexis Tremblay en France, à la recherche des traces de ses ancêtres, un voyage qui suit l’itinéraire inverse de celui de Jacques Cartier, dont le film constitue une célébration. Les voitures d’eau enfin aborde les mutations économiques que la modernité impose aux constructeurs traditionnels de goélettes de bois concurrencées par les bateaux de fer. L’avenir des habitants de l’île-aux-Coudres est des plus incertains. A travers eux, c’est le problème de l’identité des canadiens français qui est posé.

            Cette problématique identitaire se retrouvera dans les films suivants que Perrault consacrera successivement à d’autres communautés de ce Canada oscillant entre l’attrait du modèle américain et la préservation de ses racines, les acadiens dont il filme le réveil culturel lors de l’action contestatrice des étudiants à l’Université de Moncton (Nouveau-Brunswick) dans Acadie, Acadie !?! (1971), mais aussi les abitibiens (Un royaume vous attend, 1975) ou les amérindiens (Le goût de la farine, 1976).

            Auteur de plusieurs recueils de poèmes, le cinéma de Pierre Perrault est entièrement imprégné de cette poésie nostalgique d’un passé révolu, dont il ne s’agit pas de vouloir à tout prix et de façon artificielle maintenir l’existence, mais dont il importe par-dessus tout de préserver les valeurs.


B COMME BABEL

Les Rumeurs de Babel, Brigitte Chevet, 2017, 52 minutes.

Une vision de la banlieue comme on ne la voit pas d’habitude. Une vision littéraire, poétique plus exactement, une vision de poète, la vision du poète.

La vision d’une cinéaste aussi, qui accompagne le poète, qui filme le poète, qui fait un film poétique.

Banlieue et poésie, qui aurait cru que cette rencontre se ferait un jour.

La banlieue, c’est le quartier de Maurepas, à Rennes. Un quartier que beaucoup de ceux qui n’y vivent pas doivent désigner comme sensible. Un quartier conçu en 1967, avec cinq tours et une série de bâtiments plus petits, moins hauts, formant des bars. Un quartier « où plus personne ne choisit d’habiter » Un quartier qui a ses problèmes, sa violence, ses dégradations…Et pourtant. « Dans ce quartier, on existe » dira vers la fin du film une de ses habitantes qui a du mal de le quitter pour aller habiter en dehors de la cité. Comment cela est-il possible ?

Rumeurs de babel 2

Le poète, c’est Yvon le Men. Il vient vivre en résidence (trois mois) à Maurepas. Il vient regarder et écouter, comme il dit. Et il écrit. Il écrit au jour le jour, des poèmes qui nous sont proposés en voix off et qui constitueront in fine un « poème-reportage » long d’une centaine de pages, publié sous le titre Les Rumeurs de Babel.

La cinéaste, c’est Brigitte Chevet. Elle filme la banlieue comme d’autres cinéastes l’ont déjà filmée, les immeubles la nuit, des vues d’ensemble le jour en plongées, les escaliers avec leurs graffitis et la voiture de police au pied des tours. Mais surtout, elle filme les habitants, ceux que rencontre le poète et qui s’entretiennent avec lui, et ceux, anonymes, qui vivent là, qui sont la vie du quartier. Car ce quartier vit. Et grâce aux images du film nous le regardons, et l’écoutons vivre.

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La vie de Maurepas, ce sont les associations et les initiatives collectives, là où on se rencontre, où on se parle, où on échange. L’Atelier créatif, par exemple, ou l’Etal convivial où les fruits et légumes sont vendus à prix réduit pour permettre à ceux qui ont des fins de mois difficiles de pouvoir en consommer. C’est aussi le Cabinet photographique avec ses centaines de portraits des habitants, ou l’atelier de poésie. Car si Yvon Le Men présente aux habitants les poèmes qu’il écrit ici, sur cette vie des habitants qu’il rencontre, il écoute aussi les poèmes qu’eux, les habitants, ont écrits dans cet atelier. Et jusqu’aux enfants de l’école, comme celui-là qui récite devant la classe son émouvant « hommage à (son) grand-père qui est mort ».

