S COMME SRI LANKA

Demons in paradise de Jude Ratnam, Sri Lanka – France, 2017, 1 H 34

Un film rare, parce que tourné au Sri Lanka, par un Tamoul. Un film sur le Sri Lanka, sur l’histoire récente du Sri Lanka, c’est-à-dire sur la guerre, une guerre civile qui opposa les Tamouls et les Cinghalais, une guerre longue meurtrière qui fit un nombre considérable de victimes et qui, même terminée, est loin d’avoir laissé la place à une paix définitive.

Le film commence par des images d’archives en noir et blanc, sans son, sans commentaire donc et sans éléments permettant de les identifier. Des enfants, asiatiques, des explosions et un train. Le train (plusieurs trains en fait)  sera en quelque sorte le fil conducteur du film. Avec l’arbre. Un arbre immense qui a poussé sur la voie ferrée, au beau milieu d’un wagon de train en ruine. Un arbre qu’il faudra abattre (une quantité de travail importante), scier à la tronçonneuse morceaux par morceaux, symbole peut-être, à la fin du film, de l’ouverture d’une nouvelle page de l’histoire, de la volonté donc de tourner la page, de laisser la guerre derrière soi, ce qui bien sûr n’a rien d’évident.

Le film de Jude Ratnam n’est pas un film d’histoire au sens habituel du terme. Malgré l’évocation souvent précise du passé, les émeutes de 1983 en particulier, qui voient les Tamouls poursuivis, pourchassés, et pour nombre d’entre eux, assassinés, à Colombo la capitale du pays. Une capitale que le réalisateur et sa famille vont fuir pour gagner le nord, où les tamouls sont majoritaires. Mais y seront-ils en sécurité ?

demons in paradise 2

Ce premier voyage en train, effectué lorsqu’il avait 5 ans, le réalisateur le refera bien plus tard avec son propre fils, à l’occasion de ce film, réalisé en grande partie pour ne pas oublier le passé. Un  film qui  a donc un côté personnel, caractéristique des films en première personne, où l’histoire familiale est inscrite dans la grande Histoire, celle du pays, et nous permet en quelque sorte de la vivre de l’intérieur, ou du moins de  recueillir le souvenir que ceux qui l’ont vécue en ont gardé. Outre ses parents et son fils, Jude Ratnam convoquera aussi un oncle, de retour du Canada où il vit. Cet oncle est le seul de la famille qui s’est engagé dans un groupe de combattants pendant la guerre civile et avec lui nous partons à la rencontre des anciens de cette guerre, ses compagnons de lutte qui ont survécu au conflit, et ont échappé à la fois à l’armée sri-lankaise et aux oppositions souvent sanglantes existant entre les différents groupes de la résistance tamoule.

Car le film ne se contente pas d’évoquer la guerre du côté des Tigres tamouls, la principale force de la résistance dans le nord du pays. Il détaille aussi les nombreux groupes de combattants et  montre ainsi comment la lutte pour l’indépendance (le rêve d’un Etat tamoul), et la guerre contre l’armée officielle, se double d’une guerre interne car pour les Tigres tous ceux qui ne sont pas à leur côté sont des traites.

La réconciliation nationale est-elle possible au Sri Lanka ? Certes pas en effaçant de la mémoire collective les zones d’ombre de cette guerre aux multiples ramifications. C’est le grand mérite du film de Jude Ratnam de ne pas les occulter.

Prix du jury professionnel, Festival international du Film d’Histoire 2017.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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