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Mais bien sûr Maurepas a aussi ses problèmes, ses difficultés, que le film ne cherche pas à cacher ou à minimiser. Dans la première séquence, Yvon Le Men évoque « le chômage, la pauvreté, la solitude la maladie… » Il évoque le bruit incessant dans les immeubles, les appartements où on entend tout ce qui se passe chez les voisins, au point que le bruit devient obsessionnel pour tout le monde. Et pourtant un des premiers habitants rencontré affirme que le cadre est « magnifique ».

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Le film nous propose donc aussi quelques portraits de ces habitants qui, dans leur diversité, font la richesse de Maurepas. Et du film. Il y a Vonne, originaire du Laos qu’elle a quitté alors qu’elle n’avait que deux ans. « Ici, c’est ma deuxième peau » dit-elle et elle a effectivement trouvé grâce à la vie associative et à l’école de ses enfants, une véritable vie sociale. Il y a Dania-Rosania qui, elle, vient du Costa Rica et qui s’épanouit pleinement en touchant la terre du petit jardin partagé qu’elle cultive.

Il y a aussi Pascal, qui occupe une place importante dans le film, parce qu’il incarne, lui l’ancien taulard illettré, la possibilité de « résurrection », grâce à ceux avec qui il a tissé des liens dans le quartier.

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Les Rumeurs de Babel n’est certes pas un film pessimiste. Mais il n’a rien de naïf. Il ne nous dit pas qu’il fait bon vivre dans les banlieues. Il nous dit simplement que la vie associative peut vaincre la solitude et donner du sens à la vie.

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B COMME BELFAST – Libraire.

Le Libraire de Belfast, Alessandra Celesia, France, 2011, 54 minutes

John est libraire à la retraite. Pendant 40 ans, il a vendu des livres, avec passion. Pas pour faire fortune, dit-il. Les livres c’est sa vie.  Il les bichonne encore, recolle les couvertures déchirées. Il leur parle comme à des enfants. Ce sont ses enfants. Même sans librairie, il continue à fouiller chez les brocanteurs, à la recherche d’éditions rares. Il en achète encore. Et les revend. Ou plutôt il les donne.

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         Le film d’Alessandra Celesia est un portrait tout en nuances d’un personnage attachant, au milieu de ses livres et de ses amis. Un petit univers où la culture domine, la poésie, la Rome antique, Puccini mais aussi le rap et le rock. Un portrait d’une petite communauté unie par des liens très forts, dans une ville où l’histoire nous renvoie plutôt du côté de la haine et de la violence, que le film d’ailleurs ne montre pas directement.

Les amis de « John, le livre », le surnom affectueux du libraire, ce sont surtout des jeunes, Jolène la serveuse du resto du coin, Rob le punk (si l’on en juge par sa coiffure) et Connor, son frère qui écrit du rap. Le libraire passe de longs moments avec eux, discutant de la vie, racontant sa vie, l’alcoolisme par exemple, dans lequel il avait sombré mais dont il a réussi à s’échapper. Dans sa vie sociale, le livre, la poésie, sont omniprésents. Il fréquente un foyer de personnes âgées, parle des livres qu’il aime et il reçoit un poète venu lire ses textes. Le film le montre souvent dans cet exercice de la lecture à haute voix, qu’il pratique pour son plaisir personnel, ou un de ses amis en particulier. Rob, le punk, occupe d’ailleurs une place de choix dans le film. Il écoute Puccini, ce que Jolène n’arrive pas à comprendre. Pour elle, c’est de « la merde ». Pour lui, c’est « la beauté pure ». Malgré ces positions irréconciliables, ils sont en très bons termes. Jolène chante dans une boite, pour un concours ou le groupe d’amis est là pour la soutenir.

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Au fond, c’est cette amitié qui est le véritable sujet du film. Une amitié qui lie ces êtres si différents, par l’âge, par le look et par leur vie personnelle. C’est cette amitié qui leur permet de faire face aux difficultés de la vie, dans cette ville qui n’apparaît qu’en arrière-plan, la nuit, ou dans une séquence plus réaliste, où John aide une vieille dame à retrouver son chemin dans un quartier bouclé par la police. Les rumeurs du monde, ce sont aussi ces images du Tsunami au Japon, regardées à la télé, et qui relativisent les problèmes personnels. Alors, quitter Belfast ou y rester ? C’est la question que se posent les deux frères en contemplant la ville depuis une colline qui la surplombe. Rob rêve de partir aux États-Unis. Son frère prédit qu’il sera revenu deux semaines après son départ. Le film formule une morale toute simple : « Il ne faut pas priver l’homme de ses rêves. » Ce Libraire de Belfast est une belle illustration d’un cinéma de l’intériorité qui montre que la vie est faite de rêves auxquels il ne faut pas renoncer. De rêves, et de poésie.

 

 

L COMME LUCIOLES

Les lucioles, Bérangère Jannelle, 2018, 57 minutes.

Ces petites lumières qui brillent dans les yeux des enfants !

Une classe de CM, mais ce pourrait être une classe d’un autre niveau de l’école élémentaire.

Une classe d’une ville moyenne en France, Châteauroux. Mais ce pourrait être une classe d’une grande ville, ou d’une petite ville, ou une classe de campagne.

Une classe avec une maîtresse exceptionnelle. Sans doute, mais on n’ira pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’une exception unique.

Un film donc qui nous plonge pendant une année scolaire dans une classe d’une école élémentaire, où les élèves travaillent, apprennent et sont heureux.

Un film qui sait faire partager ce bonheur aux adultes, même ceux qui n’ont pas gardé un très bon souvenir de leur passage à l’école.

Des enfants qui sont heureux d’aller à l’école, ce ne devrait pas être le cas de tout ?

Ici, il n’y a pas de recette miracle, pas de référence tonitruante à tel ou tel nom de pédagogue ou courant plus ou moins à la mode. Ici il y a un travail patient, rigoureux, pertinent. Et l’engagement sans faille d’une professionnelle, qui fait son métier avec une conscience absolue de son importance fondamentale. Pas pour elle. Pour l’avenir des enfants qui lui sont confiés bien sûr.

Ici, dans cette classe ordinaire, on fait de la poésie et de la philosophie. Au même titre que toutes les autres matières du programme. Mais faire de la poésie et de la philosophie avec toute l’intensité dont une enseignante et ses élèves sont capables, ça change tout. Ça change surtout la vision du monde de ces enfants et de la conception qu’ils peuvent se faire de leur avenir.

Le film commence par une séance collective de recherche d’idées : que va-t-on faire pour le printemps des poètes ? Décision ? Aller offrir des poèmes, chuchotés à l’oreille grâce à un « rossignol », aux clients d’un supermarché ! Et nous suivrons toutes les étapes de la préparation jusqu’à l’apothéose finale, cette magnifique entrée dans l’allée centrale du centre Leclerc, les enfants bien groupés derrière la maîtresse qui les guide avec son accordéon.

La cinéaste a parfaitement su capter l’ambiance de cette classe, le dynamisme de la maîtresse et la vitalité des élèves. Dès le premier plan la force de la musique donne le ton. Nous sommes plongés au cœur de l’action, parmi les enfants dont nous entendons chaque parole chuchotée, chaque cri dans la cour de récréation, chaque échange dans la classe pour trouver une réponse aux obstacles et aux difficultés. Et toujours aller de l’avant, ne jamais renoncer, prendre en main sa scolarité.

Un film qui donne enfin du sens à l’idée de réussite scolaire.

Grand prix du Festival International du Film d’Éducation, Évreux, 2018.

D COMME DELBONO PIPPO -Amore carne.

Amore carne, Pippo Delbono, Italie, 2011, 78 minutes.

            Que le cinéma puisse devenir poésie, Amore carne en est la preuve éclatante. Poésie des textes bien sûr, de Rimbaud à T.S. Eliot en passant par Pasolini, poésie de la musique avec Laurie Anderson et Alexander Balanescu, mais poésie des images surtout, dans les plans de l’océan et des oiseaux dans le sillage du bateau, des collines dans la brume du petit matin, ou même du long tunnel parcouru en voiture. Une poésie sombre dans l’évocation de la mort, mais chaleureuse par les rencontres qui jalonnent le film. Un film personnel, très personnel, toujours surprenant, dans lequel il faut faire l’effort de rentrer ou de se laisser séduire spontanément.

            L’évocation de la mort, c’est d’abord celle, récente au moment du tournage du film, de Pina Bausch, en souvenir de qui 2 000 œillets sont déposés en Avignon. Puis c’est celle du cinéaste lui-même, à travers sa séropositivité, « ce mal obscure à cause d’amour, de chair ». Il filme avec son téléphone portable, clandestinement, un test qui fait effectuer, bien qu’il en connaisse parfaitement le résultat,  dont le résultat ne doit pas avoir changé depuis le premier qu’il a effectué il y a 22 ans. Après avoir rempli les formulaires et répondu, approximativement, aux questions de l’infirmière, la prise de sang est montrée en gros plan avant qu’il ne dévale les escaliers conduisant à la sortie. Une séquence somme toute plutôt prosaïque mais dont se dégage la lourde menace d’un avenir incertain.

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            Prosaïque, la visite chez sa mère l’est certainement beaucoup plus. Après le repas, que l’on imagine copieux d’après les plans sur la table, Delbono écoute sa mère lui parler de sa santé, de son poids, de son corps. Très vite il n’écoute plus et coupe l’enregistrement du son. « Je te regarde parler, je ne t’écoute plus ». C’est lui qui parle, en voix off, de sa mère, de ses souvenirs de la guerre, de ses valeurs, de sa foi, de sa « peur de Dieu », de ses yeux « pleins de culpabilité ». Une plongée dans ses origines qui crée un malaise tout autant chez le spectateur que chez le cinéaste. La proximité filiale pourtant : « Comme elle, je raconte ma vie à tout le monde. »

            Puis vient le temps des rencontres. L’artiste plasticienne  Sophie Calle, qui elle aussi parle de sa mère et dévoile en public sa vie privée. Bobo, l’ami sourd et muet, présent dans tous les films de Delbono et dans sa troupe de théâtre depuis qu’il a pu le faire sortir de l’asile psychiatrique où il était enfermé. Ici, assis devant un piano, il tape sur les touches avec la délectation d’un enfant. On le reverra un peu plus tard dans le film en compagnie de Marisa Berenson, mannequin célèbre, devenue actrice et écrivaine. Un rencontre étrange, de deux personnes qui semblent ne rien avoir en commun. Quelques jours après le tournage de ces images, le tremblement de terre de l’Aquila a totalement détruit le lieu où elle s’est déroulée. La mort rode toujours.

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            Fille du physicien Maurice Jacob, Irène Jacob raconte elle aussi des souvenirs d’enfance, les repas de famille où son père essayait de lui expliquer l’origine de l’univers. A son tour elle aborde le même sujet avec son fils. Lui, il sait expliquer la naissance de l’univers : le Big Bang. Mais avant, qu’est-ce qu’il y avait. Il répond encore sans hésiter : le vide. La mère insiste. Qu’est-ce que c’est le vide ? L’enfant ne répond plus.

            La fin du film est purement visuelle. On retrouve les images des premiers plans, la chambre et le lit défait, la sortie de l’hôpital où a eu lieu le test du sida. Une danseuse en noir répète des mouvements devant un grand miroir. Un violoniste interprète le leitmotiv du film. Les images se bousculent. La danseuse, le violoniste, Bobo habillé d’un maillot de joueur de foot, en surimpression, une colline dans une lumière bleutée, le brouillard, la danseuse…Et les poèmes, récités, chantés, criés, psalmodiés, sur la musique du groupe Les Anarchistes.

            « Cette histoire m’a appris à mieux regarder la mort dans les yeux. » Il y a dans cette phrase que prononce la voix intérieure de Delbono tout le sens du film.

E COMME ENTRETIEN – Jean-Denis Bonan.

A propos de Carthage, 2006, 54 minutes.

Genèse du film :

Grâce à Loïc Céry, universitaire, qui connaissait mon travail sur SAINT-JOHN PERSE et sur GAUGUIN, j’ai été invité au séminaire organisé en 2005 à Carthage autour de la Poétique de la Relation d’Édouard Glissant. De Glissant, je connaissais les poèmes que j’aimais beaucoup et je partageais ses pensées sur le Tout-Monde et la créolisation. Comme Carthage est la ville de mon enfance, j’ai aussitôt proposé de faire un documentaire en Tunisie sur la pensée de Glissant. Lui ne connaissait pas Carthage bien qu’il ait écrit sur cette cité de très belles pages d’une grande précision. J’ai choisi de faire un film où je ne posais aucune question. Je racontais à Glissant des anecdotes sur les lieux de mon enfance où nous tournions (propos que je n’enregistrais pas), je le laissais réagir. Face aux paroles du poète, j’ai filmé des paysages qui pour moi étaient chargés et d’histoire et d’émotions. C’est cette rencontre entre la parole de Glissant et mes images familières qui, de mon point de vue, devait donner un film sensible.

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Production/Réalisation :

 Au départ, il y avait à mes côtés une productrice qui n’a pas pu trouver de partenaires et qui donc a abandonné le projet. C’est donc seul, avec ma propre caméra que j’ai tourné les images de ce film, alors que, sur mes propres deniers, j’engageais un preneur de son. De retour à Paris, Mireille Abramovici a monté le film, mais après de grandes hésitations, les chaînes de télévision n’en ont pas voulu. Édouard Glissant a pu voir le film à peu près achevé (le film n’a toujours pas été mixé, faute d’argent) et il en fut extrêmement touché, ce qui est ma véritable récompense.

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 Diffusion :

 Le film a été diffusé une première fois après le décès d’Édouard Glissant par l’Institut du Tout-Monde et ce à la Maison d’Amérique latine à Paris, présenté par Patrick Chamoiseau. Quelques diffusions éparses ont eu lieu dans des galeries de tableaux. Il a été programmé pour une séance aux Grands Voisins à Paris, en Tunisie pour une séance aussi par L’Institut français et dernièrement à Nantes. Il va être programmé au Festival de Patrick Leboutte durant le mois de juillet. Des responsables du cinéma tunisien ont le projet de le programmer à Tunis à la nouvelle cité de la culture.

Derniers films et projets :

 Depuis le film sur Glissant, j’ai réalisé pour TV5 Monde un film sur Léopold Sédar Senghor que j’ai intitulé UN CHANT NÈGRE. J’ai depuis réalisé une série d’essais cinématographiques rassemblés sous le titre générique de LES FILMS DU SOUPÇON. Je suis en train de terminer pour le cinéma deux longs métrages de fiction : LES TUEURS D’ORDINAIRE et LA SOIF ET LE PARFUM (ce dernier en collaboration avec l’écrivain Andréas Becker). Deux autres projets (où les frontières de la fiction et du documentaire sont effacées) intéressent déjà des producteurs. Par ailleurs, Luna Park Films s’apprête à sortir un DVD sous le titre générique de TROUBLES qui rassemblera mes courts métrages tournés en 1966, 67 et 68 avec en supplément un film que je suis en train de réaliser sur la musique de François TUSQUES.

 

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